CHAPITRE VI
RETOUR DE PINELLI. — IL EST DÉ- FAIT. — ARMISTICE. — PINELLI EST REMPLACÉ PAR RIVAROt.A. — ■ SYSTÈME POLITIQUE DK CE DER- NIER. — POSITION FACHEUSE DES INSULAIRES.
Les nouveaux pouvoirs furent organisés d'après le reglement que nous venons de citer, et les operations militaires recommencèrent ; car les Génois, inquiets des mouvements de la Corse, s’étaient décidés à y faire passer les troupes dont ils pouvaient disposer. EnTavagna, les nationaux remportèrent un avantage signalé sur les troupes de la république; mais ils furent battus quelques jours après par le colonel Lorca et le major Alarcelli, aux environs de Bastia. Ils reprirent bientôt leur revanche en massacrant plus de cinq cents Génois réunis à Biguglia, et en faisant un grand nombre de prisonniers.
Cette victoire releva leursaffaires, qui se trouvaient en bonne voie, lorsque arriva dans l'ile, comme gouverneur général de la république, le sénateur Félix Pinelii, ce même homme dont l'humeur altière avait donné lieu à l’insurrection de 1729.
L’UMVERS.
Le choix de Pinelli, dans les circonstances présentes, était significatif. Personne ne s’y méprit; il ne s'agissait plus maintenant de traiter, mais de vaincre par toutes sortes de moyens. Le nom seul de cet homme inspirait l’épouvante. Il commença par publier un edit dans lequel il enjoignait aux habitants , qu'il appelait rebelles , de venir a Bastia faire acte de soumission à leur souverain légitimé, les menaçant des peines les plus sévères s'ils n’obéissaient à ses ordres. Quelques esprits timides se laissèrent effrayeret se soumirent. Pinelli chercha à corrompre les autres par des promesses et de l'argent, et se ménagea des intelligences eu Tavagna, à Moriani et à Campoloro. Lorsqu'il crut que tout était bien préparé, il envoya un corps de mille hommes pour soumettre entièrement Campoloro; mais avant d'arriver à sa destination cette troupe fut cernée, attaquée et battue à Moriani. A cette nouvelle Pinelli partit lui-même, à la tête de douze oents hommes, pour punir une si grande insolence. Paolt et Giafferi accoururent à leur tour, le mirent entre deux feux, et l'obligèrent à demander grâce, à proposer un armistice de deux mois. Les généraux accordèrent cct armistice, non par générosité, mais parce qu’ils n’avaient plus de munitions ( 24 sept. 1735).
Mais des deux côtesl'arinisticefutmal observé, et on recommença les hostilités dès qu’on le put. La garnison d’Aleria ayant voulu taire une sortie fut taillée en pièces. Pinelli envoya son fils la secourir; mais les nationaux délirent ce jeune homme à Campoloro , et il dut se rendre avec près de cinq cents hommes. Accablé par ce malheur, le gouverneur offrit un nouvel armistice et proposa un échange de prisonniers, ce qui fut accepté (12 novembre).
Le sénat , mécontent de sa conduite, le rappela, et lui donna pour successeurs le marquis Impériale, qui s’excusa, et le chevalier Rivarola, qui se disposa à partir.
Le conseil de la nation crut que le moment était favorable pour traiter de la paix ; scs ressources étaient épuisées; il voyait que la résistance devenait tous les jours plus difticile, et il craignait que sous peu elle ue tilt impossible. Ainsi
pressé, il envoya à Gênes deux députés jwur faire des offres de paix. Mais le sénat rejeta cette proposition trop hautaine, et pressa le départ de Rivarola (I) (4janv. 1*30).
Sans changer le système suivi jusqu’alors, Rivarola s’appliqua beaucoup plus à isoler les insulaires qu'à les combattre. Il défendit tout commerce entre les marchands génois et les nationaux , et lit resserrer le blocus de l’ile par les croisières de la république, de manière que les Corses se trouvèrent bientôt manquer des choses de première nécessité : ils durent faire du sel avec de l’eau de mer, qu’ils faisaient bouillir, et employèrent la moelle des roseaux pour faire des mèches.
Sur cesentrefaites, deux bâtiments débarquèrent a Pile Rousse des munitions de bouche et de guerre. La nouvelle s’en répandit dans l’ile. On ignorait quelle main protectrice jetait ainsi des secours aux nationaux dans leur détresse. Rivarola, qui craignait l’intervention de quelque puissance continentale, fit aussitôt des offres de paix; mais les Corses s’en référèrent aux bases présentées au sénat, et Rivarola ne donna pas de suite à ses propositions.
Les munitions débarquées à Plie Rousse étaient un envoi de patriotes anglais, qui venaient ainsi généreusement au secours d'un peuple combattant pour sa liberté ; elles permirent aux Corses de reprendre les hostilités. Aleria et la Paluaella tombèrent en leur pouvoir. Ils trouvèrent à Aleria quatre canons, qu’ils allèrent planterdevant Bastia. Culvi fut egalement assiégé. Mais les munitions furentbientôt épuisées, et l'on se vit de nouveau sans moyens de pousser la guerre. La consternation devint universelle, et les généraux euxmêmes ne savaient comment ils sortiraientdela situation présente, lorsqu’un événement imprévu et presque merveilleux vint tout à coup changer l’état des choses.
(I) Cambial, t. IU, p. 78.
CORSE