SOS
« raient à les soutenir en contredisant « mes royales intentions à cet égard , " soient regardés comme ayant attenté « aux prérogatives de ma souveraineté « et au bonheur de la nation.
« Je déclare coupable de lèse-ma- « jesté, et comme tel punissable de la » peine de mort, quiconque osera , soit « par fait, soit par écrit, soit par pa- ■ rôles, exciter ou engager qui que ce « soit h l’observation ou exécution des- « dits décrets et constitution.
* Jusqu'à ce que l’ordre et ce qui exis- • tait avant l’introduction des nou- « veautés dans le royaume soient éta- « blis, et afin que l’administration de « la justice ne soit pas interrompue, « ma volonté est que les tribunaux et « les administrations continuent leurs « fonctions jusqu’à l’époque où, après « avoir entendu les cortès que jeconvo- « querai, le gouvernement du royaume « soit établi d une manière stable.
« Le jour où ce décret sera publié et « communiqué au président des cortès « maintenant assemblées , ses sessions « seront terminées ; ses actes et délibé- « rations qui se trouveront dans ses « archives seront recueillis par la péril sonne chargée de l’exécution de ce « royal décret ; ils seront déposés sous « le scellé à l’hôtel de ville de Madrid. « Les livres composant la bibliothèque « des cortès seront transportés à la bi- « bliothèque royale. Je déclaré quicon- « que voudra s’opposer a ce décret, de « quelque manière qu’il le fasse, eou- « pable de lèse-majesté et comme tel « punissable de mort. Tout procès in- « tenté devant un des tribunaux du « royaume, à raison de quelque infrac- « tion à la constitution, cessera à dater « de ce jour; tous les détenus pour la « même cause seront immédiatement « mis en liberté. Telle est ma volonté, « conforme au bien et au bonheur de la « nation. »
Le lendemain de la publication de ce décret, le 5 mai, Ferdinand se mit en route pour Madrid. Il fut accueilli partout sur son passage avec une allégresse incroyable. Les populations faisaient, dans presque tous les villages, retentir le cri de Fice Ferdinand, rai absolu!
elles poussaient des vociférations contre les cortès et contre la constitution. En
vertu d’un décret voté par les cortès de Cadix, sur la proposition du député Capmanv , on avait posé sur les places principales de chaque commune une pierre carrée avec cette inscription :
Place de la Constitution. Partout Ferdinand trouva ces pierres renversées par le peuple.
Il se passa quelques jours avantque le décret du 4 mai fût connu dans la capitale, et les cortès l’ignoraient encore lorsu Viles apprirent que le roi approchait e Madrid. Elles s’empressèrent de nommer une députation de six membres pour aller au-devant de lui. Cette commission le rencontra dans la Manche; mais Ferdinand refusa de l’admettre en sa présence. Il fit enjoindre aux personnes qui la composaient d’aller l'attendre à Aranjuès. En même temps il ordonna au cardinal don Luis de Bourbon, présideutde la régence, et à don J osé Luyando de se retirer tous deux , le premier dans son diocèse de Tolède, et le second comme officier de marine au département de Carthagène. Ces actes et peutêtre aussi la révélation du decret de Valence irritèrent vivement les cortès. Loin de se dissoudre, cette assemblée déclara qu’elle opposerait au besoin une résistance matérielle; mais la résistance était une chimère : des troupes dévouées à Ferdinand s’étaient avancées jusqu'à Madrid, et dans la nuit du 10 au 12 don Francisco Eguia., que le roi avait nommé capitaine général de la Nouvelle-Castille, exécutant les ordres qu’il avait reçus, fit arrêter les membres de la régence et les députés qui s’étaient montrés les plus ardents défenseurs des institutions nouvelles.
Quelques autres, pour échapper à la même proscription, furent forcés de prendre la fuite et de se réfugier en pays étranger. On n’épargna pas même ceux qui se trouvaient éloignés de Madrid.
Don Isidore Antillon était retenu eu Aragon par une grave maladie ; on l'arracha de son lit pour le traîner a la prison de Saragosse, et il mourut dans le trajet.
Dans la même nuit du 10 au 11 le général Eguia se transporta chez le président des cortès, et lui déclara que par ordre du roi cette assemblée était dissoute et complètement détruite. Le pré-
sident, qui avait signé la protestation des Perses y n’opposa aucune résistance et ne fit aucune objection. Le lendemain au matin, le décret de Valence fut placardé à tous les coins de rue. La lecture de cet acte excita les transports de la populace , qui brisa la pierre de la constitution, et qui traîna ignominieusement dans les ruisseaux les statues emblématiques dont était décorée la salle des cortès. Deux ^ours plus tard Ferdinand VII entra a Madrid. Il était escorté par une division commandée par Santiago Whittingham, et composée de six mille hommes d’infanterie, de deux mille cinq cents chevaux et de six pièces d’artillerie. Il fut accueilli avec enthousiasme. La plus grande partie des Espagnos le chérissaient, non-seulement à raison de ses malheurs et de sa longue captivité, mais encore parce qu'ils attendaient de lui la réparation des maux que la nation avait soufferts. On approuva donc en général la mesure qui renversait l’œuvre imparfaite des cortès ; mais les gens sensés virent avec douleur les mesures de rigueur et la proscription qui frappaient les principaux chefs de cette assemblée. Sans doute les cortès de Cadix n’ont exercé que peu d'inlluence sur la délivrance de (a Péninsule. Les députés étaient à peu près comme la mouche du coche ; ils déclamaient pendant que les guérillas et les troupes réglées versaient leursang pour la patrie et pour leur roi absent; mais enfin les cortès s’étaient figuré qu’elles étaient le plus ferme appui de l’independance nationale, et quelque peu qu’elles aient fait en réalité, cependant elles avaient contribué pour leur part au triomphe commun. Si elles s’étaient laissé entraîner à des exagérations, il ne faut pas oublier combien les circonstances étaient critiques. La nation, abandonnée à elle-même, ne pouvait résister à l’invasion étrangère que par des mesures extraordinaires et par des prodiges d’énergie. Dès lors il n’est pas étonnant que le but ait été dépassé. Il était contre toute raison et contre toute justice de s’en prendre aux hommes de la faute des temps. Si Ferdinand eût été bien conseillé, il se fût entouré de gens modérés ; il fût revenu avec dés paroles de paix et de
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conciliation; il eût jeté un voile sur les erreurs et sur les fautes du passé. Sans doute , en suivant cette marche il eût encore rencontré de grandes difficultés; car la plupart des hommes modérés étaient rangés dans la catégorie desjoséphins ou afrancesados : iis étaient également odieux aux absolutistes et aux constitutionnels. Cependant on peut croire qu’une conduite prudente eût ramené à la cause de l’ordre et de la modération les gens de talent et de conscience ue la force des événements avait jetés ans les partis extrêmes. Ferdinand eilt de cette manière évité les malheurs qui ont agité son règne; mais s’étant abandonné au parti absolutiste, il n'entendit
3ue des paroles de rigueur. Ceux des éputés qui avaient été arrêtés furent livrés à des commissions chargées de les condamner plutôt que de les juger. Four cette fois, néanmoins, on ne prononça pas de condamnation capitale. Henri Wellesley, ambassadeur anglais, qui avait été "au-devant de Ferdinand à Valence, avait demandé, au nom de son gouvernement, et avait obtenu que la peine de mort ne fût pas infligée pour délits politiques. La commission, ne pouvant envoyer ses victimes à l’échafaud, en peupla les bagnes. Quelquefois même on sut se passer de ses condamnations.
Elle hésitait à prononcer une peine contre Agustin Argüeilès, quoique celuici eût été rapporteur du projet de constitutiou. On dit que Ferdinand se fit ap-
fiorter les pièces de la procédure, sur esquelles il écrivit de sa main : A dix ans de présides à Ceuta. Martinez de la Rosa, un des plus beaux talents et des caractères les plus généreux de l’Espagne moderne, fut également déporté en Afriue. Don JoséQuintana fut emprisonné ans la citadelle de Pampelune. A la lin de décembre 1814, les chars sur lesquels on transporte en Espagne les forçats vinrent tirer de leurs cachots quarante et un condamnés. Les uns devaient être renfermés dans des places fortes ou dans des couvents; les autres étaient destinés aux présides d'Afrique. Ces derniers arrivèrent à Malaga , lieu destiné pour leur embarquement, et au milieu de leur infortune ils eurent nu moins la consolation de rencontrer des gens qui témoignèrent pour eux la plus "vive
L’UNIVERS
sympathie. Arosteeui , gouverneur de cette place, essaya de rompre leurs fers en se mettant en intelligence avec le consul des États-Unis et avec un commodore américain. Celui-ci devait attaquer le vaisseau qui les portait, s'emparer de leurs personnes, et les conduire en silrelé et comme en triomphe en Angleterre, à Gibraltar, aux États- Unis; mais ces infortunés refusèrent d’étre delivres par un semblable moyen; car à leur vie et à leur liberté ils préféraient l'honneur et la gloire de souffrir le martyre pour leurs opinions politiques. Ces proscriptions ne s’arrêtèrent poinlaux membres des cortès; elles frappèrent tous ceux qui purent être soupçonnés de professer des opinions constitutionnelles. Elles atteignirent même quelques-uns de ceux qui avaient été les défenseurs les plus dévoués et las plus fidèlesdu trône de Ferdinand. Ainsi trois mois seulement après le retour du roi, el Mvquesito (I)iaz Porlier), ce brave chef de guerrilleros, qui avait combattu avec tant de courage et tant de succès dans la Galice et dans les Asturies, fut mis en arrestation , comme libéral détermine, et renfermé pour quatre ans dans la forteresse de San-Auton de la Corogne. Ces cruautés causèrent la plus triste sensation, et dans toute l’Europe les hommes de bien, que les passions politiques n 'aveuglaient pas, accueillirent avec une clameur d'indignation les mesures de rigueur et d’ingratitude par lesquelles Ferdiuand inaugurait son règne.
ADMINISTRATION DE l’ESPACME DEPUIS 1814
JUSpu’A 1820. — LA CANARI!. LA MACANAZ.
— OSTOLAZA. — RÉTABLISSEMENT DE L’iN- QUISITION. — INFLUENCE RUSSE. — EXPÉ- DITION CONTRE LES COLONIES AMÉRICAINES. — DEUXIÈME ET TROISIÈME MARIAGE DE FERDI- NAND VII. — DILAPIDATION DES FINANCES. — CONSPIRATION DE MINA. — REPRÉSENTATIONS DE l'eNPKCINADO. — CONSPIRATIONS DE FOR- MER, DE RICHARD, DE LACY, DE VIDAL.
Les personnes que Ferdinand recevait dans son intimité, celles qui avaient entrée dans les petits appartements du roi , nommés en Espagne la camarilla ( la petite chambre ) , exercèrent bientôt sur les affaires de l'État la plus funeste influence. Elles formè-
rent une réunion de gens tous choisis dans le parti absolutiste ; car c’est là que Ferdinand trouvait des hommes selon son cœur, des Escoiquii, des San- Carlos, et quoique ce petit comité n’af- (ich.lt pas la prétention de dicter des décrets, de faire des règlements, des plans de conduite, il exerçait sur la marche du gouvernement l’action la
fil us déplorable, en disposant de tous es emplois, en y soutenant ses créatures et leurs amis, en s’attachant a en chasser tous les honnêtes gens. En effet, les membres de la camarilla regardaient comme leurs adversaires tous ceux qui avaient quelque mérite; et il faut faire cette triste remarque : c’est que le parti absolutiste, bien digne en Espagne du nom de servile qu’on lui a infligé , ne renfermait presque aucun Espagnol de talent Tous ceux qui avaient des idées larges ou des pensees généreuses s'étaient réfugiés dans le parti des afrancesados ou dans celui des constitutionnels. Au reste , Ferdinand était d’un caractère excessivement faible; mais par cela même qu’il avait la conscience de cette faiblesse , il craignait d’accorder trop d'influence à un individu : il ne voulait pas qu’on pût dire qu'il avait des favoris. Cette préoccupation de son esprit, aussi bien que l'incapacité des personnes auxquelles on conféraitdes emplois, expliquent le nombre considérable de ministères qui se succédèrent de 1814 à 1820. Peut-être dans la multitude d'hommes appelés à gouverner l'Espagne pendant cette période de six années, aurait-on de la peine à en trouver quatre qui présentassent quelque aptitude pour les départements qui leur furent conüés. Pour qu’on puisse juger en général les ministres de Ferdinand , il suffit d’en faire connaître quelques-uns et de rappeler leurs actes. Don PedroMacanaz,qmacontre-signé le décret de Valence , fut nommé ministre de grâce et de justice. Il ne reculait devant aucune mesure, si réactionnaire qu’elle fût , lors même qu’elle était une infraction aux promesses solennellement données. Il avait été convenu, par le traité conclu entre l’empereur et Ferdinand , que tous les Espagnols attaches au parti de Joseph ou employés dans l’armée française conserveraient leurs
biens, leurs emplois, ainsi que les distinctions qu’ils avaient obtenues. Dixhuit jours après que Ferdinand fut rentré à Madrid une circulaire de Macanaz expliqua la manière dont on prétendait exécuter cette promesse. Il choisit le 30 mai , jour même de la fête du roi , pour faire paraître cet acte qui chassait d’Espagne plus de dix mille familles :
« Le roi, informé qu’un grand nombre de ceux qui se sont ouvertement déclarés partisans et fauteurs du gouvernement intrus se disposent à rentrer en Espagne; que quelques-uns se trouvent à Madrid , et que parmi ceux-ci il y en a qui portent les marques distinctives qui sont uniquement devinées aux personnes loy&les et de mérite ; sa majesté, pour éviter le juste chagrin que cette conduite inspire aux bons, et les funestes conséquences qui pourraient résulter de permettre indistinctement à ceux qui se trouveut en France et qui ont suivi les drapeaux de l’intrus qui s’intitulait roi, de retourner à leurs emplois, a daigné décider ce qui suit :
« Art. 1er. Les capitaines généraux, commandants, gouverneurs et justices des villes de la frontière, ne permettront l’entrée en Espagne, sous aucun prétexte : i° à ceux qui ont servi le gouvernement intrus en qualité de conseillers ou de ministres ; 9° à ceux qui ayant été employés précédemment par sa majesté comme ambassadeurs ou ministres, secrétaires d'ambassade ou de ministère, ou consuls, auraient reçu depuis des pouvoirs, nominations ou confirmations dudit gouvernement , ou auraient continué quelqu'une de ces fonctions en son nom ; 3° aux généraux et aux officiers, depuis le capitaine inclusivement jusqu’aux plus hauts grades, qui se seraieut enrôlés sous les drapeaux dudit gouvernement on de quelques-uns des corps de troupes destinés à agir contre la nation, ou qui ont suivi ce parti; 4° à ceux qui ont été employés par I intrus dans quelqu’une des branches de police, de préfecture, souspréfecture ou junte criminelle; 5° aux personnes titrées et à tous les prélats ou individus décorés de quelque dignité ecclésiastique qui leur aurait été conférée par ledit gouvernement , ou qui l’ayant été par le gouvernement légitime, auraient suivi le parti de l'intf us et se seraient expatriés à sa suite; et si quelqu’une ou quelques-unes de ces personnes étaient rentrées dans le royaume, ils les en feront sortir, sans leur causer d’autres vexations que celles qui seront nécessaires pour l’exécution de la présente mesure.
« Art. II. Quant aux autres qui ne sont pas compris dans les classes ci-dessus , il leur sera permis d’entrer dans le royaume , mais non de venir à la capitale, ni de s’établir dans les villes qui en soient éloignées de moins de vingt lieues; et là, et dans toute autre ville où ils fixeront leur résidence, ils se présenteront au commandant, gouverneur, alcalde ou justice, lesquels en donneront avis au gouverneur civil de la province; et celui-ci au ministère de grâce et de justice, pour faire connaître leurs |>er$oiines. Ils demeureront sous la surveillance des susdits chefs, ou , à leur défaut , sous celle de la justice de rendrait, qui veillera sur leur conduite politique1, et en sera responsable.
- Art. III. Aucun de ces individus ne pourra être proposé pour remplir les emplois ou commissions du gouvernement dans l'administration publique, ui dans celle de la justice; ni les officiers des grades supérieurs à celui de capitaine, ni les cadets, lie pourront rester dans leurs emplois, ni porter l’uniforme; néanmoins, ceux-ci et tous les autres auxquels l’entrée du royaume est permise aux conditions ci-dessus ne pourront être molestés dans l’usage de leur liberté, et ils jouiront de la sûreté personnelle et réelle comme tous les autres , pourvu que leur conduite ne donne pas lieu à ce qu’on agisse contre eux.
Art. IY. Ceux des catégories ci-dessus qui sc trouvent dans la capitale et ne se sont pas expatriés recevront l’ordre par les alcaldes de casa y corte, et par les autres juges de la capitale , de sortir immédiatement de Madrid, pour aller habiter des endroits à la distance précitée; mais il faut qu’il soit constant qu’ils appartiennent aux classes susdites.
« Art. V. Ceux qui auraient obtenu antérieurement du roi la croix ou d’autres distinctions politiques, ne pourront les porter, et encore moins ceux qui auraient regu de semblables distinction* du gouvernement intrus , et qui se disposent à reprendre celles qu’ils portaient précédemment. Os distinctions sont des récompenses de loyauté et de patriotisme, et ceux dont il est question ne remplissent pas ces conditions.
- Art. VI. Leskfemmes mariées qui se sont expatriées avec leurs maris, suivront le sort de ces derniers. Le roi use de clémence à l’égard des personnes âgées de moins de vingt ans qui se seraient expatriées à la suite du gouvememeut intrus : il leur permet de rentrer dans leurs foyers; mais elles demeureront sujettes à la surveillance de l’endroit
. où elles s'établiront.
«Art. VII. Quant aux sergents, .caporaux ,
L'UNIVERS
soldats et gens de mer qui se sont enrôlés sous les drapeaux de l'intrus, ou qui ont pris parti dans quelques-uns des corps destines à faire la guerre à ia nation, S. M., considérant qu'ils se sont rendus coupables de ce délit plutôt par séduction que par perversité , et peut-être par force, et usant aujourd’hui , jour de sa fête glorieuse, et en mémoire de son heureux retour au trône de ses ancêtres, de sa clémence naturelle, a résolu de leur faire grâce de la peine qu’ils ont méritée, et de leur accorder leur pardon , si , dans le terme d’un mois pour ceux qui sont en Espagne , et de quatre pour ceux qui sont dehors , et s’ils ne sont coupables d’aucun des délits exceptés des pardons généraux , et s’ils se présentent pour jouir de cette grâce devant sa personne royale, ou devant quelque capitaine général ou commandant de province , gouverneur ou justice du royaume; à cet effet , il leur sera donné le document convenable pour justifier leur présentation dans le susdit délai; passé lequel il sera procédé contre eux conformément aux ordonnances, s’ils sont arrêtés sur le territoire espagnol.
«• Ce que je vous communique par ordre du roi , à ce que vous n’eu ignoriez et pour que vous y teniez la main.
« Que Dieu vous garde beaucoup d’années.
k Pcdao Macanaz.
• Madrid , 30 mai 1814. »
Le signataire de cette liste de proscription était chargé de nommer à tous les emplois de la magistrature et de l’Église. Il ne songea qu’à les vendre au plus offrant, sans faire attention à aucune autre considération que celle de la somme qu’il devait gagner. Ce trafic avait lieu par l’intermédiaire d’une Mlle nommée Louise Petit, qui, après avoir exercé à Paris l'ignoble métier de courtisane, vivait publiquement avec Macanaz. Voilà quelle était la dispensatrice des emplois et des charges de la monarchie espagnole. La publicité et le scandale de cette conduite devinrent tels, que Ferdinand fut contraint d’y mettre un terme. Un jour ii reçut des indications si précises, on lui désigna avec tant d’exactitude le prix moyennant lequel une grâce avait été vendue et même le lieu où l’or était déposé , qu’il voulut se convaincre par lui-même. Accompagné d’un secrétaire nommé ’ N’cgrete, il se rendit à la pointe du jour chez le ministre; il s’approcha du lit où Macanaz dormait encore , et lui de-
manda la clef d’une armoire particulière. Il y trouva le paquet d’onces d’or qui avait servi de prix à sa corruption. Il en tira aussi , dit-on . les papiers qu'elle contenait , les mit dans un mouchoir, et les emporta. Le lendemain Macanaz fut envoyé au château San- Anton. Le 25 septembre le journal officiel annonça son emprisonnement, sans en expliquer bien nettement la cause, ce qui donna lieu à beaucoup de suppositions. On prétendit que Macanaz possédait les brouillons des lettres écrites par Ferdinand à Napoléon et à Joseph pendant sa captivité de Valencay, notamment une lettre de félicitations qu’il écrivit à ce dernier à l’occasion de la bataille d’Ocana. On ajoute que maître de ces papiers il se croyait sûr de l’impunité, quelque faute qu’il pût commettre ; ondit qui! sYtait même imprudemment vanté de faire le pius grand tort à Ferdinand s’il voulait les publier. Il est fort difficile de savoir au juste la vérité. Il faut avouer cependant que les termes du décret inséré dans la Gazette se prêtent singulièrement aux conjectures qu’il a fait naître. Il y est dit : « Macanaz, cédant a des maximes « honteuses, a non-seuleinent commis « des délits qui méritent un châtiment « sévère, mais encore il a été infidèle à « une époque où le roi avait nialheu- « reusement besoin, plus que jamais, de « l’appui de ses vassaux bien-aimes. »
Ce qu’il y a de certain , c’est que Macanaz resta enferme dans le château de San-Anton jusqu’à la révolution de 1820.
Ostolaza fut aussi appelé au ministère dans les premiers mois du règne de Ferdinand. Il ait pendant quelque temps partagé à Valençay la captivité de re prince, dont il était le confesseur ; mais il était parvenu à sortir de France et à se rendre à Cadix. Nomme membre des cortès, il s’était mis à la tête du parti antiréformiste. Au retour de Ferdinand, il fut comblé de faveurs, et provoqua de toutes ses forces le rétablissement de l’inquisition. Alors on vit recommencer les persécutions de cet horrible tribunal. Le passage des Français en Espagne y avait propagé l’institution de la franc-maçonnerie. Cette association fut poursuivie comme une secte hérétique. Kétabli sur ses ancien-
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nés bases et avec ses anciens principes, le saint-office fut à cette époque, aussi bien qu’à son origine, un instrument politique encore plus qu’un tribunal religieux. Sous Ferdinand le Catholique, V’inquisition avait servi à persécuter les restes de la maison de Navarre.
Sous Ferdinand VII, elle poursuivit avec acharnement tout ce qui professait des opinions libérales. Ces rigueurs furent poussées à un tel excès qu’un des inquisiteurs, le chanoine Riesco, se jeta aux pieds du roi pour le supplier de faire cesser cette confusion de la religion et du pouvoir, et qu’il donna sa démission après avoir averti Ferdinand des maux que cette institution devait appeler sur l’Espagne. 11 est vrai de dire cependant que l'inquisition rétablie par Ferdinand VII ne condamna à la mort aucun de scs pénitents, et que même le décret qui la releva ne lui permit pas d’appliquer cette peine; mais pour peu u’on veuille se rappeler les principes e l’inquisition d’Espagne, on trouvera qu'elle a toujours prétendu ne pas avoir Je droit de prononcer la peine capitale. Lorsqu’une personne était hérétique, relapse et impénitente, que suivant les doctrines de ce tribunal elle avait encouru le dernier châtiment, les inquisiteurs prononçaient seulement qu'elle était coupable , et la relaxaient , c'est-à-dire qu’ils l'abandonnaient à l’autorité temporelle chargée de prononcer la sentence de mort et de l’exécuter.
Lorsque ce tribunal fut rétabli, Ostolaza présenta à Ferdinand l’adresse la plus louangeuse : « Votre Majesté, « disait-il , est à peine sortie de sa pri- « son, que déjà tous les malheurs de « son règne sont effacés. Le savoir et « le génie sont mis au grand jour et sont « récompensés des plus grands hon- « neurs. La religion surtout, sous la « protection de Votre Majesté, est sor- « tie des ténèbres, comme l’astre lu- « mineux du jour, etc., etc. » Au reste, Ostolaza devint bientôt la victime de ce tribunal. On eût pu lui appliquer cet adage : Legern q nam tulisti paJiere , Souffre la loi que tu as faite. Mais au moins ce fut pour une juste cause, et l’on n’aurait que des grâces à rendre au saint -office s'il n’avait jamais poursuivi que de semblables accusés.
Ferdinand, fatigué des représentations continuelles dont Ostolaza l’accablait, lui avait retiré sa confiance. Mais cet ecclésiastique était resté investi de nombreux bénéfices, qui lui procuraient d’immenses revenus. Il était aussi supérieur d’un hospice où des religieuses devaient des filles pauvres. Il voulut se faire un sérail de ce couvent : il séduisit plusieurs des jeunes filles qui l’habitaient. Il usait avec les unes de l’imposture et des moyens mystiques, avec les autres il avait recours a la violence. Il exista bientôt des signes évidents de cet infâme abus du sacerdoce. Les plaintes de quelques-unes des victimes, la fuite des autres, éveillèrent l’attention de l’autorité ecclésiastique , et le scandale devint tel, que l’évêque fit mettre Ostolaza en arrestation. Bientôt l’inquisition évoqua l’affaire. On reprochait au prévenu d’avoir enseigné des propositions hérétiques touchant l’innocence de quelques actions que la religion et la morale condamnent, il fut conduit dans les prisons de l’inquisition de Séville, où il mourut de désespoir.
On ne peut pas reprocher à D. Francisco Ramon Eguia, ministre de la guerre, la cupidité de Macanaz, ou les vices d’Ostolaza; cependant il a fait beaucoup de mal à l’Espagne : c'était un esprit étroit, minutieux, et tout à fait incapable de gouverner un département aussi important que celui qui lui était confié. Il ne connaissait rien en dehors de la routine de son état , et il était tellement entiche des vieux usages, qu’il avait même conservé la queue telle qu’on la portait dans les troupes prussiennes du temps de Frédéric II , ce qui lui avait valu le surnom de Coletilla. L’armée cependant avait des droits incontestables à toute la reconnaissance de Ferdinand; aussi lui promit-on les plus grandes faveurs. On nomma une commissiond’officiers généraux chargés de la réorganiser. On décréta la construction d’un édifice pour recevoir les soldats invalides. Cette institution ne devait , disait-on , céder en rien à l’hôtel élevé par Louis XIV ; mais tous ces projets n'aboutirent à rien ; et au lieu îles récompenses promises à l’armée, on l’accabla d’ordonnances dictées par un esprit de. bigoterie, et propres à faire
L’UNIVERS
des moines plutôt que des guerriers. Ou allé jusqu’à réglementer la manière dont ils devraient prendre l'eau bénite en entrant dans l'église. On interdit aux soldats les chants qui avaient accompagné leurs derniers triomphes, et l'on ordonna que tous les soirs ils se réuniraient pour dire le rosaire.
Les officiers qui s’étaient distingués dans la guerre de l'indépendance restèrent négligés dans les provinces, tandis
3u'on mettait à la tête de leurs corps es homnips qui n’avaient pris aucune part à la lutte contre les Français. Ainsi on retira à Mina le commandement de la Navarre; et ce chef, mécontent et d’ailleurs attache sincèrement aux institutions constitutionnelles, crut avoir des motifs assez graves pour lever l’étendard de la révolte. Il traça le plan d’une vaste conspiration. Mais cette entreprise était prématurée : quelques fautesqu’eilt déjà commises Ferdinand, son gouvernement n'avait pas encore eu le temps de se discréditer entièrement; néanmoins Mina, impatient des abus et des injustices qui avaientlieu, sentit en rapport avec la plupart des régiments qui avaient été sous ses ordres, lions la nuit du 25 septembre, il chargea le colonel du 1" régiment de volontaires, qui s'était fourni d’échelles, d'escalader avec son monde la citadelle de Pampelune; mais au moment de l'exécution . les soldats, malgré les offres qu'on leur faisait, refusèrent de prendre part à cette entreprise audacieuse. Rencontrant ainsi dès les premiers pas un obstacle insurmontable, Mina se vit contraint de prendre la fuiteetdechereherun refuge enFrance. Sa tentative avorta; mais l’exempleoffert par un des défenseurs les plus illustres de l'indépendance e-pagnole, dès les premiers jours du règne de Ferdinand, eut de nombreux imitateurs; des conspirations se succédèrent rapidement de 1814 à 1820. Il semblait, au reste, qu’on s’attachât à donner à l’armée de justes sujets de mécontentement , et le peu de res-ourccs dont le trésor pouvait disposer étaient réparties entre les différents corps de Farinée avec une monstrueuse inégalité; quelques corps privilégiés étaient bien vêtus et bien payes : le régiment des gardes du corps , que commandait le duc
d’ Alazon , était abondamment pourvu de tout ce qui pouvait relever sa splendeur: on prodigua pour le seul entretien de ce corps des sommes qui eussent suffi pour maintenir honorablement une armée assez considérable ; mais les autres corps ne recevaient pas de quoi se vêtir. Il y en avait qui ne pouvaient pas sortir de leurs quartiers parce qu’ils étaient absolument nus et sans chaussures. Ils ne recevaient pas même exactement leurs rations. Us étaient obliges de prendre à crédit chez les fournisseurs les aliments de chaque jour. Les maux qui accablaient la Hotte n'étaient pas moindres. Sous cette administration déplorable on a dil à l’année de mer jusqu’à 70 mois de solde : aussi arriva-t-il plus d’uue fois ue des officiers furent réduits à vivre 'emprunts ou d’aumônes. AuFerrol un officier des soldats de inarioe mourut de faim. Le journal du lieu publia officiellement ce fait, et aucune mesure ne fut prise pour mettre un terme à ces souffrances : seulement, par une ordonnance du 12 février 1816, il fut permis à tous les individus appartenant au département de la marine de se livrera la pêche,
« afin, est-il dit, que par ce moyen ils « puissent se procurer les aliments dont « ils manquent. »
Dans beaucoup de provinces, le seul moyen qu’avaient les employés et les militaires pour obtenir le pavement de leurs traitements etde leurs soldes, était d’en céder huit ou dix pour cent à quelques employés de la trésorerie, qui, moyennant cet abandon , se chargeaient d'en faciliter le payement.
Les cortès eu se retirant avaient laisse le trésor dans un complet déndmeut.
La nation, il est vrai, n'était pas entièrement épuisée. La plus grande partie des fonds que les Français avaient levés à titre de contributions avait été par eux dépensée dans le pays meme; et comme les sommes tirées par eux des rovinces espagnoles n’étaient pas sufsantes pour l'entretien de l’armée et
fiour le payement des services publics, e trésor de France avait versé à Joseph une puissante subvention, qui était restée en Espagne presque en totalité. Dix mille familles proscrites par ledéeret du 30 mai avaient à la vérité emporté d’Espagne ce qu’elles avaient pu enlever de
leur fortune; mais les richesses accumulées inutilement dans les trésors des églises et des monastères avaient été pillées parles combattants et rendues par eux à la circulation. Ce n'était donc pas le numéraire qui manquait dans ce pays; c’était une bonne assiette de l’impôt, "un système raisonnable de Onances. Les Cortès avaient établi l'impôt direct, le seul qui fût désormais praticable. Mais ni Ferdinand ni la camarilla ne voulaient rien de ce qui venait des cortès : ils s’empressèrent de le supprimer. Cependant la nécessité d’assurer les revenus de l’État se faisait sentir si vivement, qu'on remit enfin le ministère des finances à un homme d'expérience, à Garay. Celui-ci voulut revenir à la contribution directe. Il fut aussitôt signalé comme novateur, chassé de son poste et envoyé en exil.
On eut recours à des taxes arbitraires, qui faisaient des mécontents sans venir utilement au secours du trésor public.
On affermait à des individus ou à des compagnies le droit exclusif de vendre les objets de première nécessité, et quiconque les débitait au préjudice de ce monopole était puni comme contrebandier. Ainsi à Xérès la vente du vin était affermée, et le vigneron ne pouvait se défaire de sa récolte qu’en payant au fermier du vin une énorme rétribution.
On imposa des droits de douane exorbitants, qui achevèrent de détruire le commerce en rompant toutes les relations avec les pays étrangers; mais ces taxes, ces exactions, ne produisaient que des sommes insuffisantes, promptement épuisées par l'avidité de la camarilla.
<■ Une seule ressource1, dit M. le vicomte de Martignac, restait au gouvernement espagnol pour échapper à de si pressants embarras, pour réparer tant de maux et pourvoir a tant de besoins : c’est celle qui depuis longtemps lui avait tenu lieu de toutes les autres, et avait remplacé pour lui ces richesses locales qu’il n’avait jamais su obtenir de l’agriculture, de l'industrie, du commerce , de tout ce qui fait la fortune des autres États. On comprend qu’il s’agit de ses possessions d’outre-mer.
1 Essai historique sur la révolution d’Espagne , p. 16s.
« C’est de ce côté que se tournaient tous les vœux et toutes les espérances , et là, en effet, se trouvaient encore des moyens de salut. Déjà, sans doute, cette portion de la fortune d’Espagne était dangereusement compromise; mais rien n’était desespéré, et cette affaire si importante et si décisive, conduite avec quelque prudence et quelque habileté, pouvait encore avoir une favorable issue. »
Pendant l’invasion des Français les colonies s’étaient séparées de la métropole, et avaient profité de la position désastreuse où se trouvait la Péninsule pour se constituer en États indépendants. Mais un des fruits de cette révolution avait été pour elles l'anarchie et la guerre civile. Peut-être quelques concessions auraient-elles suffi pour ramener sous la domination de l’Espagne ces contrées fatiguées de leurs dissensions intestines; mais Ferdinand voulut être maître absolu en Amérique de même qu’il l’était en Europe. Il ne voulut rien céder, et l’Espagne, dont les ressources étaient épuisées par la luttequ’elle venait de soutenir sur son propre territoire, dont la marine était anéantie, dont les finances étaient ruinées, dut s’imposer de nouveaux sacrifices pour aller porter la guerre au bout du monde sans aucune chance de succès.
L’organisation des expéditions chargées de conquérir et de pacifier l’Amérique fut confiée à Antonio Ugarte. Cet homme, qui avait été d'abord portefaix, et ensuite agent d'affaires, devait son élévation à la protection de l’ambassadeur russe, M.deTalischeff. F.t il faut le dire avec regret, on trouve ce diplomate mêlé à toutes les intrigues de la camarilta. Son influence nefaste a pesé sur l'Espagne de la plus déplorable manière. Ferdinand, en montant sur le trône, avait compris la nécessite de contracter une alliance intime avec quelqu'une des grandes puissances de l’Europe. Les principes constitutionnels du gouvernement anglais lui répugnaient; Louis XVIII et la charte française lui semblaient respirer le jacobinisme. La Prusse se montrait froide et indifférente; quant à la cour de Vienne, elle était presque hostile. Il restait encore bien des ferments de cette haine qui, depuis la
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guerre de la succession a divisé les maisons d'Espagne etd’Habsbourg. Lors du congrès de Vienne, Labrador, plénipotentiaire espagnol, ayant demande au prince de Metternich que la Toscane fût remise à l’infant Charles-Louis, fils de Louis Ier, le ministre autrichien avait brusquement répondu que l’affaire de Toscane ne pouvait pas faire l'objet d'un arrangement, mais le sujet d 'une guerre. L’Espagne avait été forcée de courber la tète; mais elle n’avait pas oublié cette humiliation. Quant au gouvernement russe, il avait les mêmes principes d'absolutisme que Ferdinand voulait faire prévaloir en Espagne. Ce fut donc de ce côté que se portèrent toutes ses sympathies. M. de Tatischeff sut fialiilement tirer parti de ces dispositions. La plupart des grands fonctionnaires de l'administration espagnole se dévouèrent à lui. Eguia, ministre de la guerre, était l'instrument aveugle de sa volonté.
L’ambassadeur russe voulut avoir auprès du ministre de la guerre un agent dont il fût sûr : il introduisit dans ses bureaux Antonio Ugarte, pour lequel on créa la fonction de directeur général des expéditions chargées de conquérir l'Amérique. Pour une si grande entreprise l'Espagne manquait de vaisseaux. La Russie proposa de lui en fournir. Trois vaisseaux russes arrivèrent a Cadix; mais on reconnut bientôt qu'ils étaient hors d'état de servir. Peut-être les employés russes furent-ils de meilleure foi qu on ne le pense en contractant ce marché.
Les bois que la Russie tire de son sol et qu’elle emploie à ses constructions maritimes sont en général d’une qualité si inférieure, qu’ils ne résistent pas à l’action corrosive des mers du midi , et l’on a vu des constructions navales qui avaient été faites avec des chênes de Russie se trouver entièrement pourries et vermoulues apres une ou deux campagnes. Quoiqu'il en soit, les réclamations contre ce marché furent si vives et si nombreuses que le gouvernement espagnol, pour imposer si leuce aux clameurs, défendit de médire de cette Hotte sous peine d’être accusé à' hérésie. La Russie, de son côté, fournit à l’Espagne deux frégates en meilleur état.
Morillo,qui avait combattu avec tant
de succès dans la Galice et qui s'était fait une renommée de talent et de courage, reçut le commandement de l’expédition dirigée contre les colonies américaines. Pour son début dans cette nouvelle lutte, il s'empara de Carthagene, où les autorités insurgées avaient établi le siège de leur gouvernement. Il battit leurs troupes à Cachiri; mais bientôt il rencontra dans Bolivar un adversaire digne de lui. Les deux chefs luttèrent avec une rare persévérance. Morillo, tantôt vainqueur, tantôt vaincu, se maintenait avec un courage héroïque. Mais son adversaire avait sur lui 1 avantage de réparer ses pertes sur le lieu même; tandis que Morillo attendait d’Europe des secours, qui souvent ne lui parvenaient pas. Il lutta ainsi pendant cinq années, au bout desquelles il fut obligé d’abandonner le Nouveau-Monde, n'en rapportant que le souvenir de ses efforts superflus et le titre de comte de Cartliagène.
La nation voyant avec peine cette guerre lointaine qui lui imposait inutilement d’onéreux sacrifices , c’était une cause de mécontentement à ajouter à celles si nombreuses que l'on avait déjà. On reprochait à Ferdinand de n'avoir accompli aucune des promesses qu’il avait faites par le décret de Valence. Il avait dit :« Cependant, pour prévenir ces « abus autant que peut le faire la pru- « dence humaine, en conservant l'hon- » neur de la royauté et ses droits (car « elle en a qui lui appartiennent, comme « aussi le peuple a les siens, qui sont ega- » lement inviolables), je traiterai avec les « députés de l’Espagne et des Indes, et « dans des cortès légitimement assem- « Idées, composées des uns et des au- « très. ”
Mais les cortès n’avaient pas été réunies.
Il avait dit : « La liberté, la sûreté « individuelle, seront garanties par des « lois. »
Et au lieu d’exécuter cette promesse , on avait, sans jugement, prononce des exils et des proscriptions.
Il avait dit : « Tous auront la faculté « de communiquer par la voie de la « presse leurs idées et leurs pensées, en « se renfermant dans les bornes que la « saine raison prescrit à tous , afin que
« cette liberté ne dégénère pas en li-
« cence. »
Au lieu de la liberté promise on avait étalffi la censure.
Il avait dit : « Pour éviter tout soup- « cou de dissipation dans les revenus ae « l’État, la trésorerie séparera les fonds « destinés à ma personne et à ma fait mille de ceux qui seront assignés pour « les dépenses ae l’administration gé- * nérale. »
Presque toutes les ressources de l’État étaient gaspillées par la camarilla et prodiguées à d’obscurs et d'indignes courtisans. Le mécontentement était général; le brave Empecinado s’en fit l’organe. Il présenta un mémoire au roi
f>our lui exposer les sujets de plainte de 'Espagne et pour demander la réunion des cortès. Sa franchise fut aussitôt punie. Il fut arrête et envoyé en exil à Yalladolid. Le roi, les ministres, étaient sourds aux plaintes et aux réclamations de la nation. Aussi les espérances se tournèrent-elles d'un autre côté, et l’on se prépara à arracher par la force une justice qu’on ne pouvait obtenir par de sages représentations : des conspirations s’organisèrent. La Galice était surtout animée par un esprit d’indépendance qui se manifestait parmi les militaires cantonnés dans cette province.
Une insurrection fut organisée. Il ne manquait plus à ce mouvement qu’un chef capable de le diriger. Tous les yeux se tournèrent vers Juan Diaz Porlier, qui était enfermé comme libéral au château de San-A nton. Ce capitaine, dont la santé était altérée par les fatigues de la guerre et par les rigueurs de sa captivité, ayant obtenu la permission d’aller prendre les eaux minérales à Arteyo, profita de cette permission pour accepter le commandement de l’insurrection qu’on lui offrait. Dans la nuit du 18 septembre 1815 il entra à la Corogne, ou il fut reçu avec enthousiasme. Il mit en liberté toutes les personnes emprisonnées pour leurs opinions constitutionnelles. Il arrêta le capitaine général et les principaux fonctionnaires; puis il fit proclamer avec la plus grande solennité la constitution de Cadix aux cris de Five Ferdinand, roi constitutionnel !
De nombreux détachements de trou-
pes accoururent de tous les villes voisines se ranger sous ses ordres. La garnison de Santiago et l’école militaire de cette ville n’attendaient que sa présence pour se prononcer eu faveur du régime constitutionnel. Il se mit donc en route à la tête de huit cents hommes, et se dirigea vers la capitale de la Galice sans rencontrer nulle part la moindre résistance. Cependant , les chefs du parti royaliste et le clergé de Santiago, qui jouit d’immenses richesses, ne restèrent pas oisifs. Ils achetèrent à force d’or le dévouement des sous-officiers et d’une partie des soldats qui accompagnaient Porlier. Ce chef s’étant arrêté à Ordenès, village à deux lieues de Santiago, et ayant réuni tous les officiers dans un festin, lessous-officiers, restés seuls à la tête des troupes, tinrent un conseil secret, résolurent d’arrêter Porlier et de Je livrer aux autorités royalistes. Dirigés par l’an d’eux, nommé Chacon, ils assaillirent l’auberge où Porlier et ses officiers étaient réunis. Ceux-ci eurent le temps de se saisir de leurs épées et opposèrent une vive résistance; mais ils furent accablés par le nombre. On les enchaîna et on les conduisit à la prison de l'inquisition de Santiago. Ils furent ensuite transférés à la Corogne, où l’on fit leur procès. Porlier, qui avait si puissamment contribué à relever le trône de Ferdinand, ce brave chef de guerrilla que les halles françaises avaient épargné dans tant de combats, fut, le 2 octobre 1815, condamné à être dégradé, et pendu comme un malfaiteur. La sentence fut exécutée le lendemain. Ce fut l’unique récompense payée par la gratitude de Ferdinand à l’un de ses plus hardis et de ses plus zélés défenseurs. On dirigea contre les complices de Porlier une longue procédure qui aboutit à une condamnation capitale contre quatorze d’entre eux. Heureusement ils avaient tous trouvé le moyen de se réfugier en Angleterre.
L’issue de ce procès produisit chez les libéraux une violente exaspération. Les opinions constitutionnelles et l’agitation se propagèrent avec une excessive rapidité. Il fallait être aveuglé par les préjugés et par les passions politiques pour ne pas s’apercevoir qu’une crise devenait chaque jour plus menaçante : Es-
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coiquiz lui-même osa faire des représentations au roi ; il lui dit que le germe de l’insurrection ne pourrait jamais être étouffé par des procès criminels , mais seulement par des réformes salutaires et par des mesures de douceur. Os vérités furent mal accueillies. Escoiquiz, qui avait donné a Ferdinand tant de gages de son dévouement, fut banni ae la cour et exilé en Andalousie.
Une conspiration plus dangereuse s’organisa bientôt à Madrid. Elle avait pour chef don Vincente Richard, homme d'une grande énergie , mais qui jusqu’à cette époque ne s’était signalé par aucune action capable de tirer son nom de l’obscurité. Le projet des conspirateurs était dans le principe de s'emparer de la personne du roi et de le contraindre à jurer la constitution de 1812. Les conjurés espéraient que ce plan serait d’une exécution facile. Le roi avait l’habitude de diriger ses promenades sur la route de Madrid à Alcala. A une certaine distance de la ville, il laissait sa voiture et l’escorte nombreuse dont il était toujours accompagné, pour se promener à pied avec la reine et les infantes. I.e but ordinaire vers lequel il se dirigeait était un point nommé l’auberge du Saint-Esprit. C’est là que les conjures devaient s’élancer sur le roi, le faire monter à cheval, et le conduire à Alcala , où se trouvait un régiment dont les dispositions en faveur de la constitution n’étaient pas douteuses ; mais Vincente Richard rencontra dans l'exécution de ce plan des difficultés qui lui parurent insurmontables.
Il y renonça, et conçut à la place le projet d’assassiner le roi. Ce fut Richard lui-même qui se chargea de l’execution de cet attentat. Leroi, lorsqu’il rentrait de la promenade, avait l'habitude de donner une audience publique : c’est ce moment que l’assassin devait choisir.
Heureusement le complot fut dénoncé par un des complices. Vincente Rirhord fut arrêté, porteur du poignard dont il devait se servir. On lui fit promptement son procès, et il fut pendu sur la grande place de Madrid. Ce châtiment était mérite ; mais les conseillers de Ferdinand, qui ne savaient jamais s’arrêter dans de justes limites , ordonnèrent les mesures les plus cruelles et les plus
inquisitoriales. On rétablit la torture, cet horrible mode de procédure qui peut forcer l’innocent à s’avouer coupable. L’attentat de Richard avait inspiré l’horreur générale; aussi son supplice fut-il vu sans beaucoup de pitié Mais ces cruautés inutiles soulevèrent l’indignation de tout le monde.
L’impulsion était donnée ; les rigueurs ne faisaient qu’irriter les passions au lieu d’arrêter le mouvement, et la tentative qui avait échoué en Galice fut recommencée en Catalogne par le général Lacy.
Don Luis Lacy était né en Andalousie, à Sainl-Roch, dans le courant de l 'année 177C. Ses parents étaient d’origine irlandaise. Entré fort jeune au service, il parvint bientôt au grade de capitaine, et passa avec son régiment aux Canaries. Une affaire d’honneur le contraignit à quitter son corps. Il revint en Europe, traversa à pied l’Espagne, la France, et se rendit au camp de Boulogne, où il s'engagea comme simple soldat dans le Ce régiment d’infanterie légère. Napoléon, ayant appris les particularités qui avaient forcé cet officier à s’expatrier, lui rendit son grade de capitaine. En 1808 , Lacy était lieutenant-colonel dans l’armée française. Il suivit Murat en Espagne , et il se trouvait à Madrid lors de la funeste journée du 2 mai. A cette époque, il rentra au service de sa patrie ; et parveuu bientôt au grade de énéral , il fut chargé par la régence e la défense de la Catalogne. 11 y lit, jusqu’en 1812, la guerre à l'armée d’invasion; puis il passa en Galice. Lors du retour de Ferdinand, il avait le commandement militaire de cette province.
Mais signalé comme libéral, il fut privé deson emploi et exilé en Catalogne Au mois de mars 1817 il alla prendre les eaux de Caldétès, près de Barcelone.
Il y trouva le général Milans et plusieurs de ses compagnons d’armes qui déploraient comme lui l'état malheureux où les conseillers de Ferdinand avaient réduit l’Espagne. Lacy exerçait une grande influence sur la province, où il avait longtemps combattu, et sur les troupes qui l’occupaient. Il se mit en rapport avec les officiers des différents corps, et organisa une vaste conspiration, dans le but de proclamer la
constitution de Cadix. Le complot devait éclater le 5 avril ; mais avant cette époque deux officiers , nommés Appentel et Nantin, révélèrent le plan des conjurés. Don José Guer, lieutenant-colonel du régiment de Tarragone, qui faisait partie de la conspiration, réunit deux compagnies de son régiment, et les conduisit au général Lacy; mais le colonel, qui ne partageait pas les opinions constitutionnelles, sut retenir les deux autres. Des mesures énergiques furent prises de tous les côtés pour empêcher que la révolte ne fît le moindre progrès. Des émissaires dépêchés par les autorités se glissèrent dans les rangs des deux compagnies qui avaient rejoint Lacy, et déterminèrent assez facilement les soldats à délaisser un complot découvert et désormais sans aucune chance de succès.
Plusieurs des chefs furent assez heureux pour gagner la France. Il n’en fut pas de même de Lacy; il tomba entre les mains d’un détachement envoyé à sa poursuite : conduit a Barcelone, il fut condamné à mort par un conseil de guerre. Néanmoins on n’osa pas exécuter cette sentence en Catalogne, où tout rappelait les hauts laits accomplis par ce général pendant la guerre contre les Français. Oncraignait decauser un soulèvement dans les troupes, dont on n'était pas sûr. On espérait que Lacy obtiendrait sa grâce ; car il était généralement aimé, soit à cause de sa gloire militaire, soit à cause de son caractère franc et loyal. Il fut transporté à bord d’un vaisseau qui se rendait à Majorque. Tout le monde, et le condamné lui-méine, crut qu’on lui laissait la vie. Arrivé dans l'île, il fut enfermé au château de Belver; mais le cinquième jour après son debarquement, le 3 juillet 1 81 7, on le fusilla dans les fossés de cette forteresse.
L’inhumanité avec laquelle Lacy fut sacrifié n’étouffa pas le germe des révolutions ; on frappait un des membres de la conspiration, et les autres étaient renfermés dans des prisons , où cependant on leur laissait assez de liberté pour qu'ils entretinssent facilement des relations au dehors ; en sorte que leurs prisons devenaient le foyer d’autant de conspirations. Le gouvernement
n’avait ni la force d’être clément ni la force d’être sévère. Il était cruel , violent et faible tout à la fois. Un semblable état de choses devait nécessairement engendrer de nouveaux malheurs.
Élio, capitaine général du royaume de Valence , pensa qu’il éviterait les complots en agissant avec une excessive dureté : ce ne fut dans la province ouvernée par lui quYspionnage , que élations , que mesures arbitraires.
Toutes ces vexations n’empêchèrent pas quelques habitants de Valence de traîner une conspiration. Des jeunes gens
fagnèrent une partie de la garnison.
,eur plan paraissait bien concerté; mais quelques heures seulement avant le moment où l'exécution devait commencer, un des complices alla trouver Élio, le prévint de ce qui se passait. Ce général se rendit aussitôt, avec une escorte peu nombreuse, au lieu où les conspirateurs étaient assemblés. Ceuxci se mirent en défense, et ne purent être pris qu’après un combat desespéré dans lequel fut tué le lieutenant-colonel Vidal, leur chef. Douzedeses adhérents furent jugés, condamnes à mort, et exécutés sur les remparts de Valence avec une promptitude et un mépris des formes judiciaires dont on rencontre peu d’exemples dans l'histoire des peuples civil isés. Quelques-uns des condamnés marchèrent au supplice avec un enthousiasme qui ranima l’espoir de leurs partisans. On remarqua surtout le jeune Beltran du Lys, fils d’un commerçant de Valence, qui au moment du supplice s’écria : « Je meurs content ; car ma mort ne restera pas sans vengeance. »
D’autres complices furent envoyés aux présides. La camarilla approuva la cruauté expéditive d’Élio , et la cour lui adressa des récompenses. Encouragé par ce succès, Élio enleva aux tribunaux ordinaires la suite du procès et la défera au saint-office. Cent dix-neuf personnes furent arrêtées, livrées à l’inquisition, soumises à d’horribles tortures, et plusieurs en reftèrent estropiées.
« Voilà, dit M. de Martignac, où de
firemières fautes conduisirent malgré ui, et par une jiente insensible, un roi ui, dans des temps paisibles et entoure e conseillers prudents et humains, aurait accompli ces royales et paternelles
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intentions, qu’il avait proclamées librement et nvecjoieensortuntde sa longue captivité, et dont le cœur et la mémoire seraient ainsi restés purs detout souvenir douloureux. »
INSURRECTION DE L’iLE LÉON. — LE OOMTF.
DEL ABISBAL. — RIECO QMROCA. — INSUR-
RECTION DE LA COROCNK, — DE SARAGOSSE,