‹ EspagneChapitre 29 sur 153 · IG · texte numérisé non relu

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L’UNIVERS

lu cousu, et j’en suis fâche. Cependant je te dis d'agir en toute liberté; il en arrivera ce qu’il voudra. Je te remercie d’avoir permis à Lord (le médecin dont nous avons déjà parlé) de nous accompagner , puisque mes raisons sur ce point t'ont convaiucu ; mais si lu en as brsoin, je trouverai lion qu’il s’en aille à l'instant et qu’il réponde à ta confiance, comme il a répondu jusqu’à présent à la nôtre.

Il est en effet certain que ma eréanre est antérieure à l’année i8aî ; cependant par une grâce spéciale tu l’as exceptée de la règle générale, et tu as ordonné le payement de cent mille réaux par mois, jusqu'à rentier acquittement. Ainsi je lie demande qu’une avance, et j'espère que lu me l’accorderas.

Adieu, mou Ferdinand de mon coeur, je suis ton frère le plus fidèle et le plus affectueux.

M. Carlos.

Dernière réponse du roi.

Infant don Carlos , mon très-aimé frère, le 6 du mois de mai, je vous ai donné la permission de |>;.s er dans les Étals Pontificaux. Des raisons de très- haute politique rendaient ce voyage nécessaire. Alors vous avez dit que vous étiez résolu à accomplir ma volonté, et vous me l’avez répété depuis : mais , malgré toutes vos protestations de soumission , vous avez élevé successivement des difficultés ; en en alléguant sans cesse de nouvelles, à mesure que je donnais des ordres pour les surmonter, et en éludant à chaque instant par de nouveaux prétextes l'accomplissement de mes ordres.

J’ai cessé de vous écrire comme je vous l'avais annoncé pour mettre un ternie à des discussions qui ne convenaient pas à mon autorité souveraine, et qui étaient prolongées dans le but de l'éluder. A partir de ce moment , je vous ai fait connaître par mon envoyé en Portugal mes intentions sur les nouveaux obstacles. Mes ordres royaux répétés particulièrement les 1 5 juillet, ir et 1 8 du présent mois aplanirent toutes les difficultés à votre embarquement. Le bâtiment, sous quelque pavillon qu'il fôt , le port en pays libre ou occupé par les troupes du duc de Bragance et même celui de Vigo en Espagne , tout fut laissé à votre choix. l«s diligences, les préparatifs, les frais, restaient tous à ma charge.

Tant de facilités, les manifestations répétées de ma volonté, n'ont abouti qu'à cette réponse que vous vous embarqueriez à Lisbonne ( où vous auriez pu le faire à l'instant môme ) dès que cette ville aurait été reconquise par les troupes du roi don Miguel.

Je ne puis tolérer que l'exécution de mes ordres soit subordonnée à des événements à venir étrangers aux causes qui me les ont

dictées; je ne puis tolérer que celui qui doit obéir se permette de soumettre l'exécution de mes ordres à des conditions arbitraires.

Je vous ordonne donc de choisir quelqu'un des moyrns d'embarquement qui vous ont été proposés par mon ordre. Pour éviter de nouveaux délais , vous communiquerez votre résolution à don Luiz Fernandez de (’ordoha , et en son absence à don Antonio Gahallero , qui ont reçu les instructions nécessaires pour la mettre à exécution. Je regarderai toute excuse ou toute difficulté pour retarder votre choix comme une obstination à résister à ma voloulé ; et je montrerai, comme je le jugerai convenable, qu'un infant d'Espagne n'est pas libre de désobéir à son roi.

Je prie Dieu de vous conserver en sa sainte garde.

Moi , le Roi.

Madrid, .Jo août i83a.

Malgré ces ordres si formels , don Carlos persista à demeurer en Portugal. A chaque lettre qu’il recevait de Ferdinand, il eu recevait une autre de don Miguel qui lui offrait son amitié, son appui, et qui l’excitait à la rébellion. Il y avait entre ces deux princes une parfaite analogie de positions. Don Carlos disputait le trône a sa nièce; don Miguel avait dépouillé la sienne et combattait pour conserver l’héritage qu'il lui avait enlevé.

11 n’était pas possible de scinder cette correspondance si pleine d’intérêt ; mais elle nous a menés jusqu'aux derniers jours du mois d’août, et il faut maintenant jeter un coup d’œil en arriére ; au commencement de l’année, la santé de Ferdinand s’étant améliorée , ce prince reprit la direction des affaires, tout en conservant à Christine une place dans le conseil. Il approuva de la manière la moins équivoque ce qui avait été fait pendant sa maladie, afin d’imposer silence aux bruits répandus par les carlistes, qui prétendaient le roi esclave de la faction révol ut ionnaire . Ils eussent dit volontiers qu’il était ensorcelé, si cela eût encore été de notre époque. La vérité est que Ferdinand comprenait parfaitement sa position. Sa correspondance avec don Carlos prouve qu’il savait très-bien à quoi s’en tenir sur le dévouement et sur la fidélité du parti apostolique. Cependant il craignait toujours de se laisser entraîner à des expériences dangereuses.

Une partie du cabinet eût voulu marcher

d’une manière tranche dans la voie du rogrès et des idées libérales ; tandis <|ue erdinand etZea.jugeantquec’étaientlà des théories irréalisables , voulaient seulement améliorer l’administration , sans modifier les institutions. Ce dissentiment causa la retraite de Fernandez del Pino , d'Encima y Piedra, etd’Ulloa. Ils furent remplaces', le 22 mars : à la justice , par Juan Gualbert Gonzalez; aux finances, par don Antonio Martinez ; don José de la Cruz joignit par intérim le ministère de la marine à celui de la guerre, dont il était chargé.

La grande affaire, la chose importante du moment était la réunion des cortès et le serment qu’elles allaient prêter à la princesse des Asturies. Les fêtes qui accompagnèrent cette cérémonie durèrent plusieurs jours. La plaza Mayor fut convertie en un cirque immense où l’on donna trois courses de taureaux. Il y eut des feux d’artifice , de brillantes et coûteuses illuminations. Les théâtres , les parades, les simulacres militaires, les danses publiques, appelaient de tous les côtes l'attention des curieux. On eut la une réminiscence de l’antique magnificence espagnole , et l’on put se croire transporté aux fêtes chevaleresques des plus Deaux jours de la monarchie.

La cérémonie de la prestation de serment, la jura , comme disent les Espagnols, eut lieu dans l'église San-Jeronimo del Prado, qui avait été décorée avec magnificence de draperies de velours de diverses couleurs, relevées par une incroyable profusion d’ornements d’or.

Une estrade couverte de riches tapis était élevée au centre de l’église; et des tribunes étaient disposées pour les infantes, pour le clergé «le l'église et pour les personnes invitées. A dix heures, le roi et la reine, ayant entre eux la princesse des Asturies portée par sa nourrice, entrèrent dans l’eglise précédés d’un nombreux etbrillantcortege. LeducdeFrias, en sa qualité de comte d’Oropesa, portait devant eux l’épée royale nue et la pointe en haut; après que la messe eut ete célébrée, et que l’on eut chanté le i'en i creator, un roi d’armes donna lecture à haute voix de la formule d’usage pour préparer l'attention des assistants à écouter la formule du serment. Ensuite le secrétaire du conseil de Castille le plus ancien,

ayant à sa gauche le secrétaire de la chambre et les secrétaires des cortès, donna lecture de la lettre du serment, et aussitôt l'infant don Francisco de Paule, appelé par le roi d’armes, après avoir fait une salutation à l'autel , alla s’agenouiller devant le patriarche nom iné par le roi pour recevoir le serment des infants; et ayant mis la main sur le crucifix et sur les évangiles , il prêta serment; ensuite il s’agenouilla devant le roi , et plaçant ses deux mains dans celles de Ferdinand, il lui rendit foi et hommage, et donna sa parole,d 'accomplir la lettre du serment; il baisa la main du roi : mais celui-ci lui jeta les bras au tour du cou et l’embrassa. Il baisa aussi la main de la reine et celle de la princesse des Asturies. LesinfantsdonFranciseode Assis Maria, don Enrique Maria Fernando et Sébastien Gabriel prêtèrent le même serment et rendirent foi et hommage. Pendant qu’ils prêtèrent sermeut, les ambassadeurs, les prélats, les grands, les députés aux cortès, restèrent debout.

Le roi d’armes appela ensuite le dur de Médina-Celi, nommé par le roi pour recevoir le serment des autres assistants. Ils furent appelés selon l’ordre de préséance; et lorsque le tour des représentants des villes fut arrivé, suivant l’antique usage, les députes de Burgos et de Tolède seprésentèrentensemble pourprêter serment, et le roi dit, selon la coutume : « Que Burgos jure : puis Tolède jurera quand je l'ordonnerai. »

Après la cérémonie achevée, le cortège se retira dans le même ordre qu’il était arrivé.

Cette prestation de serment faite pour consacrer les droits de la princesse des Asturies necalma pas les craintes que l’on avait conçues d'un mouvement carliste dans les provinces basques. On avait même envoyé un régiment à Bilbao pour prêter main-forte dans le cas où quelues troubles éclateraient à l’occasion c la cérémonie du 20 juin; mais les habitants s’opposèrent à ce que ces forces entrassent dans la ville, en disant qu'aux ternies de leurs fueros il n’est pas permis d’introduire chez eux de troupes étrangères sans leur aveu. Ce refus, dans d’autres circonstances, eût déjà été une chose assez grave ; mais en presence des prétentions de don Carlos, il devenait Fan-

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noncedela rébellion et delaguerrecivile.

Les infirmités dont Ferdinand était atteint ne permettaient pas d’espérer qu'il pût vivre longtemps ; et quoique sa santé semblât s’étre un peu raffermie et que son état ne présentât pas pour le moment de symptômes alarmants, trois mois après la prestation de serinent, le 29 septembre t833, a trois heures moins un quart du soir, ce prince fut frappé d’une attaque d’apoplexie tellement violente, qu’il survécut a peine quelques instants. On prit aussitôt les mesures les plus urgentes pour assurer la tranquillité, et l’on procéda à l'ouverture du testament faitparFerdinand le 12 juin 1830.

En voici les priucipales dispositions :

Art. (j. Je déclare que je suis marié avec dofia Marie Christine de Bourbon, fille de don François Irr, roi des deux Sicile», et de ma sœur dona Marie Isabelle, infante d'Rspagne.

Art. 10. Si au moment de ma mort tous ou quelques-uns des enfants qu'il aura plu à Dieu de me donner sont encore en minorité, je veux que ma bieu-aimée épouse dona Marie Christine de Bourbon en soit tutrice et curatrice.

Art. il. Si le fils ou la fille qui devra me succéder n'était pas Âgé dedivhuil an» accomplis à l'époque de mou décè?>, jv nomme ma bien-eimée épouse Marie Christine régente et gouvernante ( go bern adora ) de toute la monarchie, afin que, j»ar elle seule, elle la régisse et la gouverne jusqu'à ce que uiondit fils ou fille soit arrivé à l’Âge de dix-huit ans accomplis.

Art. ra. Voulant que ma bien-aiméc épouse puisse s’aider, pour le gouvernement du royaume, dans le cas ci-dessus, des lumières et delVxpcrieocc de personnes dont la loy auté et rattachement à ma personne royale et à ma famille me sont bien cumins, je veux qu’aussitot qu'elle re chargera de la régence de ce royaume, elle forme üu conseil de gouvernement avec lequel elle aura n s’entendre pour les affaires difficiles, et particulièrement pour les mesures générales qui seront de nature à influer sur le bien de mes sujets; mais sans qu’elle soit pour cela obligée eu aucune manière à se conformer à l’avis du conseil.

Art. i3. Ce conseil de gouvernement se composera des personnes suivantes, et suivant 1 ordre de leur nomination : Le très-excellent seigneur don Juan Francisco Marco y Catalan, cardinal de la sainte église romaine ; le marquis de SanU-Crut; le duc de Meditia- Ceh;don Francisco Xavier Castanos; le marquis de las A mandas, te doyen actuel de mon

conseil et chambre de Castille ; don José Maria Puig; le ministre du conseil des Indes, don Francisco Xavier Caro. Pour suppléer le défaut par absence, iufirmiié ou mort de tous ou de quelques-uns des membres de ce conseil de gouvernement, je nomme dans la classe des ecclésiastiques don Thomas Arias, auditeur de la Rota eu ce royaume; dans celle des grands le duc del Infantado et le comte d’Kspagne ; dans celle des généraux don José de la Cruz; et dans celle des magistrats don Nicolas Maria Garelli, et don José Maria Hevia y Noriega de mou conseil royal ; lesquels, d’après l’ordre de leur nomination, seront suppléants de» premiers ; et en cas de mort de quelques-uns de ceux-ci, je veux qu ils entrent pour les remplacer dans ces importantes fonctions d'après l’ordre dans lequel ils sont nommés. Kl ma volonté ex t que le secrétaire dudit conseil de gouvernement soit don Narcuo de Hérédia, comte d’Ofalia ; et à son defaut Francisco de Zea Bermudes.

Art. 14. Si avant ou après mon décès, et même apres l'installation dudit conseil de gouvernement, quelques-un» des membres que j’ai nommés pour sa composition venaient à manquer, pour quelque cause que ce fût , ma très aimée épouse, en sa qualité de régente, nommera pour les remplacer les personnes qui mériteront sa confiance et qui auront les qualités nécessaires pour remplir un emploi aussi important

Art. iS. Si malheureusement ma hien-ai- Uiée épouse venait à mourir avant que le fils ou la fille qui me doit succéder à la couronne ait atteint dix-huit ans, je veux et j’ordonne que la régence et gouvernement de la monarchie dont elle était investie en vertu de ma nomination antérieure, et aussi la tutelle et curatelle de mes enfants, passent à un conseil de régence composé des individus nommés dans l'art. i3 du présent testament pour faire partie du conseil de gouvernement.

Art. 16. J’ordonne et prescris que, soit ledit conseil de gouvernement, soit celui de régence, qui, par suite de la mort de ma hienaimée epouse, pourrait être charge de la tutelle et de la curatelle de mes enfants mineurs et du gouvernement du royaume eu vertu de l’aiiiclt précédent, décide toutes les atïaires à la majorité absolue des \'y>i , de maniéré que le> décision» soient prises conformement aux suffrages exprimés pur la moitié plus un des votants.

Art. 17. J'institue el nomme pour mes héritiers uniques et universels les fils ou filles ()uc j’aurai au temps de mon décès, à l'exception du cinquième de tous mes biens que je lègue à ma bien-aimée épouse doua Marie Christine de Bourbon, qui devra être dis-

irait de la masse des biens qui formeront mon hoirie suivant les règles et préférences que prescrivent les lois de ce royaume; ainsi que la dot qu'elle a apportée en mariage et tous les biens qui lui ont été constitués sous ce litre dans les stipulations matrimoniales arrêtées solennellement et signées à Madrid le 5 novembre 1839.

On célébra les obsèques de Ferdinand avec la pompe accoutumée. Après que le cadavre fut resté plusieurs jours exposé sur un lit de parade, on le déposa dans un cercueil de plomb auquel était pratiquée une petite fenêtre hermétiquement fermée par une glace , et recouverte d’un volet de plomb fermant avec deux serrures. Ce premier cercueil fut déposé dans un autre cercueil de bois, double d'étoffes précieuses. Lorsque le cercueil fut arrivé à la porte principale du monastère de Saint-Laurent de l'Escurial, qui ne s’ouvre que pour les rois et pour les princes de leur maison, et seulement dans deux circonstances solennelles : la première lors de leur baptême, la seconde lors de leur mort, il y fut reçu ffar le prieur du monastère, qui lut la lettre par laquelle la reine lui taisait part de la mort du roi Ferdinand de Bourbon et lui annonçait que le corps lui était envoyé pour le déposer dans son tombeau avec la solennité accoutumée.

Après les prières et les cérémonies d'usage, on descendit le cercueil jusqu’à la porte du Panthéon. Il était accompagné des gentilshommes de la chambre, des majordomes de semaine, des gentilshommes de la maison et de la boui lle. On déposa le cercueil sur une table disposée a cet eflet devant 1 autel Legrand majordome ouvrit les deux serrures de la caisse extérieure dont les clefs étaient dorées et lui avaient été remises lorsque le cercueil avait été fermé au palais de Madrid. Il ouvrit aussi le volet de la petite leuêtre; et à travers la giace, en présence du grand notaire du rovauine, on reconnut que le cercueil contenait b. en le corps de don Fer .inaud de Bourbon, monarque catholique des Espagnes, septième de ce nom, ainsi que le vérilièrent : le patriarche des I ndes,

ui assistait a cette cérémonie; les genti ls-

ommes de la chambre eu exercice, qui se trouvaientde service pour l’enterrement;

et ceux qui s'étaient joints volontairement au convoi ; les alcades de Casa y Corte ; les gentilshommes de la maison et de la bouche, et beaucoup d’autres personnes qui étaient descendues au Panthéon.

En leur présence, le grand majordome demanda aux chevaliers Monteros de Espinosa si ce corps était bien celui de don Ferdinand VII de Bourbon ; et ceux-ei, après l’avoir regardé, répondirent tous que c’était bien le roi, et ils l’affirmèrent par serment.

Le capitaine des gardes de la personne, qui s'était tenu constamment à la tête du cercueil, s’approcha à son tour, et après avoir fait signe pour demander silence, il dit à haute et intelligible voix av.c quelques secondes d'intervalle :

Seigneur!... Seigneur!... Seigneur!...

et personne 11e répondant, le capitaine des gardes ajouta : Puisque sa majesté ne répond pas , le roi est véritablement mort. Alors il brisa le bâton qu’il tenait comme signe de commandement, et eu jeta les morceaux aux pieds de la table. Le grand majordome referma le cercueil, en remit les clefs au prieur, qui reconnut avoir reçu le corps. O11 mit lin aux déchargés de la troupe, et au glas des cloches, qui n’avait pas cessé pendant toute la cérémonie.

Telles furent les dernières démonstrations de respect accordées à Ferdinand.

Né en 1784, il n’avait encore que quarante-neuf ans. En comptant son règne à partir des événements d’Aranjuè-, il avait porté la couronne pendant vingtquatre ans, qui ont été pour l’Espagne une suite non interrompue de désastres, de déceptions, de troubles et de miseres.

RÉCNE D’iSABELLE II. — RÉCENCE DE LA BEI NB CH MUTINE. — MANIFESTE. — SOULÈVEMENT DE TALAVEBA. — SOULÈVEMENT DES PROVIN* CES BASQUES. — SUPPLICE DE SANTOS-LADBON. — DESABMEMENT DES VOLONTAIRES BOÏALIS- TES. — CHUTE DU MINISTÈRE ZKA.

Le nouveau gouvernement se trouva dè ; les premiers instants entouré d'ennemis de toute espèce : les partisans de don Carlos étaient nombreux, et d’un autre côté ou avait fait en Espagne un si déplorable essai du régime constitutionnel, que Christine osait a peine s’appuyer sur le parti libéral , bien qu’elle comprit que

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c’était là seulement qu’elle devait trouver des soutiens. File craignait de se laisser entraîner : aussi le premier acte d’autorité qu’elle fit en saisissant le pouvoir après la mort de Ferdinand , fut de confirmer tous les ministres dans leurs fonctions; et quelques jours plus tard, le i octobre, elle fit connaître par un manifeste la ligne de conduite qu'elle prétendait suivre. Cette pièce, ouvrage de /.ea, était une nouvelle édition, abrégée mais fort peu amendée, de la circulaire que ce ministre avait publiée en entrant au pouvoir. Elle avait les mêmes défauts, présentait les mêmes inconvénients. C’était toujours le même système de despotisme éclairé. Au reste," voici les principaux passages de ce curieux document :

La religion et la monarchie , premiers

éléments de vie pour l’Espagne, seront respectés, protégés, maintenus par moi en tonte leur vigueur et en toute leur pureté.... C'est un devoir pour moi de conserver intact le dépôt de l'autorité royale qui m'a été confie. Je maintiendrai religieusement la forme et les lois fondamentales de la monarchie , sans admettre des innovatious dangereuses quoique flatteuses dans leur principe. Elles n’out été que trop éprouvées, pour notre malheur. La meilleure forme de gouvernement pour un pays est celle à laquelle il est accoutumé. Un pouvoir stable, compacte, fondé sur des lois antiques, respecté par la coutume , consacré par les siècles, est l'instrument le plus puissant pour faire le bien des peuples ; mais on n’obtient pas le bieu en affaiblissant l'autorité, en combattant les idées, les habitudes et les institutions établies; en contrariant les intérêts et les espérances actuelles pour créer des ambitions et des exigences nouvelles, en excitant les liassions du peuple, en inquiétant les esprits, en plaçant les individus eu état de lutte, eu mettant la société entière en convulsion. Je transmettrai le sceptre d'Espagne aux mains de la reine, à qui la loi l'a donné , sans affaiblissement , sans diminution, et tel que la loi ellcméuic le lui a conféré.

Je ne prétends pas cependant laisser stationnaire et sans culture cette précieuse possession qui l'attend. Je connais les maux que la suite de nos calamités a fait peser sur le peuple, je mettrai tous mes soins à les alléger. Je n'ignore pas et je m'efforcerai délit dier encore mieux les vices que le temps et les hommes ont introduits daus les diverses branches de l'administration publique , cl je m'efforcerai de les corriger. Les réformes ad-

ministratives, les seules qui produisent immédiatement la proscrite et la félicité , seuls biens d'une valeur positive pour le peuple , seront l'objet continuel de mes soins. Je m’appliquerai principalement à diminuer les charges, autant que cela sera compatible avec la sécurité de l’État, les urgences du service et la droite et prompte administration de la justice, avec la securité des personnes et des biens , avec la protection due i toutes les sources de la fortune publique.

Pour cette grande entreprise de faire le bonheur de l'Espagne, j'ai besoin du concours unanime , de l'union de volonté et d’efforts de tous les Espagnols, et j'espère qu’ils ne me feront pas defaut. Tous les Espagnols sont également enfants de la patrie, tous sont également intéressés à sa prospérité. Je ne veux pas connaître les opinions passées; je ne veux pas entendre des délations ou des accusations; je ne cousidère pas comme des services ou comme des actions méritoires des imprudences, des manœuvres obscures, des démonstrations intéressées d'attachement et de fidélité. Le nom de la reine ni le mieu ne sont la devise d'un parti, mais la bannière tutélaire de la nation. Mon amour, ma protection et mes soins sont tout entiers à tous les Espagnols

Ces promesses banales d’améliorations administratives n’étaient certainement pas de nature à contenter les libéraux , et Zea se fût montré bien candide s’il eût espéré gagner le parti aposue par ses assurances d’absolutisme immobilité. Aussitôt que la mort de Ferdinand tut connue dans les provinces, les partisans de don Carlos commencèrent à s’agiter. Ce fut à Talavera la Reina qu’eut lieu le premier soulèvement. Un administrateur des courriers de cette ville suspendu de son emploi , et poursuivi par la justice à raison de quelque délit, poussa le premier le cri de l’insurrection. Heureusement la masse de la population ne répondit pas à son appel.

Il fut forcé de sortir de la ville avec le peu d'adhérents qu’il avait pu réunir. Une fois dans la campagne, ces factieux furent poursuivis par les autorités, qui en arrêtèrent quelques-uns et dissipèrent les autres.

La rébellion trouva le terrain mieux préparé dans les provinces septentrionales du royaume. Les Basques avaient été récemment inquiétés relativement à

toliq et d’

la conservation de leurs fueros. Ils savaient bien que l’établissement d’un régime constitutionnel aurait pour premier effet de détruire les privilèges dont ils jouissaient. Ils étaient donc naturellement ennemis de toute innovation, et avaient peu d'affection pour legouvernement établi à Madrid ; aussi se déclarèrent-ils en faveur de don Carlos. Un chef de guérillas de l’armée de la foi, Zabala, qui avait été élevé par Ferdinand VII au grade de brigadier, provoqua le 3 octobre un mouvement carliste à Bilbao.

Le 7, Vitoria suivit ce pernicieux exemple. La révolte y fut fomentée par Verasteguy , colonel des volontaires royalistes.

Santos-Ladron avait également soulevé les carlistes de Logroiio. A Orduna la révolte fut organisée par Ibarrola y Goiri. Le colonel Eraso, connu par ses opinions absolutistes, avait proclamé don Carlos h Roncevaux. Le commandant des volontaires royalistes de San-Domingo de la Calzada "essaya de soulever cette ville; mais cette entreprise n'ayant pas réussi , il prit le chemin de Najara , ou il fut rejoint par quelques volontaires, et se retira avec eux dans les villages voisins.

Les forces que le gouvernement entretenait dans ces provinces se mirent immédiatement à la poursuite des insurgés, et ne tardèrent pas à remporter quelques avantages sur leurs bandes encore mal organisées. Le brigadier Manuel Lorenzo , colonel du régiment de Cordoue (10e de ligne), ayant appris que les factieux commandés par Ladron étaient dans les environs d’Arcos, marcha en toute hâte vers eux, sans donner même à ses troupes le temps de prendre leur repas, et il parvint à les atteindre. Ceux-ci ,au nombre d’environ huit cents hommes, attaqués par deux compagnies de chasseurs et par quelques cavaliers, furent culbutés de position en position pendant plus de trois quarts de lieue. Le hasard voulut que les deux chefs Lorenzo et I jdron se trouvassent séparés de leurs soldats. Lorenzo eut l’adresse de tuer au premier choc le cheval de son adversaire. Ensuite il n’eut pas beaucoup de peine à lefaire prisonnier; et les carlistes, privés de leur chef, furent mis en fuite de tous les côtés. Lorenzo aurait voulu sauver la vie de Santos-Ladron ; et au lieu de

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le faire fusiller sur-le-champ comme le prescrivait un décret rendu contre les factieux pris les armes à la main, il l’envoya à Pampelune afin qu’il y fût jugé par une cour martiale. En rendant compte de sa victoire, Lorenzo insistait pour que Santos-Ladron fût épargné ; il disait que ce chef pouvait faire des communications du plus grand intérêt, et qu’il y aurait quelque avantage à obtenir du prisonnier des renseignements positifs sur les plans du parti carliste. Le vice-roi Antonio de Sola et les juges hésitaient à condamner le prisonnier à mort, ou du moins à faire exécuter la condamnation sans en avoir reçu l’ordre exprès de Madrid; mais un officier leur fit observer que les termes du décret étaient formels; qu’en ne les appliquant pas, ils encourraient une grave responsabilité ; qu’au contraire l’idée d’une si heureuse victoire suivie d’un prompt châtiment intimiderait les partisans de don Carlos et arrêterait ceux qui pourraient être tentés de lever à l’avenir l’étendard de la révolte. C’était un faux calcul ; car le sang appelle le sang; mais rette opinion d’un parti exalté prévalut. Le 15 octobre Ladron et le lieutenant des volontaires royalistes don Luis lrribaren, pris en même temps que lui , furent passés par les armes dans les fossés de la citadelle de Pampelune. Ce supplice produisit un effet entièrement contraire à celui qu’on en attendait : Santos-Ladron était né à Lodosa , sur les confins de la Navarre et de la province de Soria; il possédait dans ce pays de riches propriétés foncières.

Pendant la guerre de l'indépendance il avait servi sous les ordres de Mina en qualité de lieutenant-colonel, et s’était retiré dans ses foyers à la paix de 1814. Il avait repris les armes en 1822 pour la régence d*Urgel. Il avait ensuite été gouverneur de Pampelune. Il avait été envoyé en surveillance à Valladolid, pour avoir pris part aux menées des apostoliques; mais à la mort de Ferdinand VII il était parvenu à s’échapper de cette ville; il était revenu en Navarre, et n’avait pas eu beaucoup de peine à déterminer un millier de personnes à proclamer don Carlos. Il exerçait dans le pays une grande influence ; et le lendemain de son supplice près de trois cents jeunes gens sortirent de Pampelune pour

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aller rejoindre les débris de la faction ralliés par le lieutenant-colonel Iturralde. Ainsi le sang de Ladron ner lit qu’irriter les passions. Sa mort devint le signal d’une longue suite de funestes représailles , et le commencement d'une lutte acharnée. Ce ne furent plus linéiques bandes éparses de factieux qu’il fallut poursuivre : on eut à [combattre toute la population des provinces vascongades, qui s’était promptement disciplinée au point de disputer la victoire et de rendre longtemps douteuse l’issue de la guerre. Une foule de hardis champions prirent en main la cause de don Carlos et la défense des fueros de la Biscaye. Le plus célèbre de tous, le héros de" cette guerre, fut don Thomas Zumala-Carregui. Ce chef était né. à Ormaiztegui, petite ville de la province de Guipuzcoa. Ses parents, sans être riches, jou issaient de quelque aisance, et faisaient partie de la première noblesse du pays. Ils eurent quatre (ils. L'aîné, don Miguel Antoine Zumala-Carregui , a suivi la carrière du droit. Député aux cortès de 1812, il a pris part à la rédaction de la constitution. Le temps n’a pas altéré ses opinions libérales, et il a été, en 1834, nommé par la reine Christine président de l’audience royale de Burgos. Le second et le quatrième ont embrassé l’état ecclesiastique : tous deux sont curés ; l'un d’eux aessert la paroisse même d’Ormaizlegui. Le troisième, don Thomas, né le 2lJ décembre 1788, manifesta dans sés plus jeunes années une vocation décidée pour lacarrière des armes. En 1808 il assista à la première défense de Saragosse ; aprèsque les Français eurent levé le siège, il alla s'enrôler dans la troupe de Gaspard Jauregui. Quand la guerre de l’independance fut terminée, Zumala- Carregui fut attaché au capitaine général des provinces basques et chargé de plusieurs missions importantes ; ensuite il obtintle commandement d'une compagnie dans l'armée permanente. En 1822 il fut privé de son emploi parce qu’on le regardait comme trop royaliste. Alors il prit parti dans l’arméede la foi, et reçut de Quesada le commandement du T bataillon de volontaires de Navarre. Pendant cette campagne il fut à même d’apprécier la régularité avec laquelle le service est fait dans l’armée française ,

l’ordre avec lequel les corps sont administrés; il s’appliqua à étudier leur oranisation ; et plus tard, après l’abolition e la constitution, quand il reçut comme lieutenant-colonel le commandement du 1er régiment léger, il mit à profit les observations qu’il avait faites et l’ex périence qu’il avait acquise en cette matière. Son régiment fut remarqué pour sa discipline et pour sa bonne administration, en sorte qu'on chargea successivement Zumala- Carregui au commandement de plusieurs corps, afin qu'il y introduisit l’esprit d'ordre et d organisation dont il était animé. Fin dernier lieu il était colonel du 14e de ligne et gouverneur du Ferrol; mais le ministère Zea, sachant que Zumala-Carregui était dévoué à don Carlos, ne crut pas devoir lui laisser ce commandement. Privé de son emploi, cet officier vint réclamer à Madrid, et obtint avec beaucoup de peine la permission de se retirer a Pampelune dans la famille de sa femme.

Il était dans cette ville quand Ferdinand mourut; etmalgré Insurveillance particulière dont il était l’objet il s’échappa quelques jours après la catastrophe de Ladron; il se rendit au camp des insurgés navarrais, dans le val d’Araquil , et s’offrit pour les commander. Iturralde, qui les avait ralliés, eût voulu conserver le premier rang ; mais tout le monde reconnaissant la supériorité de Zumala-Carregui, on le proclama général en chef. Iturralde fut reconnu commandant en second. Un des premiers soins du nouveau chef fut d’oraniser un gouvernement qui ptlt servir c centre à l’insurrection. Une junte fut créée. Ou la composa d'hommes qui jouissaient dans le pays d'une grande influence. Ses membres furent : Joaquin de Marichalar, don Martin Luiz de Echeveria. don Juan de Echeveria, don Juan Chrysostome de Vidaondo y Mendesueta, et don Benito Dias del Rio.

Dans le commencement sa trou pe était peu nombreuse. La moitié de ses hommes étaient sans armes; presque tous étaient nus, et il était impossible qu’ils opposassent une résistance dequelques minutes au plus petit détachement de l’armée delà reine. Aussi d’abord ne firent-ils que fuir : partout les troupes de la reine eurent l’avantage contre les insurgés. Lo-

renzo reprit Logroùo, et parcourut tout le pays, poursuivant partout les factieux, les attaquant chaque fois qu’il pouvait les atteindre. Dans laGuipu/.coa, Frédéric Castano et Gaspard Jauregui ne déployèrent pas moins d’activité. Cela n'empêcha pas l’insurrection de se propager d’une manière effrayante. Il y avait deux mois que le soulèvement des provinces basques avait commencé, et ce temps avait été suffisant pour rassembler des forces considérables. Plusieurs des hommes les plus importants du pays s’étaient mis à la tête du mouvement : les principaux de ces chefs étaient Valdespina, /avala, Verastegui, Urauga, Simon de la Torre.

Don José Maria de Orbe y Élio, marquis de Vnldespina, issu d’une des plus nobles maisons de la Biscaye, est né le C septembre 1776, à Irun. Lorsque la guerre éclata entre l’Espagne et la république française, Valdespina entra (dans le premier bataillon des volontaires île la Guipuzcoa : il y obtint bientôt le grade de capitaine, line blessure qu’il reçut en combattant lui nécessita l'amputation du bras droit. Néanmoins ce malheur ne lui ferma pas la carrière militaire : il fit la guerrede l’indépendance comme colonel du deuxième bataillon de Biscaye.

En 1820 il fut arrêté comme ennemi de la constitution, et ne put prendre part à la guerre qui renversa le régime constitutionnel ; mais en 1830, lors de l’Invasion de Mina, il eut un commandement dans les troupes chargées de repousser l’agression des réfugiés libéraux. Fin 1833 il s’empressa de proclamer don Carlos, et le 5 octobre il publia le premier manifeste qui ait paru en faveur de ce prince.

Don José Ignacio de Uratiga, né h Aspcitia, le 7 octobre 1788, fit ses premicresarmes pendant la guerrede l’indépendance. Eu 1821 il provoqua dans la ville deSalvatierraun soulèvement contre le gouvernement constitutionnel et gagna le grade de colonel dans l’armée de la ifoi. En 1830 on lui confia le commandement de la colonne chargée de s’opposer à Mina. Il eut le bonheur de rejeter en Erance ce terrible adversaire, et ce succès lui avait mérité le grade de brigadier. Aussitôt que la mort de Ferdinand VII fut connue il publia une proclamation en faveur

de don Carlos, et se mit à la tête des volontaires de l’Alava.

Simon de la Torre est né le 23 octobre 1804. En 1822 il a servi dans l’armée de la foi. Après l'abolition de la constitution il passa comme lieutenant dans le I" régiment de la garde. Ses opinions carlistes étaient connues. Aussi, en 1832 fut-il mis en disponibilité. Dès que Ferdinand fut mort la Torre s’em-

ressade réunir un corps de volontaires

asques et de proclamer don Carlos.

Le nombre d’hommes que ces chefs avaient mis sous Tes armes, dans l’Alava, la Guipuzcoa et la Biscaye, ne s’élevait pas à moins de vingt mille, et la Vieille- Castillecn avait rassembléautantsous les ordres de Cuevillas et deMerino. Le gouvernement, effrayédes progrès quefaisait l’insurrection, se détermina à envoyer dans les provinces du nord une partie de l’armée d'observation rassemblée sur la frontière du Portugal. Cette armée, dans le principe, avait eu pour mission d’empêcher la révolutionbortusaise de se propager en Espagne. Ferdinand en avait confié le commandement à Saarsfleld, dont les opinions étaient contraires à toute réforme libérale. Aussi, après la mort du roi , ce général hésita , ait-on, pendant cinq jours avant de reconnaître Isabelle; mais n’ayant pas reçu de don Carlos les ouvertures qu’il en attendait, il se décida à proclamer la reine. Ce fttt à cet officier d’un dévouement très-douteux que fut confiée la mission de réprimer l'insurrection des provinces du nord. Une partie seulement de l’armée d’observation lui fut donnée; l’autre partie, commandée par Rodil, resta sur la frontière de Portugal , en attendant l’occasion de pénétrer dans ce royaume et d'y prêter assistance à la causé libérale.

Saarsfield établit d’abord son quartier général à Burgos, où il resta quelque temps les bras croisés; et quand il se décida à agir il le lit avec une excessive mollesse. Il concentra ses troupes à Logrono, où se trouvaient déjà celles de Lorenzo. Les insurgés de la Vieille-Castille étaient rassemblés dans l'endroit ronuu sous le nom de Couchas de Haro, sur la rive droite de l’Èbre, a dix lieues environ au-dessus de Logrono En voyant des

1 Dix lienes rie Castille de ï# ’/, au degré, environ 12 kilométrés,

L’UNIVERS

forces imposantes qui se réunissaient si près d’eux, les insurgés de la Castille commencèrent à se débander, pour retourner chacun dans leurs foyers. Sans doute ils n’eussent pas agi dè cette manière si leurs chefs leur eussent inspiré une grande confiance; mais ni Cuevillas ni Merino n’étaient capables de commander et de maintenir une armée si nombreuse. Ce dernier a fait avec succès la guerre de partisans à la tête de quelques centaines de cavaliers; mais il paraît que sa capacité ne s'étend pas au delà du rôle de chef de guérillas. Sa bande en général n’excédait pas troisouquatrecenls hommes. Dans quelques circonstances elle se trouva beaucoup plus nombreuse; mais alors Merino éprouva des pertes qui la réduisirent bientôt à ce nombre.

Merino est né vers 1774, au village de Villabiao. Il a commencé par être pâtre, et avait déjà reçu un commencement d’instruction dans un monastère voisin, lorsqu’un vieu* prêtre, frappé de l’intelligence de ce jeune homme, entreprit de l’elever jusqu'aux fonctionssaccrdotales.

En peu de mois Merino lit des progrès si rapides, qu’il fut bientôt en état de recevoir les ordres et qu’il fut nommé curé de son village natal. Voici le portrait qu’en a tracé un oflicierqui servait, comme Merino, dans le parti de don Carlos* :

« Merino est le vrai type des chefs de guérrillasr. De petite stature, mais d’une constitution de fer, il peut résister aux plus grandes fatigues , étant rompu depuis longtemps à la pratique des exercices et des habitudes de la guerre. Son costume, plus ecclésiastique, que militaire, rappelle plutôt le cure que le brigadier général des armées royales. Il porte avec un long habit brun un chapeau rond et un sabre de cavalerie. Le seul objet de luxe qu’il se permet est d’avoir toujours sous lui un bon cheval. En effet il possède deux magnifiques coursiers blancs, qui sont renommes non-seulement par leur excessive vélocité, mais aussi par leur aptitude à grimper jusqu’au sommet des rocs et des montagnes comme des chèvres ; tous deux sont constamment sellés et bridés, et dressés à aller parallèle-

* Mémoires sur Zumala-Carreaui , par Ch.

Fréd. Herniini'sen, capitaine de lanciers, au senior de don Carlos; (raduit de Tauglais. Paris, 1830, a vol.

ment et du même train ; de sorte que Merino, quand l’un lui parait fatigué, saute d’une selle sur l’autre sans s'arrêter, lors même qu’ils sont au galop. Il porte toujour s à son côté un énorme tromblon, rempli d’une forte charge de poudre et de balles , dont l’explosion est, dit-on , aussi forte que celle d’une pièce d’artillerie. Cette arme lui casserait le bras s’il la tirait de la manière ordinaire; mais il en fait usage en la plaçant sous son bras et en tirant la gâchette avec l’autre main.

« Chaque soir, après avoir donné ses ordres à ses hommes, Merino montait à cheval pendant la nuit; et personne, à l’exception de son fidèle serviteur, qui lui était attaché depuis longues années, ne savait où il était allé ; de là était né le bruit qu’il ne dormait pas une seule minute dans les vingt-quatre heures; opinion qui est devenue mie espece d'article de foi chez les Castillans; et, à la vérité, il n’est rien qu’on ne puisse leur faire croire d’un de leurs compatriotes qui , avec ce caractère intrépide et féroce, et tous les excès qu’il a commis, ne fume jamais et ne boit que de l’eau. Cet homme est tout à fait simple et même patriarcal dans ses moeurs et dans toutes ses habitudes ; mais il faut convenir u’il a trop souvent terni ses succès par es actes de cruauté... Son inévitable arrêt contre les prisonniers a toujours été la mort...

« Zumala rendait justice à Merino comme étant un chef brave et entreprenant. Cependant il ditun jour : ... Si nous « avions tous les hommes que le curé a « perdus, nous pourrions marcher sur « Madrid quand nous voudrions. »

Merino n’était pas capable de maintenir une armée aussi nombreuse que celle réunie sous ses ordres. A l’approche du danger, les insurgés se débandèrent pour retourner chez eux. Soit par calcul, soit involontairement, Saarsfield, en concentrantses forces à Logroiio, avait laissé le chemin de la Castille entièrement libre; en sorte que les fuyards purent se retirer tout à leur aise. Cueviilas et Merino, voyant la diminution de leur armée, rassemblèrent leur cavalerie, qui n’était pas très-nombreuse, et se retirèrent en Castille.

Les volontaires de l’Alava, comman-

dés par le brigadier Uranga, suivirent l’exemple des Castillans; et lorsque Saarslieid se mit en marche vers Vitoria, ils lui tirèrent seulement Quelques coups de fusil dans les environs ae Pena- Cerrada, et lui laissèrent le chemin libre. Verastegui fut obligé d’abandonner précipitamment Vitoria, où les soldats de la reine entrèrent sans éprouver la moindre résistance. Saarsfielu se porta ensuite sur Bilbao, et il y entrade môme. Lesforces carlistes étaient si complètement dissoutes, que beaucoup des personnes coin-

Îirornises ne virent d’autre moyen de saut que de se réfugier en France. Verastegui futdece nombre. ZabalaetUranga, restés sans soldats, se jetèrent dans les montagnes, dont ils connaissaient tous les détours. Le marquis de Valdespina, président de la députation de Biscaye, se réfugia auprès de Zumala-Carregui, dont la petite armée s’était avancée jusque dans la vallée de la Borunda. Le gouvernement se vanta d’avoir apaisé la révolte; et il est vrai que sans l’énergie et sans le talent du chef des Navarrais dès ce moment la guerre aurait pu être considérée comme terminée.

Partout les volontaires royalistes 3'étaient montrés hostiles au parti de la reine. Partout ils avaient été les instigateurs ou les complices des troubles qui agitaient le pays. U ne ordonnance endate du 15 octobre en décréta le désarmement. Le nombre des volontaires royalistes ne s’élevait pas à moins de trois cent mille. Ces corps , formés de ce qu’il y avait de plus turDulentdans la nation, étaient la personnification de l’absolutisme le plus Fanatique. Les licencier était donc une entreprise aussi hardieque difficile. Néanmoins elle s’effectua d’abord sans résistance. Mais le 29, le gouvernement ayant ordonné de conduire au parc d’arlillerie les pièces gardées dans le quartierdecavalerie des volontaires royalistes de Madrid , cette mesure provoqua de la résistance. Quelques volontaires se réunirent dans leurs quartiers, et commencèrent à tirer de là des coups de fusil sur le poste du régiment d’infanterie de la princesse qui formait la garde de la prison située dans leur voisinage.

Au bruit de cette fusillade, un grand nombre de volontaires qui n’attendaient qu’un signal voulurent se rendre à leur

uartier; mais heureusement beaucoup 'entre eux furent arrêtés en route par les patrouilles qui circulaient dans les rues environnantes. La plupart rendirent leurs armes sans difficulté. Il n’y en eut qu’un petit nombre qui essayèrent de se défendre. Quant a ceux qui étaient parvenus dans leur quartier, et qui ssy étaient enfermés quoiqu’ils ne fussent guère plus d'une centaine, ils répondirent à coups de fusil aux sommations qui leur furent faites. Mais la résistance u’était pas possible. Le brigadier don Pedro Nolasco Bassa , à la tête de quelques troupes, parvint à forcer leur quartier, et tous ceux qui s’y trouvèrent restèrent prisonniers. Ils furent traduits en jugement quelques jours plus tard, et condamnés aux présides. On eut à reretter dans cette affaire la mort de peu e monde, et l’on se félicita dece résultat en songeant aux malheurs qui seraient arrivés si les volontaires royalistes, parvenant à réunir toutes leurs’ forces et faisant usage de l'artillerie qui était encore entre leurs mains, avaient livré une véritable bataille dans les rues de la capitale. Les volontaires de Madrid unefois licenciés, le désarmement de ceux des provinces s’effectua sans beaucoup de difficultés; et si un certain nombre de volontaires royalistes alla grossir les rangs des insurgés, au moins cette milice hostile ne resta pas tout entière sous les armes.

Quelques changements avaient eu lieu dans le cabinet. Les fonctions de ministre n’ayant pas été jugées compatibles avec celles de membre du conseil de régence que remplissait le comte d’Ofalia , il fut remplace le 21 octobre au ministère de l’intérieur par don Francisco Xavier de Burgos, conseiller honoraire de finances. Le 16 novembre le ministre de la guerre José delà Cruz, qui occupait aussi par intérim le ministère de la marine, eut pour successeur dans ce double emploi le maréchal de camp Zarco del Valle. Mais ces changements n’étaient pas de nature à dissiper l’impopularité toujours croissante qui s'attachait au ministère. Peutêtre si le droit en vertu duquel Isabelle était montée sur le trône neilt pas été contesté, si la couronne ne lui eût pas été disputée, le gouvernement edt pu maintenir quelque temps encore les institutions décrépites de la monarchie;

L’UNIVERS

mais il était forcé de chercher un appui auprèsdu parti libéral; et ce parti se montra d'autant plus exigeant, qu’on avait plus besoin die lui ; aussi à mesure que l’insurrection prenait des forces et de la consistance, le parti constitutionnel attaquait avec plus de violence la politique adoptée par Zea Bermudez, et réclamait plus impérieusement des institutions représentatives. Peu de temps après la mort de Ferdinand VII, le marquis de Mirallorez adressa à la reine un mémoire trèsciiconstancié sur l’état de la nation et surl'influence funeste exercée par le président du cabinet. Dans cet écrit, il insistait pour la réunion des cortès. Le général Qucsada avait aussi lancé un manifeste où il demandait formellement le renvoi de Zea. Ce fut Llauder, capitaine général de la Catalogne, qui porta le dernier coup. Le 26 décembre 1833 il adressa à la reine un long mémoire où la franchise était poussée quelquefois jusqu’à la rudesse. Au reste, on peut juger de l'esprit qui l’animait par quelques passages extraits de son manifeste :

Sentira, disait-il, pendant longtemps

vice-roi de Navarre et capitaine général des provinces basques, j’ai été à même d'apprécier tout ce que les populations et les gouvernements trouvent de bien-être et de stabilité dans une représentation légale telle que l'ont établie nos anciennes lois avec un respect égal pour lesdroitsdu trône et lei droits de 1a nation. Elle constitue le seul élément de prospérité et de forced'une monarchie, surlout dans l'état actuel des lumières et de la civilisation. Depuis capitaine général de t’Aragonet enfin de la Catalogne, j’ai pu m'apercevoir que là où le bienêtre et la sécurité des provinces dépendent des circonstances, et où le recours à la force est souvent nécessaire, ce moyen s'use bien rapidement quand l'opinion cesse de le soutenir.

Lorsque j'ai eu l'honneur d'être appelé au baise-maiu de votre auguste fille, Votre Majesté a daigné m'autoriser à lui écrire librement ce que je croirais lion et utile, m’assurant à diverses reprises que tous ses désirs n’avaient pour objet que le bonheur de l’Espagne. J’ai répondu à celle permission en vous adressant ce que j’ai cru susceptible d’éclairer voire religion. Mais des épreuves continues et répétées ni’ont fait voir que les sentiments francs et héroïques de Votre Majesté sont réprimés par 1rs conseils de quelques hommes qui, en étudiant l’arbitraire dans les pays étrangers , ont oublié le leur, ses beaoius, ses

vieux et tout ce qui pourrait concourir au bienêtre de l’administration que vous leur avez confiée, et trahissent ainsi les vues généreuses de Votre Majesté.

Telle est, Seùora, l’opinion générale que je ne dois pas laisser ignorera Votre Majesté. Je dois, au contraire, ajouter, dans l’intérêt de voire gouvernement, que le ministère de Zea est devenu impopulaire à tel point, qu’il menace à la fois et la tranquillité publique et le trône même de dona Isabelle II.

Llauder rappelle ensuite les sacrifices de toute nature que l’Espagne a faits pour conserver la couronne a Ferdinand, et les promesses consignées parce prince dans sou décret de Valence :

Les promisses des rois, dit-il en continuant, ■sont sacrées : leur accomplissement doit être infaillible comme celui des prophéties de la Divinité; c'est pourquoi moi et la nation, qui n’oserions rien demander qui ne fût dû et promis, nous vous rappelons, le coeur plein d’amertume, des déclarations aussi solennelles sorties de la bouche de notre roi au moment de recevoir de nos mains une couronne reconquise par le sang d’un million d’hommes. L'existence du trône de la reine mineure , je le répète, est attachée à t" accomplissement des promesses du feu roi ; car personne ne pourra croire que quinze longues années de minorité puissent s’écouler appuyées sur quelque chose d’aussi fragile qu’un pouvoir sans responsabilité.,. Ou dit à Votre Majesté qu’elle n’a pas, comme régente, le droit d’innover; qu'elle doit remettre à sa fille le gouvernement tel qu’elle l’a reçu; ce qui n’est qu’un prêtes le pour consacrer l’arbitraire et perpétuer les abus.

Peut-on appeler innovation la convocation des cortès, lorsque lu gravité et la complication des affaires publiques réclament impérieusement celte mesure prescrite fondamentalement par les anciennes lois de ta monarchie?...

La Navarre a ses lois à elle avec ses cortès et ses députations générales, sans que ses habitants consentent jamais à la plus petite infraction à ces lois protectrices de la sûreté et de la propriété générale. Peul-on supposer au ceeur généreux de VotrcMajesté l’intention de refuser ces mêmes franchises aux autres provinces de votre royaume? Celte si-

tuation, si elle se prolonge quelques mois encore, fera plus pour les ennemis du tronc de dona Isabelle II que tous les efforts de ce parti , qui n’a d'autre importance que celle qu’on lui donne.

Le ministère Zea a tant fait que la comparaison est fâcheuse et même dangereuse pour loi entre ses actes et les promesses du prétendant, qui offre de libres cortès , avec d'autres avantages et d’autres garanties encore...

Enfin Llauder concluait en suppliant la régente de modifier le ministère et d’ordonner la convocation des cortès.

Zea résista encore une vingtaine de jours aux attaques dirigées contre lui ; mais il y avait trop de vérité dans les plaintes du parti libérai pour qu’il pût se maintenir longtemps au pouvoir. Le 15 janvier 1834 parut un décret par lequel sa démission fut acceptée. Le nouveau cabinet fut composé dfe don Francisco Martinez de la Eosa, ministre des relations extérieures, de donNicolas Maria Garelli, ministre de grâce et de justice. Ces deux hommes d’Etat avaient déjà rempli les mêmes fonctions au commencement de l’année 1822; ilsavaientfaitparticdu troisième cabinet constitutionnel. Don José Vazquez Figueroa eut la marine; don José Aranalde eut, par intérim, le slinances , et fut bientôt remplacé par don José de Imas, directeur général des rentes; don Francisco Xavier Burgos conserva le ministère de l’intérieur, et Zarco del Valle celui de la guerre. C’était une tâche difficile que celle d'un cabinet formé dans des circonstances si critiques. Il avait pour mission de doter l’Espagne d’un régime représentatif, et toutes les opinions attendaient avec une égale imatience comment il résoudrait ce prolème.

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