DES COMMISSAIRES AUX CORSES
Sur ce* entrefaites, l’arrivée en Corse d’un visiteur apostolique , chargé par le pape de rétablir l'ordre dans i'administration ecclésiastique, excita au plus haut point la colère des Génois. Depuis longtemps les Corses demandaient au saint-siège d’envoyer un prélat pour remédier aux abus qui s’étaient introduits; mais les Génois avaient, par leurs intrigues, arrête l’effet de cette demande. Cependant Paoli parvint à déterminer Clément XII ; la république s’irrita vivementde cptte atteinte porter à ses droits, et elle publia un édit par lequel elle faisaitdéïense à ses sujets d'obeir à l’envoyé de Rome, et offrait 6,000 écus de récompense à celui qui le livrerait entre ses mains ( avril 1700 ). La querelle entre le pape et la république s’envenima alors au point que le pape menaça de l’excommunier. Kn attendant, monseigneur d’Angelis, évêque de Ségni, le visiteur apostolique envoyé par Home, vivement secondé par Paoli, commença à remettre les choses sur un bon pied, sans s’inquiéter des récriminations et des injures qui lui étaient adressées de Gènes.
De son côté , Paoli poursuivait le cours de ses améliorations; comme les Génois empêchaient pur leurs croisières l'arrivage des marchandises destinées à la Corse, il essaya d'enlever cet obstacle en créant line marine pour les combattre, et offrit des letires de marque au* nationaux et aux étrangers qui voudraient aller en course contre eux ( 20 mai 1760 ). Plus tard, il créa une comrnissiun sanitaire, dont la vigdance rassura las habitants des côtes contre les dangers des debarquements fortuits.
Peu de temps après avoir repoussé une nouvelle attaque des Geuois contre Farinole, il oomineuça à faire battre monnaie ; et comme on manquait d’argent, il lit un appel à tous les vicaires forains, qui lui envoyèrent tous les objets de quelque valeur qu’ils avaient dans leurs églises, ne se réservant que les choses absolument indispensables. Notiza fut relevée,
et un lieutenant de la nation y résida our maintenir le Cap-Corse ( septernre 1760).
Au commencement de l’année suivante Paoli se mit en tournée dans le pays, pour voir par lui-même dans quel état étaient les affaires civiles et criminelles. Sa présence leva beaucoup de difficultés , et il eut à s’applaudir du succès de ses visites. Sous son administration sévère et uniforme les affaires de la nation prenaient une tournure qu’elles u’avaient jamais eue. L’intérieur était pacifié; les tours deGirolato et de l’Imbuto étaient tombées au pouvoir des Corses, et Samt-Pellegrino, bloqué de toutes parts, ne devait pas tarder a être pris; sur mer, les corsaires donnaient la chasse aux bâtiments marchands de Gênes, et faisaient souvent des prises importantes. La république, craignaut que les Corses ne parvinssent, par leurs seules ressources, à s’organiser de manière à rendre sa puissance désormais impossible, décida de traiter avec eux. File expédia, à cet effet, avec pompe à Bastia une commission de six sénateurs pour faire des propositions d'arrangement. L’éditque publia cette commission était très-convenable ; mais les Corses, si souvent trompés, ne voulurent entendre à aueune proposition , et dans deux consultes tenues, le 1 1 et le 14 mai, en Vescovato, ils déclarèrent qu’ils ne traiteraient que lorsque la république aurait entièrement évacué nie. Apresun séjour de quatre mois, les commissaires, voyant l’impossibilité d’arriver à un résultat satisfaisant, retournèrent à Gènes, poury rendre compte de leur mission.