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DÉFAITE DE GUILLARDI ET DE PE- TRICONI

Lorsque le séDat, sur l’ordre formel de l’empereur Charles VI, se vit obligé de relâcher les quatre chefs qu’il détenait prisonniers à Savone, il les lit comparaître devant lui ; et, après avoir reçu leur acte de soumission, il leur défendit de rentrer en Corse. Dans les circonstances où ils se trouvaient, les chefs ne firent aucune objection à cet ordre arbitraire; ils consentirent à ce que l’on exigeait d’eux , et quittèrent l’Etat de Gênes. Ceccaldi p >rtit pour l’Espagne, où il fut nommé colonel. Raffaelli alla à Rome, où le pape lui donna la place d’auditeur au tribunal de Monte-Citorio.

Aïtelli passa à Livourne , et y fut bientôt après rejoint parGiafferi, que les Génois avaient voulu s’attacher eu lui assurant une pension.

De Livourne il ne fut point difficile à Giatferi et à Aïtelli de se mettre au courant de ce qui se passait en Corse, et d’y encourager une nouvelle insurrection.

La conduite que le sénat avait tenue à leur égard avait été on ne peut plus ini-

(I) Vlnccns, llist. de la république de G in et. t-ltl, p.84l.

L’UNIVERS

prudente. Les populations, irritées de la violation du traité garanti par l'empereur, irritées plus encore de I arrestation arbitraire de chets -qu'elles aimaient et que l’on avait menaces delà mort, avaient résolu de se soustraire à jamais a une domination aussi tyrannique. Pour quelque temps encore elles dissimulèrent leur ressentiment ; mais dès qu’elles apprirent que leurs chefs étaient en sûreté, elles commencèrent à s’aliter, et se préparèrent à une uou velle révolte. D’un commun accord elles nommèrent pour leur général provisoire Hyacinthe de Paoli, qui avait déjà donné des preuves d'un zèle ardent pour les intérêts de la patrie. Paoli méritait bien la confiance que le peuple avait en lui : poète , orateur, homme d'État, il avait déjà employé les ressources de son esprit au service de son pays , et avait en outre montré beaucoup de capacité militaire dans la guerre précédente. Comme il ne voulait pas supporter seul une aussi grande responsabilité, il s’adjoignit comme collègue un ardent et valeureux patriote de Kostino, Jean-Jacques Castineta, et appela aux armes les pièves de Uostino, d’Orezza et de Casaceoni , que l’incertitude de l’avenir tenait toujours en éveil (janvierl734).

Tandis que les insulaires se préparaient ainsi à recommencer la guerre, le gouvernement génois envoyait en Corse le sénateur Jérôme Pallavicini, en lui recommandant de traiter avec douceur un peuple qu’il savait disposé à venger l’insulte qu’on venait de lui faire. J.e premier soin du nouveau gouverneur fut de s’assurer, par de magnifiques promesses. le concours de quelques personnes influentes des pays avoisinant liastin. Puis, il voulut se rendre maître des hommes qui lui étaient désignés comme les chefs de la conspiration qui se tramait. Alessandrini fut arrêté tout à coup au milieu de sa famille, lorsqu'il ne donnait aucunement lieu à cette mesure de rigueur. Il n'etait pas aussi facile de s’emparer des chefs de l’intérieur. Pallavicini essaya d'employer la ruse. 11 leur écrivit de se rendre à Bastia pour exposer les motifs de leur mécontentement. Ils demandèrent un sauf-conduit, qui leur fut refusé; alors ils virent clairement qu’on en voulait à leur liberté;

et, les soupçons s’étant bientôt changés en certitude, ils se réunirent en consulte à Uostino , où Paoli et Castineta tirent déclarer rebelles et traîtres à la patrie ceux qui se rendraient à Bastia pour traiter avec le gouverneur.

Pallavicini, voyant que l'insurrection prenait consistance, voulut l’arrêter immédiatement. Il savait que les Corses n’avaieul point d’armes, et ii pensa qu’il suffirait d’agir promptement, et avee des forces suffi santés, pour s’emparer des chefs et éteindre d’un seul coup l'incendie prêt à s'allumer. Il expédia à llastino, avec quatre cents hommes, le commandant Guiltardi. Celui-ci divisa sa troupe en trois corps, comme il en avait reçu l'ordre; et, se réservant nue colonne de deux cents hommes , il envoya les autres eu avant. Les Corses étaient instruits de cette marche de l'ennemi; niais, comme ils n’avaient pas d’armes pour l’attaquer a découvert, ils attendirent qu’il se fût engagé dans des sentiers difficiles, et alors se ruant avec impétuosité sur lui, ils l'accablèrent, et le défirent entièrement. Guillardi apprit cette nouvelle, et eut à peine le temps de se renfermer, avec les deux cents hommes qui lui restaient , dans le couvent des franciscains de Rostino : ii y fut immédiatement cerné par les Corses, armés des fusils qu'ils venaient d’enlever aux Génois, et, au bout de quelques heures d'une .vive résistance , voyant qu’il ne pouvait tenir plus longtemps , il se rendit avec sa troupe, qui fut désarmée et renvoyée à Bastia. Le bruit se répandit alors que l’on avait trouvé sur Guillardi une liste contenant les noms des principaux patriotes que la république destinait à la mort; cette nouvelle, vraie ou fausse, produisit la plus grande sensation sur ces populations, tres-portrès a croire a l’implacable animosité de Gênes, et la révolte se propagea dans les pièves environnantes.

Cependant Pallavicini, humilié et furieux delà défaite de Guillardi, réunit les troupes des environs de Bastia pour essayer de nouveau de s’opposer aux progrès de l’insurrection, et expédia le lieutenant Petriconià Ajaccio, pour prendre le commandement de deux cents Grecs qui devaient secourir le ChAteau de Corte : et comme il savait que la nouvelle

CORSE

de la défaite de Guillardi allait parvenir à Gênes, il voulut en prévenir 1 effet, en écrivant en ces termes au sénat :

« Le Deià-des-Monts ne bougera pas « pour ces premiers mouvements. Le « Cap-Corse m’est entièrement dévoué, « à cause de son commerce maritime.

« M. Pierre Casale me répond du Neb- « bio. Mes troupes invincibles tien- « dront dans l’obéissance les parties « qui avoisinent la mer. La garnison de « Corte en imposera à tout l’intérieur « du royaume (1). » Mais cette certitude de stabilité dont il assurait le sénat il ne la partageait pas lui-même ; il savait trèsbien que Paoli et Caslineta poussaient partout à la révolte, et la défaite récente des soldats envoyés à Rostino aurait dû lui faire tenir un langage moins superbe.

Castineta avait connaissance de l’expédition projetée par Pallavicini sur Corte ; il savait que les instructions de Petriconi étaient de passer par le Niolo pour se rendre dans cette, ville. Il se porta donc en toute hétedanscettepiève, et, layant appris que les Grecs, harassés de fatigue, prenaient quelque repos a Campotile, il précipita sa marche, tomba sur eux à l’improviste, en tua un grand nombre, laissa les autres se sauver ; puis, sans perdre de temps, se porta à Corte, au'il serra vivement.

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