‹ EspagneChapitre 24 sur 153 · DE LA FORCE MILITAIRE · texte numérisé non relu

DE LA FORCE MILITAIRE

Chap. I*r. — Des troupes permanentes.

Chap. II. — Des milices nationales.

Ces deux chapitres règlent d'une manière très-sommaire l’organisation de la Hotte, de l’armée et des milices nationales.

Le litre suivant (titre IX) parle de l'instruction publique plutôt par acquis de conscience que pour la réglementer. Cependant le dernier des articles qui le composent mérite d’être cité.

371. Chaque Espagnol est libre d'écrire, de faire imprimer et de publier ses idées politiques, sans avoir besoin en aucune manière de licence.de révision ou d’approbation antérieure à la publication, sauf les restrictions et la responsabilité établies par la loi.

Le titre X* et dernier s’occupe des formalités à suivre lorsqu'on jugera nécessaire d’apporter quelque modification à la constitution.

Les cortès en rédigeant cette constitution s’étaient appliquées à ménager le clergé : elles avaient prohibe l’exercice de toute religion autre que la religion

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catholique, apostolique et romaine. Néanmoins le clergé se montra peu satisfait de la part d'influence et de pouvoir qui lui était attribuée. Les députés, de leur côté, entraînés par les idées philosophiques qui se propageaient dans la Péninsule, ne tardèrent pas a restreindre les concessions faites au parti ecclésiastique : ils prononcèrent la suppression de l’inquisition. Ces mesures produisirent une vive irritation dans l'esprit des prêtres et des moines, qui, à partir de cet instant, devinrent les ennemis les plus acharnés des institutions nouvelles.

Les députés, tout en s’occupant à discuter le projet de constitution soumis à leurs délibérations ne négligeaient pas le gouvernement de l’État. Le 21 janvier 1812 ils nommèrent une nouvelle regence pour remplacer celle qui avait été installée par la junte générale. Les nouveaux gérants furent Joaquin Mosquera y Figueroa, don Juan Marca Villavicencio , don Inacio Rodriguezde Vivas, et lecomtedel Abisbal. Enlin le 19 mars, tous les articles du projet de constitution ayant été successivement débattus et adoptés, les députés aux cortès et les membres de la régence prêtèrent serment à la constitution nouvelle, qui fut adoptée avec enthousiasme par le peu d'Espagnols qui résistaient encore à Joseph.

6 avril. — Cependant les troupes anglaises, sous la conduite de Wellington, étaient rentrées en Estrémadure; elles avaient mis de nouveau le siège devant Badajoz,et le 6 avril, elles prirent la place d'assaut; les Anglais, qui venaient comme alliés des Espagnols, auraient dû respecter les propriétés , la vie et l'honneur des habitants; ils se livrèrent au contraire à tous les excès imaginables, pillèrent la ville et massacrèrent plus de cent personnes des deux sexes.

I.e maréchal Soult, qui accourait au secours des assiégés, n’arriva que le 8 a Villa-Franea, où il apprit que la ville était prise. Ce revers lut promptement suivi d’un plus grand désastre. Wellington, étant passé de l’Estrémadure dans le royaume de Leon , livra, le 22 juillet, bataille à l’armée du maréchal Marinont, dans les environs de Salamanque. Les Français, qui occupaient les hauteurs

(onnues sous le nom des Arapiles, perdirent dans cette affaire deux aigles et onze canons. Après cette victoire, Wellington, profilant de ce que la retraite de Marinont lui laissait le chemin libre, se dirigea sur Ségovie, etde là sur Madrid. Joseph fut obligé de quitter une seconde fois sa capitale. Les Anglais y entrèrent le jour même de son départ, le 1 1 août. L'occupation de Madrid par l'armée anlo-espagnoleeut pour conséquence d'oliger les Français à concentrer leurs forces ; et dans ce but Soult évacua les quatre royaumes d’Andalousie, se retira versValence, et, apres s’être réuni aux autres troupes que le roi avait amenées , marcha sur Madrid, où il entra le 2 novembre. Il en sortit presque aussitôt pour aller chercher les Anglais, qui se tenaient dans la Vieille-Castille; mais Wellington ne jugea pas à propos de l'attendre : il fut encore une fois rejeté en Portugal. Il eût alors été possible à Joseph d’occuper de nouveau l'Andalousie ; mais les pertes immenses que Napoléon avait souffertes en Russie le eontraignirentàretirer d'Espagneune grande partie des meilleures troupes qu’il y avait envoyées. Il ordonna donc au roi Joseph et à ses généraux de se tenir sur la défensive jusqu’au moment où, après avoir battu les Russes et les avoir forcés à faire la paix, il pourrait envoyer de nouveaux renforts pour reprendre l’offensive. Les Anglais profitèrent de cet affaiblissement; ils firent des progrès rapides; et les Français, dans le but de rassembler encore leurs forces derrière l’Ébre, évacuèrent pour la dernière, fois Madrid, le 28 mai 1813.

Ainsi les vicissitudes de cette guerre de la Péninsule peuvent se résumer en trois périodes bien distinctes : d’abord les F'rançais entrent en Espagne comme alliés et sous le prétexte de porter la guerre en Portugal ; ils éparpillent leurs troupes afin d’occuper a la fois tout le pays ; mais les soulèvements qui éclatent de tous les côtés , la rencontre de Brtieh, la première défense de Saragosse et la défaite de Baylen le.' forcent a reculer et à se concentrer au delà de Èbre. Joseph abandonne une première fois Madrid.

Fin second lieu, l’empereur arrive luimême en Espagne avec des forces im-

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menses. Les Français s'avancent en colonnes compactes;’ ils renversent tout ce qui s'oppose à leur marche; ils culbutent devant eux l’armee anglaise, qui, sans combattre, fuit honteusement pour se rembarquer à la Corogne. Victorieux de tous le-' côtés, les Français s'appliquent à s'établir d’une maniéré plus solide dans le pays. Mais la nécessité de mettre partout des garnisons éparpille encore une fois leurs forces. Chaque général, occupé du soin d’organiser la province qu’il commande, s’en considère presque comme le souverain indépendant. II n’y a plus d'ensemble dans le commandement. Une nouvelle armée anglaise et un nouveau général profitent de cette position : ils attaquent à l’improviste Badnjoz et vont livrer bataille a Marniont sur les hauteurs des Arapiles. Ils sont vainqueurs, et s’avancent jusqu'à Madrid. Joseph est une seconde fois contraint à quitter sa capitale.

Alors le maréchal Soult, pour réunir ses forces , évacue l'And8lousie. U se retire sur Valence, et de là marche vers Madrid, où les Anglais n’osent pas l’attendre. Il les poursuit , les rejette au delà des frontières du Portugal. Pour la seconde fois, l'Espagne est purgée des troupes britanniques. Les Français avaient encore l’offensive, lorsque la désastreuse campagnede Russie vint forcer Napoléon a rappeler d’Espagne une partiedeses troupes. L’arméede Joseph, affaiblie de nouveau par leur départ, est forcée d’abandonner une troisième fois Madrid , qu’elle ne doit plus revoir.

Je suis entré dans peu de détails sur les opérations des troupes réglées : c’est que la véritable guerre n’était pas là; c’est que les ennemis les plus redoutables des Français n’etaient pas ceux qui combattaient en ligne. Si Bonaparte n’avait eu d’autres adversaires que les troupes conduites par Wellington et par les généraux espagnols, il les eût promptement balayés devant lui ; mais à côte de ces armées il s'était formé une inlinité de bandes irregulieres, qui . disséminées sur toutes les parties de l’Espagne , attaquaient les convois , assassinaient les traînards et les soldats isoles , interceptaient toutes les correspondances et contraignaient les Françaisà éparpiller leurs forces pour être à la fois partout. Plu-

sieurs historiens ont attribué à la Romanu l’invention de ce genre de guerre. Mais en réalité laRomana ne mente pas cet honneur. C’est la guerre que les Espagnols ont faite aux Maures pendant huit siècles. C’est la guerre qu’ils feront tpujours lorsqu’on envahira leur territoire ; et le 4 juin 1808 les insurgés de la Catalogne comb.it taient en partisans contre les Français , dans le délité de, Bruch, lorsque là Romana était encore au fond du Danemark. Les Espagnols nommaient ces corps de partisans des guerrillas et ceux qui les composaient des guerrilleros. Quant aux généraux français, ils disaient que ces bandes irrégulières n’etaient qu’un ramassis de brigands et de factieux. Cette opinion était injuste ; car on trouvait parmi ces hommes un grand nombre d’individus qui n’obéissaient qu’à l’amour de leur pays. Ils ne combattaient que pour sou indépendance. Cependant, ii ne faut pas, comme l’ont fait les auteurs espagnols, déifier en quelque sorte tous les guerrilleros. Leurs bandes se recrutaient dans toutes lesclasses de la société. On y trouvait des artisans, des laboureurs; mais elles renfermaient aussi des contrebandiers, des voleurs de grand chemin, qui mettaient au service de la patrie l’expérience ctlavigueuracquises dans l’exercice de leur vie criminelle. On y voyait des vagabonds, des moines défroqués, qui , ne pouvant plus subsister d’aumônes arrachées à la charité publique , s’enrôlaient dans ces troupes pour vivre de pillage. On comprend que des bandes ainsi composées étaient disposées à se porter à tous les excès. Aussi, n’est il pas desupp.ices qu’elles n’aientfaitsuhir aux prisonniers qui tombaient entre leurs mains. On rencontrait souvent les cadavres de ces malheureuses victimes mutiles de la plus horriblemanière. Les soldats français, quelquefois même leurs officiers, exaspérés par ces actes de cruauté, se livraient à de terribles représailles; et la guerre avait pris un caractère inouï de férucité. Néanmoins, quelques chefs de ces bandes acquirent par leurs exploits unejuste célébrité.

Don Juan Martin Diaz, surnommé ei Empecinado \ fut un de ceux qui firent

(I) El Empecinado : ce mot signifie Cou-

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te plus de mai aux Français. Ce fut lui qui organisa la première guerrilla. L’exploit par lequel il débuta dans cette glorieuse carrière consistas se saisir d’une estafette de l'empereur, qu’il présenta au général anglais Moore.

Encouragé par ce premier succès , il sut bientôt se rendre redoutable. Tandis que presque tous les autres partisans combattaient dans des pays de montagnes, où la retraite est facile, et où il est aisé de cacher sa marche, il avait choisi pour théâtre de ses expéditions des campagnes qui ne présentaient pour ainsi dire aucun abri. C’était aux environsde Madrid , et même jusqu'aux portes de la capitale, qu'il venait fairede hardis coups de main, sans que les généraux qu’ou lui opposait pussent jamais parvenir à l’atteindre. Aussilôtqu’ilse sentait poursuivi par des forces supérieures il savait disparaître au milieu de ces plaines, bien qu’elles semblassent n’offriraucune retraite. Cependant V Empecinado ne fut pas a l'abri de tout revers : dans une ren--' contre qui eut lieu le 7 février 1812, à Rebollar de Sigüeiiza. il fut battu par le général Oui ;il éprouva une perte de 1 ,200 hommes. Il s'en fallut peu qu’il ne tombât au pouvoir des Français; il ne leur échappa qu’en se laissant rouler au bas d’un précipice. Cet échec fut attribué à la trahison de son second don Saturnino Albuir, surnommé el Manco ( le manchot ). On ne sait jusqu’à quel point cette accusation est fondée ; mais ce qui est certain, c’est que don Saturnino prit bientôt parti pour les Français: ilorganisa une guerrilla pour combattre celle de son ancien commandant; mais sa bande, réunie sous le nom de Contraempet inadon, n’obtint aucun succès. A la première occasion, les hommes qui la composaient désertaient avec les armes qu’on leur avait coudées, et allaient rejoindre les insurgés.

Au reste, il ne laut pas croire que tous les guerrilleros aient été des héros insensibles a la tentation de servir le roi Joseph. Plusieurs, el des plus célèbres, furent eu négociation pour se soumet-

vnrt Je poix. C'est un sobriquet donné par les paysans d une partie de In Vieille-Castille aux hululants du village (le Cnslrillo, ou I). Jur.u Martin est né. Cela >ienl de ce que les terres de celte localité sont noires et gluantes comme de la poix.

tre; mais soit par trahison, soit par impéritie, Offaril, qui était ministre de la guerre, li t a vorter toutes ces ten tati ves de pacification. Joseph, pour attirer à son parti des officiers espagnols, avait décrété que tous ceux qui entreraient a son service y conserveraient les grades et honneurs dont ils étaient en possession. Il savait bien que partout , et en Espagne plus encore que dans aucun autre pays, ou est sensible à l'avantage d’appartenir au gouvernement. Il avait calculé que les ofliciers nommés par les juntes ne tarderaient pas à se rallier à son parti, aGn de voir sanctionner par un gouvernement régulier desgrades gagnés au milieu de l'insurrection et des émotions populaires. Ce décret était fort sage mais, lorsqu'il fut question de l’exécuter Offaril ne voulut reconnaître comme légalement acquis que les grades dont les ofliciers étaient en possession avant l’invasion française. De cette manière tous les chefs de guerriilas, qui le plus souvent s’etaient eux- mêmes donné leurs grades, ou qui avaient été élus par leurs compagnons d’armes, tous les ofliciers qui avaient grandi par suite delà guerre contre les Français, aimèrent mieux continuer la lutte que de renonceràdes recompensesjustement acquises sur lechampde bataille Par cette interprétation maladroite ou perfide, Offaril lit au prince qu’il servait bien plus de tort que s’il l’eüt ouvertement combattu.

Un autre chef de guerrilleros moins célèbre que l’Empecinado prit aussi les environs de Madrid pour le théâtre de ses exploits. Ce fut Juan Palarea, surnommé el Medico ( le médecin ). Né à Murcie, de parents pauvres, Palarea sortit par son intelligence et par son travail de la classe où sa naissance l’avait lacé, llfit d'excellentes études, etemrassa la profession de médecin, qu’il exerçait à Madrid quand les Français envahirent l'Espagne. Alors il courut aux armes. Doué de beaucoup d’activité, connaissant parfaitement le pays et profitant des relations étendues que sa profession lui avait procurées, il organisa une guerrilla et se mit à parcourir avec sa troupe les environs de Madrid et les deux Castilles, où il n’était connu que sous le surnom de el Medico. Lors-

que les événements forcèrent, à plusieurs reprises, Joseph d’abandonner Madrid , les guerrillas de Palarea et de l’Empecinadô furent toujours les premières à proliterde cette retraite. Elles entrèrent dans la capitale longtemps avant que les troupes réglées s’en fussent approchées Palarea reçut du prince régent d’Angleterre, par les mains de Wellington, un sabre d'honneur, « en « témoignage d'admiration pour sa va- « leur et pour sa constance. »

D Juan Diaz Porlier, surnommé el Marquesitode petit marquis), était né à Carthagène d’Amérique. Il fut élevé par sou oncle, le marquis de Bajamar. Il avait commencé par servir dans la marine, et il s’était trouvé au combat de Trafalgar; mais dès que la guerre eut éclaté entre la France et l’Espagne il quitta le service de mer. Il se signala par quelques actions heureuses qui lui valurent le grade de colonel. Il préféra ensuite former uneguerrdla, etse maintint dans les Asturies malgré tous les efforts d’une division française commandée par le général Bonnet. Ses succès dans cette partie de ta Péninsule lui firent conférer par la régence le titre de capitaine général des Asturies.

Il y avait des guerrillas dans toutes les parties de l’Espagne; et si nous passons des Asturies dans la province voisine, dans la Galice, nous y trouvons don Pablo Morillo- Dans sa jeunesse, don Pablo avait été berger. Mais il avait de bonne heure quitté la vie des champs, et il s’était enrôlé dans la marine. Il se distingua à la journée de Trafalgar. Il était sur un vaisseau dont une bordée ennemie emporta le pavillon 11 se jeta à la mer pour aller le chercher, et le rapporta à son bord. Cette action intrépide attira sur lui l’attention de ses chefs.

En 1808 Morillo prit parti parmi les insurgés de ra Galice, et parvint bientôt au commandement de sa guerrilla. En mars 1809 il investit avec sa bande la placede Vigo,qui, n’ayant pour garnison que des employés d'administration et des soldats convalescents, fut promptement réduite aux dernières extrémités.

Cependant, le commandant français refusait obstinément de se rendre à un simple tlief de partisans. 11 ne voulait

traiter qu’avec un officier dont le grade fût au moins égal au sien. Morillo Vhésita pas à se nommer lui-méme colonel, à en prendre les insignes , et c’est ainsi qu’il entra dans Vigo. Morillo, conlirmé par le gouvernement insurrectionnel d'Espagne dans le grade qu’il s'était arrogé, fut bientôt promu a celui de brigadier, puis à celui de maréchal de camp.

En Estrémadure, sur les confins du Portugal, don Julien Sanchez, qui était simple soldat en 1808, se mit à la tête de quelques-uns de ses camarades ; sa guerrilla fut d’abord peu nombreuse , mais il reçut des Anglais de l’argent, des armes et des secours de toute espèce, en sorte que sa bande devint bientôt redoutable.

Dans le royaume de Valence un moine franciscain s était mis a la tête des insurgés; c’était le père Nebot, surnommée/ Frayle. Né è Castcllon de la Plana en 1778, il s’était fait moine; mais lorsque le général Suchet entra dans le royaume de Valence il organisa une guerrilla qui fit beaucoup de mal aux Français; car Nebot unissait à beaucoup d’intelligence et d’activité un caractère cruel et vindicatif. Il ne connaissait ni le droit des gens ni les droits de l’humanité.

Il avait coutume de dire que lui , Napoléon et le commandant de Valence , M. de Humfort , étaient trois diables, mais que lui était le pire des trois.

La Catalogne, la Navarre et l’Aragon servirent de théâtre- aux exploits des deux Mina. Xavier Mina étudiait à Logroëo lorsque les Français entrèrent en Espagne: il prit aussitôt les armes, réunit quelques partisans, se mit à leur tête, et commença à se rendre redoutable aux détachements français.

Cependant le sort ne le favorisa "pas longtemps ; il fut fait prisonnier et conduit en France. Son oncle Espoz , qu’il avait appelé auprès de lui, se mit alors à la tête de la guerrilla. il acquit bientôt les connaissances nécessaires à un bon général; et parmi les guerriers qui ont pris part à la guerre de la Péninsule , il n’en est pas dont le nom soit plus populaire que celui de don Francisco Espoz-y-Mina. Un des faits d’armes les plus remarquables de ce chef fut l’attaque d’un convoi auprès de Salinas et

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d'Arlabon. Ce convoi conduisait en France un grand nombre de prisonniers espagnols; et il était protégé par une escorte de deux mille bommes; néanmoins Mina parvint à s’en emparer.

Ses succès furent aussi mêlés de nombreux revers. En 1812 le général Pannetier le surprit à Robrès. Mina se vit cerné dans la maison où il était logé : il en défendit vigoureusement l’entrée, n’ayant pour toute arme que la barre de la porte, jusqu’à ce que quelques-uns de ses compagnons fussent venus le dégager et se fussent dérobés avec lui aux poursuites des assaillants. Il fut encore, la même année, mis, à Sangüeza, dans une déroute complète par les généraux lteille et Caffarelli ; mais on ne put l’empêcher de tenir la campagne, même après cette dernière catastrophe.

La Biscaye eut aussi ses guerrilleros.

Don Gaspar Jaureguy y Jauregui, né dans la province de Guipuscoa, fut berger jusqu’en 1808; aussi le surnom de t'asior lui est-il resté. Lors de l’invasion il se mit à la tête de quelques campagnards, dont le nombre s'accrut rapidement. Il parcourut surtout les gorges de la Biscaye, où il enleva plusieurs convois. Il fut secondé dans l’organisation de sa guerrilia par don Anselmo Acedo.

Celui-ci était sergent à l’époque où les Français envahirent l'Espagne. Il reçut le commandement d'un des bataillons que la Biscaye mit sous les ordres du Pastor, dont il devint le conseil et l'ami.

Don Francisco Thomas Longa, né à Malla-Via, en Biscave, était ouvrier forgeron au village de la Puebla de Arganzon. Une intrigue galante l’ayant forcé à quitter la forge où il travaillait , il embaucha quelques individus, avec lesquels il battit, pendant quelque temps, le pays, jusqu’à ce que sa bande fût assez accrue pour qu'il pût en faire agréer les services à I autorité.

Il était surtout redoutable pour les petits détachements, ou pour les militaires isolés, qui s’engageaient imprudemment dans les défilés de la Biscaye.

Caché dans un ravin , ou protégé par quelque pli de terrain, il dirigeait sur ceux qui passaient à sa portée un feu de mousqueterie qu’il n’interrompait, s’il était forcé à la retraite, que pour se

réfugier sur des rochers inaccessibles.

Il faut dire aussi un mot du curé Mérino. Ce prêtre, oubliant que son ministère est un ministère de paix , se mit à ia tête d'une bande, qui pendant la guerre de l’indépendance parcourait les campagnes de Burgos. Il fut promu au grade de colonel ; et il en portait les insignes sur ses vêtements ecclésiastiques.

Voilà quels furent les plus célèbres guerrilleros ; et l’on peut dire que sans eux l’Espagne eût été infailliblement soumise; leurs bandes, d’une excessive mobilité, se trouvaient en force partout où passait quelque détachement isolé, partout où il y avait quelque convoi à surprendre; mais elles disparaissaient aussitôt qu'on se. mettait à leur poursuite. Elles interceptaient toute communication entre les divers corps de l’armée française. Elles assuraient, au contraire, les communications des armées anglaise et espagnole; elles éclairaient leur marche, couvraient leurs mouvements. Aussi Wellington ne s'est montré qu’à moitié juste à leur égard lorsqu'il aécrit dans un de ses rapports : « Les guerrillas opèrent avecune grande « activité sur tous les points de l'Espa- « gne, et bon nombre ae leurs dernières « tentatives contre l’ennemi ont eu un « plein succès. » Pour rendre un entier hommage à la vérité, il aurait pu dire : « Les guerrillas ont préparé , assuré la victoire; les troupes réglées l’ont recueillie. >■

L’intention des Français en évacuant Madrid avait été de conserver la ligne de l’Èbre; mais il ne leur fut bientôt plus possible de garder celte position.

Ils se retirèrent dans les provinces barques. Le 20 juin 1813 ils s’arrêtèrent à quelque distance de Vittoria. L’armée française était considérablement diminuée. Des corps nombreux en avaient été détachés pour escorter les convois qui rentraient en France, ou afin de poursuivre les guerrilleros, par lesquels on était harcelé. Enfin on était encombré de bagages.TousIes Espagnols qui s’étaient compromis en embrassant la cause du roi Joseph suivaient péniblement l’armée, emmenant avec eux leurs femmes, leurs enfants, et emportant tout ce qu’ils avaient pu mobiliser de leur fortune. Les géné-

raux et même de simples officiers traînaient avéc eux le butin qu’ils avaient fait dans cette guerre.

Au contraire l’armée des Anglo-Espagnols , sans compter les troupes de don Pablo Moriilo, de Giron et celles des guerrilleros quis'étaient réunis à elle, s’élevait à plus de soixante-cinq mille hommes. C’est en présence de ces forces ue Joseph, ou plutôt le maréchal Jouran, qui commandait en son nom, commit la faute de s’arrêter dans une position facile à tourner. Il plaça en arrière de son année l’immense convoi qu'il traînait avec lui, sans veiller à sa sûreté, sans rien faire pour assurer ses derrières. Le 21, au point du jour, l’armée anglo-espagnole attaqua les Français.

Bientôt elle parvint sur leurs derrières, et une division anglaise vint occuper le chemin de France. Alors ce ne fut plus une bataille, mais un pillage. Les alliés prirent le parc d’artillerie et toutes les richesses que les Français traînaient à leur suite. Ce fut pitié de voir les femmes, les enfants qui se retiraient avec l’armée obligés de fuir à pied, appelant l’une son mari, l’autre sa mère, qui étaient égarés ou qui étaientrestés prisonniers. Tous fuyaient en désordre par la route de Pampelune, que les alliés n’avaient pas occupée ; et au milieu de cette déroute ce fut un grand bonheur que les guerrilleros se fussent pour la plupart réunis à l’armée anglo-espagnole; car s'ils se fussent trouvés dans lesgorges par lesquelles on se retirait, les Français, qui n’avaient pas sauvé un caisson, n’àuraient pas trouvé une cartouche pour se défendre; pas un d’entre eux n’eût revu la France. Les nouveaux preux auraient eu le sort des paiadins de Charlemagne; mais la colère de Dieu avait frappé la France avec assez, de sévérité ; elle ne voulut pas l’affliger par cet immense desastre : la route se trouva libre, et Joseph put se retirer en France par le défile de Roncevaux.

Suchet occupait encore le royaume de Valence; il venait même de forcer à se rembarquer une expédition de troupes anglaises et siciliennes commandée par le général Murray, qui avait pris terre sur la plage de Salaou. La nouvelle de la défaite de Vitoria et de laretraite du roi Joseph en France le déterminèrent à évacuer Valence et à se retirer

sur l’Èbréen laissant des garnisons dans quelques forteresses qu’il lui paraissait important de conserver.

Napoléon, en apprenant la déroute de Vittoria, fut transporté de colère; et comme il l’attribuait, peut-être avec raison , à l'impéritie de Joseph et de Jourdan , il les priva tous deux du commandement, et nomma pour leur successeur le maréchal Soult, sous le titre de lieutenant de l’empereur en Espagne. Celui-ci fit d’inutiles efforts pour secourir Pampelune et Saint-Sébastien, assiégés par les Anglais et les Espagnols; il ne put empêcher ces deux villes d’être prises. Dans la dernière les Anglais commirent toutes les horreurs qu’il est possible d’imaginer ; ils massacrèrent {es habitants, violèrent les femmes et incendièrent les maisons.

La plus grande partie de l’armée française avait repassé la Bidassoa; quelques places de la Catalogne restaient seules au pouvoir de l’armée de Suchet, lorsque Bonaparte, forcé par les circonstances malheureuses ou il se trouvait , crut devoir rétablir la dynastie des Bourbons sur le trône d’Espagne.

FERDINAND VII FAIT ON TRAITÉ AVEC L’ EMPE- REUR. — CA RÉCENCE ET LES CORTÈS REVI - SENT DE LE RATIFIER. — PROTESTATIONS 110 PARTI ANTI RÉFORMISTE. — FERDINAND RE- POSE DE JURER LA CONSTITUTION , ET DISSOUT LES CORTÈS J IL ENTRE A MADRID.

Napoléon, attaqué à la fois par toutes les puissances de l’Europe, essaya de détacher l’Espagne de cette ligue. Il aurait vouhi assurer sa frontière des Pyrénées en rendant à Ferdinanil VU la liberté et la couronne. Il commença donc par adresser à ce prince, toujours détenu à Valençay, une lettre qui lui fut portée par le comte de Laforêt. Elle était ainsi conçue :

« Mon cousin, les circonstances où « se trouvent actuellement mon empire « et ma politique me font désirer d'en « finir une bonne fois avec les affaires « d’Espagne. L’Angleterre y fomente « l'anarchie et le jacobinisme ; elle es- « saye d'anéantir ia monarchie et de dé- <■ truire la noblesse pour établir une « république. Je ue puis m’empêcher Ue « regretter extrêmement la destruction « d’une nation si voisine de mes Liais,

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« et avec laquelle j’ai tant d'intérêts inaa ritimes et communs.

« Je veux donc ôter à l’influence an- « glaise toute espèce de prétexte , et ré- ■ tablir les liens d'amitié et de bon voi- « siuage qui ont existé si longtemps « entre les deux nations.

« J’envoie à Votre Altesse royale le « comte de Laforét, sous un nom supo posé, et Votre Altesse peut avoir con- « fiance à tout ce qu'il lui dira. Je dé- « sire que Votre Altesse soit persuadée « des sentiments d'affection et d’estime « que j’ai pour elle.

<> Cette lettre n’etant à autre lin , je « prie Dieu, mon cousin, qu’il ait Votre « Altesseen sa sainte garde...

« Saint-Cloud, 12 novembre 1813.

« Votre cousin , Napoléon. »

Ferdinand fit d'abord quelques objections contre le traité que lui proposa le comte de Laforét. Il répondit qu'il lui serait difficile de rien faire sans l’assentiment de la nation espagnole, représentée par la regence. Néanmoins le désir de recouvrer la liberté et de monter sur le trône l’emporta bientôt sur ces scrupules ; et le 8 décembre un traité fut conclu entre l’empereur et Ferdinand VII. Voici sommairement quelles en furent les principales dispositions :

A l’avenir il y aura paix et amitié entre Ferdiuaud VII, reconnu comme roi d’Espagne et des Indes, et sa majesté l’empereur. Toutes les hostilités cesseront. Les places occupées par les Français en E-pagne seront remises à Ferdinand VII, qui, de son côté, s’engagea maintenir l'intégrité du territoire espagnol et a eu faire sortir l’armée britannique.

Une convention militaire devait être conclue entre un commissaire espagnol et un commissaire français pour que l’évacuation des provinces espagnoles occupées par les Français ou par les Anglais fdt faite simultanément.

Tous les prisonniers devaient être respectivement rendus.

Tous les Espagnols qui avaient été attachés au roi Joseph devaient être réintégrés dans leurs honneurs , droits et prérogatives. Tous les biens dont ils avaient été privés devaient leur être rendus.

Sa majesté catholique et J’ernpereur s’engageaient réciproquement à maintenir l’indépendance de leurs droits maritimes, conformément aux dispositions du traité d’Utrecht. Il devait être conclu un traité de commerce entre la France et l’Espagne.

Enfin Ferdinand s’engageait à faire payer à Charles IV et à la reine une pension annuelle de 30,000,000 de réaux.

A la mort de Charles IV, une pension annuelle de 8,000,000 de reaux devait former le douaire de la reine.

Ce traité devait être soumis avant son exécution à la ratification de fa régence.

Ferdinand VU chargra le duc de San- Carios de le porter en Espagne et de le faire ratifier. Puis quelques jours plus tard, craignant que cet envoyé ne toinii.it malade ou qu’il rencontrât des obstacles en chemin, Ferdinand VII envoya en Espagne avec la même mission don José Palafox. Depuis la capitulation de Saragosse Bonaparte avait retenti ce général prisonnier au château de Vincennes. Il l’avait envoyé à Valençay, seulement depuis que des négociations avaient été ouvertes pour la mise eu liberté de Ferdinand.

Le duc de San-Carlos arriva à Madrid le 4janvier. La regence ne s’y était pas encore rendue. Les cortès extraordinaires qui avaient voté la constitution, après s’étre occupées encore de diverses dispositions organiques, avaient clos leur session le 14 septembre 1813; mais la fievre jaune ayant commencé à sévir à Cadix, la régence eut la pensee de s’éloigner. Le peuple de Cadix murmura en apprenant que les chefs du gouvernement se disposaient à l'abandonner au moment de ce nouveau danger. La régence, effrayée par ces clameurs, demanda à la députation permanente de convoquer de nouveau les cortès extraordinaires, qui le 16 septembre, deux jours seulement après avoir clos leur session , se réunirent de nouveau. On discuta sur l’opportunité qu’il y avait h transporter lesiege du gouvernement dans un lieu qui ne fût pas infecté par l’épidémie. On ne décida rien. On laissa aux cortès ordinaires, qui devaient se réunir le 26 septembre , le soin de trancher la question ; mais pendant cet ajournement le fléau Ot de cruels pro-

Digi

grès; vingt membres de l’assemblée périrent victimes de cette imprudente temporisation, et les cortès extraordinaires se séparèrent de nouveau le 20 septembre au milieu de la consternation générale.

Les cortes ordinaires furent constituées à Cadix, le 26 septembre. Elles siégèrent dans cette ville jusqu'au 13 octobre, jour où elles se transportèrent à file Léon. La composition de cette assemblée différait de celle des cortès extraordinaires. Il s'en fallait beaucoup que tou t le monde fût partisan de la constitution nouvelle. Les moines , le clergé, 1 nal grc. la part immense qui leur avait été faite, étaient encore mécontents. La noblesse, dont il n’était pas même fait mention dans cette oeuvre de désorganisation, regrettait et les droits et les privilèges qu’on lui avait enlevés. Aussi la nouvelle assemblée contenaitelle un parti ennemi des réformes.

Tel avait été le résultat des élections. Tel, au reste, devaitétre nécessairement l’effet de la loi électorale ; et voici comment la caractérise un des membres qui avaient voté cette constitution, un de ses plus zélés défenseurs , M. le comte de Toreno 1 ;

« En adoptant un mode d’élection in- « directe qui ne passait par rien moins « que par quatre degrés ou échelons , « elle favorisait de sourdes manœuvres « et de déplorables supercheries, plus « faciles a exercer en celte occasion, « puisqu'on n’avait exigé des volants « aucune propriété foncière. Elle don- « nait ainsi, par une grave erreur, fran- < clie et large entrée a la jouissance des ■ droits politiques a des gens de peu de « valeur, au vulgaire, a la populace, « naturellement fort soumis au caprice et « à la volonté des classes puissantes et « privilégiées, »

Mais si cette élection amena dans l’assemblée des cortès des ennemis des nouvelles institutions, elle y conduisit aussi plusieurs des plus éloquents défenseurs d’une sage liberté. Parmi les nouveaux députés on distingua bientôt don Francisco Martinez de la Rosa, aussi remarquable par la beauté de son talent que par la pureté de son caractère, Pen-

dant ce temps, les événements militaires avaieut continué à être favorables à la cause espagnole; il était naturel que le siège du gouvernement fût reporté au centre de la monarchie et dans son ancienne capitale. Aussi les cortcs décrétèrent-elles que leurs séances seraient suspendues a l’ile Léon, le 29 novembre 1813, et qu’elles se rouvriraient à Madrid , le 15 janvier 1814. Les membres du gouvernement se mirent en route, et la régence arriva le 5 janvier à Madrid, où le duc de San-Carlos l'attendait depuis vingt-quatre, heures. Celui-ci lit aussitôt connaître la mission dont il était chargé; mais les régents ne l’accueillirent pas avec l'empressement qu'on aurait pu attendre de sujets fidèles et dévoués à leur souverain. Un traite qui n’avait rien de blessant pour l’Espagne , et dont la liberté de Ferdinand VU pouvait dépendre, leur était présenté, et au lieu de s’empresser de donner la ratification qu’on leur demandait, ils répondirent que les cortès extraordinaires, par decret du If janvier 1811, avaient décidé « qu’elles ne recon- « naîtraient point, et , qu'au contraire « elles tiendraient pour nul et de nulle « valeur et effet, tout acte, traité, con- « vention ou transaction de toute espèce « de nature..., octroyés par le roi tant « qu’il demeurerait dans l'état d’oppres- « sion et de manque de liberté ou il se « trouvait....; car jamais la nation ne « le considérerait comme libre et ne lui « prêterait obéissance avant de le voir « parmi ses fidèles sujets, dans le sein r des cortès nationales... ou du gou- « vernement crée par les cortès 1 . » Une expédition authentique de ce décret fut remise au duc de San-Carlos avec une lettre dont voici la teneur : » Sire, « la régence espagnole, nommée par les « cortès générales et extraordinaires n de la nation, a reçu avec le plus grand r respect la lettre que Votre Majesté a r bien voulu lui adresser par l’entremise r du duc de San-Carlos , ainsi que le r traité de paix et autres documents r dont le duc était chargé.

r La regence ne peut exprimer eon- « venablement à Votre Majesté la conr solation et la joie qu’elle a éprouvée

' Livre XXIII.

1 M. de Toréno, livre XXtV.

L’UNIVERS

« en voyant la signature de Voire Ma- « |esté, par laquelle elle demeure assu- « rée de la bonne santé dont jouit Votre « Majesté en compagnie de ses bien-ai- ■ niés frères et oncle, les seigneurs in- « fants don Carlos et don Antonio, « ainsi que ses nobles sentiments pour « son Espagne chérie.

« Toutefois la régence peut encore

• moins exprimer quels sont ceux du « peuple loyal et magnanime qui vous « reconnaît pour son roi, ni les saerifi- « ces qu’il a faits, qu’il fait et qu’il fera

• jusqu'à ce qu'il vous voie placé sur le « trône d'amour et de justice qu'il vous « a préparé. Elle se borne à manifester « à Votre Majesté qu’elle est le roi aimé < et désiré de toute la nation.

* La régence, qui au nom de votre « Majesté gouverne l’Espagne, se voit « néanmoins dans lanécessilédedonner « connaissance à Votre Majesté du dé- « cret que les cortès générales et ex- « traordinaires ont rendu le 1" janvier « de l’année ISO, dont l’expédition est « ci-jointe.

« La régence, en transmettant à votre « majesté ce décret souverain , se dis-

• pense de faire la moindre observation « à l’égard du traité de paix ; mais elle « assure à Votre Majesté qu’elley trouve n la preuve la plus autbentiuueque les « sacrifices faits par le peuple espagnol « pour recouvrer la royale personne de b Votre Majesté n’ont pas été infrucb tueux, et elle se félicité avec Votre b Majesté de voir déjà prochain le jour b où elle aura l’ineffable bonheur de reb mettre à Votre Majesté l’autorité b royale qu’elle conserve à Votre Mab jes'té , en dépôt lidèle tant que durera b la captivité de Votre Majesté.

b Que Dieu garde Votre Majesté penb dant de longues années pour le bien b de la monarchie.

b Madrid, le 8 janvier 1814.

« Sire, aux pieds royaux de Votre Ma- « jesté,

Louis de Bourbon, cardinal d’Escala, b b archevêque de Tolède, president;

« José Luyando , ministre d’État. »

Quelques jours plus tard une réponse à peu près semblable fut remise a don José Palafox , et les deux envoyés de Ferdinand retournèrent en France, trèsmécontents de la manière dont leur

mission avait été accueillie. I.e duc de San-Carlos surtout, naturellement ennemi de touteinnovation, était vivement irrité. Il fit passer dans l'esprit de Ferdinand les opinions défavorables qu'il avait conçues contre la régence, contre les cortès et contre la constitution nouvelle. Ces sentiments durent être facilement partagés par le prince captif. En effet, en refusant de ratifier le traité du 8 septembre, on le plaçait dans un grand embarras. Il pouvait craindre que Napoléon ne continuât à le retenir prisonnier; et cette appréhension venait se mêler au ressentiment que lui inspirait la conduite peu respectueuse des cortès et de la régence. Neanmoins l’empereur, dont les embarras s'accroissaient chaque jour, ne s'arrêta pas à ce refus de ratification. Il rendit Ferdinand à la liberté; et des passe-ports furent remis à ce prince le 7 mars 1814.

La regeuce et les cortès avaient présumé que telle pourrait être la détermination de Napoléon. Elles n’espéraient pas que Ferdinand consentit facilement à accepter la constitution de Cadix. Elles pensèrent que les seuls moyens qu’elles eussent pour le eontraindreà donner son adhésion étaient de déployer beaucoup d'assurance et beaucoup d’audace. Ferdinand avait dû être vivement blessé par le décret du 1er janvier 1811. Elles résolurent d’y ajouter des dispositions encore plus irritantes.

Le 2 février après avoir pris l’avis du conseil d’État, elles décrétèrent qu’on ne regarderait le roi comme libre et qu’on ne lui devrait obéissance qu'aprrs qu'il aurait juré, au milieu du congres national, d’observer la constitution conformément à l’art. 173. Elles ordonnèrent aux généraux commandant sur les frontières de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire savoir a la régence, par courriers extraordinaires, tout ce qu’ils apprendraient sur l’arrivée du roi , afin quon pût faire les préparatifs pour le recevoir à son entrée sur le territoire espagnol; elles leur prescrivirent de ne laisser entrer aucune force armée avec le roi ; et elles déclarèrent que si des troupes quelconques essayaient de franchir les frontières, on devait leur résister et les repousser suivant les lois de la guerre. Elles décidé-

oogle

rent encore que dans le cas où les troupes qui accompagneraient sa majesté seraient composées de soldats ou d’officiers qui auraient été prisonniers de guerre, les officiers généraux chargés du commandement se conformeraient aux ordonnances existant à cet égard; que le général en chef qui aurait l’honneur d'accompagner le roi lui donnerait une escorte, convenable ; que nul étranger ne pourrait suivre le roi , pas même comme employé subalterne ou comme domestique; que nul Espagnol de ceux qui avaient accepté des emplois sous Napoléon ou son frère Joseph ne pourrait rentrer en Espagne avec Ferdinand, à quelque titre que ce fdt; que la régence tracerait la route que sa majesté suivrait et les honneurs quon devait lui rendre ; que le président de la régence irait au-devant du roi jusqu’à la frontière; qu’il l’accompagnerait jusqu'à Madrid, et lui remettrait une copie de la constitution pour que sa majesté pût en prendre connaissance et jurer de l’observer avec une parfaite connaissance de cause ; que le roi , à son arrivée dans la capitale, irait de suite à la salle des cortès, pour jurer la constitution avec les cérémonies prescrites par les règlements, après quoi sa majesté se rendrait à son palais, suivie de trente députés pour recevoir des mains de la régence le dépôt du pouvoir exécutif; qu’enün la nation serait pleinement instruite de ces événements par un décret.

Cet acte fut jugé fort diversement.

Les uns le préconisèrent comme un acte de courage et de patriotisme; les autres n’y virent qu’une insulte violente et inutile, dirigée contre les droits de la couronne et contre la majesté royale; aussi fut-il l’objet de vives récriminations. Le lendemain du vote, lorsque les cortès s’occupèrent de la discussion d’un manifeste qui devait accompagner ce décret , un député de Séville , nommé don Juan I.opez Reina, se leva et prononça ces paroles : « Lorsque le sei- « gn’eur don Ferdinand naquit, il na- « quit avec un droit à la souveraineté « absolue de la nation espagnole ; quand, « par l'abdication du seigneur Char- ” les IV, il obtint la couronne, il resta « en possession et exercice absolus de « roi et seigneur...» Dès qu’on entendit

ces paroles , des clameurs et des cris s’élevèrent de toutes parts contre l’orateur pour le rappeler à l’ordre; mais Reina ne se laissa pas intimider, il continua paisiblement : « Or donc, aussi- « tôt que le seigneur don Ferdinand VU, « rendu à la nation espagnole, recou - « vrera le trône, il est indispensable qu’il « exerce la souveraineté absolue du mo- « ment où il touchera la frontière. »

Ces derniers mots excitèrent un tumulte difficile à décrire; on voulut porter une accusation contre ce députe et le soumettre à un jugement; if fut forcé de se cacher.

Si cette manifestation eût été l’œuvre d'un homme isolé, elle n’eût présenté rien de bien grave; mais Reina était l’organe d’un parti nombreux, qui s’agitait pour détruire ce que les cortès de Cadix avaient fait. Les Espagnols étaient alors divisés en trois opinions bien distinctes. Ceux qui se disaient les libéraux ou les constitutionnels, c’étaient ces gens à tête exaltée qui veulent toujours marcher en avant sans s’inquiéter du but où ils vont; qui, sous le prétexte de sauvegarder la liberté nationale, sont toujours prêts à prendre les mesures les plus oppressives, les plus désorganisatrices , et a saper toute autorité établie. En face de ce parti il s’en élevait un autre qui n'était pas moins violent : c’étaient ces gens auxquels leurs. adversaires avaient donné le surnom de Serviles; ils étaient ennemis de toute réforme, et, tout en prétendant venger la majesté royale outragée, ils ne songeaient qu’à satisfaire leurs passions avides de réactions sanglantes.

Quant à ceux qui aiment la tranquillité publique, ils avaient pour la plupart embrassé le parti du roi Joseph; par conséquent, ils avaient presque tous été forcés de chercher un asife sur la terre étrangère; ils étaient proscrits. Ce parti modéré, où se trouvaient réellement les éléments d’organisation et de stabilité , était également odieux aux deux partis extrêmes. Les constitutionnels et les serviles étaient d’accord pour une seule chose : pour persécuter de toutes les manières ceux qu'on nommait les Joséphins.

C’est dans ces circonstances critiques que Ferdinand VII rentra en Espagne-

L'UNI VERS

Il arriva le. 22 mars en Catalogne, et le 24 il traversa le Fluvia, qui servait de limite entre les armées française et espagnole. Le général don Francisco Copons, qui commandait à la frontière, reçut le roi avec les témoignages du plus profond respect, et lui remit, une lettre de la régence. Tous les partis attendaient avec impatience que Ferdinand fît connaître quel système politique il prétendait adopter. Conformément au décret du 2 février, la régence avait prescrit au roi l'itinéraire qu'il devait suivre. Un des premiers actes de Ferdinand fut de s’écarter de la route qu'on lui avait tracée. On voulait qu'il continuât son voyage en suivant le bord de la Méditerranée jusqu a Valence, et qu’il passât directement de cette ville à Madrid.

Ferdinand se rendit à Saragosse, qui l’avait fait supplier d'honorer de sa présence la capitale de l’Aragon.

Dans cette ville et tout le long de son chemin Ferdinand reçut des mémoires, des pétitions par lesquelles on le suppliait d'annuler tout ce qui avait été fait pendant sa captivité, et de régner sur l'Espagne comme avaient régné ses aïeux. La minorité des cortes joignit elle- même sa voix à toutes ces réclamations. Don Bernardo Mozo Hosalès, qui depuis reçut le titre de marquis de Mata Florida, rédigea, sousla datedu 12 avril, une protestation pour supplier le roi de détruire la constitution. Cet acte commençait en rappelant une coutume des anciens Perses , ce qui fit donner le surnom de Perses aux 69 députés qui l'avaient signé.

De Saragosse Ferdinand se rendit à Valence, où il entra le 16 avril. Ce fut là qu’il rencontra le cardinal don I.uisde Bourbon, présidentde la régence, et don José Luyando, ministre des affaires étrangères. Ce fut aussi dans cette ville que don Bernardo Mozo Hosalès apporta lui-même la fameuse protestation des Perses. Enfin la personne qui certainement, plus que toute autre, décida le roi à faire connaître ses intentions, fut le capitaine général de Valence, don Francisco Xavier Elio. Cet officier avait eu quelques démêlés avec les cortes.

Il avait conservé un vif ressentiment des paroles offensantes prononcées contre lui et contre son armée par des ora-

teurs de la majorité. Lorsqu’il présenta à Ferdinand l'état-major de l'armée qu’il commandait, il interpella ainsi ses officiers : « Jurez- vous de soutenir « le roi dans la plénitude de ses droits? « — Nous le jurons, répondirent ceux-ci « d’une voix unanime. » A partir de ce moment Ferdinand commença à exercer l’autorité absolue. Le 4 mai il signa le fameux décret de Valence, par lequel il fit connaître le système politique qu’il allait suivre. Dans ce manifeste le roi rappelle d'abord les événements d'Aranjues, qui l’avaient investi de l’autorité royale, ceux de Bayonne et la violation du droit des gens dont il avait été la victime.

« Dans ce déplorable état de choses, « continue le roi, j'expédiai, le Ie' mai

• 1808, dans la seule forme possible, « un décret que j'adressai au conseil de « Castille, pour prescrire la convocation « des cortès : malheureusement ce dé- « cret ne parvint pas à sa destination.

« Il ne fut pas alors connu, et les pro- « vinces, provoquées à l'insurrection « par l’horrible catastrophe dont Ma- « drid fut le théâtre le 2 mai, pourvu- « rent elles-mêmes à leur gouvernement « au moyen des juntes qu’elles formè- « rent. »

Le roi rappelle ensuite la formation des cortès de Cadix , la manière irrégulière dont ces cortès avaient été constituées. Il examine les vices nombreux delà constitution; il énumère les actes outrageants pour la majesté royale qui ont accompagné sa publication'

« Je n’ai pu, continue le roi, être con- « sole que par les témoignages d’amour « de nies fidèles sujets qui soupiraient

• après mon arrivée, dans l’espoir que « ma présence mettrait fin aux maux et « à l’oppression sous lesquels gémis- « saient ceux qui conservaient le souve- « nir de ma personne et désiraient le « vrai bonheur de la patrie. Je vous pro- « mets et je jure à vous, vrais et loyaux ■t Espagnols, qu’en même temps que je « compatis aux maux que vous avez » souf ferts, vous ne serez point trompés « dans vos espérances. Votre souverain « veut régner pour vous. Il faitconsis- « ter sa gloire à être souverain d’une « nation héroïque, qui par des exploits « immortels a conquis l'admiration de

« tontes les autres, et a conservé sa li- « berté et son honneur. Je déteste, j’ab* « horre le despotisme; il ne peut se « concilier, ni avec les lumières, ni avec « la civilisation des nations de i'Eu- « rope. Les rnis ne furent jamais des-

* potes en Espagne; ni les lois ni la « constitution de ce royaume n’ont ja- « mais autorisé le despotisme, quoique « par malheur on y ait vu quelquefois, « comme partout, des abus de pouvoir « qu’aucune constitution humaine ne « pourra jamais empêcher, parce qu’il y « a des abus dans tout ce qui est hu- « main; et s’il y en a eu eu Espagne, « ce n’est pas là faute de sa constitu* « tion, c’est celle des personnes et des « circonstances.

« Cependant, pour prévenir ces abus « autant que peut le faire la prudence « humaine , en conservant l’honneur de « la royauté et ses droits ( car elle en a « qui lui appartiennent, comme aussi le « peuple a les siens, qui sont également « inviolables), je traiterai avec lesdé-

* pûtes de l’Espagne et des Indes, et « dans des cortès légitimement assem- » blée», composées des uns et des au* « très, aussitôt quej’aurai pu les réunir. « Après avoir rétabli l’ordre et les sages « coutumes de la nation établies de son « consentement par les rois nos augustes « prédécesseurs, on réglera solidement « et légitimement tout ce qui pourra « convenir au bien de mes royaumes, afin « que mes sujets vivent heureux et tran- « quilles sous la protection réunie d’une « seule religion et d'un seul souverain, « seules bases du bonheur d’un roi et « d’un royaume qui ont par excellence « le titré de catholiques. On s’occu- « pera ensuite des meilleures mesures à « prendre pour la réunion des cortès, « qui, je l’espère, affermiront les fonde- « ments de la prospérité de mes sujets « de l’un et de l’autre hémisphère.

« La liberté, la sûreté individuelle, « seront garanties par des lois qui, en « assurant l’ordre et la tranquillité pu-

* bliijue, laisseront h tous mes sujets la

* jouissance d’une sage liberté, qui dis- " tingueun gouvernement modéré d'un « gouvernement despotique. Tous au-

* tout la faculté de communiquer, par

* la voie de la presse, leurs idées et leurs « pensées en se renfermant dans les

« bornes que la saine raison prescrit à « tous, afin que cette liberté ne dégénère « pas en licence; car on ne doit pas rai- « sonnablement souffrir, dans tout gou- « vernement civilisé, que l’on manque « au respect dû à la religion et au gou- « vernement, ainsi qu'aux égards que les « hommes se doivent entre eux.

« Pour éviter tout soupçon de dissi- « pation dans les revenus de l'Etat, la « trésorerie séparera les fonds destinés « à ma personne et à ma famille de ceux « qui seront assignés pour les dépenses « de l'administration générale.

» I es bases que je viens de poser suf- « Usent pour faire connaître mes roya- « les intentions dans le gouvernement « dont je vais me charger. Certes ce ne « sont pas les intentions d’un despote « ni d'un tyran, mais d'un roi et d’un « père de ses sujets.

« D’après ces considérations, et de l’a- « vis unanime de personnes recorn- « mandables par leurs connaissances et « par leur zèle, ayant égard aux repré- « sentalions qui me sont parvenues des « différentes parties du royaume sur « l’extrême répugnance des Espagnols « à accepter la constitution décrétée par « les cortès générales et extraordinai- « res, ainsi que les autres institutions « politiques nouvellement introduites; « voulant éviter les malheurs que ces >■ institutions ont déjà produits, et qui « ne pourraient qu’augmenter si je sanc- « tionnais par mon serment cette cons* « titution , me conformant aux démons- « trations générales que je trouve jus- « tes et bien fondées, de la volonté de « mes peuples, je déclare que mon in- « tenlion royale est, non-seulement de * ne point jurer ou accepter cette eons- « titution ni aucun décret des cortès « générales et extraordinaires et des « ordinaires actuellement assemblées, « et expressément le» décrets qui atta- « quent les droits et prérogatives de ma « souveraineté établis par laconstitution « et les luis qui ont gouverné la nation « pendant si longtemps; mais de décia- « rer cette constitution et ses consé- « quences nulles et de nul effet pour le « présent et pour l’avenir; que mes stt- « jets, de quelque rang et cond it ion qu’ils « soient, ne sont point tenus de les exé- « cuter, et que tous ceux qui cherche-

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