‹ EspagneChapitre 133 sur 153 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LES GÉNOIS DEMANDENT DE NOUVEAU DES SECOUES A LA FRANCE. — AR- RIVÉE DR M. DE CUBSAY, A LA TÈTB DE DEUX MILLE FRANÇAIS. — CONCLUSION D’UN ARMISTICE. — DEPART DES TROUPES AUSTRO-SAR- DES. — NOUVELLE PACIFICATION.

L’inquiétude avait été très-grande à Gènes, lorsqu'on}’ avait appris l’arrivée des Austro-Sardes. La république était épuisée, et ne pouvait envoyer de secours. Le peuple se désolait, et criait dans les rues qu’il fallait prier le roi de France d'envoyer tous ses vaisseaux en Corse. Le sénat alla se jeter aux pieds du duc de Richelieu et implorer son assistance ; le danger était imminent, car si les Génois venaient à être chassés de nie, il était fort douteux qu’ils pussent y rentrer jamais. Richelieu eut pitié de Gènes; elle était l’alliée de la France, et il fallait la soutenir : il mit donc deux mille hommes à la disposition du général de Cursay, auquel il ordonna d'aller occuper les places de la Corse.

Les vaisseaux français parurent en

vue de Bastia le jour où Cumiana allait tenter un nouvel assaut. Leur présence suffit pour faire renoncer le général piémontais à son entreprise, et M. de Cursay ne trouva plus les ennemis aux portés de la ville. Son premier soin fut de faire fortifier Bastia et de s'emparer de la Paiudella. Ses troupes firent contre Barbaggio une tentative qui échoua. Bientôt après, Giuliani reprit Nonza, occupée par les Génois, et de Cursay, considérant que la paix générale était assurée par les préliminaires d’Aix-la-Chapelle, crut inutile de pousser plus loin les hostilités, et proposa aux Corses un arimstice sous la garantie du roi de France. Cumiana, qui avait le commandement en chef de l'armée nationale, y consentit. L’armistice n’avait pas de durée limitée : il était subordonné aux événements du continent. Il fixait comme limites aux parties belligérantes le fleuve Tegina : l’intérieur de l’Jle demeurait dans le même état qu’auparavant ( 12 septembre 1748). Les choses restèrent en cet état jusqu’au mois de novembre. A cette époque, les troupes austro-sardes quittèrent la Corse, qui, aux termes du traité de paix signé par les puissances au mois d’avril de cette même année, faisait re tour a la république.

Le roi de Sardaigne s’était empressé quelque temps auparavant de dépêcher Gaffori à ses compatriotes, pour les engager à se soumettre en attendant des jours meilleurs. Ceux-ci, loin de se rendre à cette invitation, adressèrent une demande au congrès de Vienne, pour être affranchis de la domination génoise; et lorsqu'il leur fut répondu que l’équilibre européen s’y opposait ils n’en persévérèrent pas moins dans la résolution de s’affranchir par les armes du joug de la république. Cependant leur position était difficile; car s'ils ne se soumettaient ils allaient avoir de nouveau à combattre les Français, auxiliaires des Génois.

M. de Cursay vit leur embarras, et comme il avait pu, depuis qu’il était en Corse, apprécier la loyauté et le courage de la nation, il s’intéressa vivement à sa cause, et chercha les moyens d’éviter une guerre imminente. Dans une première conférence, qu’il eut à Bigu-

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glia avec les chefs des insurscs, il les amena à accepter la médiation du roi de France; puis, peude temps après, ayant reçu de sa cour une réponse satisfaisante aux dépêches qu'il lui avait adressées , il eut avec les mêmes chefs une seconde conférence à Corte, où il leur exposa les intentions bienveillantes du roi à leur égard, et les détermina è se soumettre a sa propre autorité.

Comme les Corses avaient la plus grande estime pour le caractère honorable de M. de Cursay, ils n'hésitèrent pas à se confier à lui , et lui remirent la place de Saint-Florent, qu’ils avaient occupée après le départ de Cumiana , celle de Corte et les forts de l’ile Rousse et de Saint-Pellegrino. L’intervention de M. de Cursay pouvait être très-utile à la république, et déjà il avait obtenu sans dépense et sans effusion de sang ce qu’elle n’aurait pu acquérir que par de grands sacriGces. Elle devait donc considérer comme très -avantageuse pour elle l'occupation par ses alliés de positions aussi importantes. Il en fut cependant autrement, et, prenantombrage de l'influence qu’acquérait chaque jour M. de Cursay sur l’esprit des nationaux, elle se plaignit au cabinet de Versailles de ce qu'il traitait les affaires de la Corse sans la consulter et sans la faire intervenir. M. de Cursay reçut alors de nouvelles instructions,' par lesquelles on lui déclarait que l'intention au roi était que les Corses retournassent sous la domination de la république. Il assembla aussitôt une consulte à Corte, y exposa les motifs d'intérêt général qui obligeâient Louis XV et les autres puissances à demander aux Corses de se soumettre à la république, et sut tellement captiver la confiance de l’assemblée, que Gaffori, Venturini et Giuliani, se levant spontanément, signèrent une feuille en blanc, et la lui remirent pour qu’il réglât lui-même les clauses de leur soumission.

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