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AUX GÉNOIS

Pascal Paoli , sur qui se portaient alors les espérances de ses concitoyens, était le plus jeune des fils d'Hyacinthe, qui l’avait emmené avec lui en exil, et l’avait elevé dans le culte de la patrie. Heureusement doué par la nature, le jeune Pascal m t à profit les leçons de ses habiles professeurs, et quand il fut appelé en Corse, il était parfaitement propre à entrer dans la vie politique. Il avait alors environ trente ans ; il était d’une haute stature , d’une figure agréable et imposante, et d’une grande élégance de manières ; aux qualités du corps il joignait uu esprit vif et pénétrant, un jugément solide et une rare intelligence des hommes et des choses. A peine sorti de l’école militaire, il avait fait partie d’une expédition dans les Calabres, et s’y était fait remarquer par sa bravoure. Le vieil Hyacinthe avait toujours entretenu son fils aîné. Clément, des succès de Pascal, et lorsque le fardeau du pouvoir devint trop lourd pour lui et pour ses collègues, Clément sut habilement proposer son frère, qui, par cela mémo qu’il avait toujours été éloigné de la Corse, pouvait inspirer plus de confiance aux différents partis et imposer à tout le monde.

Sur l’invitation des chefs du gouvernement, Pascal Paoli se rendit eu Corse au mois de juillet 1755. Un édit de la suprême magistrature, en date du 15 du même mois, puis une délibération de la consulte nationale de Saint-An tome de la Casabianca lui conférèrent le titre de général avec des pouvoirs assez étendus. Paoli refusa d’abord cet honneur, s’excusant sur l’importance delà charge; on lui répondit qu’il y aurait plus de mérite à la remplir : il demanda un collègue; mais on avait fait une trop triste expérience du gouvernement partagé pour en vouloir encore, et on dut encore lui refuser.

Paoli, ne pouvant plus alors décliner l’honneur qui lui était offert se résigna de bonne grâce, et commença à prendre ladirection des affaires. Assisté d’un

conseil d’État consultatif, son premier soin fut de chercher à faire naître la tranquillité, en apaisant les vendette qui désolaient certains cantons. U se mit en tournée à cet effet, s’informa des causes de discordes, ramena les esprits irrités, et parvint, par son éloquence et par la promesse d’une sévère justice, a rétablir la tranquillité perdue. L’application rigoureuse qu’il fit des règlements à ùn de ses parents, qui s'etait rendu coupable d’un meurtre , fut d’un très-bon exemple; et dès que l’on vit que la loi était assez forte pour punir les coupables, on ne songea plus a se faire justice soi-même; les inimitiés diminuèrent, et bientôt même on les vit cesser presque tout à coup.

Rassuré de ce côté, Paoli allait porter son attention sur les autres parties du gouvernement, lorsqu’il en lut distrait par la guerre personnelle que vint lui faire Marius-Einmanuel Matra.

D’une ancienne et très-influente famille de caporaux, Matra avait vu avec peine l’élévation de Paoli au générulat. Il croyait que pour les services qu’il avait rendus comme membre du gouvernement, pour sa bravoure incontestée , et enfin à cause de la noblesse de sa maison, cet honneur lui était réservé, ou tout au moins qu’il aurait pu le partager. Mais la consulte avant déclaré qu’elle ne voulait qu’un chef, et son choix étant tombé sur Paol i , il avait conçu contre celui-ci une haine d’autant plus violente, qu'il pouvait supposer quecette élection avait été faite pour récarter.

Retiré dans son village de la pieve de Serra, il se préparait à la révolte, lorsque Thomas Snntucci d’Alesani, ancien membre du gouvernement, à qui Paoli venait de refuser la grâce d’un coupable, alla le trouver, et lui offrit de lever en sa faveur l’étendard de la révolte contre le nouveau chef. Matra accepta ; Santucci, les Colombani , les Cattoni, les Pauzani et tous leurs adhérents, trèsnombreux depuis le Fiuinorbo jusqu’à Orezza , se réunirent au couvent d’Alesani, et l’élurent pour leur général.

Cette rébellion, arrivant au commencement d’un gouvernement encore mal assuré, pouvait avoir pour Paoli les conséquences les plus fâcheuses; il chercha donc à la comprimer tout de suite. De

L’UNIVERS

Verde, ou i! était, il marcha sur Alesani ; mais Matra, qui était maître des défilés de Cortelloet deCorniale, l’attaqua, lui tua beaucoup de monde, et l'obligea d'abord à se ret rer à Campoloro, puis à gagner la Tavagna en passant par Moriani. Paoli, en attendant les secours qu’il avait envoyé quérir de toutes parts, expédia le capitaine Piazzole, à la tête d'un assez bon nombre de fusiliers, pour s’emparer ducouventd'Orezza; mais encore cette fois Matra, qui occupait ce poste, tailla en pièces les soldats envoyés contre lui , et Piazzole ne se sauva qu’avec peine.

L,a position de Paoli devenait critique. Si son ennemi, moins confiant dans ses forces, se fût porté immédiatement contre lui , il aurait pu être facilement vaincu; il vitledanger,et, cherchant à gagner du temps, il envoya proposer à Matra de suspendre les hostilités et d’en appeler de leur différend à une consulte générale. Matra refusa, persuadé qu’une consulte ne voudrait pas d’un citoven qui recourait aux armes pour se faire nommer général. En attendant, les populations de la terre de Commune, averties du danger qui menaçait leur général, accouraient à son secours. Bientôt Paoli se vit à la tête d’environ trois mille hommes, et il marcha contre Matra , lequel, abandonnant Orezza, se retira successivement à Alesani, en Serra, et enfin à Aleria.

De là , tandis que les paolistes incendiaient ses propriétés et celles de ses amis, il appelait aux armes tous ses partisans de Rogna , de Castello et d’Aleria. Lorsqu'il se crut assez fort, il marcha de nouveau sur Orezza; mais les Ciavaldiui gardaient les défilés, et il ne put pénétrer dans cette piéve. Il essaya une attaque contre le couvent; il fut encore repoussé, et, Paoli étant accouru avec son monde, il dut se replier sur Aleria.

Jusque-là Matra n'avait agi que pour son propre compte; c’était une querelle à vider entre lui et Paoli, un intérêt personnel, augmenté de celui des mécontents, toujours nombreux au'commencement d’une nouvelle administration, et dans un pays où l’indépendance individuelle rendait très-difficile l’application régulicreethomogènedu gouvernement.

La défaite qu’il venait dYprouver, l’in-

cendie de ses propriétés et de celles de ses amis l’exaspérèrent, et le portèrent a demander à un pouvoir etranger la force qui lui manquait. Il s'embarqua donc pour Bastia avec sa famille et ses amis , et alla auprès du gouverneur génois réclamer l'assistance dont il avait besoin pour poursuivre sa vengeance (septembre 1755).

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