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CHAPITRE IV

DÉPABX DB DOHIA. — VICTOIRB DBS CORSES A TBNDA.

Ce furent là les seuls événements de quelque importance qui se passèrent en Corse jusqu’à l’automne de cette même année 1554. A cette époque, la flotte ottomane s 'étant montrée dans les mers de l’Italie , Doria fut appelé par la cour d’Espagne au secours des provinces menacées. Avant de partir, il ordonna les choses pour le temps de sou absence, qu'd prévoyait devoir être de longue durée. Il laissa à Spinola le commandement en chef de l’armée. Le comte Lodron reçut ordre d’aller occuper Saint-Florent. Martin Bozzolo, avec six compagnies d’Italiens, fut chargé de la défense de Calvi; Nicolas Pnllavicini et Horace Brancadoro avec onze com-

pagnies, de celle de Bastia. Ayant ainsi régie les choses, Doria partit pour Civita-Vecchia, emmenant avec lui l’iufanterie espagnole.

L’infanterie espagnole formait, à vrai dire, la force de l'armée d’occupation ; son départ laissa Spinola dépourvu de troupes suffisantes pour tenter de nouvelles conquêtes. Cependant, comme il ne voulait point laisser croire que le départ de Doria affaiblissait en Corse la puissance génoise, il continua son système de rigueur, et envoya plusieurs compagnies châtier ce qu’il appelait les rebelles. GiudicelloCortincode la Rebbia de Bozio, soupçonné d'aimer le parti français, fut tout à coup arrêté au milieu de sa famille Ses parents et ses amis coururent aux armes, et l’enlevèrent aux mains des Génois. Spinola envoya aussitôt des troupes pour réprimer une telle audace; mais de Thermes, averti à temps, expédia Montestrucco au secouts des gens de Bozio avec un fort détachement de Gascons.

On en vint aux mains; les Génois, vaincus et obligés de fuir, crurent trouver un refuge dans le Niolo; mais, repoussés par les habitants, ils furent presque tous massacrés par les Corsos qui sciaient mis à leur poursuite.

Encouragé par ce succès , et sachant bien que Spinola ne pouvait disposer de beaucoup de troupes, Monleslrucco se mit à assiéger Corte, qu’il bloqua de manière à ce que l’on n’y pût introduire aucune espece de vivres. Sornacone, qui y commandait, fit prévenir Spinola de la fâcheuse position dans laquelle il setrouvait, et lui fit comprendre Que, s’il n’était promptement secouru, il serait obligé de se rendre.

Le château de Corte était trop important pour que Spinola n'employât pas tous les moyeus pour le sauver! Il résolut d'y envoyer des forces assez considérables pour le dégager entièrement. Il expédia en même temps des ordres à Lodron, à Spolverino, a Brancadoro, pour qu’ilsse missent tous trois en marche vers le lieu menacé. Sur l’ordre de Spinola, Spolverino partit aussitôt de Calvi, à la tête de plusieurs compagnies. Brancadoro emmena de Bastia ses Italiens, auxquels se joignirent des volontaires corses. Quant a Lodron , il se re-

CORSE

fusa à marcher, prétextant le mauvais état de ses troupes , et disant d'ailleurs que Doria l'avait commis à la garde de Saint- Florent, et qu’il ne quitterait ce poste ue sur un ordre de lui. Spinola dut évorer cet affront du comte allemand, et le remplaça par Antoine Spinola. Il désigna comme commandant en chef de cette expédition llorace Brancadoro, uu des plus h abiles et des plus vaillants soldats de l'arinee génoise.

Brancadoro alla se loger dans le Nebbio, tandis que Spolverino, parti de Calvi, s'arrêtait à Belgodere, attendant des nouvelles de Brancadoro pour opérer sa jonction avec lui.

Giacomosanto da Mare, qui se trouvait en ce moment en Balaune, fut averti du projet des ennemis. Mais, comme il n’avait que peu de monde nvee lui , il n'osa s'opposer à la marche de Spolverino, et se retira à la Petrera de Caccia : de là i| expédia plu-ieurs courriers demandant des renforts de tous côtés.

Le premier à se rendre à son appel fut Montestrucco, qui accourut avec un corps asseî considérable d’infanterie.

Sans attendre davantage les troupes qui auraient pu arriver, Giacomosanto et Montestrucco résolurent d’allerattaquernBelgodère Spolverino, avant qu’il se réunît à Brancadoro. Ils le surprirent, en effet, lui tuèrent beaucoup de monde ; mais ils ne purent le chasser de sa position. Giacomosanto fit alors sonner la retraite, et retourna à la Petrera. Spolverino, regardant ce mouvement comme une fuite, écrivit à Brancadoro d'un ton victorieux de venir le rejoindre pour anéantir un ennemi qui avait montré Si peu de valeur. Encouragé par ces paroles, Brancadoro s’avança en toute hâte vers Spolverino, qu’il rencontra à Urtaea ; puis ils marchèrent ensemble vers la Petrera, comptant y surprendre Giacomosanto; mais eelui-cl avait quitté ce poste sans aucune importance , et était aile occuper les défilés qui avoisinent le pont d'ümessa. Ce fut là que vint le rejoindre Sampiero, avec environ 2,500 hommes, fjuoiqu’il ne fût pas entièrement remis de sa blessure, de Thermes avait cru néanmoins devoir l’envoyer dans cette occasion importante; car" il connaissait sa grande valeur comme homme de

guerre et son influence sur ses compatriotes. Eu effet, dès que l’on sut que Safnpiero élait de cette expédition , il y eut un enthousiasme général, et il se fit un grand concours de volontaires qui brûlaient du désir de combattre sous lui. Sampiero prit alors le commandement en chef des troupes. Il laissa Giacomosanto à la tête de la cavalerie, confia l'infanterie française à Montestrucco, et se réserva le commandement des Corses à pied. Ses dispositions ainsi prises, il attendit de pied ferme l’ennemi, bien sûr de remporter sur lui une victoire complète.

Aussitôt que Brancadoro eut appris l'arrivée de Sampiero, il comprit qu’il ne pouvait lutter avec l’armée des Corses, et songea à battre en retraite. Il leva son camp de tres-bonne heure, et, pour donner le change aux insulaires, il feignit d’ignorer leur présence, et se dirigea vers le Golo, comme si réellement il voulait aller au secours de Corte. Mais, arrivé au pied d’une colline qui le cachait aux Corses, il appuya rapidement à gauche, et commença sa retraite vers le Nebbio, abandonnant une partie de ses bagages pour être plus léger a la marche. Sampiero, instruit presque aussitôt de ce mouvement, donna immédiatement l’ordre de poursuivre l’ennemi. Il envoya en avant Giacomosanto avec sa cavalerie, fit prendre une route différente à Montestrucco, et s'avança lui-même du côté opposé vers le col ae Tenda.

Giacomosanto fut le premier à rencontrer BraocadoroàréglisedeSainte-Marie de Pietral ba . Il s’empara d’abord des bêtes desornme qui portaient les bagages ; mais Brancadoro.dontles forces étaient beaucoup plus nombreuses, les reprit presque aussitôt, et continua sa marche, se bâtant d’atteindre la montagne, pour éviter Sampiero. Malgré sa marche rapide, il ne put y réussir, car à peine fut-il arrivé au sommet de Tenda , qu’il vit apparaître Sampiero avec ses Corses, et peu après Montestrucco, à la tête de l'infanterie française. Giacomosanto, qui marchait derrière lui, s'étendit alors, et le prit en queue. Dans cette fâcheuse position, l'armée génoise, resserrée de toutes parts, lutta quelques instants avec courage; mais, ne pouvant agir librement, elle fut en partie massacree. Sept cents

L’UNIVERS

hommes restèrent prisonniers. De ce nombre furent Horace Brancadoro, général de l’armée, Alexandre Spolverino, le commissaire Polo Casanova . Antoine Spinola, Giordan da Pino et Marc Antoine Ceccaldi ( 18 septembre 1554).

Les Corses perdirent peu de. monde dans cette brillante affaire; mais ils eurent a déplorer la mort de Giacomosanto da Mare, qui fut tue en poursuivant l’ennemi. Cette mort fut on ne peut plus regrettable. Giacomosanto da Mare, seigneur très-inlluent du Cap-Corse, avait donné au parti français des marques non équivoques de son rfévouement et de son zèle. C’était à lui que l’on devait en partie la reddition de Bonifacio et surtout l'organisation des milices nationales, qui luttaient avec un si grand avantage contre les Génois depuis que la France avait cessé d’envoyer des secours dans ce pays. Dans un voyage récent qu’il avait fait à la cour , Henri U l’avait traité avec la plus grande bienveillance, et lui avait confirmé tous les privilèges que de Thermes et Paulin lui avaient accordés tout d’abord. Intrépide et plein d’énergie , il était, aprèsSampiero, î’hoinmede guerre le plus remarquable parmi les Corses, et l’on ne pouvait lui reprocher qu’une trop grande audace et une témérité souvent compromettante. Dans les circonstances résentes, alors que l’on avait si grand esoindechefs expérimentés et influents, la mort de Giacomosanto était une perte sensible et presque irréparable ; on ne tarda pas à s'apercevoir du vide qu’il laissait dans l’armée. Quanta Sampiero, il dissimula a douleur que lui causait ce triste événement, et fit rendre à Giacomosanto les derniers devoirs avec les honneurs dus à son rang.

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