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PROCESSIONS. — COMBATS DE TAUREAUX

En Espâgne,de même que dans le reste de r Europe , les anciens usages tendent à s’effacer. Le goût des voyaes, la facilité des communications fait isparaltre les différences de costume.

En général , on est vêtu maintenant à Madrid de même qu’à Paris ; cependant une partiedes habitants dequelques provinces conserveencore l'habillement pittoresque qui caractérisait autrefois chaque partie de la monarchie. En Andalousie on trouve ces petits maîtres appelés majo*. Les pièces de Beaumarchais ont fait connaître parmi nous oe costume donné par lui à Figaro ‘.

Le majo a la tête couverte d’une rétille ( redezella ). C’est un réseau de III ou de soie quelquefois noire, mais plus souvent d’uue couleur éclatante, dans lequel il renferme ses cheveux et qu’il laisse pendre sur ses épaules- Il porte un large chapeau blanc orné d’un ruban de couleur autour de la forme^ un fichu de soie est attaché fort lâche à sou cou. Son gilet et son haut-de-chausses sont enrichis d’une grande profusion de boutons de métal. Sa veste est ordinairement d'unecouleur tranchante, à grands revers de la couleur du gilet. Enfin, une large ceinture de soie est roulée autour de sa taille.

Le costume de la m'aja est également rempli degtâce; mais il est plus facile de le montrer que de le décrire. Parmi les artistes du règne de Charles IV, don Francisco Goya excelle à peindre les scènes populaire de l’Espagne. C'est d’après undeses meilleurs tableaux qu’ont été copiés les costumes de majas que nous reproduisons *.

Ces costumes dessinent élégamment la taille, et laissent aux mouvements toute la souplesse et toute la légèreté qu'exigent le danses nationales des Espagnols. Autrefois Martial a accusé les

1 Mats il ne faut pas faire comme le dernier éditeur de Beaumarchais, qui , au lieu (l'habiller Figaro en mq/o, dit qu’il est vélu en major !

danses de la Bétique d’être lubriques et lascives. De nos jours on a répété la même accusation contre le boléro et contre le fandango; mais, en vérité, ces reproches ne sont fondés en aucune manière , et les censeurs qui portent ce jugement trop sévère né connaissent pas ces danses, ou bien ils ne les ont vues qu'avec des yeux prévenus.

Le fandango et le boléro s’exécutent à deux , ordinairement au son de la guitare et des castagnettes. Ce ne sont as seulement les pieds qui agissent : les ras, la tâte et tout le corps prennent les attitudes les plus séduisantes. A l'instant où (initia mesure, le danseur doits’arréter dans la posture où il se trouve. S’il est placé d'une manière gracieuse , il est alors bien pararlo 1 (bien arrêté). Cette phrase est devenue proverbiale. Maintenant bien parndo est une expression d’applaudissement, qui ne s’applique plus seulement à la danse, mais encore a tout ce qui peut plaire, à un acte d’adresse aussi bien qu’à une repartie spirituelle.

Les Espagnols aiment leurs danses à la folie; aussi un voyageur a-t-il écrit que si on entrait inopinément dans un temple ou dans un tribunal , en jouant l’air du fandango, quelque grave que fût le but de la réunion , les assistants oublieraient aussitôt leurs occupations pour se mettre à danser. Dans une petite fnblequi est souvent répétéeen Espagne, et qui a fourni le sujet d’un charmant vaudeville français , on raconte que le fandango ayant été accusé de blesser les lois de la" décence et de la pudeur, la courde Rome s’était décidéeà le condamner. Le conclave était réuni pour lancer l’anathème. Un des cardinaux fit observer que pour décider en connaissance de cause, il eût fallu qùë le conclave eût vu exécuter le fandango avant de le condamner. On appela donc des dan-{ seurs espagnols; maiseeux-ci mirent tant i de réserve et de grâce dans leurs mouvements, que tout ie sacré collège se sentit électrisé par leur exemple. En un instant, le pape, les cardinaux se mirent à danser, et le fandango fut déclaré innocent.

Un type moins élégant que le majo, mais qu’on rencontre" plus souvent, est

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le conducteur de mules ( arrière ). Ou fait encore en Espagne presque la totalité des transports et quelques voyages àdosde mulet. Cela tient à la configuration montagneuse du pays et à l'état des voies de communication. Avant Ferdinand VI et Charles III, il n’y avait dans la Péninsule que des routes horribles, où les voitures necirculaientqu'avec beaucoup de peine. GrAce aux travaux que ces princes ont entrepris, on trouve maintenant un fort beau chemin depuis la Bidassoa ', qui sert de limite entre la France etl’Espagne, jusqu’à Cadix. Il circule même sur tes grandes routes quelques diligences; mais c’est une importation toute nouvelle, et avant le ministère de Florida Blanca, il n’existait pas de voitures publiques dans la Péninsule. Presque tout le monde voyageait alors à dos de mulet. Cette manière est encore nsitée par quelques personnes. On peut prendre avec le muletier des arrangements de différente nature. On peut convenir d’un prix à forfait pour toutes les dépenses d u trajet ; ou bien, lorsqu’on désire marcher à petites journées, afin de s’arrêter quand on le veut, on peut louer les mules à raison d’une somme fixe pour chaque journée de marche ou de séjour. Quant aux pauvres gens, ils ont une manière plus économique de traiter. Ils débattent le prix comme s’ils étaient un ballot de marchandises; c’est en proportion du plus ou moins de pesanteur qu'ils payent leur transport. C’est ce qu'on appelle voyager por ar robot.

Les muletiers portent presque toujours une escopette ou bien un tromblon, suspendu à l’arçon de leur selle ; car ils prennent rengagement de conduire le voyageur sain et sauf à sa destination; des armes leur sont donc nécessaires pour le défendre. Ils ne souffriront pas qu’il soit molesté tant qu'il restera sous leur garde. Le muletier auquel vous vous êtes confié se regarderait comme déshonoré s’il vous arrivait malheur pendantque vous êtes sous sa protection. Mais , si vous le quittez pour vous écarter dans la campagne, ou bien si vous souffrez qu'il vous laisse, en prétextant qu’il va prendre un chemin de traverse et que bientôt il vous rejoindra ,

c’est alors que la route devient dangereuse et que les mauvaises rencontres sont à craindre; car il se regarde comme déchargé pour ce temps-la de toute responsabilité.

Le costume ordinaire du muletier se compose d’un gilet sans manches; d'une culotte large, très-courte et sans jarretières. Ses pieds sont chaussés de ces espèces de sandales faites en tresses de sparte qu’on appelle dans le pays alpargâtas ou espartenas. Quelque fois ils remplacent cette chaussure par des abarcas faites en cuir grossièrement préparé. Le muletier n’a pas ordinairement de manteau : il y substitue une pièce d'étoffe de laine rayée , large de deux à trois pieds sur sept de longueur; il la porte le plus souvent sur une épaule d'une façon tout à fait pittoresque

Les couvents, il y a quelques années, inondaient l’Espagne entière de frères mendiants. On ne pouvait pas faire un pas sans en rencontrer qui , tantôt à pied >, tantôt montés sur un âne ou sur une mule 3 , couraient les villes et les campagnes pour exploiter la charité des fidèles. Maintenant ils ont presque complètement disparu. Depuis 1835 les couvents ont étéfermésen Espagne.

Les Espagnols aiment en general les cérémonies publiques. Ils déploient le plus grand luxe dans leurs processions.

Celle, du Corpus Christi à Séville est certainement en ce genre un des spectacles les plus riches qu’il soit possible de contempler * .

S’il est permis de passer du sacré au rofane, parlons maintenant des comats detaureaux.il n’est pas de divertissement pour lequel les Espagnols se montrent plus passionnés. Les Romains étaient contents lorsqu’ils avaient les jeux du cirque et du pain. On a dit des Espagnolsqu’il leur suffisait d'avoir des courses de taureaux et pas de pain. Les taureaux, voilà le spectacle populaire cheràtout bon Espagnol! Lecorrégidor y préside invariablement; et les calese ros (cochers ), manotas ( grise! tes ), les aguadores (porteurs d’eau), dîneront

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* Planche 7!>.

* Planche 76.

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avec une (rousse d'ail et du pain , ou même ne dîneront pas du tout, plutôt que de manquer la course. Trois ou quatre joursà l’avance , les murs de Maurid sont placardés de belles affiches, d'une couleur bien éclatante, qui annoncent au peuple son plaisir favori. On y met la liste des taureaux avec la désignation des pâturages d’où ils proviennent et le nom de leur propriétaire, puis enfin le nom des picadoreset matadores qui doivent se signaler dans la course. Une seule condition est ajoutée aux promesses de l'affiche : c'est que les courses, devant avoir lieu en plein air, il faut que le temps soit beau ; aussi jamais n’omet-on cette formule devenue proverbe : si el tiernpo lo permile.

On ne sait à quel peuple attribuer l’invention de ces combats. Dès la plus haute antiquité les Thessaliens avaient l’habitudede lutter à cheval, dans l’arène, contre des taureaux; et, suivant Pline, ce divertissement fut introduit à Rome par César. La manière dont il avait lieu était tout à fait différente de celle dont on procède maintenant en Espagne. Cependant , il est possible que les courses de taureaux aient été importées dans la Péninsule par les Grecs qui avaient établi des colonies sur les côtes de la Celtibérie, et que le temps ait amené des changements dans la manière de combattre ; peut-être aussi l’origine de cesdivertissements est-elle purement espagnole.

Les taureaux contre lesquels les acteurs doivent s’escrimer sont les plus vigoureux qu’on peut rencontrer et surtout les plus farouches. Des hommes à cheval, armés de lances, vont les chercher dans des pâturages écartés, où ces animaux vivent à l'état sauvage. S’ils étaient seuls, il serait à peu près impossible de les diriger; mais on a soin d’amener des boeufs qui leur donnent l’exemple de la docilité et qui les entraînent a leur suite. Des cavaliers marchent continuellement des deux côtés de ce troupeau; et, à coups d’aiguillons, ils y font rentrer ceux qui cherchent a s’écarter; c’est ainsi qu on parvient à les conduire dans une étable obscure situéesous l'amphithéâtre. D’ailleurs, pour prévenir

‘ > Livre XLV.

Il* Livraison. (Espagne.)

les accidents, et dans la crainte que quelque objet ne les effarouche, on a soin de les faire voyager de nuit. Le plus souvent, c’est dans la nuitmêmequi précédé la course que les taureaux sont amenés. Lorsqu’ils doivent arriver, une foule nombreuse de curieux assiège dés longtemps les portes du cirque afin d’assister à leur entrée et de les voir enserrer dans l’étable qui leur est destinée. C’est là un prologue indispensable de la fête du lendemain. On l’appelle encierro ( enserrement ). Comme on ne paye pas pour y assister, le cirque n'est jamais assez grand pour contenir tous ceux qui voudraient y prendre place. C’est là qu’on juge d’avance le plus ou moins de vigueur que les taureaux montreront dans la lutte, et l'on prédit le, nombre des chevaux qu’ils éventreront.

Il y a des places préparées pour les courses de taureaux dans presque toutes les villes importantes d'Espagne. A Madrid , la ptaza de toros est située à quelques centaines de pas en dehors de la porte d’Alcala. C’est un grand cirque, entouré de gradinsen amphithéâtre; à la partie supérieure est un rang de loges occupées ordinairement par la haute société. Entre l'arène et les gradins inférieurs régne un espace vide de sept à huit pieds de large et séparé du champ de bataille par une palissade assurée de distance en distance par de forts madriers. C’est là le lieu de refuge des toreros. Lorsque le taureau les serre de trop près, ils posent le pied sur un petit rebord ménagé à l’intérieur, et sautent par-dessus la palissade avec une grâce et une agilité merveilleuse.

Il y a enfin une loge pour les autorités et une loge grillée où se tiennent un chirurgien prêt à panser les blessés et un prêtre avec les saintes huiles, pour donner des secours spirituels aux toreros qui pourraient en avoir besoin.

Le spectacle commence ordinairement

f>ar une espèce de promenade autour de a place, où figurent tous les adversaires qui vont lutter contre les taureaux. Ce sont d’abord les toreadores, ou combattants à cheval qu’on appelle aussi picadores. Le rôle de picador , pour lequel il faut à la fois de l'adresse, du courage et de la vigueur, ne passe pas pour avilissant. Autrefois, les plus grands seigneurs

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L’UNIVERS

ne dédaignaient pas de s’y livrer. Leur costume est fort élégant Leurs cheveux, enfermés dans une résille de soie, tombent sur leurs épaules. Leur tête est couverte d'un large chapeau blanc orné de rubans. Ils ont une veste et un gilet collant et quelquefois un manteau à manches flottantes. Autrefois ils portaient des culottes de daim et des guêtres blanches. Mais en Espagne, comme en France, le pantalon a remplacé la culotte. Sous ce vêtement, ils sont garantis par une cuirasse de tôle. Leur lance, garrochon, est un long bâton nerveux et solide, terminé par un fort aiguillon; et, afin que le fer ne puisse pas blesser profondément, il est enveloppé de corde, de manière à ne laisser passer qu’une pointe d’environ trois centimètres.

Leurs chevaux ont les yeux bandés, de peur qu’ils ne s’effrayent à la vue du taureau. Ce sont des victimes dévouées à une mort n peu près certaine ; aussi ne choisit-on quedes rosses: Userait inutile de sacrifier de bons chevaux.

Ensuite viennent les toreros , c’està-dire ceux qui combattent à pied : ce sont les chulos, banderilleros et le matador. Ils sont egalement vêtusen majos.

Quinze mille spectateurs, rangés sur lesgradinsdu cirque, attendent le combat avec une bruyante impatience. On répète les conjectures que l’on a formées d’après les circonstances de [’encierro; enfin, le magistratqui préside à la fête, c’est ordinairement le corregklor, a donné le signal :les fanfares retentissent; on ouvre la porte. Le taureau, qui sort d’un endroit profondément obscur, est ébloui par l’éclat du jour, effarouché par la vue des spectateurs, par leurs cris et par le bruit des fanfares; il bondit dans l’arène et se jette sur le premier ■picador qu’il aperçoit. Celui-ci marche a sa rencontre, la lance en arrêt : au moment où l’animal s’élance pour donner un coup de corne, le cavalier lui pose la pointe de la lance au défaut du col et de l’épaule. L’animal furieux est arrêté par la douleur et par la résistance que lui oppose le bourrelet formé autour du fer. Il recule ou se détourne et va se précipiter sur un autre picador, qui le reçoit de la même manière. Mais si le

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