CHAPITRE II
GÈNES FOURNIT A MATRA DESSECOUHS EN ARGENT ET EN SOLDATS. — IL EST VAINCU ET TUÉ AU COUVENT 1»E BOSIO. — GÈNES DEMANDE DES SECOUES A LA EBANCE. — ARRIVÉE DE M. DE CASTEIES.
Le commissaire génois, voyant dans ces divisions des nationaux un moyen de rétablir la puissance de la république, fit le meilleur accueil à Matra, et l'engagea à aller lui-même adresser sa demande au sénat. Matra obtint à Gênes tout ce qu’il voulut, et il ne tarda pas à venir à Aleria recommencer la guerre (janvier 1756).
Pendant son absence, Paoli l’avait déclaré rebelle, ainsi queses partisans; et. comme il prévoyait qu’il reviendrait bientôt avec des forces imposantes, il avait pris ses mesures pour le combattre. Dès qu’il futinformédeson retour, il alla camper à Calviani; mais comme il vit que Matra ne bougeait pas, il laissa au camp Valentiniet Piazzole, et s’en alla a Pietra di Verde. Peu après, Matra, ayant reçu huit cents hommes de troupes de Bastia, sortit du fort à Pimproviste avec cette troupe et une assez grande quantité de paysans qu’il avait recrutés, et marcha rapidement sur Verde pour y surprendre.
Paoli. Celui-ci, prévenu du danger qui le menaçait , et ne pouvant opposer de résistance avec le peu de monde qu’il avait, songea à se retirer à Corte, et précipita sa marche de ce côté. Arrive au couvent de Bosio, il pensa que l’ennemi n’oserait le poursuivre jusque là, et qu’il pourrait y attendre en sûreté Valentini, qui devait avoir quitté Calviani pour prendre Matra en queue. Mais à peine s’était-il renfermé dans le couvent qi l’on vit apparaître Matra avec tout son monde ;
CORSE
le couvent fut bientôt cerné de toutes parts, et pour hâter la prise de Paoli on commença à mettre le feu aux portes.
La position des assiégés était on ne peut plus critique. Ils ne pouvaient opposer de résistance à un ennemi dix fois plus nombreux. L’incendie allait gagner l’intérieur du couvent et les étouffer, quand tout à coup on entendit résonner le cornet sur les hauteurs de Sermano et la fusillade s’engager entre les troupes des capitaines VaTentini et Clément, accourant au secours de leur général, et celles de Matra. Le combat fut court et trèsmeurtrier; on dit que Matra y fit des prodiges de valeur; mais ayant reçu un coup "de feu au genou , la terreur se mil dans ses trotqies, qui prirent la fuite, laissant leur capitaine a la merci du vainqueur. Matra, ainsi abandonné, fut achevé d’un coup de fusil : et Paoli, délivré d’un redoutableennemi, fitretomber sa colère sur ses partisans , qui furent jetés en prison ou envoyés en exil ( mars 1756).
L’infructueuse tentative de Matra contrista quelque peu la république , qui en avait espéré un meilleur résultat.
Craignant que le succès remporté par Paoli ne le portât à attaquer les villes du littoral, elle se hâta d’en faire augmenter les fortifications; enfin, comme le bruit s’étnit répandu que les Anglais avaient le projet de s’emparer de quelques-unes de ces villes, elle pria la France d'y envoyer des troupes pour les défendre dans celte éventualité; et la France, qui avait intérêt à ce que les Anglais ne prissent point pied en Corse, 11e se fit pas prier : elle y envoya trois mille hommes sous le commandement de M. de Castries (novembre 1756).