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CHAPITRE VT

ARRIVÉE DK M. DE MAILIEBOIS, SUC- CESSEUR DE M DE BOISSIEUX. — SES PRÉPARATIFS. — DISPOSITIONS DES GENERAUX CORSES. — PROCLAMA- TION DE M. DE MAILLEBOIS.

Ainsi que l'on l’avait annoncé, M. de Mailiebois arriva en Corse vers la lin de mars 1739. Il débarqua à Calvi avec une partie des troupes qui lui étaient confiées. Son premier soin fut de chercher à connaître le pays où il allait s'engager, d’en étudier les mœurs, et de voir les ressources qu’il pouvait lui offrir; car il n’ignorait pas que l’expédition de M. de Boissieux n’avait été si malheureuse ajue parce qu'il était resté, dans la plus grande ignorance des hommes et des choses de la Corse. Il se trouvait à Calvi depuis quelques jours, lorsqu'on vint lui apprendre qu’un assez bon nombre de nationaux étaient réunis en observation au couvent d'Alziprato ; il voulut lui-même pousser

CORSE

une reconnaissance en ce lieu; et pour inspirer une certaine terreur aux insurgés il ordonna à ses soldats découper les oliviers des territoires de Montemaggiore et de Zilia. Lespaysantf s’opposèrent tant qu'ils purent à cette dévastation; mais ils ne purent empêcher les soldats de l’accomplir, et M. de Maillebois rentra à Calvi n'ayant perdu que peu de monde. Son séjour dans cette ville ne lut pas de longue durée : il en avait vu assez de la Balagne pour s’assurer qu’elle était d’une occupation facile. Il laissa à M. de Villemur le commandement de la ville, et le chargea de faire travailler aux routes, en attendant l’ordre qu’il lui enverrait de marcher à Penneini. Il s’embarqua eusuite pour Saint-Florent, d’où il se rendit à Bastia.

Dans ce court voyage, M. de Maillebois avait jugé, en observant la côte occidentale de Calvi au Cap-Corse, que le point important, pour s'emparer de ce pays, était de s'assurer des défilés qui en commandent l’entrée du côté de l’est, et s’était arrêté à l’idée de s’y essayer toutd'abnrd. Mais à son arrivée à Bastia il dut s’occuperavant tout de remettre un certain ordre dans l’administration, qui était en désarroi. Il fit fortifier la piève au-dessus de Saint-Florent, fit ouvrir des routes indispensables pour le passage des troupes et de l'artillerie, et lit les approvisionnements nécessaires pour la campagne. Les avant-postes des nationaux s’opposaient à ces différents travaux, en inquiétant par de continuelles escarmouches les soldats qui y étaient occupés ; mais ils ne purent les empêcher, et M. de Maillebois se vit bientôt en état de commencer ses opérations. Comme il manquait de fourrages, il voulut aller s’en procurer en Casiuca, et fit construire à Bastia un pont de bateaux, qui fut transporté par mer jusqu'à la Porrajola. Les insurgés, qui avaient été instruits de son projet, avaient pris position aux environs du pont en pierre, dont les accès sont très-difficiles, et ils s’attendaient à remporter une victoire comlète, lorsque M. de Maillebois, qui avait ien prévu leur mouvement, lit jeter son pont de bois à une lieue environ au-dessous de leur position, y fit passer toute sa cavalerie, prit en Casincn les

fourrages dont il avait besoin, et poussa jusqu'à Saint-Pellegrino, où il laissa M. de Larnageavec huit cents hommes.

Cette prudence et cette habileté dans l’exécution déconcertèrent tant soit peu les insurgés, qui s'aperçurent qu’ils avaient affaire a uu homme avec lequel il fallait compter.

Cependant les généraux ne désesérèrent point; pensant que M. de laillebois commencerait son mouvement d'attaque par la Balagne et les Costières, comme avait fait le prince de Wurtemberg, ils portèrent toute leur attention de ce coté. Castinetu et le docteur Paul-Marie Paoli furent chargés de la défense de la Balagne. Hyacinthe Paoli alla occuper Leuto et les Costières, tandis que Giafferi prenait position sur le Golo et se tenait prêt à lui porter secours.

On se préparait ainsi de part et d'autre aux combats. M. de Maillebois ayant, sur ces entrefaites, reçu le reste des troupes qu’il attendait et qui portaient son année à un effectif de plus de douze mille hommes, résolut de marcher à l'enuemi ; mais avant de commencer les hostilités, il voulut encore essayer des voies pacifiques, et publia la proclamation suivante :

» Sa Majesté ayant été informée que « quelques habitants de File , oubliant « ce qu'ils doivent à leur patrie, chérit client à perpétuer les troubles, et que, « pour mieux réussir dans leurs perni- « cieux desseins, ils ont usé de toutes « sortes de moyens pour cacher ou alté- « rer le règlement que Sa Majesté a fait « de concert avec l’empereur pour la « pacification du pays; qu'ils ont même « affecté de répandre que la garantie.

« que Sa Majesté a stipulée en faveur « des Corses n'était ni réelle ni solide ; « elle veut bien attribuer à cette sé- « duction la témérité qu’ont eue quel- « ques habitants de commettre des ac- « tes d'hostilité sur ses troupes; mais « connue en même temps elle ne veut « pas confondre avec les coupables les « geus de bien qui gémissent sous la « tyrannie de quelques-uus de ceux qui r se sont arrogé l’autorité , Sa Majesté « nous a ordonné de faire connaître, r pour la dernière fois, qu'elle n’a d’au- « tre vue que le bonheur et la tranquil-

« lité du pays, et de déclarer derechef « qu’elle se rend formellement garante « et en son nom de l’exécution de tous « les articles qui ont été ou qui seront « réglés par elle pour la pacification « de l’ile; et en conséquence, nous ex- « hortons tous les habitants de prévenir « par une prompte obéissance les mal- « heurs dont ils sont menacés, faisant « savoir que dans le délai de quinze « jours, à compter de la date du présent « avertissement, nous recevrons sous • la protection du roi toutes les com- « munautés et tous les particuliers qui « viendront se soumettre à l’équité de « Sa Majesté; mais que passé ce temps « nous agirons par la force et suivant « les rigueurs de la guerre contre ceux « qui persisteront dans la révolte. »

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