CHAPITRE VII
ENTRÉE DK M. DK MAILIEBOIS EN CAMPAGNE. — SES SUCCÈS EN BA- LAGNE ET DANS LK NEBBIO. — SOU- MISSION DU DEÇA-DESMONTS. — DÉPART DES CHEFS DES INSURGÉS.
Cette proclamation, répandue dans le Deçà-des-Monts, n’ayant produit aucun effet, M. de Maillrhois fixa au 2 juin son entrée en campagne. Son plan était, comme l'avaient prevu les généraux corses, de s'emparer de tout le pays qui se trouve entre Saint-Florent etCaccia, du nord au midi, et entre la mer et le Golo, de l'oue>t à l'est. U se serait trouvé occuper ainsi la Balagne , le Nebbio et les Costières, et se serait par là assuré la soumission de la terre de Commune, qui , voyant l'ennemi si bien placé à sa porte, n’aurait osé résister.
Eli Balagne le maréchal de camp Duchatel commandait en chef et avait sons ses ordres M. de Villemur. Ainsi qu'il en avait reçu l’ordre, il attaqua, le 2 juin au malin, les villages J’ Ar. gno, de Santa- Bcparatsetde Monticello. Castineta, qui détendait ces differents points, opposa une vive résistance; niais lorsqu’il apprit que M. de Villemurs'eiait emparé de Lavataggio et des Cattari il commença à
battre en retraite. Saint-Antonino et le couvent d’Aregno, où s’était renfermé le docteur Paul-Marie Paoli, favorisés par leur position , résistèrent plus longtemps : ils ne se rendirent que le lendemain, lorsqu’ils eurent appris la soumission des autres villages , et fournirent les armes et les otages qu’on leur demanda. En deux jours la Balagne fut ainsi soumise. Dès le2M. Duchatel avait fait prévenir M. deMaillebois du succès qu’il avaitohtenu, et cette nouvelle, répandue aussi parmi les nationaux des Costières, y avait fait sensation.
Les dispositions de M. de Maillebois étaient prises de manière que les nationaux, attaqués le même jour sur les différents points qu’ils occupaient, ne pussent se porter secours mutuellement : tandis que M. Duchatel forçaitles postes de Balagne, les trois divisions aux ordres du maréchal de camp du Bousset, commandant l’avant- garde de M de Maillebois , attaquaient simultanément les Costières par trois côtés différents ; M. de Lussan, avec le régiment de la Sarre, se porta contre le mont de Tenda; le marquis de Crussol, avec le régiment de l’île de France, attaqua les hauteurs de Bigorno; et M. d’Avarey, avec le régiment de Nivernais, celles de Lento. M. de Lussan et te marquis de Crussol, après une première décharge de mousqueterie, forcèrent à la baïonnette le* passages, et s'en rendirent maîtres. Quant à M. d'Avarey, qui se trouvait opposé à Hyacinthe Paoli, comme il éprouva plus de difficulté dans l’attaque, il la suspendit quelques heures pour mieux étudier le terrain. Dans cet intervalle Hyacinthe Paoli apprit que les hauteurs de Tenda et de Bigorno étaient déjà au pouvoir des Français , et qu’ils avaient egalement obtenu des succès en Balagne. Il jugea qu'il ne pouvait opposer de résistance sérieuse, car il allait être attaqué en flanc par M. de Cfussol, et peut-être en queue par M. Duchatel.
Il résolut dès lors de nepointcombattre, et lorsque M. d’Avarey recommença l’attaque, il envoya vers lui le curé de Lento pour proposer sa soumission.
M. d Avarey en avant référé à M. de Maillebois, celui-ci lui donna l’ordre de l’accepter. Le lendemain Hyacinthe Paoli fit faire le dépôt des armes, donna
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les otages, et se retira à Rostino, d’où il fit connaître à Giafferi les événements 'qui venaient de se passer.
Dans sa position, Giafferi ne devait plus songer a combattre ; car il allait être resserré entre les troupes de M. de Maillebois et celles de M. de Lamage, qui occupaient la Casinca; il le comprit parfaitement, licencia une partie des nommes qui étaient avec lui, envoya sa soumission à M. de Larnage, et s'en alla trouver Paoli à Morosaglia.
Le succès obtenu par M. de Maillebois en si- peu de temps lui fit présager qu'il ne tarderait pas à voir toute la Corse pacifiée. En effet, la soumission des deux chefs les plus importants fut d’un salutaire exemple pour ceux oui auraient voulu encore résister, et les populations de la terre de Commune s’empressèrent d’envoyer des députés offrir leur soumission. M. de Maillebois s’avança alors plus avant dans l’intérieur, et se rendit d’abord à Pastoreccia, où il reçut les abbés Zerbi , Astolfi , Rostini, et les deux (ils de Dominique Rivarola; de là il alla au couvent de Morosaglia, où vint le trouver Hyacinthe Paoli avec son jeune fils Pascal. M. de Maillebois accueillit avec déférence et bonté un homme pour lequel il ne pouvait avoir que de l’estime; ils s’entretinrent longtemps ensemble des affaires du pays; et ils convinrent que pour assurer davantage la tranquillité et ôter tout prétexte aux calomnies des Génois les chefs les plus influents de l'île iraient habiter quelque temps l’Italie; qu’on leur délivrerai t des passe-ports, et qu’ils seraient transportés à Livourne sur un bâtiment portant pavillon français. Paoli demanda quelques jours pour prévenir ses collègues et faire ses préparatifs. Peu après, Castineta, ayant appris les arrangements conclus par Paoli, se présenta à Corte, à M. de Mailleb is, et tous les chefs, s’étant bientôt réunis dans cette ville, prirent congé de lui , et allèrent s’embar-
3uer à la Padulella, sur des felouques e Caprara portant pavillon français.
Les Corses qui se résignaient à abandonner ainsi leur patrie pour en assurer le repos étaient au nombre de vingt-deux, parmi lesquels on comptait Hyacinthe Paoli et son plus jeune (ils, Pascal, âgé environ de quatorze ans; Giafferi et
son fils; Castineta et ses frères; don Marc Pasqualini (I).
Le départ des chefs les plus influents et l’apport des armes effectué par les pièves d’Orezza.Bozio, Alesani.Tavagna, Campolaro, Moriani, etc., etc., qui donnèrent aussi leurs otages, assurèrent la soumission du Deçà-des-Monts. Cependant, il resta pendant longtemps encore (les bandes de partisans, à la tête desquelles se trouvaient Félix Cervoni de Soveria, Jules Noël d’Oletta et Muchione de Lento, qui inquiétèrent souvent les Français dans leurs marches , et leur firent éprouver des pertes sensibles. M. de Maillebois mit vainement tout en œuvre pour s’emparer de ces chefs obstinés; mais comme ce n'était là, après tout, qu'un incident peu considérable dans cette guerre, il ne s’v arrêta pas autrement, et passa dans le Delà-des- Monts, où l’insurrection , entretenue par le baron Frédéric de Neuhoff, neveu de Théodore, était toujours menaçante,