CHAPITRE VI
BRTOUR DR PAULI!». — FLOTTE OT- TOMANE. — SIÈGE DECALVI ET DB BASTIA. — INCORPORAT ION 1>K LA CORSE A LA FRANCE. — TRAITE DE CATEAU— CAMBBES1S. — LES FRAN- ÇAIS QUITTENT L’iLE.
A peine Paulin était-il arrivé à Marseille, qu’il apprit que la Hotte ottomane, qui, depuis quelque temps, parcourait la Mediterranée , était entrée dans la mer de Toscane. Les instructions données par le sultan à ses amiraux étaient d’agir de concert avec la flotte française et de faire ce qui pourrait être agréable à son royal allié le Padischa de France. Paulin, qui avait été instruit de ces dispositions, réunit ses galères, et lit voile vers la (lotte des Turcs. Il lu rencontra à la hauteur de Saint-Florent, et , d'un commun accord, il fut convenu qu’on irait attaquer Calvi du côté de la mer, tandis qu'Orsini, que Paulin avait fait prévenir en toute hôte, l’attaquerait du côté de la terre. I .es choses se passèrent ainsi. Les Turcs débarquèrent leur artillerie, et commencèrent à battre en brèche les murailles, qui, malgréleur récente réparation, s’écroulèrent sous un feu aussi redoutable. Alors Orsini, voyant la brèche assez large, monta à l'assaut avec les Corses et les Français qu’il avait amenés. Ou se battit d'abord à coups
d’arquebuse ; mais on en vint bientôt à l’arme blanche, et alors cemmença un terrible combat où on ne üt de quartier ni d’un côté ni de l’autre.
Les habitants, mêlés à la garnison et dirigés par Martin Rozzoloet Quilico Spinola, commissaires de la compagnie de Saint-Georges, par le major de ia place Giustiniani, surnomme le Greghetto, par les patriciens génois OhertoSpiuola, Baptiste Casanova et Pantalco Silvago, qui tous payaient de leur personne, opposèrent aux assaillants la plus grande résistance. Ils avaient planté sur le rempart un énorme cruciiix, comme s'ils avaient voulu prouver par là, dit Casoni, qu’ils soutenaient contre les Français la cause légitimedeleur prince et con tre les Turcs la religion et l’interet commun du christianisme. Mais ce qui, au fond, doublait leursforces et leur courage, c'était la conviction où ils étaient qu’il n’y avait de salut pour eux que dans une résistance désespérée. Ils avaient présent à l’esprit le triste sort des habitants de Bunifacio, qui, après s’étre rendus, avaient été lâchement massacrés parles Turcs, et c'était ce même Dragut, qui avait ainsi violé la foi des traités, en la puissance duquel ils allaient tomber, s’ils succombaient; car lesTurcs, étant les plus nombreux, dicteraient nécessairement la loi, et s'opposeraient à la clémence naturelle aux Français.Cette considération soutint tellement leur courage, qu’après trois heures de combat, les Français, ayant perdu beaucoup de monde et voyant qu’ils ne pouvaient avancer, tout cou?
verts de sang et de blessures, songèrent à la retraite.
Ce fut alors le tour des Turcs. Sans donner aux assiégés le temps de respirer, ils montèrent immédiatement à l’assaut, et commencèrent l’attaque avec une ardeur et une impétuosité égale à celle des Français. Mais les habitants les reurent avec une si grande intrépidité et éployèrent tant d’energie qu’ils les obligèrent bientôt à se retirer, laissant un grand nombre des leurs sur la brèche.
Cassim Bassa , effrayé d’une si opiniâtre résistance, donna ordre de démonter l’artillerie et de la nmibarquer.
Les généraux français, surpris d’une telle conduite, furent le trouver, et lui représeutèrent qu’il y allait de l’honneur
CORSE
du sultan et du roi de France de s’emparer de la ville. Mais ils ne purent rien obtenir. Cassim trouva differents prétextes pour se retirer de devant Calvi ; mais il olfrit son concours pour la conquête de Bastia, qu'il estimait plusfacile.
Orsini et Paulin, desespérés d’avoir à abandonner une entreprise aussi avancée, acceptèrent néanmoins les propositions de leurs infidèles alliés; car ils comprenaient que, réduits à leurs propres forces, ils ne pouvaient tenter un nouvel assaut. Ils se dirigèrent donc sur Bastia, et y arrivèrent presqu’au même temps, Orsini ayant pressé sa marche, pour ne pas laisser se refroidir la bonne volonté des Turcs. Paulin débarqua aussitôt son artillerie, et les Français commencèrent à attaquer vivement la ville. Mais ils durent bientôt renoncer à leur entreprise. Les Turcs à l’ancre sur leurs vaisseaux se refusèrent tout à coup à débarquer et à prendre part à l’action. Ils restèrent ainsi spectateurs immobiles plusieurs jours, pendant lesquels ils célébrèrent leur pàque. Puis ils cinglèrent vers l’Afrique, sans prévenir autrement les généraux français.
Les historiens ont donné des explications diverses de cette félonie des amiraux du sultan. Les uns l’attribuent aux sommes d’argent que les Génois leur auraient fait tenir en secret; d’autres pensent que ce fut là une vengeance de Dragut contre l’ambassadeur français à Constantinople , lequel , par son influence, avait fait nommer Cassim Bassa commandant général de la flotte, tandis que cet honneur lui revenait, à cause des services qu'il avait rendus au Grand Seigneur. Quoi qu’il en soit, ce brusque départ obligea Orsini et Paulin à renoncer à tout projet d'attaque : ils levèrent donc le siège de Bastia. Orsini retourna à Ajaccio et Paulin rentra à Marseille.
Dans la guerre de Corse l'alliance des Turcs nuisit aux Français beaucoup plus qu’elle ne leur fut utile. Les Turcs ne se conduisirent jamais envers eux comme de véritables alliés. Ils ne les secondèrent qu a leur fantaisie. Si Draeut poussa vivement le siège de Bonitaccio, s'il s’obstina à prendre cette ville, c’est qu'il y allait autant de sa ré-
putation que de ses intérêts. Il était, en effet, très-important pour lui de prouver à son début quelle était sa puis* sauce, pour frapper l'esprit des populations qu’il aurait plus tard à rançonner. Mais on vit bien, lors de la reddition de la ville , quel prix il entendait retirer de son concours. Lorsqu’il revint pour la seconde fois avec Cassim Bassa, il se conduisit encore en vrai pirate, pillant indistinrtementamis et ennemiset, massacrant ses alliés quand ils étaient en petit nombre. Cette conduite s'explique aisément. Dragut était musulman et corsaire. Ses alliés les Corses-Français étaient, aussi bien que les Génois, les ennemisde sa religion; à ce titre il devait les combattre, et quand il ne trouvait à piller qu’eux seuls, il le faisait, pareequ’il lui fallait bien s’indemniser d'une manière quelconque. Quant aux Corses , leurs idées religieuses et le souvenir des cruautés exercées par les pirates algériens leur faisaient éprouver une invincible répugnance pour cette alliance, qu’ils ne pouvaient accepter comme sincère. Aussi, ne se firent-ils jamais illusion à cet égard , et se tinrent-ils toujours sur leurs gardes, ce qui les empêcha souvent de tomber dans les pièges que leur tendaient ces iniidèles alliés.
La conduite tenue par les Turcs devant Bastia prouva suffisamment aux généraux français qu'ils ne devaient plus compter sur leur assistance, et ce fut aussi la dernière fois qu’on les vitse mêler aux affairesdes Corses. I.eur présence et l'insuccès du siège de Calvi et de Bastia joint à la misère, conséquence naturelle de plusieurs années de guerre , avaient singulièrement refroidi l’àrdeur enthousiaste des populations corses envers la France. Deux provinces, le Nebbio et la Balagne, fatiguées des ravages qu’elles avaient éprouvés et des dangers qui les menaçaient encore, dominéesüu’elles étaient parles villes de Calvi et de Bastia, tirent leur soumission à Gênes. Cet exemple pouvait être imité et devenir funeste aux intérêts français. Le retour de Sampiero vint fort heureusement ranimer les esprits et empêcher les défections qui se préparaient. Sampiero se mit immédiatement à parcourir les provinces, fit faire des rétractations, et réveilla les
L’üNIVKRS.
cœurs attiédis. Pour tenir en haleine ses soldats, il tenta de surprendre Calvi; mais il avait affaire à des ennemis vigilants et nombreux. Après une escarmouche assez meurtrière, il fut obligé de se retirer, et il retourna à Sainte- Marie d’Ornano attendre l’occasion propice pour reparaître sur la scène.
L’heureuse intervention de Sampiero ne rassura pas Orsini. Il voyait bien que les populations corses étaient fatiguées de la guerre, dont elles supportaient tout le poids. La misère était grande et générale. Il fallait nécessairement venir au secours de gens qui n’avaient pu et ne pouvaient encore cultiver leurs champs; il fallait faire au moins ce que faisait Gènes, et empêcher des populations dévouées de mourir de faim. De plus, il était nécessaire de donner aux Corses desgaranties politiques, des institutions, des privilèges, qui les attachassent par la reconnaissance au pays pour lequel ils combattaient. Orsini c'ompritqu’il lui fallait aller exposerau roi de France toutes ces nécessités. Mais avant de partir, il ■voulut que les Corses eux-mêmes formulassent leurs demandes. Il convoqua une consulte à Corte , Ot rédiger les statuts qui devaient être soumis à l'approbation d u roi, et demanda qu’on nommé t deux députés chargés d aller avec lui porter au pied du trône ces humbles remontrances Jacquesde la Casablanca et Léonard de Corte furent désignés pour accompagner. Orsini, qui, après avoir réglé les choses pour le temps de son absence, fit voile avec eux pour Marseille.
Henri II reçut à merveille Orsini et les députés, if accorda sans difficulté à peu près tout ce qui lui était demandé, combla de nouveaux honneurs Orsini, et le nomma son vice-roi dansl’île. Jacques de la Casablanca et Léonard de Corte obtinrent particulièrement pour eux certaines distinctions, et retournèrent dans leur pays heureux du succès de leur ambassade.
A son arrivée, Orsini apprit que pendant son absence les Génois avaient fait d'assez grands progrès, et que certains cantons se trouvaient ébranlés dans leur foi envers la France. Informés par leurs ambassadeurs des bonnes dispositions du roi d'Espagne, les Génois n’avaient voulu
négliger aucune cireonstance qui aurait pu leur être favorable, dans le cas d’une éventualitéquelconque.Ils avaientcherché à se mettre bien dans l’esprit des populations, en leur fournissant les secours dont elles avaient besoin. Dans la prévision qu’à son retour Orsini tenterait contre eux quelque entreprise , ils avaient pris de nouveau à leur solde le comte Lodron,et l’avaientexpédié aBastiaavec peu de troupes, il est vrai, mais lui donnant l'assurance que sous peu il recevrait six mille hommes. I.odron se signala tout d'abord par la prise de plusieurs forts et par l’incendie de quelques villages , ce qui frappa de terreur les popylations voisines de Bastia, qui craignaient non sans fondement de voir renouveler le système de dévastation employé quelque temps auparavant par Spinola.
Dans de semblables circonstances, Orsini sentit qu’il était très-important de faire connaître le résultat de son voyage, afin d’arrêter le mal et de rattacher à la France ceux que les promesses de Gênes auraient pu en détacher. Il convoqua donc une consulte générale au Veseovato. Cette consulte était devenue d'autant plus nécessaire, que la mésintelligence qui régnait entre lui et Sampiero commençait à diviser le parti français, et menaçait de lui devenir funeste.
La consulte eut lieu le 15 septembre 1567, sous la présidence de Sampiero. Orsini y prononça un discours très-habile, dontnousextràyons les passages suivants:
«Sa Majesté a reçu vos ambassadeurs avec la plus grande effusion. File a ensuite examiné vos requêtes et les a fait examiner par son grand conseil, et on leur a fait l'accueilque l’on fait auxdemandes de fils bien-aimés. Sa Majesté, vous a confirmé vos chapitres et vos anciennes lois ainsi que vous le demandiez; elle vous a également accordé vos autres demandes ; et lorsqu’elle ne l’a point fait, elle en a laissé la libredispositinn à moi, son lieutenant général. Cependant elle m’a dit que je ne dusse rien décider d’importantsansconsulterd’abord vos Douze nouveaux et vieux. Vous procéderez donc à leur élection selon la coutume. Vous devez remercier Dieu , mes chers amis, de vous avoir fuit naître à une époque où un roi aussi puissant que le nôtre vous
soustrait au joug de Gènes, qui vous gouvernait avec tant de hauteur. Et que pourrait jamais Gênes contre un si puissant monarque? Aujourd'hui vos affaires sont définitivement réglées. Le roi , pour vous enlever toute espèce de doute et pour ôter en même temps tout espoir aux Génois, a incorporé votre île à la couronne de France , ce qu’il n’a pas voulu faire pour d’autres provinces; et c’a ete une chose véritablement digne de remarque de voir l’accueil unanime qui a été fait à cette proposition par le grand conseil ; exemple peut-être unique en ce genre. Cette incorporation vous attache intimement au royaumede France, et a comme conséquence, que le roi ne peut jamais vous abandonner, à moins qu’il n’abandonnesa couronne. Etcen’est point là tout cequece monarque se propose de faire dans votre intérêt : ayant eu de vous de si grandes preuves de fidélité, et se souvenant des services que vous lui avez rendus dans la présente guerre, il a résolu de dépenser plutôt de son argent dans votre fie que de vous en demander. Ainsi, si vous réfléchissez bien à votre position , vous n’avez aujourd'hui à envier le sort d'aucune des républiques libres; et il n’y a pas un pays en Europe aussi heureux que le vôtre , si vous savez apprécier les bienfaits que vous accorde maintenant votre roi et ceux qu’il est prêt à vous accorder dans l’avenir (1). »
Ce discours, religieusement écouté, produisit un grand effet. Les deux ambassadeurs Jacques de la Casablanca et Léonard de Cortc, présents à la consulte, confirmèrent les bonnes dispositions du roi et de son grand conseil. Orsini obtint ce qu’il désirait. Les esprits se tournèrent alors vers la F rance ; ['enthousiasme renaquit comme aux premiers jours , et les faiblesses qu’engendrent les longues souffrances turent à jamais éloignées.
• Cependant, deux ans ne s’étaient pas encore écoulés depuis cette assemblée solennelle, que les destinées de la Corse changèrent de nouveau , et que ce peuple fidèle, qui ne pouvait être désormais séparé du grand royaume de France , était cédé par son royal pro-
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6* Livraison. (Cobsk.)
tecteur aux Génois, ces dominateurs insolents et cruels, que l’abandon et la lutte devaient rendre à l’avenir implacables dans leur vengeance. On dit que Henri II eut grand regret à la cession de la Corse ; mais qu’il dut néanmoins y consentir, à cause des intérêts majeurs qui l’y obligèrent. Il s'agissait, en effet, d’une paix générale , assise sur des alliances de famille; et Philippe II, roi d'Espagne, qui avait promis son assistance aux Génois, et qui peut-être aussi était jaloux de voir la Corse aux mains des Français, insista pour que cette fie retournât à la république. Le roi de France dut céder. Par un article du traite de Cateau-Cambrésis, il s’engageait à retirer ses troupes de la Toscane et de la Corse. La Corse faisait retour à Gênes, sans que celle-ci pilt rechercher ni inquiéter les partisans de la France, qui devaient être rétablis dans leurs propriétés.
La nouvelle de ce traité se répandit bientôt dansl'ile. Orsini en fut instruit officiellement; niais, soit qu’il espérât que quelque événement politique en empêcherait l'exécutioo,soit qu’il crûtqu’on pourrait faire changer ce qui concernait la Corse, il le tint caché; et lorsqu’on vint lui demander des explications à cet égard, il fut d’avis d’envoyer des députés en France pour s’assurer delà réalité des faits et prier au besoin le roi de changer d’avis.
Cette conduite était pour le moins imprudente; car Orsini savait bien que l’on ne change point ainsi un traité, surtout lorsqu'il tient à des intérêts aussi considérables; et la démarche qu’il conseillait aux Corses ne pouvait servirqu’à irriterencore davantage contre eux ceux qui allaient redevenir leurs dominateurs. Les députés furent très-bien accueillis par le roi , qui ne put que leur confirmer l’existence du traité; toutefois, il les assura de ses intentions bienveillantes, et leur dit qu’il avait expressément stipulé que les Corses conserveraient leurs franchises et qu'ils ne pourraient être molestés en aucune façon; que c’était enfin sous sa garantie que le traité avait eu lieu , et qu'il veillerait à sa rigoureuse exécution.
Les députés retournèrent en Corse,
n’ayant pu faire changer l’état des choses et détourner les malheurs qui menaçaient leur pays. Sur ces entrefaites, arrivèrent J. -B. Griniuldi et Christophe Saoli, commissaires génois, avec mission d’occuper les places au pouvoir des Français. Orsini les leur consigna; puis, avant' rassemblé tout son monde, il s’embarqua h Ajaccio, en compagnie de quelques familles corses qui préférèrent le suivre en France plutôt que de rester dans un pays qu’allaient dominer leurs mortels ert nemis (7 nov. 1 559 ).
En congédiant les ambassadeurs corses, François 11 les avait assurés de sa rovale protection , et leur avait dit qu’il exigerait de la sérénissime république des garanties au maintien desquelles il veillerait. Il envoya en effet a Gènes M. de Boistaillé, son plénipotentiaire, lequel présenta au sénat une note où il exposait : « l°Que beaucoup de Corses s’étant rendus en France, avec leurs familles, parce qu’ils ne se croyaient pas en sûreté sous le gouvernement génois, Sa Majesté le chargeait de prier ces illustres seigneurs de vouloir bien mettre de côté le souvenir des injures passées, de chérir les Corses et de les traiter avec autant de clémence que de justice , conformément aux capitulations; 2° que, d’après les stipulations de la paix, il désirait qu’on rendît leurs biens à ceux qui avaient pris les armes dans la dernière guerre ; qu’on les déchargeât de toute condamnation , et que de ce nombre il désirait que fussent les Fieschi et les Fregoso, auxuels on ferait grâce en les relevant u bannissement et de la rébellion; que s’il s’élevait des contestations au sujet des biens, on dût mettre la chose en justice et nommer pourarbitre un prince comme la république de Venise ou tout autre ; 3° que Sa Majesté ayant reçu de rands services du colonel Smnpiero orso , lequel, avant le commencement de la guerre, avait trois mille écus placés chez des particuliers dp la répu-* clique, aurait pour agréable que leurs seigneuries très-illustres lui fissent faire justice et rendre son argent ; 4U que Sa Majesté désirait que les relations commerciales continuassent à avoir lieu entre ses sujets et ceux de la sérénissime république, et que, conformément aux
capitulations, les prisonniers fussent rendus sine mora (1). »
Cette note , rédigée selon l’esprit du traité et entièrement conforme à la justice, fut acceptée dans toute sa teneur; mais, lors meme qu’elle aurait été conçue dans d’autres termes et qu’elle eût renfermé quelque article onéreux , la république se serait empressée d’y souscrire, tant elle avait hâte de redevenir maîtresse de la Corse , car elle retirait de cette possession profit et honneur.
Les négociants y trouvaient un placement assuré à leurs marchandises; eux seuls avaient droit d’y trafiquer; et quoique le pavs fût pauvre, il consommait néanmoins assez pour qu’ils y fissent d’assez beaux bénéfices. Quant à l’honneur , il était immense pour Gènes.
La Corse était un royaume : sa possession donnait droit aux honneurs souverains près la cour de Rome, et la république marchande se trouvait par là l'égale des monarques de l’Europe. On ne doit donc pas s’étonner si elle désirait si fort ressaisir la Corse en vertu d’un traité stipulé entre deux grandes puissances. Cependant , elle n’y pouvait croire; et, quoique la chose fût formellement écrite dans le traité de Cateau- Camhrésis. quoique M. de Boistaillé eût été envoyé à cet effet tout exprès à Gênes, elle ne se tint pour certaine du fait que lorsque les commissaires qu’elle avait envoyés en Corse lui eurent expédié le procès-verbal de prise de possession.