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CHAPITRE IL

EXPEDITION GENOISE COMMANDÉE PAH ANDRE DORI A. — SIEGE DE SAINT-FLORENT. — PRISE DE BAS- TIA. — PRISE DE SAINT-FLORENT.

A la nouvelle de l’arrivée des Français en Corse, les Génois avaient été comme frappés de stupeur. Mais, revenant bientôt de leur premier étonnement, ils n’avaient plus songé qu’à ressaisir par

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les armes ce qui venait de leur échapper d’une manière si imprévue. La compagnie de Saint-Georges et la république s'unirent alors intimement. Les rivalités tombèrent tout à coup; il n’y eut plus qu’un intérêt , celui de Gênes, qu’un but, celui de la conquête de la Corse. Les commissaires, dont la négligence avait été si coupable, furent, à leur arrivée, jetés en prison. On déclara rebelles quinze des principaux moteurs de l’insurrection , en mettant leur tête à prix (1). Puis le sénat se hâta d'envoyer des ambassadeurs aux puissances amies pour réclamer leur assistance. Charles- Quint accueillit avec empressement la demande des Génois. Il s'engagea nonseulement à fournir des troupes, mais encore h payer la moitié des frais de la guerre. Le duc de Toscane, Cosme de Médicis, envoya environ trois mille hommes de troupes italiennes, et le gouverneur de Milan deux mille.

On lit à Gênes des préparatifs considérables, et , pour donner plus de solennité à l’expédition, André Ooria, quoique nonagénaire, fut chargé du commandement en chef de l’armée. On lui adjoignit comme commandant en second Augustin Spinola, général très-renommé.

Yistarino de Lodi fut nommé mestre de camp général de l’armée , et Chiappino Vitelii commanda les troupes de Florence. En outre , faisant taire son antipathie naturelle, Gênes distribua des charges de capitaines à plusieurs Corses de distinction, qui étaient réfugiés dans ses Etats et août l'influence pouvait servir ses intérêts. Les uns, comme le colonel Angelo-Santo dalle Vie, Giordano da Pino, Giordauo da Sarla, Alphonse et Hercule d'Erbalunga, eurent des compagnies effectives; d'autres, comme Alexandre de' Gentili, l’ancien commandant de liastia, Mathieu et Sansnuetto de Biguglia, Pier’Andrea de

(1) La tête de Sampiero fut mise à prix pour soi Ki écus ( environ 30,000 f. ) qu’il uvait déposés à la banque de. Saint-Georges. Allubello de' Gentili et Pier-Giovauni da Ornano ne furent lavés qu’a U'O écus. On offrit des prix divers pour Gincomosanto da Mare, Alloue Mo , Grimaldo da Costa, Giacoino dalla Casablanca , Francesco da S. Antonio, Pier’ Anlonio da Valentano. lanmardoda Corté, Antonio di Mariano, Ambrogio de Bastia, Francesco et Bernardini) d'Ornano et Alphonse (1a Leca.

Belgodere et Marc’ Antoine de Bastia , furent nommés capitaines à la suite. L’armée expéditionnaire, composée de troupes allemandes, espagnoles et italiennes, se montait à douze mille hommes, sans compter la cavalerie. Spinola partit d'abord et alla débarquer trois mille hommes d'avant-garde à Calvi. La Ootte, portant le reste de l’armée et ayant à son bord toutes les choses nécessaires à une campagne de longue durée, mit à la voile le 10 novembre 1553 et entra cinq jours après dans le golfe de Saint-Florent. De Thermes, prévenu de son arrivée, avait avisé en toute hâte à la stlrelé de cette ville, la plus importante de IHe en ce moment. Il y avait renfermé environ trois mille hommes de troupes sous le commandement de Jourdan Orsini ; mais il n’avait pu la pourvoir des vivres et des munitions nécessaires à un long siège.

André Doria, après avoir hésité quelques jours s’il n’irait pas d'abord attaquer Ajaccio, débarqua tout son monde sans rencontrer aucun obstacle et établit son camp à quelques milles de la ville. Augustin Spinola , qui en avait le commandement, l’entoura de fossés, de palissades et le garnit de pièces de campagne, qu'il dirigea contre Saint-Florent. Les hostilités ne tardèrent pas à commencer, sans toutefois amener de graves résultats. Dans un conseil de guerre tenu par les Génois, on agita la question de savoir s’il convenait de donner un assaut à la ville; mais la place ayant paru imprenable , on rejeta celte idée ; il fut convenu qu’on resserrerait le siège et qu'on empêcherait l'introduction des vivres dont on savait que la ville manquait ; de plus, on résolut d’employer envers les Corses beaucoup de douceur, afin de se concilier parmi eux le plus de partisans possible.

Cependant de Thermes cherchait de son côté à inquiéter les ennemis. En quittant Saint-Florent il s'était retiré à Murato et s’y était fortifié. Il avait organisé des compagnies de partisans qui harcelaient sans eesse les Génois; mais il ne pouvait rien pour Saint-Florent, et si Paulin n’arrivait pas avec des renforts pour améliorer la position des Français renfermés dans cette ville, en pouvait prévoir que dans un temps

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assez rapproché ils seraient obligés de se rendre.

Pendant que le siège de Saint-Florent se poursuivait sans aucun événement remarquable, Doria résolut de s’emparer de Bastia, ville mal défendue et où les Génois comptaient encore beaucoup de partisans. Il y envoya donc à cet effet don Santo da Leva avec un bon nombre de troupes corses et espagnoles.

A la vue de la flottille ennemie, Altobello de’ Gentili, commandant de la place , voulut se renfermer dans la citadelle.

Mais le capitaine gascon qui en avait la garde, ayant refusé de le recevoir, il se vit obligé d’abandonner la ville avec les siens et se retira à Furiani , où il se fortifia. Da Leva, ne rencontrant aucun obstacle, prit possession de la ville, et après sept jours de siège, obligea la citadelle à se rendre. Dès que Bastia futau pouvoir desGénois, plusieurs familles qui avaient été internées par de Thermes dans les villages de l’intérieur, y rentrèrent, et augmentèrent ainsi le nombre des partisans de la république. Quant à de Thermes, quoique la perte de Bastia lui fût très-sensible, il la considéra cependant comme d'une importance secondaire tant que Saint-Florent tiendrait. Il fit donc tous ses efforts pour introduire des vivres dans cette ville, et parvint à la ravitailler pour quelque temps. Augustin Spinola , pour empêcher à l’avenir que les assièges ne fussent ainsi secourus du côté de la terre, fit construire un fort qui commandait l’unique passage du côté des marais, et de cette façon empêcha toute communication entre les troupes du dedans et celles du dehors ; puis il ordonna aux compagnies qui occupaient Bastia de déloger les Corses de Furiani; mais ceux-ci repoussèrent par deux fois leurs attaques, et les Génois se virent obligés de se tenir tranquilles.

Depuis l’arrivée de Doria les Français avaient changé de rôle et étaient obligés maintenant de se tenir sur la défensive. Cependant, quoiqu'ils n’eussent reçu aucun secours du dehors, quoique leur influence eût diminué au dedans par la réunion aux Génois de plusieurs familles de considération, néanmoins ils se trouvaient dans une position meilleure que leurs ennemis. Ceux-ci avaient perdu beaucoup de monde sans combattre. Le

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voisinage des marais avait occasionné une grande mortalité dans le camp. Les troupes étaient abattues , et il fut question un instant de lever le siège. Si de Thermes avait en ce moment attaqué l’ennemi, comme le lui conseillaient les capitaines corses , qui s’offraient à tenter seuls cette entreprise , il est probable qu’il l’aurait défait, ou tout au moins l’aurait obligé à se rembarquer.

Mais, soit qu'il craignit une défaite, soit qu’il voulût attendre pour reprendre l’offensive l’arrivée de Paulin , il ne se rendit pas à cet avis.

Sur ces entrefaites les Génois reçurent un secours de quatre mille hommes de troupes espagnoles commandés par don Luys da Lugo. L’arrivée d’un renfort aussi considérable ranima les esprits. Les Génois reprirent courage et recommencèrent leurs attaques sur différents points; mais les chances furent encore diverses : des escarmouches, de petits combats, des surprises, et en somme aucun résultat sérieux. Cependant le siège touchait à sa fin. Doria reçut un nouveau secours de mille Allemands que lui amenait le comte de Lodron. Il en profita pour faire attaquer de Thermes à Murato. Obligé d’abandonner sa position, de Thermes s’enfuit à Lento, puis au Vescovato. Cette retraite précipitée fit comprendre à Jourdan Orsini qu’il n'avait plus aucun secours à attendre. Pendant longtemps ' il avaitcompté être secouru par l’amiral Paulin, ou par de Thermes, qu’il pensait devoir tenter un effort suprême; mais il voyait maintenant qu’il fallait renoncer à tout espoir de salut. Paulin avait bien essayé d’entrer dans le golfe , mais les vents contraires l’en avaient constamment empêché. Ne pouvant secourir directement Saint-Florent, il avait fait voile vers Bonifacio, où il avait combiné avec Sampiero une expédition sur Bastia pour faire diversion au siège et attirer là les forces des ennemis. La tempête avait encore cette fois déjoué ses projets.

Ainsi abandonné, Orsini n’ayant plus ni vivres ni munitions, après avoir supporté toutes les misères d'un long siège, se vit obligé de capituler. Il obtint de Doria des conditions honorables pour lui et les siens. Toutefois Doria déclara

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vouloir retenir les Corses qui se trouvaient parmi les assiégés. Cette clause faillit rompre les négociations. Orsini , prévoyait le sort qui serait réservé aux Corses s'ils tombaient au pouvoir d’un ennemi implacable, refusa d’abord de traiter sur ce pied. Il assembla un conseil de guerre , et exposa les conditions imposées par le général génois.

Les Corses furent d’avis de les accepter, car ils voyaient l’impossibilité de résister plus longtemps, et ils ne voulaient pas, par leur refus , exposer leurs compagnons à une mort certaine : mais, sachant bien qu’ils ne devaient attendre merci des Génois, ils préférèrent s’abandonner aux caprices des Ilots que de s’en remettre a leur générosité. La plupart s’embarquèrent sur des esquifs, quelques heures avant la reddition de la ville, et parvinrent ainsi à se sauver; d’autres tentèrent une audacieuse sortie, et, se frayant un passage les armes à la main, purent également échapper à l’ennemi. Trente-trois Corses seulement furent pris dans la ville et envoyés par Doria aux galères. Saint-Florent se rendit le 17 février 1554.

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