‹ EspagneChapitre 27 sur 153 · ESP AG N F.. 24S · texte numérisé non relu

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américaines; enfin, la réforme des tarifs et l'amélioration des finances. Les cortès se mirent avec dévouement à la tâche qui leur était confiée ; mais bientôt les bouleversements intérieurs, et d’autres calamités non moins funestes, vinrent appeler leur attention d’un autre côté.

La fièvre jaune se déclara dans quelques villes de la Catalogne. Deux causes surtout contribuèrent a propager cette horrible maladie : l'obstination du commerce, dont les affaires se trouvaient entravées par des mesures sanitaires, et l'injuste méfiance des révolutionnaires, oui voyaient avec inquiétude les cordons de troupes. Iis niaient l’existence de la contagion , et prétendaient que c’était un pretexte inventé par le gouvernement, afin de rassembler des lorces pour leur enlever leur liberté. Le fléau, ainsi abandonné à lui-même, prit bientôt le plus affreux développement; de nombreuses victimes succombèrent , et des troupes furent placées autour de Barcelone, pour interdire toute communication entre la ville et les environs. Aussitôt que l’existence de ce fléau fut bien constatée, le gouvernement français couvrit de troupes la frontière des Pyrénées, pour empêcher qu’il ne pénétrât en France. En même temps il envoya des médecins à Barcelone, afin qu’ils donnassent des soins aux malades, et qu’ils étudiassent la marche de la fièvre jaune. Les docteurs Pariset, François , Audouard,Bally et Mazet, se dévouèrent à cette tâche périlleuse. Us furent assistés dans leur noble entreprise par ces femmes saintes qui consacrent leur vio au soulagement des malheureux : les sœursde Sainte-Camille vinrent avec eux s'enfermer dans Barcelone. Une substance nouvelle venait d’être découverte.

Pelletier et Caventou avaient trouvé le moyen d’isoler le principe actif du quinquina, et de le cristalliser avec l'acide sulfurique: ce remède énergique, niais d’un prix très-élevé, fut envoyé généreusement par les chimistes qui l’avaient découvert. On fit tout ce que la science et la charité purent imaginer pour atténuer la force du mal. Cependant il mourut beaucoup de monde. Au mois d’aodt la moitié de la population avait quitté la ville; il y restait environ 60,000 âmes;

16,000 personnes environ ont péri. Les médecins qui s’étaient dévoués si généreusement payèrent un douloureux tribut. Deux jours après son arrivée, le docteur Mazet fut atteint par la lièvre jaune, dont il mourut le 22 octobre. Les docteurs Bally et Pariset furent aussi malades. A la nouvelle de la mort de Mazet. un jeune élève en chirurgie de Perpignan, nommé Jouarry, prit la noble résolution de se jeter dans la ville , et vint seconder les médecins. Çh bien! la fureur de l’épidémie ne calma pas un seul instant les passions politiques. Au moment où elle sévissait avec le plus d’intensité, on s’occupait à Barcelone d’influencer l’élection des députés pour la prochaiue session. Le 14 décembre, la maladie n’était pas encore entièrement éteinte: déjà des émeutes éclataient, et les anarchistes parcouraient les rues en criant Mort aux serviles! Telle est la fureur et l’ingratitude des factions , ue les médecins français trouvèrent es détracteurs, même à Barcelone; et les passions politiques ont laissé des traces si profondes dans les esprits, que-, de nos jours encore, un écrivain , racontant les événements de cette époque, ne trouve pas un mot de reconnaissance pour le généreux dévouement des Mazet et des Jouarry. L’acte du gouvernement français qui les a envoyés ne fut , dit-il ,’ que le calcul d’une perfide hypocrisie 1 . Ce qui augmentait surtout l'exaspération du parti révolutionnaire, c’était la présence des troupes françaises rassemblées à la frontière. On répétait qu’elles n’étaient pas destinées seulement à garantir la France des atteintes de la contagion , mais qu’elles menaçaient l’Espagne d’une invasion nouvelle.

Les sociétés populaires; entrevoyant le danger qui menaçait leur parti, pensèrent qu’il ne pouvait être sauvé que par un excès de fureur et d’audace. En conséquence, elles expédièrent des instructions pour que des manifestations turbulentes éclatassent à la fois dans toutes les provinces, dans toutes les villes, et pour que de tous les côtés on ré-

( l J Histoire contemporaine de la révolution d'Espagne, t. 3, page loi, 1" «oloune, édition de Madrid, 1813.

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clamât contre la destitution de Riégo.

Ces instructions furent exécutées avec une déplorable ponctualité : de tous les côtés, ce ne furent que des émeutes, que des clameurs menaçantes; à Cadix on exécuta ce qu’on avait inutilement essayé à Madrid : on promena en triomphe le portrait de Riégo; et les autorités, loin de s’opposer aux désordres qui accompagnèrent cette démonstration, hostile au gouvernement, sejoignirent elles-mêmes aux perturbateurs. En recevant la nouvelle de cette conduite, les ministres destituèrent Jaureguy, chef politique de cette ville, et nommèrent pour le remplacer le général baron de Andilla. Alors les anarchistes de Cadix se réunirent sur la place San-Anton, y brûlèrent en public les journaux où leur conduite était blâmée; puis ils se transportèrent au domicile de Jaureguy, qui avait réuni les autorités municipales; et là on rédigea, en commun, une représentation au gouvernement conçue dans les termes les plus violents et tes plus injurieux. Cette pièce n’ayant pas reçu de l’administration la réponse que les perturbateurs désiraient, ils se confédérerent avec les habitants de Séville, qui s'étaient également mis en insurrection. A Murcie, à Valence, à la Corogne, il y eut également des troubles, excités dans le même but et avec plus ou moins de succès. En présence de ces violentes agressions, le gouvernement eut recours aux cortès.

Le 25 novembre, le roi adressa au congrès un message pour réclamer ses conseils et sa coopération : cette pièce fut apportée au congrès par tous les minis! res réunis. Une commission fut aussitôt nommée pour faire un rapport à la chambre. Le député Calatrava, chargé de faire connaître au congrès les résolutions de la commission, divisa son travail en deux parties : l’une dont il donna lecture dans la séance du 9 novembre , l’autre dont il ne devait donner connaissance que lorsque la première aurait été approuvée.

Il commença par blâmer hautement la révolte de Cadix et de Séville; un projet d'adresse fut proposé, par lequel le gouvernement fut invité à user de tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour soumettre les rebelles. Ces conclusions furent vivement combattues par

l’opposition ; enfin elles fureutadoptées, après huit heures de discussion.

La seconde partie du rapport ne fut lue qu’à la séance du 12 novembre. Le rapporteur expliqua que la commission avait dû considérer comme son premier devoir de blàiper la résolte ; mais que, ce devoir, une lois accompli, elle avait dû rechercher quelle avait été la cause de ces troubles. Il rappela que la nomination des ministres avait eu lieu dans des circonstances peu favorables, qui n’avaient pas dû lui concilier la sympathie générale. Il examina si la conduite tàible et incertaine du ministère n’avait pas contribué à jeter dans le pays des semences d'agitation. Il rappela plusieurs de ses actes , parmi lesquels il ne craignit pas de citer la destitution de Riégo, comme ayant été de nature à inquiéter les amis sincères des nouvelles institutions. Néanmoins il reconnut que là n’était pas la seule cause de l'agitation des esprits. « Des hommes ambi- <■ tieux, dit-il eu terminant, de peu de « réputation, qui ne peuvent exister que « dans le désordre , poussent le peuple « dans les horreurs de l’anarchie.

« Ce mal en a produit un autre, celui « que les autorités locales se sont vues « forcées de se réunir en juntes que « la constitution ne reconnaît pas.

« Des chefs de corps militaires et de r milices locales , même des prélats , r ont assisté à ces réunions, formées « de personnes qui osent s’appeler les r delegués du peuple , quand la consr tilution n’en reconnaît pas d'autres r que les députés aux cortès.

« La liberté de la presse a été pror fanée par l’abus scandaleux qui en a r été fait.

r Tels sont les maux que nous éprour vous. La conclusion eu est qu’il faut r adressera sa majestéun message dans r lequel les cortès exposent :

r Combien 1° il est nécessaire, pouf r calmer les craintes et la défiance pur bliques, et pour donner au gouverner ment .toute la force dont il a besoin , r que sa majesté daigne faire dans son r ministère les réformesque les circonsr tances exigent impérieusement ;

r 2" Que si sa majesté croit nécesr saire, pour remédier aux maux et aux « abus mentionnés ci-dessus , de pren-

« drequelques mesures législatives, les « cortes sont prêtes à délibérer sur les « projets de loi que la prudence de sa « majesté leur proposera. »

Les ministres, aussi vivement attaqués, se défendirent avec énergie. Néanmoins, après une discussion qui dura trois jours, les conclusions de la commission lurent adoptées, avec un amendement proposé par don José Calatrava.

Au lieu d’engager le roi à modifier son ministère, ce qui eût été une atteinte aux prérogatives de la couronne, on se borna à dire que le ministère avait perdu ta force morale nécessaire pour diriger les affaires dans les circonstances difficiles où l’Espagne se trouvait.

Dans des temps ordinaires, une semblable déclaration, mise à la suite des faits exposés à la tin du rapport , eût déjà été une grave inconséqutnce ; mais, faite en présence d’une révolte flagrante, d’une révolte qu’on reconnaissait blâmable, et qu’on n’avait pas étouffée , elle a quelque chose d’inconcevable : c’était justifier les perturbateurs de Séville et de Cadix , c’était donner des forces nouvelles au désordre et à la rébellion ; aussi les effets de cette déclaration des cortès ne tardèrent pas à se faire sentir. Les anarchistes de Cadix signèrent et adressèrent au roi la protestation suivante : « Nous protes- « tons, avec toute la solennité imagina- « bie, que nous soutiendrons à tous « risques et périls, et sans qu'aucun « obstacle puisse nous faire rétrograder, « que dès aujourd’hui nous ne recon- « naissons et n’obéirons en rien et en « aucune manière aux ordres que pourra « nous envoyer le gouvernement, tant

■ qu'ils seront donnés ou expédiés par

■ les ministres actuels , sans que nous « admettions aucun genre ni aucune « espèce de composition, transaction « ni accommodement, qui n’ait pas pour « base la destitution des ministres. »

Le gouvernement porta ce nouvel attentat à la connaissance des cortès, et cette fois le congres reconnut la faute qu’il avait commise. 11 fit en quelque sorte amende honorable, et décida que les autorités de Cadix devaient être mises en accusation. Cette déclaration, et la fermeté montrée par le ministère, im-

posèrent aux exaltés. Pour détourner la révolution de la mauvaise direction qu’elle avait suivie jusqu’à ce jour, et pour sauver le régime constitutionnel, il eût peut-être suffi de persister quelque temps dans la meme politique.

Déjà les révoltés de Cadix, de Séville, de Murcie, rentraient dans le devoir; mais, avant que la nouvelle de leur soumission fût arrivée à Madrid, Fcliu, qui était l’âme du ministère, donna sa démission. Trois de ses collègues remirent également leur porte-feuille : ce furent Bardaji, ministre des affairesétrangères, Vallejo, ministre des finances, et d’Estanislas Sanchez Salvador, qui avait remplacé Moreno-Daoiz au ministère de la uerre. Bientôt deux autres, le ministre e la marine et celui de la justice, donnèrent également leur démission. Les amis véritables du régime constitutionnel virent avec douleur la chute de ce ministère, qui avait lutté avec tant de dévouement pour le maintien de la tranquillité publique. Le dernier service rendu par ce ministère fut la présentation de trois projets de loi de la plus grande importance : l’un contenait des dispositions pénales plus sevères et mieux entendues contre les abus de la presse , et des précautions nouvelles pour rendre moins dangereux l’imprudent essai qu’on avait fait de l'application du jury à cette nature de délits.

Le second soumettait à une responsabilité personnelle les auteurs de pétitions séditieuses, et interdisait l’exercice de ce droit aux agents du gouvernement.

Enfin le troisième prohibait les réunions nocturnes des sociétés patriotiques; et ordonnait qu’il n’y serait prononcé que des discours écrits, et préalablement déposés sur le bureau.

Ces projets furent vivement attaqués par l'opposition. Calatrava proposa de les rejeter en masse, sans discussion particulière sur aucun d’eux. Le talent de Martinez de la Bosa , les efforts du comte deToreno, firent prévaloir la rai- " son. La proposition de Calatrava fut repoussée; les projets de loi furent mis en deliberation.

Les comuneros et les anarchistes , exaspérés par ce revers, résolurent de s’en venger sur les orateurs qui s’é-

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taient le plus distingues dans la discussion. A l’issue de la séance , la foule se pressa en tumulte autour des députés, et accueillit avec des injures et des menaces ceux [qui étaient connus pour la ^nodération de leurs opinions. C’était surtout sur Martinez de la Rosa et sur Toreno que les anarchistes voulaient assouvir leur colère : ils les attendirent inutilement. Alors, avec une fureur que rien ne put arrêter, ils coururent à l’hôtel du comte de Toreno , y pénétrèrent avec d’effroyables menaces; mais le comte s’était mis en sdreté. Ils parcoururent toute la maison, et n’en sortirent que lorsque Morillo arriva, à la tête de la force publique, pour les en chasser. Ils coururent aussitôt chez Martinez de la Rosa, pour y renouveler les mêmes excès; il dallut encore que la force publique intervînt pour les dissiper. Ces scènes de désordre et de violence produisirent un effet diamétralement opposé à celui que s’en proposaient les perturbateurs. Elle excita dans le congrès une indignation générale ; il ne fut personne qui ne reconnût la nécessité de donner des garanties à l’ordre public. Les députés s’occupèrent de la loi sur la presse, qui fut adoptée à une assez grande majorité. On vota ensuite la loi relative aux pétitions séditieuses.

L’adoption de la loi sur les sociétés politiques était également proposée parla commission; mais on n'eut pas le temps d’en achever la discussion.

Aux termes de l’art. 108 de la constitution, les députés ne.sont élus que pour deux années. La première législature constitutionnelle était arrivée à son terme, et le 14 février 1822 le roi vint en personne assister à la séance de clôture.

TROISIÈME MINISTÈRE CONSTITUTIONNEL. — OUVERTURE DE LA PREMIÈRE SESSION DF. LA DEUXIÈME LÉGISLATURE DES CORTÈS. — INVENTION UES RELIQUES DE PADILLA. — CCEHHII.LAS ROYALISTES. — LE TRAPPISTE.

— ÉMEUTES n’ARANJCÈS, DE VALENCE. — CLOTURE DE LA SESSION. — ASSASSINAT DE 1.ANIIABARO. — RÉVOLTE ET MASSACRE DE LA CARDE ROTALE. — RETRAITE DU MINIS- TÈRE.

L’époque où les corlès devaient se réunir approchait, et le roi n’avait pas

encore choisi les conseillers auxquels il voulait conlier les rênes de l’État. Il offrit à Martinez de ia Rosa le ministère des relations extérieureset la présidence du conseil. Mais les circonstances étaient assez critiques pour faire reculer les plus intrépides. Les élections s étaient accomplies dans les conditious les plus effrayantes. Les anarchistes avaient employé tous les moyens d’intimidation pour éloigner les modérés des assemblées électorales. Séville, Cadix, Murcieetpres-

Îue toute l’Andalousie étaient en rebelion. A Grenade, la populace avait fait invasion dans les colleges pour imposer ses choix. Dans d’autres endroits, on avait mis à la porte de l’assemblée un cercueil , avec un écriteau pour annoncer qu’il servirait, si l’on n’émettait pas un vote conforme au vœu national.

C’était en présence de députés sortis de ees assemblées turbulentes, c’était sous le contrôle d’une chambre formée de tout ce qu’il y avait de plus exalté dans la nation, qu’il fallait gouverner l'Espagne, maintenir l’ordre, et calmer l 'effervescence publique. Aussi Martinez de la Rosa refusa-t-il d’abord la tâche pénible qu'on voulait lui confier: mais c’est une justice qu’il faut rendre an noble caractère de cet homme d’État, toutes les fois que son pays a eu besoin de ses services, il s’est généreusement dévoué ; et, quelquedifficîles qu’aient été les circonstances , ni son admirable talent, ni sou courage, ne lui out jamais fait défaut. Pressé par Ferdinand, il accepta le dangereux honneur de présider le cabinet. Il eut pour collègues a l’intérieur, D. José Maria Moscoso; à la guerre, D. Louis Balanzat; à la marine D. Francisco Rontarate; aux affaires, d’outre-mer, D. Manuel de la Bodeja; aux finances, D. Philippe Sierra Pambley; enfin, au ministère de grâce et de justice, D. Nicolas Gareli. Ce cabinet, quoiqu’il ne renfermât que des hommes honorables et dévoués aux principes constitutionnels , ne pouvait se flatter de satisfaire les nouvelles cortès, qui, disait-on, étaieut disposées à examiner , avant tout, si Ferdinand n'était pas incapable de régner. Dans les séances préparatoires qui précèdent l’ouverture de la session, elles se montrèrent hostiles ; et le premier triom-

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phe du parti exalté fut la nomination de Riégo en qualité de préaident. Néanmoins l'ouverture de la session se passa avec plus de calme qu'on ne l'esperait. Le président répondit au discours de la couronne eu des termes assez convenables. Les premières séances furent consacrées à la lecture des mémoires où les ministres rendaient compte de l'état de leurs départements respectifs.

Pendant xjue les cortès préparaient ainsi leurs travaux législatifs, des troubles éclataient en même temps dans plusieurs villes importantes. A Barcelone, on avait élu un lieutenant colonel delà milice nationale; mais le, colonel de ce corps ne voulut pas le reconnaître, par la raison que le nouveau chef ne partageait pas ses opinions politiques. Les autorités pri reut la défense de l'oflicier qui avait été élu. Alors le colonel voulut faire décider le différend par les armes, et se mit à la tête de quelques miliciens, disposés comme lui à troubler la tranquillité publique. Heureusement ils trouvèrent dans la garnison et dans le reste de la milice une vive opposition. Il s’en fallut de peu que les places de Barcelone ne vissent couler le sang.

A Murcie, à Lucena, à Orihuela, les habitants étaient chaque jour effrayés par des émeutes. Valence fut le théâtre d’événements encore plus déplorables.

La garnison se composait du régiment de Zamora et du 2e régiment d’artillerie. Ces deux corps étaient mal vus de la milice, qui les accusait d'être serviles. Un soir, pendant qu’on battait la retraite, les soldats qui accompagnaient les tambours furent assaillis à coups de pierres. Us répondirent à cette attaque par des coups de fusils, et deux des agresseurs tombèrent grièvement blesses. Aussitôt les miliciens coururent aux armes ; mais l’attitude imposante de l’artillerie , et les dispositions sévères prises immédiatement par le capitaine général comte de Almodavar, imposèrent silence aux exaltés, et les contraignirent à rentrer chez eux.

A l’occasion de ces tristes événements, de vives interpellations furent adressées aux ministres. Les débats furent animés , violents , tumultueux ; un des députés alla jusqu'à dire que

refuser d’accueillir les réclamations des Valenciens, c'était autoriser le peuple à se faire lui-méme justice avec son poignard. Il est vrai que ces paroles iucendiaires furent repoussées avec des cris d’indigoation ; et peutêtre l’exagération de l’attaque vintelle en aide à la défense. Moscoso , Gareli, Martinez de la Rosa, donnèrent des explications avec ce calme et avec cette force de vérité qui imposent à la passion. Us parvinrent à convaincre la majorité; et à partir de ce moment ils exercèrent sur les cortès une influence qui dura jusqu’aux derniers jours de la session. Ce n’est pas que, dans ce court espace de temps, ils n’aient encore eu des luttes pénibles à soutenir. Quelquefois le «résident de l’assemblée lui-même, oubliant que son rôle devait être l’impartialité , se constituait l’adversaire des ministres.

Un jour, l’un d’entre eux ayant dit à la tribune que les principes des exaltés exposaient l’Etat aux plus grands daugers, Riégo l’interrompit, en disant :

Je vous rappelle à l’ordre •• vous m'insultez. en parlant ainsi , car c’est moi gui suis te chef des exaltés. Une autre fois , le ministre invoquait devant les cortès les prérogatives de la couronne; et aussitôt le président lui dit de se servir d’autresexpressions, parce que la couronne n'avait pas de prérogatives, mais seulement des devoirs.

Toutes ces discussions ne faisaient qu’entretenir l’irritation des esprits ; et les sociétés démagogiques, ces foyers de désordre et d’agitation, employaient tous les moyens, même les fables les plus absurdes, pour recruter des partisans et pour pervertir l’opinion publique. Ainsi les comuneros, dans le but de stimuler la curiosité générale et la ferveur de leurs adhérents, tirent annoncer aux cortès, dans la séance du 20 mars, qu’ils avaient retrouvé, auprès de Villalar, les ossements de Bravo de Padilla et de Maldonado. Un brave militaire qui cependant ne manquait pas de jugement, l’Empecinado, voulut bien se prêter à cette ridicule jonglerie. Ce fut lui qui se chargea de diriger les fouilles pour exhünier ces prétendues reliques, et il envoya aux cortès une relation emphatique (le sou opération.

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Après tout, cette fable n’était que ridicule; et plût à Dieu que l'aveuglement des partis n’eût excité que ie rire! Mais telle était l’exaspération du plus grand nombre, qu’on ne savait plus juger ni ce qui était vrai ni ce qui était juste ; et de tous les côtés la guerre civile prenait un épouvantable développement. La Navarre, les provinces basques fourmillaient de guerrillas royalistes. Presque toutes avaient pour chefs des hommes qui avaient déjà appris la guerre de partisan, en combattant contre les troupes de Bonaparte. C’était Gorostidi, surnommé le Curé. En 1808, ce guerrillero exerçait un emploi subalterne au collège oe Bergara. En voyant son pays envahi par les Français, if s’était enrôlé dans la guerrilla du Pastor. Il était parvenu au grade de lieutenant de cavalerie. A la rentrée de Ferdinand VU, il avait quitté les armes pour embrasser l'état ecclésiastique. Depuis longtemps il était curé, lorsque la révolution éclata. Alors il fut un des premiers à s’insurger, pour soutenir les droits du clergé aussi bien que ceux du roi absolu.

C’était encore Juanito, surnommé de la Rodiapea, parce qu’il était né à Pampelune dans le faubourg qui porte ce nom. Au commencement de la guerre contre les Français, il s'était engagé dans la guerrilla de Mina. 11 y était parvenu au grade de capitaine de grenadiers .

Don Santos Ladron, riche propriétaire de la province de Soria, avait aussi servi sous Mina en qualité de lieutenant-colonel. En 1822 les excès de la révolutoin le déterminèrent à reprendre les armes.

Il faut également citer don Vincent Quesada, ancien officier des gardes espagnoles. Fait prisonnier au commencement de la guerre de 1808 , et conduit en France , il était parvenu à s’échapper; de retour en Espagne, il avait continué à combattre, et s’était élevé jusqu’aux premiers grades. Ferdinand VII l avait nommé successivement brigadier, maréchal de camp, et gouverneur de la place de Saint-Ander.

Destitué par le premier ministère constitutionnel , et envoyé en disponibilité à Grenade, il s’échappa, gagna la France,

et rassembla des troupes sur la frontière, afin de pénétrer en Navarre.

Parmi les guerrilleros qui parcouraient ce royaume aussi bien que les provinces basques, on citait encore Zabala, Villanueva, Erraza, Balda Pinto, Verastegui, Zulaica, Aguirre,Cuevillas, Barrutia, Urquijo, Uranga, Berrit , Cabra, et d’autres.

Il en était de même en Catalogne, où les populations des montagnes étaient généralement portées pour les idées absolutistes , tandis que celles du littoral appartenaient presque toutes au parti exagéré. Thomas Costa, plus connu sous le surnom de Misas, Mosen Anton Coll, Miralles Romagosa Bessières, le baron d’Eroles et le Trappiste, y avaient levé l’étendard de la révolte. Parmi ces chefs de l’insurrection catalane , il en est trois surtout qui méritent une mention particulière.

George Bessières était un aventurier français qui pendant la guerre de 1808, avant abandonné son drapeau, s'était enrôlé dans le régiment espagnol de Bourbon. Il y était parvenu au grade de capitaine, avec rang de lieutenantcolonel; mais à la paix il avait quitté le service, pour se mêler dans plusieurs entreprises industrielles qui ne réussirent pas. Lors de la révolution des Cabezas, il était dans une extrême détresse. Il afficha les principes les plus démagogiques, dans le but d’exploiter la révolution; mais n’ayant pas obtenu d’emploi , il conçut la pensée de renverser la constitution, pour substituer la république à la monarchie constitutionnelle. La conspiration.dàns laquelle il avait entraîné quelques habitants de Barcelone , fut découverte.

Il fut jugé, condamné à mort; et déjà il avait été mis en chapelle, lorsque des membres du parti exalté employèrent leur crédit pour faire retarder l’instant de son supplice. Ils obtinrent ensuite que sa peine fût commuée en celle de la détention. Bessières fut renfermé dans la citadelle de Figuières; mais en 1822 il parvint à s’évader, et le républicain de Barcelone se mit à la tête d’une guerrilla levée pour rétablir le pouvoir absolu.

Au début de sa carrière, le baron d’Éroles s’était destiné au barreau. Il fai-

sait son stage à Madrid , lorsque l’invasion des Français ledéterminaa prendre les armes. Fait prisonnier au siège de Gironne. il fut envoyé, en France; mais en 1810 il parvint à repasser en Espagne, et il y obtint un grade supérieur. Quelques actions d’éclat lui valurent le commandement d'une division. F.n 1814, il fut nommé par Ferdinand capitaine général de la Catalogne. Il abandonna bientôt ce poste, et il vivait dans la retraite. On assure que le baron d'Éroles, en voyant Ferdinand VII prêter serment à la constitution , applaudit au rétablissement du régime constitutionnel ; car il pensaitque le nouvel ordre de choses assurerait le bonheur et la prospérité de son pays ; mais les excès commis par les révolutionnaires vinrent bientôt le désabuser, et il prit les armes pour rétablir le pouvoir absolu.

Quant au Trappiste, voici comment M. de Martignac a tracé son portrait :

« Antonio Maranon avait été officier, d’autres disent soldat, dans le régiment de Murcie : qu’importe? Des passions, drs malheurs, d’autres disent des fautes paves : qu’importe encore? l’avaient jeté de la caserne dans le couvent, où il était arrivé hardi, enthousiaste, fanatique, mêlant ensemble l’exaltation du cloître et la fougue des camps.

« Je l’ai vu à Madrid en 1823; et quoique son passage fût rapide , le souvenir qu’il m’a laissé ne s’est point affaibli. C’était un homme de quarante-cinq ans environ ; sa figure n’avait rien de remarquable, mais il avait l'air sombre, l’œil vif, et le regard assuré. Revêtu de sa robe de moine, portant sur sa poitrine un crucifix , à sa ceinture un sabre et des pistolets, et un fouet à sa inain droite, il était monté sur un cheval d’une taille peu élevée, et galopait seul au milieu d’une population qui courait audevant de lui, et s’agenouillait sur son passage. Il regardait froidement à droite et a gauche, et distribuait les bénédictions qui étaient demandées, avec une sorte de dédain ou plutôt d’indifférence dont je fus frappé...

« Au mois d'avril 1822, le Trappiste avait planté une croix au milieu d’un champ et réuni une bande nombreuse, dans laquelle se trouvaient des moines, des prêtres , des hommes de toutes les

professions : électrisée par son exemple, fanatisée par ses discours à la fois mystiques et guerriers, cette bande grossissait chaque jour, et chaque jour s’annoncait plus dévouée et plus résolue.

De tous côtés les populations armées se mettaient en marche sous la conduite de leurs curés, aux cris de Nivela religion ! vive le roi absolu ! et se dirigeaient vers le Trappiste en chantant des hymnes religieux. »

 la tête de ces hommes fanatisés, le Trappistes’ étaitemparé de Cervera. Il y avait établi une espèce de gouvernement , auquel il avait donné le nom de junte apostolique. Le 17 mai, le général Bellidose présenta devant Cervera. Malgré la résistance des soldats du Trappiste, les portes delà ville furent forcées. Alors ceux-ci se retranchèrent dans les maisons, et pour les en chasser Bellido fut forcé démettre le feu aux quatre coins de la ville. Douze cents insurgés périrent dans cet horrible incendie. Le reste se dispersa dans les montagnes , où la croix du trappiste les eut bientôt réunis.

Misas, qui s’était emparé de Camprodon le 15 avril, fut attaqué deux fois par le brigadier I.loveras, et deux fois contraint, i chercher un refuge en France. Bessières éprouva le même sort. Néanmoins tous ces coups portés au parti royaliste n’empêchaient pas que chaque jour il gagnât du terrain. En Aragon, un partisan nommé Trujillo occupa Calatayud, et souleva une partie de la province; un autre, appelé Chafandin, prit dans Castejon un détachement de sapeurs. Heirro enleva par surprise le fort de Méquinenza, et contraignit toute la garnison à mettre bas les armes.

Cette alternative de succès et de revers exaspérait également les deux partis, qui n’attendaient qu’une occasion pour laisser éclater leur colère. Le 30 mai , jour de la Saint-Ferdinand, le roi , qui en ce moment résidait à Aranjuès, et dont c’était la fête, après avoir reçu les hommagesdes autorités et de ses courtisans, descendit dans les jardins. Il s’y était rassemblé une grande foule d’habitants de Madrid et de paysans de la Manche. Ferdinand fut accueilli par eux aux cris de five le roi absolu! Ûiie patrouille de gardes nationaux d’Aranjuès accourut aussitôt, et menaça défaire

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feu sur la foule qui avait fait entendre ces clameurs. Ce fut un horrible tumulte : tout le inonde se mit à fuir. J.e roi rentra en toute hâte au palais, et envoya les infants ses frères pour calmer l'agitation. Mais un garde national à cheval accourant vers l’iufant don Carlos l'aurait percé de son sabre si les personnes qui l’accompagnaient n’eussent pasdétournélecoup. Heureusement il n’v eut pas de sang de versé ; le calme sc rétablit : mais le même jour, à un autre bout du royaume, éclatèrent des troubles qui eurent de plus funestes résultats. Pour célébrer la fête du roi et pour faire la salve d’usage, un peloton d’artilleurs se rendit à la citauelle de Valence, où le géuéral Élio était emprisonné. Eny entrant ils se mirentàcrier : A bas la constitution ! vive le roi absolu ! vive le général Elio! La nouvelle de cette révolte se répandit aussitôt dans la ville. La milice, le régiment de Zamora et le reste de la garnison prirent les armes, et entourèrent la citadelle. On proclama la loi martiale, et l’on donna une demi -heure aux révoltés pour délibérer et pour se rendre. Ceux-ci ne voulurent rien écouter, et le feu commença. Mais les artilleurs ne pouvaient faire une bien longue résistance. Leur nombre montait à peine à une centaine; et le lendemain matin ils succombèrent.

Le premier cri que les vainqueurs

f toussèrent en entrant à leur tour dans a citadelle fut celui de Mort à Élio!

Néanmoins ce général ne fut point massacré, comme on pouvait le craindrede la part de gens qui le haïssaient, et qui le croyaient ou le moteur ou le complice de la révolte. On le réserva pour une autre occasion.

Dans la séance des cortès du 3 juin les ministres furent vivement interpellés à l’occasion de ces événements.Cependant, malgré la violence des attaques dirigées contre eux, ils firent encore une fois triompher les principes d’ordreet de modération. Le reste du mois s’écoula sans nouveaux malheurs. Quelques rixes eurent bien lieu à Madrid entré des soldats de la garde royale et des miliciens ; néanmoins tout paraissait calme, et l’on était loin de prévoir la nouvelle catastrophe dont on était menacé. Ledernier jour delascssion était arrivé: Ferdinand, con-

formément à la constitution, avait été

rononcer le discours de clôture. Il fut

son retour accueilli par des cris de Vive le roi constitutionnel ! auxquels répondirent quelques clameurs de l'ive le roi absolu ! Ces derniers mots, diton, étaient sortis des rangs de son escorte. Il n’en fallut pas davantage pour que les anarchistes accablassent d'injures la garde royale qui la composait.

Ils allèrent même jusqu’à lancer des pierres aux grenadiers, Quelques-uns de ceux-ci, dont la patience était a bout, sortirent des rangs, chargèrent leurs agresseurs à coups de baïonnette; d’autres firent feu, et plusieurs personnes furent blessées.

Parmi les officiers de la garde royale quelques-uns approuvaient la correction donnée aux émeutiers : ils gardèrent le silence; quelques-uns, au contraire, qui appartenaient aux sociétés démagogiques, n'avaient de sympathie que pour les anarchistes. Un de ces derniers, don Mamertin Laudabaru, connu pour ses idées exaltées et affilié à la congrégation des comuneros , était mal vu de ses camarades, et détesté des soldats.

Il blâma vivement la conduite de la garde royale, et châtia du plat de son sabre un grenadier qui avait proféré une* parole inconstitutionnelle. Il ne tarda pas à expier l’imprudence de son emportement : le même soir il fut rencontré par trois grenadiers, et assassiné par eux sur les marches mêmes du palais.

Cet assassinat retentit dans toute la capitale comme un signal d’alarme. Les opinions exagérées de Landaba ru étaieut bien connues ; aussi ne voulut-on pas voir dans sa mort le résultat d’une vengeance particulière : ou en fit une affaire politique. Les troupes de la garnison, la milice vinrent s’établir autour du palais ; l’artillerie mit ses pièces en position. Cependant le gouvernement faisait tous ses efforts pour calmer les esprits ; mais ce fut seulement vers le milieu de la nuit qu'il put déterminer les troupes à rentrer dans leurs quartiers , et les miliciens àretourner chacun chez eux.

Le lendemain une ordonnance royale, rendue sur le rapport du ministre de la guerre, enjoignit de poursuivre les assas-

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gins de Landabaru avec toute la rigueur de la loi ; il fut accordé à la veuve de cet officier une pension égale à la solde dont il avait joui ; enfin il fut décidé que ses enfants seraient élevés aux frais de l’État. La journée se passa d’une manière assez calme; mais au milieu de la nuit uatre bataillons de b garde sortirent e leurs quartiers, ayant quelques officiers à leur tête. A onze heures, ils se trouvaient rangés en bataille hors de la ville, dans un endroitappelé le Champ des gardes. Le capitaine général s'empressa d'accourir, pour les déterminer a rentrer dans leurs quartiers. Ce fut inutilement; et malgré ses exhortations ils se mirent en route pour le Pardo, résidence royale située sur le bord du Mancanarès, à deux lieues environ au nord de Madrid. Plusieurs circonstances avaient probablement contribué à rendre plus vive l'irritation de ce corps. Le bruit avait eouru qu’il allait être licencié ; pendant les derniers jours de la session les eortès avaient discuté sur les réformes à introduire dans la garde royale; la motion avait été faite de la placer dans les mêmes conditions que les autres régiments de l'armée. Se croyant menacée dans son existence, la garde pensa-t-elle queeette rébellion la ferait respecter? Le ministère parut croire que tel était le motif de sa conduite. Il s’attacha à rassurer les révoltés ; et pour leur offrir une espèce de garantie on donna à Moriilo, qui déjà était capitaine général de la Nouvelle-Castille, le titre de colonel de la garde royale.

Les révoltes ne se contentèrent pas de cette satisfaction; et le 2 juillet le ouverneinent reçut de leur part une ouble proposition signée par le brigadier comte de Mouy.qui était à leur tête. Ils demandaient une garantie plus positive que la nomination de Morillo. Ils voulurent avoir la certitude qu’on n’essayerait pas de leur faire subir l’affront d'un désarmement. Ils ajoutaient, au reste, que si quelqu’un se présentait pour les désarmer, ils étaient Dien décidés à résister. Ils demandaient encore qu’il fût permis à quelques-uns d’entre eux de présenter à sa majesté en personne l’expression de leurs sentiments.

Quedevaient faire les ministres en cette circonstance? Fallait- il employer la for-

ce ? cela ri 'était pas possible. Voici comment se composait la garnison de Madrid : le reste de la garde royale, c'est-àdire les deux bataillons qui n’avaient donné aucun signe de rébellion, et qui faisaient le service du palais. Mais on ne pouvait guère compter sur eux pour réduire les quatre bataillons retirés au Pardo. Il était probable qu’ils ne voudraient pas combattre contre leurs camarades ; il était même à craindre qu'au moment décisif ite ne fissent cause commune avec eux , car on leur connaissait à tous les mêmes sentiments, et ils avaient les mêmes intérêts. Il y avait encore le régiment d'infanterie de don Carlos ; les régiments de cavalerie du Prince et d’Almanza , la milice nationale ; enfin le bataillon sacré , composé en grande partie de militaires en retraite qui, n’ayant pu être incorporés dans les rangs de la milice, s'étaient volontairement organisés , et avaient pris pour commandant le colonel San Miguel.

La troupe avait encore pour auxiliaire un corps que la ville ne voyait qu’avee effroi : c’était une bande d'aventuriers entretenue par Beltran du Lis, père de celui qui mourut à Valence comme complice de la conspiration de Vidal.

On ne pouvait faire venir des troupes des provinces voisines, elles en étaient dégarnies ; on en avait tiré toutes les forces dont on pouvait disposer pour les envoyer en Catalogne et en Navarre, afin a'éteindre le feu de la sédition, qui chaque jour y faisait de nouveaux progrès. Il eût été imprudent de distraire un seul homme de la province de Cuença, qui était parcourue par les bandes îiu clerc Athanase, de Laso et de Cuesta.

Plus près encore de la capitale, à Siguenza, qui n’en est guère qu'à douze lieues , le régiment provincial s’était, soulevé, et avaitentraîné tout le pays dans sa révolte.

Le ministre de la guerre avait bien adressé au général Espinosa, qui commandait la Vieille-Castille, l'ordre d’ac- ; courir avec les forces dont il pouvait ’ disposer; mais ces secours devaient se faire longtemps attendre ; et d’ailleurs, quelle que fût l’issue d’uti conflit, elle ne pouvait être que désastreuse. Si la garde royale sortait victorieuse de la lutte, c’était l’absolutisme qui tnom->

L’UNIVERS

pliait ; si les révoltés avaient le dessous, la victoire profitait seulement aux comuneros et an parti exalté : ainsi, d’un côté comme de l’autre, les institutions constitutionnelles se trouvaient également en péril. Les ministres négociaient donc; ils s’efforcaient de gagner du temps et de calmer les passions.

De leur côté, les membres de la municipalité qui appartenaient au parti exalté s’étaient, dès le matin, installés dans l'édifice connu sous le nom de Panaderia, situé au nord de la Plaza-Mavor; et. dans la crainte que les révoltés ne fissent quelque tentative pour s'emparer de Madrid, ils avaient fait battre la générale. Toute la milice, les troupes delà garnison et quelques pièces d’artillerie étaient rangées autour du palais, et le tenaient comme assiégé. La municipalité, après s’étre déclarée en permanence, adressa un message aux ministres; elle leur exprima la crainte que la présence des deux bataillons restés au palais ne les empêchât de délibérer ou d’agir avec une entière liberté. Elle les engageait donc à se transporter à la Panaderia, où elle tenait sesséances. Les ministres ne tombèrent pas dans le piège qui leur était tendu. Ils répondirent qu’ils ne tiraient leur autorité que de la puissance royale, et que séparés du roi ils seraient sans aucun pouvoir. La députation permanente des cortès leur adressa un message à peu près semblable, et demanda qu’on publiât la loi martiale, faite pour de semblables circonstances; mais le ministère répondit d’une manière évasive, et la loi ne fut pas publiée.

Cette crise sans exemple dura six jours, pendant lesquels les partis restèrent continuellement en armes. Quelle fut donc la cause de cette longue hésitation ? Je ne pense pas qu’il faille attribuer à Ferdinand ou aux personnes qui l’entouraient la révolte des quatre bataillons du Pardo. Ce mouvement fut spontané. Il fut le résultat des insultes dont la garde avait été l'objet de la part des anarchistes , de l’animosité qui existait entre cette troupe et les autres corps de l’armée , et enfin du relâchement de la discipline. Cette révolte prit au dépourvu Ferdinand et ses conseillers intimes. Ils ne l’avaient pas provo-

quée, au moins d’une manière évidente ; niais ils comptèrent bien en tirer parti. Ils espérèrent qu’à l’aide de cette insurrection militaire le roi pourrait ressaisir une partie de l’autorité absolue qu’une insurrection militaire lui avait enlevée; mais iis manquèrent de. présence d’esprit pour profiter de l’occasion. Incapables de combiner un plan raisonnable, se souvinrent-ils du projet absurde qu'avait imaginé Vinuesa? On serait tenté de le croire. Le 3 juillet le roi entretint en particulier deux officiers députés par les révoltés du Pardo. Personne ne peut dire ce qui fut convenu dans cette audience; mais le même jour Ferdinand remit au ministre de la guerre l’ordre de réunir au palais, dans la soirée, les fonctionnaires dont le projet de Vinuesa avait prescrit l’a Prestation : le conseil d’Etat, les ministres, et le chef politique de Madrid. Cette convocation extraordinaire, demandée par le roi dans de pareilles circonstances , ne pouvait manquer d’éveiller la méfiance du cabinet. Aussi les ministres répondirent-ils que le conseil d’État était le seul dont , aux termes de la constitution , la couronne eût le droit de se faire assister. La convocation demandée par le roi n’eut pas lieu; et c’est peut-être à cette circonstance qu'il faut attribuer la longue inaction de la garde royale. Les conseillers de Ferdinand attendirent une autre occasion ; ils laissèrent les révoltés sans instructions et sans chefs ; ils ne placèrent à la tête de cette troupe aucun homme capable de la tirer d’un pas difficile, ou de lui imrimer l’élan nécessaire pour mener à ien ses entreprises; ils la laissèrent se démoraliser. Lorsqu’elle était sortie de Madrid, elle avait été abandonnée par le plus grand nombre de ses officiers, par beaucoup de sergents , et par quelques soldats. Elle se trouvait privée des cadres qui , dans notre système militaire , constituent principalement la solidité des corps ; et chaque jour l’indiscipline faisait de nouveaux progrès dans ses rangs.

Le ministre de la guerre avait inutilement donné aux quatre bataillons du Pardo l’ordre de se séparer ; il avait inutilement prescrit que deux d’entre eux se rendissent à Tolède, un à Vicaibaro,

le dernier à Leganès. Ils n’obéirent pas, mais ils ne tirent aucun acte hostile. Ils laissèrent même tranquillement subsister au Pardo la pierre de la constitution.

Le temps se passa en négociations , en messages , en consultations. Le roi interrogea le conseil d’État sur la question de savoir si, le pacte social se trouvant dissous , il n était pas autorisé à reprendre les pouvoirs qui lui appartenaient avant la révolution f A quoi le conseil d'État répondit que si le pacte social était dissous, ce n’etait pas par le fait de la nation ; et que le seul parti que le roi eût à prendre était de sortir, par une prompte résolution, delà position dangereuse et humiliante où il se trouvait.

Enfin , s’il faut en croire M. de Martignac , dans la journée du 6 le bruit se répandit que l’on était tombé d’aceord ; qu’on était disposé à s’entendre sur l’établissement de deux ehambres, avec une extension convenable donnée au pouvoir royal. Ces bases d’une transaction possible étaient, dit-il, accueillies par tous les amis de l’ordre ; mais dans la journée on reçut la nouvelle que le régiment des carabiniers royaux en garnison à Castro-del-Rio , en Andalousie, s’était soulevé le 26; qu’il avait entraîné dans son mouvement le régiment provincial de Cordoue; qu’ils étaient entrés tous les deux dans la Manche, et qu’ils marchaientsur Madrid au cri de f'ive le roi absolu !

Les partisans de l’absolutisme, enhardis par le nouveau secours qui leur arrivait.ne voulurent plusentenare parlerde transaction. Le soir, lorsque les ministres , après une pénible et laborieuse journée , voulurent sortir du château , on refusa de leur ouvrir les portes. Le chef politique de Madrid, qui était venu pour conférer avec le ministre de l’intrrieur, éprouva le même refus; on les retint, sans leur faire connaître la cause de cette incroyable captivité.

Au milieu de la nuit les quatre bataillons révoltés se mirent en route pour Madrid. Ils y arrivèrent avant le jour, et pénétrèrent' dans la ville par la porte au Comte-Duc, sans donner l’éveil à la garnison. Certainement les personnes qui devaient défendre cette barrière

étaient d’intelligence avec les gardes.

On ne pourrait comprendre en effet qu’elle fût restée sans surveillance, lorsqu'elle est la plus voisine de celle de San- Bernardino, où vient aboutir une des avenues qui mènent au Pardo. Une fois entrés dans Madrid, les gardes se partagèrent en trois colonnes. L’une se porta sur le parc d’artillerie, la seconde sur la Puerta del Sol , et la dernière sur la Plaza-Mayor, qui portait alors le nom de place de la Constitution.

Celle de ces colonnes qui se dirigeait vers le parc d’artillerie fut aussi la première engagée. Elle était encore loin de sa destination, lorsqu’elle rencontra quelques détachements du bataillon sacré, qui l’accueillirent à coups de fusils. Sans doute on avait annoncé aux gardes qu’ils ne rencontreraient aucune résistance. IlsJfurent surpris de trouver un combat sur lequel ils n'avaient pas compté. La terreur s’empara d’eux ; et comme ils manquaient de chefs et de sous-officiers pour les maintenir, ils se débandèrent, s'enfuirent dans les rues environnantes, où ils se laissèrent prendre presque sans défense.

La seconde colonne arriva à la Puerta del Sol, et s’y établit en attendant de nouveaux ordres. La troisième arriva sur la Plaza-Mayor, où se trouvait la milice, commandée par Morillo, Ballesteros, Alava, Riégo, et plusieurs autres généraux. Les gardes attaquèrent avec courage tes troupes qui leur furent opposées, et se maintinrent quelque temps , malgré le feu de deux .pièces d’artillerie postées sur la place; maislorsqu’ilsapprirentque la première colonne était dispersée et prisonnière, le découragement s’empara d’eux ; Ms reculèrent, rompirent leurs rangs, et se retirèrent en désordre vers le château.

Aussitôt l’artillerie se transporta à la Puerta del Sol, fit quelques décharges à mitraille. Cette division s’ébranla aussi, et courut chercher un refuge dans la demeure royale.

Quant aux deux bataillons qui étaient restés au château, ils attendaient sous les armes qu’on les conduisit au secours de leurs camarades. On ne leur donna pas d’ordres, et ils ne prirent point part au combat. A six heures du matin, la milice était victorieuse sur tous les

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points, et le château était cerné comme une place ennemie.

Après ces événements il n’était pas possible que les ministres consentissent a rester au pouvoir. Dès qu’ils furent remis en liberté, ils se retirèrent chacun dans leiir demeure privée. De son côté, la députation permante des cortès. voyant le pouvoir abandonné, jugea qu’il lui appartenait de prendre la direction des affaires : elle appela dans son sein deux membres de la municipalité, deux officiers généraux, deux conseillers d’État, et se constitua en junte suprême. Une démarche fut faite aq nom du roi en faveur des vaincus. Il demanda une capitulation pour la garde. La junte suprême ordonna que les deux bataillons qui n'avaient pas combattu sortissent avec leurs armes, et se rendissent l’un à Leganès, l’autre à Vicalbaro. Quant aux autres, ils devaient être désarmés. Ceuxci ne voulurent point accepter ces conditions honteuses. Ils saisirent leurs armes, se précipitèrent hors du château, gagnèrent la porte deSégovie; mais ils furent poursuivis parle régiment d’Almanza, par l'artillerie et par la cavalerie delà milice. La mitraille porta la mort dans leurs rangs. Ils furent inhumainement sabrés par la cavalerie, et tous ceux qui ne périrent pas par le fer ou par le feu furent fait prisonniers.

Les vainqueurs firent chanter un Te Dtnm sur la placede la Constitution, où le sangespagnol venait d'être versé. Le régiment d’infanterie de don Carlos et la milice restèrent chargés de la garde du château. Quand les miliciens vinrent prendre possession de leurs postes, Ferdinand alla au-devant d'eux, et il trouva des paroles pour les féliciter de leur victoire -, et quelques semaines plus tard les cortès extraordinaires rendirent le décret suivant :

« Art. I". Les cortès extraordinaires reconnaissent et déclarent que le 7 juillet est un des grands jours qui ont honoré la nation espagnole, et que tous les citoyens qui ont contribué à la victoire ont rendu un service signalé à la patrie.

« Art. 2. Un monument public sera élevé sur la place de la Constitution, avec les noms de ces citoyens.

« Art. 3. Les artistes espagnols pré-

senteront un modèle de monument; le vainqueur obtiendra en prix une médaille «l’or, sur laquelle sera gravé : La liberté au génie!

* Art. 4. Les noms de tous les braves morts dans l’attaque continueront d’être appelés aux revues, et on répondra : Il est mort pour les saints droits de la liberté , mais il vit dans la mémoire des honnêtes gens.

« Art. 5. Des pensions sont accordées aux blessés.

« Art. 6. Le corps municipal de Madrid, la députation provinciale, les chefs de la milice nationale, seront appelés dans le sein des cortès, pour recevoir des remerciments de la bouche du président. »

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