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CHAPITRE IV

ALPHONSE D’OBNANO CONTINUE LA GUEBKE. — G BOBO ES DOBIA BEM- PLACE FOBNABI. — IL TBAITE AVEC ALPHONSE. — DBPABT DE CB , HERNIEE.

La mort de Sampiero ne mit point lin à la guerre, comme on aurait pu s’y attendre. Son fils, Alphonse, quoique a peine âgé de dix-huit ans, accepta sans hésiter le lourd fardeaude cette succession. Mais il fut facile de prévoirquelle serait l’issue de cette nouvelle lutte. Si Sampiero avec ses grands talents militaires, sa réputation incontestée, ses nombreuses relations à l’extérieur, son influence sur les masses , n’avait pu réussir dans

(l) Casont , t. H , llv. VII.

(a) Les Génois tirent en quelque sorte son éloge par leurs réjouissances extraordinaires S sa mort. Fornari. gouverneur de Corse, et qui réaidait à Ajaccio, n’eut pas plus tôt appris cette nouvelle, qu’il Al tirer tous les canons de la place. On fit des feux de Joie dans les rues , on sonna toutes le* cloches, on distribua des récompenses i> tous les soldats du détachement qui rapportèrent quelques morceaux du corps de ce malheureux. Histoire des révolutions de Cènes de Brcquigny, t. H, llv. IV.

son entreprise, comment son fils, sans précédents, sans ressources d’aucune espèce , pourrait-il tenir au milieu des obstacles sans nombre qu’allait soulever sur ses pas la politique génoise ? Entre un si jeune homme réduit à ses seules forces et la sérénissime république, la lutte ne pouvait être ni longue ni sérieuse ; et si elle dura plus longtemps qu’on ne l’avait prévu, c(est que les populations, dévouées à Alphonse comme elles l’avaient été à Sampiero, voyaient bien au'en lui seul résidait tout espoir de délivrance, et s’y rattachaient avec l’énergie du naufragé.

Reconnu général des Corses par les soldats de Sampiero , Alphonse reçut solennellement ce titre par acclamation du peuple à la consulte d'Orezza. Pendant deux ans encore, il lutta contre les troupes de la république. Une première fois, a Renno, son cousin Delfino remporta un avantage sur un détachement génois qu’il détruisit entièrement, et une autre fois lui-méme fît éprouver, au même endroit, une défaite sanglante au commandant Giustiniani. Malgré ces succès, sa position et celle de ses partisans , au lieu de s’améliorer, devenaient tous les jours plus incertaine. L’intérieur du pays, livré aux dissensions intestines, se partageant en factions Rouge et Noire, se livrait tout entier à sa passion, négligeant pour elle les graves intérêts de la patrie. Le gouvernement génois, charmé de pouvoir ainsi donner de l’occupation aux esprits, encourageait ces dispositions aux discordes civiles, et appuyait tour à tour l’un ou l’autre parti. Cependant, fatigué des lenteurs de la guerre qu'il souteuait en Corse, plus fatigué encore des dépenses énormes qu elle lui occasionnait, il comprit qu’il était de son intérêt de faire cesser une lutte qui, réduite même à de faibles proportions, finirait toujours par lui être très-onéreuse. Le parti de la modération et de la paix triompha dans le sénat; on remplaça Fornari par Georges Doria, auquel on confia des pouvoirs illimités.

Georges Doria, ancien militaire, d'un caractère sage et probe, avait été choisi exprès pour opérer une réconciliation.

Il remplit sa mission avec prudence et bonheur; son premier soin en arrivant en Corse fut de publier une amnistie

igitize

CORSE

générale pour le passé. La guerre avait épuisé les ressources et lassé les cœurs. On avait besoin de repos pour vivre. Des provinces entières vinrent faire leur soumission. Des chefs de parti qui avaient combattu sous Sampiero en firent autant. D’autres, mais en moins grand nombre, restèrent fidèles à leur général , décidés à suivre jusqu'au bout sa destinée. Cet empressement des populations à rentrer en grâce ne laissa uns cjue d’inquiéter Alphonse. Il voyait clairement, parles dispositions peu amicales des uns, par les défections journalières des autres, qu’il serait prochainement réduit à un petit nombre d’hommes dévoués avec lesquels il ne pourrait faire qu'uneguerrede partisans. Georges l)oria comprit parfaitement cette, position ; mais il pensa que si faible que devînt son ennemi , il serait toujours inuiétant et redoutable. 11 résolut alors e l'engager à quitter la Corse, en lui faisant d’honorables conditions. L’évêque de Sagone fut chargé de cette délicate mission. Alphonse consulta ses capitaines ; et comme ceux-ci furent d’avis d’accepter les ouvertures qui étaient faites, il lit remettre à Doria, par maître Simon de Calvi, une note qui renfermait les conditions suivantes:

1° Pardon absolu pour ce 'qui a pu être fait, durant la guerre jusqu’au jour présent, directement ou indirectement par Alphonseetses partisansoupard’autrcs ; 2° faculté de pouvoir s’embarquer pour n’importe quel lieu de terre-ferme accordée aux hommes et aux femmes; 3° liberté de disposer des biens comme on l’entendra , pouvant les vendre ou les faire administrer; 4° retour 5 Alphonse du fief d'Ornano, et si le gouverneur ne peut accéder do son chef à cette demande, qu’il lui plaise s’interposer auprès de la république pour ret objet; 5" que la piève de Vico soit laissée à la libre disposition des contractants jusqu’à ce qu’ils puissent s’embarquer, et que nui ne puisse y venir armé; C" que l’on accorde quarante jours aux contractants pour pouvoirarranger leurs affaires avant de s’embarquer; 7° qu’il leur soit permis d’emmener un cheval par homme et plusieurs chiens ; 8° remise de leurs dettes à ceux qui se trouveraient eu ce moment débiteurs du fisc ; et, quant

6° f.irraison. (Corsk.)

aux autres, qu’il leur soit accordé cinq ans pour pouvoir se libérer vis-à-vis de leurs créanciers, attendu la grande misère qui a existé; 9" (lue l’on mette en liberté François Marie de Corté, la femme et le fils du’ sieur Paul-Louis de Bozi , Chrestien de Saint-Pierre et autres ;

10° qu’on pardonne toutes les injures reçues; 11° que l’on permette aux soldats français de s’embarquer avec les nationaux' (1).

Ces conditions furent acceptées avec de légères modifications par Georges Doria, et des galères françaises étant arrivées sur ces entrefaites au port de Sagone, Alphonse s’embarqua pour la France, avec environ trois cents compagnons qui voulurent partager sa fortune. Arrivé à Marseille, il écrivit au duc de Guise et à Catherine de Médieis pour réclamer leur protection. Il fut très-bien accueilli à la cour, où les services de son père étaient encore présents à la mémoire de tous. Le roi Charles IX lui accorda , ainsi qu’à scs compagnons, des lettres de naturalité, reconnut ses titres de noblesse, et le nomma colonel du régiment corse qu’il prenait à sa solde (1509) (2).

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