CHAPITRE VIII
H. DE MAILLEBOIS VA DANS LE DELA- DES-MONTS. — SOUMISSIONS. — RÉ- SISTANCE DE ZICAVO. — POSITION FACHEUSB DBS Z1CAVESI. — LEUH SOUMISSION.
Tandis que M. de Maillebois était encore à Corte, occupé à arranger les affaires du Deçà des-Monts, il avait expédié à Ajaccio M. de Comeiras, major du régiment de Bassigny, pouryrecevoir les soumissions des pieves du I)ela-des- Monts. La plupart de ces pièves , et entre autres celles de Vico , de Cinarca et d’Ornano , s’étaient empressées de se rendre à l’invitation qui leur avait été faite. Sartène les avait imitées ; et Luc d’Ornano, après avoir fait sa soumission à M. de Comeiras, avait été avec sa famille à Corte la renouveler à M. de Maillebois , qu’il assura de son dévouement , ainsi que de celui de l’Istria , dont il répondait. Mais à côté de ces
fil Paoli et Giaiferi allèrent k Naples, où loua deux furent nommés colonels d’èlal-major. Quant à Cantincla, il passa aussi au service du roi des Deun-Siciles, et fut nomme lieutenantcolonel du rétfment corse qui se formait A lAingnoe pour le compte de ce prince.
L'UNIVERS
lia
populations si bien disposées pour la France, tout Talavo, Carbini, Scopaniène et une grande partie de la Rocca, où se trouvaient le baron de Drost et sou cousin le baron Frédéric de Neuhoff, refusaient obstinément de se soumettre.
Le foyer principal de l'insurrection était au gros village de Zicavo , dont le curé,
Îiartisan fanatique de Théodore, excitait es paysans à soutenir sa cause. M. de IMaillébois, averti par deComeiras de ce qui se passait, résolut d’aller lui-méme essayer de son influence; et, s’il ne pouvait' y réussir, d'obtenir par les armes la soumission.
M’ayant pu , après de nombreux efforts/amener les habitants de Zicavo à se soumettre, et craignant que cet exemple de rébellion ne fût imité par d’autres pièvcs, il se décida à marcher contre eux avec des forces imposantes. Il envoya M. Duchatel, qui l'avait accompagne, occuper Sartène et le couvent de Tallano, pour contenir le centre de la Rocca. Il ordonna à M. de Valence, qui était à Glusoni, d’allerattaquer la Roccade-Verde et le village de Palneca, et ensuite d’aller camper à la Costa, village situé sur la gauche de Zicavo; enfin , à ftl.de Laruage, qui était a Baslehca, d’attaquer la Bocca-di-Lera , où étaient retranches les habitants de Ciamanaece et de 'lasso; tandis que lui-même, parti du couvent de Sainte-Marie d’Ornano, marcherait sur Frassetto pour les prendre en liane.
M. de Larnage força la Bocca-di- Leru l’épée à la main, sans éprouver de grandes pertes, et fut rejoint par M. de ftladlebois, qui descendit avec lui sur les bords du Talavo, et. dla camper en face de Zicavo. M. de [Maillébois expédia alors M. de Larnage ver' IM. de Valence, qui avait opère son mouvement et que celuici trouva a la Costa; il l'inlorina que le général le ch irgeail d’attaquer le 20 au matin la gauche du village, dont M. de Lussan devait attaquer la droite, tandis que M. de Maillébois et lui le prendraient de front. Zicavo fut en effet attaqué d’après ces dispositions; mais il n'uffrit aucune résistance. Ses habitants l’avaient abandonné pendant la nuit, pour se retirer sur la haute montagne de Coscione, et il n'y restait que quelques femmes et quelques vieillards. Le vil-
lage fut pillé, et on incendia les maisons des principaux clipfs, et entre autres celle du curé, qui fut complètement détruite.
M. de Maillébois aurait bien voulu atquer les Zicavesi dans la retraite qu’ils s'étaient choisie ; mais il dut y renoncer, à cause des difficultés que' préseutait l’accès des lieux. Il se borna donc à attendre l’effet que devait produire nécessairement leur séjour prolonge dans un lieu où ils manquaient de tout. Il n’attendit pas longtemps ; la faim se lit bientôt sentir , et if fallut se rendre. Les prineipaux habitants du village, le curé en tête, vinrent faire amende honorable et se soumettre. M. de Maillebois eut des paroles sévères pour le curé, qui avait été le principal artisan de la révolté ; il traita les autres avec humanité, exigea le dépôt des armes et les otages. Le curé, envoyé d’abord dans les prisons d’Ajaecio, fut bientôt après embarqué pour l'Italie, avec quelques autres meneurs. Quant au baron Frédéric, il tint encore quelque temps la campagne, vivant misérablement dans les bois, et cherchant à échapper aux poursuites dont il était l’objet. Plus tard, voyant sa cause désespérée, et étant à bout de ses forces, il fit parvenir sa soumission à M. de Larnage, et demanda des passe-porls, qui lui furent accordés.
Le curé et les principaux partisans de Théodore avant quitté le royaume, la tranquillité se rétablit naturellement.
Cependant M. de Maillébois crut devoir laisser, pendant quelque temps encore, un assez bon nombre de troupes dans ces contrées , sous le commandement de M de Larnage. Il retourna ensuite à Ajaccio, où il s’occupa de l’organisation du régiment que la France prenait à sa solde sous le nom de Royal- Corse , et dont M. de Venee était déjà nommé colonel ; puis il reprit le chemin de Bastia, pour s’entendre a*ec le commissaire génois sur les mesures qui devaient rendre la pacification certaine et durable.
CORSE