DISPOSITIONS GÉNÉRALES
Art. 24. Au roi appartient exclusivement le droit de convoquer, suspendre ou dissoudre les cortès.
Art. 25. Les cortès se réunissent, en vertu d’une convocation royale, dans le heu indiqué pour ladite convocation.
Art. 26. Le roi procédera à l’ouverture et à la clôture des cortès, soit en personne, voit en déléguant un des ministres secrétaires d'État par un décret spécial contre-signe par le président du conseil des ministres.
Art. 27. En vertu de la loi 5, litre i5, partida 2, les cortès générales du royaume seront convoquées après la mort du roi , pour que son successeur vienne y jurer l’observation des lois et recevoir des corlcs le serment d’obéissance et de fidélité.
Art. 28. Les cortès seront également convoquées en vertu de la loi précitée en cas de minorité du prince ou de la princesse qui hériterait de la couronne.
Art. 29. Dans le cas prévu par l’article précèdent, les tuteurs du roi mineur jureront devant les cortès de veiller loyalement à la garde du prince, et de ne pas violer les lois de l'Etat. Ils recevront au nom du roi le sermeul de fidélité des cortès.
Art. 3o. Conformément à la loi 2, litre 7, livre ti de la Nucva Rccopilacion , les cortès seront convoquée» dans le cas d'un événement grave, dont l'importance, au jugement du roi , exigera qu’elles soient consultées.
Art. 3i. Les cortès ne pourront délibérer sur aucun objet qui n'aurait .pas été expressément soumis à leur examen en vertu d‘un décret royal.
Art. 32. Reste néanmoins confirmé le droit u’ont toujours exercé les cortès d'adresser es pétitions au roi, ce qui aura lieu selon les formes que déterminera le règlement.
Art. 33. La formation de Ja loi exige l’approbation des deux chambres et la sancliou du roi.
Art. 34. Conformément à la loi i , titre 7, livre 6 de la Xucva Rccopilacion, il ne pourra être perçu ni tributs ni contributions daucuue
espèce, sans qu'ils aienl été votés par les cortés sur la proposition du roi.
Art. 35. Les contributions ne pourront être imposées que pour le terme de deux années, et avant l'expiration de ce terme elles devront être de nouveau votées par les cortès.
Art. 36 . Avant que les cortès votent les contributions il leur sera présenté par les ministres respectifs un rapport où sera exposé l’état de chaque brandie de l’administration publique. Le ministre des finances présentera ensuite l'état présumé des dépenses et les moyens d'y faire face.
Art. 37. Le* roi pourra suspendre les cortès en vertu d’un décret contre-signé par le président du conseil des ministres ; et à la simple lecture de ce décret les deux chambre* se sépareront, sans pouvoir ni se réunir plus longtemps ni prendre aucune délibération.
Art. 38. F.n cas de suspension des cortès, clics 11e pourront se réunir qu’en vertu d’une nouvelle convocation.
Art. 3y. Au jour désigné par le roi pour nne nouvelle réunion des cortès , les memes procuradores v viendront siéger, à moins que IM trois ans de durée de leurs fonctions ne 'oient expirée*.
Art. 4o. Quand le roi dissoudra les cortès, il devra le faire en personne ou par 1111 décret contre-signé par le président du couseil des ministres.
Art. 4 r. Daus l’un et dans l’autre cas, les deux chambres se sépareront immédiatement.
Art. 4a. Dés la prononciation de la dissolution des eortès par le roi la chambre des procuradores ne pourra plus se réunir ni prendre résolution collective qu’en vertu d’uue seconde convocation royale.
Art. 43. En cas de dissolution des cortès , les pouvoirs des procuradores expirent de fait.
Tout acte ou toute délibération qui aurait lien postérieurement à la dissolution sérail nul de plein droit.
Art. 44. Les cortès, après la dissolution, devront être convoquées dans le terme d’une >nuée.
Art. 45. Toole convocation des cortès comprend la convocation simultanée de l’une et de l’auire chambre.
Arl. 46. Une chambre ne pourra être réunie sans que l’autre le soit en même temps.
Art. 47. Chacune des deux chambres tiendra set séances dans un local séparé.
Art. 48. Les séances de* deux chambres seront publiques, excepté pour les cas que déterminera le réglement.
Art. 49. Les procures et les procurüthtres seront inviolables pour les opinions et votes qu’ils auront émis dans l’exercice de leurs fonctions.
Art. 5o. Le règlement des cortès déterminera les relations de l'une cl de l’autre chambre entre elles et avec le gouvernement.
TRAITÉ OE LA QÜAI>Rt*PI.E ALLIANCE LES
TROUPES ESPAGNOLES ENTRENT EN PORTU- GAL. — CONVENTION d’bVORA-MONTE. — DON MIGUEL ET DON CARLOS SONT FORCÉS DF.
QUITTER LE PORTCUAL. — DON CARLOS SK REND DANS LES PROVINCES INSURCÉES. — VAL- DES REMPLACE SAARSF1ELD. — IL EST REM- PLACÉ PAR QCE8ADA. — MORT DE LÉOPOLD
o’donnell.
La présence de don Carlos sur la frontière de Portugal causait de vives inquiétudes au cabinet de Madrid. Il était à craindre que ce prince ne pénétrât en Castille et qu’il ne sedirigeât versles provinces où sa bannière avait été relevée si courageusement j»ar Zumala-Carregui .
Sa présence au milieu de ses partisans eût doublé leur confiance et leur valeur.
Une armée commandée par Kodil était à la vérité cantonnée sur la frontière de l’Estréinadure ; mais quelle que fût In vigilance de ce général, elle pouvait être mise en défaut! Le gouvernement avait donc le plus grand intérêt à terminer promptement les affaires de Portugal.
Il transmit à Rodil l’ordre «le passer la frontière, de seconder de tout son pouvoir la cause de doua Maria , et de tâcher en même temps de s’emparer de la personne de don Carlos. r ■
Les puissances qui avaient reconnu la reine d’Espagne ne pouvaient rester spectatrices impassibles des troubles qui agitaient la Péninsule. Elles résolurent d’y mettre un terme, et le 22 avril 183 4 u n trai té fut conclu entre don Pédro , agissant au nom de sa fille, avec l’Angleterre, la France et la reine d’Espagne. Par cette quadruple alliance, don Pedro prit rengagement d’employer tous les moyens qui seraient en son pouvoir pour faire sortir de Portugal l’infant don Carlos. De son côté, la reine régente d’Espagne s’obligea à faire entrer en Portugal le nombre des troupes espagnoles qui serait jugé nécessaire pour contraindre don Miguel et don Carlos 1 à quitter la Péninsule. L’Angleterre promit le secours d’une force navale.
Enfin la France s’engagea, dans le cas où son concours serait jugé nécessaire, à fournir les secoursque ses alliés détermineraient d’un commun accord.
L’UNIVERS
Les ratifications de ce traité furent échangées le 30 avril , et quelques mois plus tard, le 18 août, des articles additionnels furent signés : le roi des Français s’engagea à prendre, sur toute la frontière des Pyrénées, des mesures nécessaires pour empêcher l’introduction en Espagne d'armes , de munitions, ou d’équipements militaires destinés aux ca rlistes . L’ A ngleterre promit éga letnent le secours de sa marine pour empêcher que desemblables secours ne leur fussent portés par mer. L’effet de cette convention ne se ht pas longtemps attendre.
Deux mois ne s’étaient pas écoulés que don Miguel, pressé par les troupes combinées de Rodil et de dona Maria, se vit, le 26 mai , obligé de signer à .Evora- Monte un traité par lequel il s’engageait à sortir du Portugal dans l’espace de quinze jours. Don Carlos, vivement poursuivi par les troupes espagnoles , avait été sur le point de tomber entre leurs mains. Il ne leur avait échappé qu’avec beaucoup de peine, ses équipages avaient été pris. Lors du traité d’Evora, il était dans cette ville , et il fit tous ses efforts pour empêcher que don Miguel le signât. Il fut d'avis que ce prince devait s’enfermer dans Yelvas à la tête d’une partie de ses troupes , tandis que lui-même, à la tête du reste de l’armée miguéliste, pénétrerait en Andalousie. Il supposait qu’à sonapproche toutes les populations se soulèveraient en sa faveur. Il comptait marcher sur Madrid à la tête d’un concours immense de partisans; puis quand il aurait ainsi reconquis sa couronne, il reviendrait donner secours et assistance à don Miguel. Mais celui-çj considéra comme complètement chimériques les espérances de don Carlos, qui de cette manière se vit contraint à se conformera la nécessité et à s’embarquer pour l’Angleterre sur le Donegal. Il entra le 12 juin dans la rade de Portsmouth, et se rendit aussitôt à Londres. Il n’y séjourna que le temps nécessaire pour négocier un emprunt,et le 2 juillet il s’embarqua pour la France ; il traversa ce royaume et gagna la frontière de Biscaye.il était accompagné parun Français nommé Auguet de Saint- Silvain, et ils voyageaient avec des passeports délivrés au nom d’Alphonse Saez, commerçant, et de Thomas Saubot, pro-
priétaire de lUe de la Trinité. Ils arrivèrent en Biscaye le 9 juillet: mais le gouvernement espagnol se refusa quelque temps à croire à la réalité de la présence de don Carlos dans les provinces insurgées. A près tout, dit Martinezde la Ilosa, don Carlos en Navarre ne change rien aux affaires. Ce n’est qu’un factieux de plus. Néanmoins la présence de ce factieux doubla la force et l’audace de ses défenseurs, lorsque don Carlos arriva, l’insurrection s’était relevée des premiers échecs qu’elle avait éprouvés. Zumala-Cafregui avait , rassemble et organisé les débris de l’armée dissipée par Saarsfield. Il avait recueilli" dans les provinces basques des fusils et des cartouches. Le général Bruno Villareal lui avait conduit le premier bataillon d’Alava, qu’il commandait et qu'il avait su garder réuni. Le lieutenant-coloneldou J. Vicente Ainusquivar, resté à latêtedequaranteoucinquantecavaliers, était également venu se ranger sous les ordres de Zumala-Carregui. Don Inazio Lardizabal, ancien capitaine des gardes espagnoles, qui se trouvait à la tête des volontaires royalistes de Guipuzcoa, parvint à retenir un millier d'hommes, qu’il conduisit égalemenf à Zumala- Carregui, et toutes ces forces bien disciplinées formèrent une armée capable non-seulement de résister aux troupes de la reine , mais aussi de leur arracher la victoire. Les limites de cet ouvrage ne permettent pas d'entrer dans le detail de tous les faits de cette guerre. D’ailleurs ce récit continuel de manœuvres et de contre-marches présenterait peu d’intérêt; mais pour comprendre la durée de cette lutte, il faut connaître le pays où elle avait lieu. Ce n’est qu’un réseau continuel de montagnes et de collines , un véritable labyrinthe de vallées longues, étroites, sinueuses, de profondes excavations, de rocs sauvages et gigantesques * . « Souvent il y a plusieurs routes qui conduisent d’une vallée à une autre , et queluefois, en raison des obstacles naturels u terrain, les distances sont doublées par les détours. Ces distances sont augmentées encore par d’innombrables dédiés qui traversent les montagnes et qui sont souvent si étroits, qu’eu étendant
1 Henningsen T Mém. sur. Zumala- Carre gui.
les bras , on touche les rocs des deux côtés; entre ces rocs se trouve souvent aussi une ravine profonde de plusieurs centaines de pieds, au fond de laquelle mugit un torrent.
« D'un village souvent divisé en hameaux à un autre village, la distance est ordinairement de cinq à douze milles; mais presque toujours vous rencontrez île formidables défilés et de profonds précipices.
« Dans l’hiver, les marches qui ont été taillées dans le roc vif se remplissent de boue que les pluies y ont amoncelées, et formentde distance en distance, des bourbiers qui gênent péniblement le voyageur dans sa marche. Pendant l’été vous retrouvez à ces mêmes places des trous ou des aspérités en sorte qu’à chaque instant le fer des mulets ou des rhevaux touche le roc à nu et y glisse. Des hommes qui doivent traverser un tel terrain, particulièrement s’ils ont à porter le bagage des troupes régqlières, sont bientôt harassés par la plus courte marche ; tandis que les habitants du pays vont à travers les bois et les ravins courant comme le chamois et le renard , pouvant toujours vous renverser, sans avoir pour eux la crainte du même sort. Puis, dans quelques autres endroits, le pays est tellement couvert, que la troupe qui y pénètre n’a aucune idee, aucun indice de la proximité de l'ennemi, tandis que celui-ei a pour l’avertir ses espions et ses guérillas. Les assiégeants ne peuvent détacher des hommes pour aller à la découverte, parce que, à quelques centaines de pieds du corps principal, ils peuvent toujours être pris ou tués, quelque route qu’ils suivent. Le guérillero, au contraire, a toujours le temps d’en prendre une autre et même de la quitter s'il est poursuivi, l’ennemi étant bientôt épuisé par cette chasse, sans pouvoir w reposer dans des localités où il est également incommode et périlleux de camper ou de cantonner. »
Ajoutez à ces difficultés naturelles, que les carlistes avaient pour eux le dévouement de presque toutes les populations des campagnes. Partout ils trouvaient un abri et des secours; les libéraux ne rencontraient que des ennemis.
T .es carlistes pouvaient transmettre des ordres et des instructions d'une manière
beaucoup plus rapide que leurs adversaires. Dans ces chemins étroits et sinueux, il est fort difficile d’expédier des courriers à cheval, tandis que les habitants, accoutumés aux difficultés du pays, traversent le terrain comme une Uèciie, sans (ju’un mauvais pas les arrête. l)e son coté, l’armée carliste avait aussi à lutter contre des obstacles présagé insurmontables. D'abord le manque d’argent, ensuite celui de mqnitions. Le général llarispe, commandant les troupes françaises établies sur |a frontière des Pyrénées, faisait si bonne garde qu'il était presque impossible aux carlistes de se procurer des armes et des munitions.
Zumala-Carregui ne pouvait le plus souvent distribuer à ses soldats qu’un nombre msuflisant de cartouches, et il était obligé, faute de munitions, de battre en retraite lorsqu’il tenait déjà la victoire ; ou bien il était'forcé de renoncer aux occasions les plus avantageuses. Dans le commencement, ses soldats, moins bien armés et moins bien organisés que ceux de la reine, ne pouvaient pas tenir contre ceux-ci ; mais Zumala-Carregui se gardait bien de livrer des batailles, li attaquait les détachements isolés quand il avait l’avantage du nombre et de la position autrement il se retirait, et l’armée royale s'épuisait à le poursuivre sans pouvoir obtenir contre lui aucun avantage décisif. On attribua ce mauvais succès à la mollesse que Saarslield mettait a poursuivre les carlistes. Le commandement lui fut retiré. Vnldès, qui lui succéda, ne fut pas plus heureux que lui. Au reste, ou ne lui laissa paç le temps d’agir utilement. Don Vincente .lenaro Quesada, marquis de Moncayo, qui en 1823 avait fait la guerre en Navarre, connaissait parfaitement le pays.
Presque tous les officiers dont l'armée carliste se composait avaient combattu sous ses ordres; aussi s’exagérant l'ascendant qu’il exercerait sur leur esprit, il demanda et obtint le commandement de l’armée du Nord. Avant de commencer la guerre, ilvoulut essayer de pacifier le pays par des négociations. Il commença par écrire en ces termes à Zumala-Carregui :
Quartier général d'Estella, »6 février i834. Mon estimé Zumala-Carregui , quand je vous ai écrit ma dernière par la main d’L’rii, j'clnis
L’ITNÏVF.RS.
sur le point de sortir de I.ogroiio pour rentrer dam les provinces dont j'avais le commandement; mais l’avant-veille du jour où je devais me'metire enroule, un courrier extraordinaire est venu m’annoncer que j’ai été nommé viceroi et capitaine général de la Navarre et des provinces Kasques. On m’a confié en même temps le commandement de l'armée par suite de la démission qu’a donnée Valdès a raison de sa santé. Mon devoir me force à oliéir, et mon affection pour mes anciens compagnons d’armes m'engage à leur présenter l’olivier de la paix avant de les menacer de l’épée. Il me serait bien dur d’en arriver à cette dernière extrémité ; mais j’éprouve une certaine satisfaction à me persuader que vous, aussi bien que mes autres compagnons, céderez à la voix de l'amitié et à celle de la raison. Je veux vous délivrer de la mauvaise position où vous vous trouvez. Je ne veux en aucune manière vous mortifier. Ayez confiance en ma générosité, et ni vous ni vos compagnons n'aurez à vous en repentir.
Vidando et F.raso iront vous voir. Ils vous remet Iront une lettre de votre frère, qui, vous portant le plus vif intérêt, est venu me voir, romme il vous le dira.
Si vous et vos compagnons êtes disposés à m’écouter et à entendre la raison , soyez bien persuadés de l’affection et de l’intérêt que je conserve pour des hommes qui, à une autre époque, ont été mes compagnons. Si vous voulez que je vous donne une preuve de ma confiance, je me présenterai en personne et seul pour vous entretenir, et je donnerai immédiatement l’ordre aux divisions qui opèrent en Navarre pour qu’elles ne sortent pas de leurs positions, pourvu que de votre cote vous restiez également tranquille; cependant tout doit avoir lieu très-promptement ; car je ne puis pas me compromettre vis-à-vis du gouvernement et vis-à-vis de la nation.
Je vous souhaite mille félicité». Votre très- «ffeetneux,
Vmcr.KT Qoxsada.
Zumala répondit qu’il ne pouvait rien faire sans avoir réuni les principaux chefs de l’armée ainsi que la junte de Navarre. Plusieurs lettres furent échangées , et Quesada ayant reproché à Zuinala-Carregui dechercheruniquement à gagner du temps, celui-ci, après avoir consulté la junte qu’il avait réunie, répondit que tous ses officiers aussi bien que lui étaient disposés à vaincre ou à mourir en soutenant les droits sacrés et légitimes du roi don Carlos V de Castille et VIII de Navarre; qu’il pouvait doue
commencer immédiatement les opérations et réclamer le secours de la France.
« Mais soyez bien persuadé, disait-il en « terminant, que les maux que vous vous « proposez de causer à ce royaume ne.
« serviront qu’à vous donner un odieux ■ renom ; et qu’à mesure que vous exer- « cerez plus a* rigueur, en même temps « lenombredevosennemiss’accroîtra. *> Cette réponse porte la date du 7 mars 1834. Aussitôt-que le vice-roi l’eut reçue, il commença la guerre, mais sans plus de succès que ses prédécesseurs.
La première affaire sérieuse eut lieu le 2 mai. Quesada, qui suivait la route de Vitoria à Pampelune pour conduire dans cette ville un convoi d’argent, de malades et d’effets d’équipement, fut attaqué par les carlistes auprès du village d’Alzazua, dans la vallée de la Borunda. Il aurait peut-être pu continuer à s'avancer par le grand chemin ; mais , craignant d’exposer le convoi qu’il conduisait, il se jeta sur la gauche pour ga-
Êner la route de Segura, qui traverse d’aord un bois épais , et qui serpente ensuite entre des montagnes et des précipices. Les carlistes poursuivirent avec vivacité l’arrière-garde de Quesada. La perte des deux cotés fut assez considérable : le capitaine don Léopold O'Itonnell, fils unique du comte del Abisbal, tomba entre les mains des carlistes.
Il fut entouré par eux au moment où il cherchait à rallier ses soldats. I^a guerre avait pris un caractère de férocité qui déshonore également les deux artis : on égorgeait froidement les lessés qui restaient sur le champ de bataille; ni d’un côté ni de l’autre les prisonniers ne devaient espérer de pitié. Le lendemain les carlistes fusillèrent O’Donnel et cinq officiers qui avaient été pris en même temps que lui. Il n’est pas d’expression pour peindre les horreurs commises pendant cette période de massacres et d’assassinats. Quelques scènes de carnage que puisse inventer l’imagination la plus terrible, elles resteront encore bien au-dessous de la réalité.
ÉLECTION DES DÉPUTÉ». — ». DE TORENO ENTRE AU MINISTÈRE. — LE CHOLÉRA DÉSOLE MADRID. — MASSACRE DES MOI* RES. — RÉUNION DES CORTÈS. — DON CARLOS EST DÉCLARÉ DÉCHU DE TOUT DROIT A LA COURONNE. — PETITION DES DÉPUTÉS.
Le statu to réal fut promulgué le 12 juin ; en même temps les cortès générales du royaume furent convoquées pour le 24 juillet. Un décret royal du 29 mai avait déterminé la manière dont l’élection devait avoir lieu. Le premier titre traitait des juntes électorales de district ( partido ).
Le 20 juin une assemblée électorale devait se réunir au chef-lieu de chaque district. Elle devait se composer de tous les membres de la municipalité, auxquels était adjoint un nombre égal des plus forts contribuables. Cette reunion nommait deux électeurs par chaque district, et la réunion de ces électeurs formait le collège électoral de la province, dont s’occupait le second titre du décret. Ce collège se réunissait au chef-lieu de la province avec les formalités prescrites , et après avoir prêté serment il nommait les députés. Le nombre que chaque collège devait élire était proportionnel au chiffre de la population. L’Alava, Santiago de Cuba, Puerto-Principe, nommaient chacun un député; Avila,Guadalajara, la Guipuscoa, Huelva, Lerida, Logrono , Palencia , Santander, Ségovie, Soria, la Biscaye, Zamora, la Havane, Puerto-Rico et les lies Philippines en nommaient deux.
Albacete, Alméria, Burgos, Caceres, Castellon de la Plana, Girone, Huesca, la Navarre, Salamanque, Tarragone, Tcruel, Valladulid et les lies Baléares, trois.
Ciudad Real, Jaen, Léon, Murcie et Tolède, quatre.
Badajoz, Cadix, Cordoue, Cuenca, Lugo, Madrid, Orense , Ponte-Vedra et Saragos.se, cinq.
Alicante, Barcelone, la Corogne, Grenade, Maiaga, Oviedo, Séville et.Valence en nommaient six; ce qui produisait un total de cent quatre-vingt-huit députés.
Le ministère qui présida à ces élections n’était déjà plus celui qui avait signé le statut royal.
L’opinion publiqueavaitappelé au pouvoir M. le comte de Toreno. Il avait reçu
22* Lieràison. (Espagne.)
l'administration des finances en remplacement de don José de Imas. Favier de Burgos avait eu pour successeur à l’intérieur don José Maria de Moscoso d’Altaniira. Les jours qui suivirent la nomination de M. de Toreno furent mar-
âués par de déplorables événements. Le îoléra-morbus avait parcouru plusieurs provinces de la Péninsule. Partout il avait laissé d'épouvantables traces de son passage. Vers le milieu du mois de juillet le fléau vint fondre sur la capitale, et sévit avec une effrayante intensité.
De même que cela avait eu lieu à Paris, l’opinion se répandit, parmi la classe ignorante de la population, que ces morts presque subites n’étaient pas le résultat d’une maladie , mais l'effet du
Îioison. Il y a cela de remarquable que e peuple religieux de Madrid fit porter ses soupçons sur les moines. Il les accusa d’avoir empoisonné l’eau des fontaines.
Dans la journée du 17 on arrêta, à la fontaine de la Puerta del Sol, un jeune homme sur lequel on prétendit avoir trouvé quelques paquets de la poudre employée par les empoisonneurs. Cette supposition acheva de soulever les esprits. Des groupes se formèrent de divers côtés. La populace se porta au college des jésuites , situé dans la rue de Tolède ; elle força les portes , et massacra tous les religieux qui tombèrent entre ses mains. Elle courut ensuite au couvent de Saint-Thomas, à celui de Saint-François, à celui des pères de la Merci ; et les bourreaux y commirent les mêmes crimes. La milice urbaine , rassemblée à la bâte , accourut trop tard pour empêcher ces assassinats ; mais au moins elle empêcha de qpuveaux. malheurs.
Ce fut sous de si funestes auspices que s'inaugura la représentation nationale. La seance d'ouverture eut lieu le 24 juillet, au palais du Buen-Retiro. Après que lareine Christine eut achevé la lecture du discours d’ouverture , l’archevêque de Sigiienza , patriarche des Indes , accompagné des présidents des deux chambres, s'approcha du trône et reçut le serment de la reine. Le même serment fut ensuite prêté par l’infant don François de Paule, et ensuite par les députés et par les proceres.
Les finances, dont l'état était déplora-
1/UNIVERS
bip, attirèrent d’abord l'attention des chambres. Dans leur séance du 31 août les députés abolirent de nouveau le vœu de Saint-Jacques; mais la mesure la plus importante votée par eux fut la loi oui déclare don Carlos déchu de tous les droits éventuels qu’il pouvait avoir à la couronne d’Espagne. Elle se réduisait aux termes suivants :
Art. l*r. L'infant don Carlos Maria Isidro de bourbon et toute ta descendance sont déchut du droit de succéder à la couronne d'Espagne.
Art. 2. L’entrée du territoire espagnol est interdite à l'infant don Carlos Maria Isidro de Itourbon et à toute sa descendance.
Aux termes du statut royal , les cortès n’avaient pas l'initiative des lois; leur droit se bornait à réclamer du gouvernement les dispositions légales qu’elles jugeaient nécessaires. Voici la plus importante des pétitions adressées a la couronne par la Chambre des députés :
Les députés du royaume demandent à votre majesté de sanctiouuer comme hase de notre droit le. projet suivant :
Art. 1". La loi protège et assure la liberté individuelle.
Art. 2. Tous les Espagnols peuvent publier leurs pensées par la presse sans être souniil à aucune censure préventive, mais en se conformant aux lois qui répriment les abus.
Art. 3. Aucun Espagnol ne peut être poursuivi, pris, arrêté ni éloigné de son domicile, si ce n’est dans les cas prévus par la loi, et dans la forme qu’elle prescrit.
Art. 4. La loi n'a pas d’effet rétroactif, et nul Espagnol ne sera jugé par des commissions, mais seulement par des tribunaux établis conformément k lajoi, et antérieurement à la perpétration du délit.
Art. 5. Le domicile d’aucun Espagnol ne pont être violé, si ce n’est dans les cas et avec la forme que la loi détermine ou qu'elle déterminera.
Art. 6. Tons les Espagnols sont égaux devant la loi.
Art. 7. Tous les Espagnols sont également admissibles à tous les emplois de l’État, et tous doivent supporter également les charges du service public.
Art. 8. Tous les Espagnols sont dans l’obligation de payer les contributions votées par les cortés.
Art. 9. La propriété est inviolable; néanmoins clic est assujettie : 1* à être cédée à l’État
quand cela est nécessaire pour quelque objet d'utilité publique et moyennant une indemnité préalable déterminée par l'appréciation de jurés ( huenos hombrts ); 2° à être saisie par suite des peines légalement imposées ou des condamnations prononcées par sentence Iégitimemeut exécutoire. La confiscation de biens est abolie.
Art. 1 0. L’autorité ou le fonctionnaire public qui portera atteinte à la liberté individuelle , à la sûreté personnelle ou à la propriété, sera responsable conformément aux lois.
Art. 1 1. Les ministres sont responsables pour les infractions aux lois fondamentales et pour les crimes de trahison.
Art. 12. Usera institué une garde nationale pour la conservation de l'ordre public et pour ia défense des lois. Son organisation sera l'objet d'une loi.
Peut-être le gouvernement eut-il puisé quelque force dans l'adoption de ce programme politique ; mais les ministres craignirent de s'engager dans une voie trop libérale. Plusieurs de ces propositions ne furent pas converties en lots, et les autres furent complètement dénaturées.
SUITE DK Là «CRHRE CIVILE. — ROD1L SCC- CÉnt X QUE8ADA. — IL EST SCR LE POINT DE PRENDRE IX «S CARIA». — «INA SUCCÈDE
A HOOIL AFFAIRE d’aLECRIA ART1LLE-
RIE DES CARLISTES. — DÉMISSION DF. MIN». — CHANGEMENTS DANS LE MINISTÈRE. — T AL DÈS SUCCÈDE A MINA. — TRAITÉ POt* L'ÉCHANGE UES PRISONNIERS. — Ht» VEAUX CHANGEMENTS DANS LE MINISTÈRE. — SIECE DE BILBAO. — MORT DE XUKALA-CARREGU.
La guerre civile continuait dans les provinces du nord avec le même acharnement. L’influence que le général Quesada s’était flatté d'exercer sur les chefs de l’insurrection et sur les populations de la Navarre s’était réduite à rien; ses tentatives de conciliation avaient avorté. L’emploi des armes ne lui avait pas été plus profitable; on songea donc bientôt a lui donner un successeur. Don José Ramon Rodil avait déployé beaucoup d’activité dans la guerre de Portugal. H avait puissamment contribué à la terminer heureusement. Son zèle pour la cause libérale n’était pas douteux : il fut donc chargé de conduire dans les provinces du nord l'armée qui venait de vaincre en Portugal. Pour se rendre sur
les bords de l’Èbre, il fallait qu’elle traversât Madrid. Elle séjourna quelques jours daus la capitale, et fut passée en revue par la reine Christine. Ces troupes, jointes aux régiments qui étaient déjà employés dans les provinces du nord, formaient une force imposante; aussi on ne douta pas que cette lois l'insurrection ne fût enfin étouffée. Rodil arriva avec son armée a Logrono, dans les premiersjours de juillet. Il n’avait pas encore passé l'Èbre, lorsque le bruit se répandit que don Carlos venait d’entrer*dans les provinces insurgées. On traita d’abord cette nouvelled’invention mensongère; cependant il fallut-bientôt reconnaître qu’elle était une vérité.
Pour restreindre le territoire où les factieux pouvaient agir et pour assurer sa ligne d’operation , Rodil commença par établir un grand nombre de postes fortifiés. Ce fut une de ses principales préoccupations. Ensuite il pensa que, s'il parvenait à s'emparer de la personne du prétendant, il mettrait fin tout d'un coup aux dépenses et aux ravages de la guerre. Don Carlos et Zumala-Carregui s’étaient séparés. Le général avec son armée était resté en Navarre. Le prétendant, accompagné seulement de quelques hommes, était passé dans les provinces basques. Rodil semitàsa poursuite comme le chasseur s’attache a la poursuite du gibier. Mais il accabla inutilement ses troupes de marches et de fatigues sans résultat. On n’a pas épargné les reproches et les sarcasmes à ses tentatives infructueuses. Cependant il faut avouerqu’il fut bienprèsde réussir. Daus la nuit du 24 au 25 septembre , Rodil , Oraa et Lorenzo avaient cerné le prétendant entre les montagnes de Saldias et de Goa; Rodil était tellementcertain du succès, qu’il écrivit que tout était fini, et qu’il tenait le prétendant comme daus un sac. Mais au moment où le général cristino expédiait cette dépêche, le prétendant, au milieu de la nuit, sorta i t de la cabane d'un bergerqui l’avait caché pendant quelques heures. U avait pour guide un paysan navarrais, Juan-Bautista Esain, né dans le village de Larrainzar. Déjà ils entendaient autour d’eux les pas des soldats de la reine ; à chaque instant le bruit se rapprochait davantage. Pour comble de malheur, les chemins étaient imprati-
cables, et don Carlos ne pouvait plus avancer. Alors Esain, accoutumé dès son enfance à gravir les montagnes, prit don Carlos sur ses épaules. Charge de ce fardeau, il poursuivit sa marche à travers les obstacles; sur le bord des précipices, il s’avançait d’un pied sûr. « Roi, ne crains rien , disait-il sans cesse; je te sauverai, »etil allait toujours, jusqu’à ce qu’ayant ainsi porte don Carlos pendant plus de troisquarts d’heure, au milieu des ennemis qu’on entendait toujours à portée de pistolet, ils arrivèrent enfin dans un lieu plus sûr *.
Il y avait à peine deux mois que Rodil avait passél'Eore, lorsque le 22 septembre un décret royal décida que l’armée du Nord serait divisée en deux corps indépendants, l’un destiné à opérer dans la Navarre, l’autre dans les provinces bas-
ucs. Le commandement du premier fût
onné au lieutenant général don Francisco Espoz y Mina; l’autre fut placé sous la conduite du maréchal de camp don Joaquin de Osma.
A la même époque un changement eut également lieu dans le cabinet. Le ministre de la gnerre Remon Zarco del Valle fut remplacé par le lieutenant général Manuel Llauder, ma rquis del Valle deRivas, qui était, comme on l’a vu, capitaine général de la Catalogne. Quant a Rodil on lui rendit le commandement de la ca • pitainerie générale de l’Estremadure.
On espéra que ces changements feraient prendre un autre tour a la guerre; qu’elle arriverait promptement à sa conclusion. On comptait sur le génie de Mina; car en Espagne il n’était pas dans le parti libéral de nom plus populaire que le sien. Omaimait à rappeler la lutte qu’il avait soutenue contre les troupes impériales. Sa campagne de Catalogne contre l’armée d’intervention n’était pas non plus sans quelque gloire , et l’on crut avoir trouvé un général dont la fortune ne pâlirait pas devant l’étoile de Zumala- Carregui. Mais ici les rôles étaient changés : Mina à la tête d'une armée régulière, ayant contre lui presque toutes les populations de la Navarre, se trouvait placé vis-à-vis de Zumala-Carregui dans fa même position où les troupes de Bo*
• Don Carlos et ses défenseurs, parM. Isidore Magnés ; un vol. ln-4° ; Paria, IK37.
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naparte s’étaient trouvées a son égard.
Aucune des difficultés qu’avaient rencontrées ses prédécesseurs ne s’aplanirent pour lui. Il avait à combattre un adversaire jeune, actif, qui. Sis du pays et chasseur intrépide, connaissait jusqu'au moindre buisson de la Borunda et de l’Araquil. La santé de Mina était délabrée. Lorsqu’il futnommégénéral del’armée deNavarre, il était encore réfugié en France dans le petit village de Cambo, à trois lieues de Bayonne , et il passait la plus grande partie du temps dans sou lit, où il était retenu par la maladie. Il était forcé de se faire suivre dans ses marches par deux ânesses dont le lait lui était nécessaire. Il avait fait construire une espèce de capuchon en forme de capote de cabriolet, qui, lorsqu’il montait sur sa mule, couvrait toute sa personne, ne lui laissant de vue que par une petite ouverture placée devant lui. On comprend que les souffrances physiques avaient dû lui enlever beaucoup de cette activité à laquelle jadis il avait dû ses triomphes.
Quant au général Osina, les premiers jours de son commandement furent signalés par un désastre. Zumala, ayant appris qu’une division composée de quelques bataillons du régiment d’Afrique et du régiment de la reine avec deux pièces de canon, commandée parO’Doyle, se trouvait à Alegria, à peu de distance de Vitoria , fitune marche rapide et vint, le 27 octobreau matin, attaquer O’Doylc, qui croyait encore l’armée carliste sur les bords de l’Èbre. Le combat fut désastreux pour les troupes de la reiue. Pendant qu’O’Doyle combattait contre Zumala-Carregui , il se vit attaqué sur ses ■ derrières par une colonne de cinq bataillons carlistes commandés par ituralde, et fut bientôt mis en déroute. Toute sa division fut détruite. Quatre cents hommes seulement se réfugièrent dans quelques maisons du bourg a’Aricta et s’y fortifièrent ; mais tout le reste du détachement fut massacré. Les deux pièces de canon et un drapeau tombèrent entre les mains des vainqueurs. O’Doyle, son frère et un capitaine se trouvèrent au nombre des prisonniers , et furent impitoyablement fusillés.
LIT lendemain , 28, le général Osma sortit lui-même de Vitoria à la tête de quatre mille hommes et de quatre pièces
de canon. Il s’avança pourdégager les quatre cents hommes réfugiés dans Aricta , et fut attaqué par les carlistes. Ceux-ci, fiers de leur victoire de la veille, avaient encore l’avantage du nombre. Osma perdit beaucoup de inonde et ne parvint qu’avec bien de la peine à délivrer les nommesqu’il venait secourir. Ilfutpoursuivi jusqu’aux portes de Vitoria par Zumala-Carregui. Les efforts de sa cavalerie et de son artillerie, qui se comportèrent à merveille, empêchèrent que cet échec ne devint une déroute complète.
Dans ces deux journées, les carlistes avaient fait un grand nombre de prisonniers. Peut-être y a-t-il un peu d’exagération dans le chiffre de sept cent quatre-vingts que donne Hennin^zen; mais en réalité il était assez considérable pour causer de l’embarras au vainqueur; aussi ordonna-t-il froidement d’en égorger une partie. Voici comment ce fait est raconté par l'auteur que je viens de citer 1 :
« Dans la nuit du 28, lorsque, après la victoire , nous nous retirions en deux divisions, il survint une de ces circonstances difficiles sans doute à prévenir dans les furêurs d’une guerre civile, mais qui n’en sont pas moins déplorables, et dont le récit glace le sang. Zumala, comme je l’ai dit, durant le jour et dans le fort de l’action, avait ordonné de faire quartier. Déjà la marche pour la retraite avait été ordonnée, et six cents prisonniers ainsi épargnés, renvoyés sur les derrières de l'armée. Plus tard ceux des nôtres qui s’étaient engagés dans la poursuite revinrent, amenant avec eux environ cent quatre-vingts nouveaux prisonniers , qu’ils avaient pris sous les murs de Vitoria, et qui avaient été laissés sous bonnegarde dans la montagne. La nuit venue , le capitaine de la compagnie qui en avait été chargé, n’ayant pu rassembler que trente hommes des siens pour garder ces prisonniers, se trouva fort embarrassé pour remplir cette mission dans la petite route rocailleuse qu’il avait à suivre et qui était bordée de chaque côté par des broussailles. Deux de ces prisonniers étaient déjà parvenusjà s’échapper; il envoya prendre les ordres de Zumala, en lui faisant dire
• Henningzen, Mémoires sur Zumula-Carrt, gui, l<r vol., p. 36 j.
qu’avec une troupe qui n’était que de trente hommes il ne pouvait répondre de tous ces prisonniers. « Prenez des cordes etenchaînez-les, » répondit le général. On lui représenta que les villages étaient abandonnés et qu’on en avait cherché en vain. « Alors mettez-les à mort, passez-les par les armes, » répliqua Zumala dans un premier mouvement décoléré et d'impatience; et le cavalier d’ordonnance emporta cette réponse. Mais lorsqu’on y eut réfléchi plus mûrement , on envoya immédiatementaprès cette ordonnance un aide de camp, pour faire dire au capitaine qu’il fît bien attention de ne pas alarmer la division d'Ituralde par des coups de feu qu’occasionnerait l'exécution de cet ordre. Mais le capitaine, qui était un vieux Navarrais de l’école ae Mina, aussitôt l’ordre reçu, commanda à un sergent et à seize soldats de mettre la baïonnette au bout du fusil et de charger au milieu de ces malheureux prisonniers, qui furent tous misérablement massacrés. »
Zumala-Carrégui avait pris deux canons à l’affaire d’Aiegria; mais il était fort embarrassé pour s’en servir. Il manquait d’artilleurs, et n’avait pas dans son armée un officier capable d’organiser cette arme spéciale, lorsqu’un ancien élève de l’école d’artillerie espagnole, nommé Vincente Reyna , qui à la mort de Ferdinand était lieutenant dans l’artillerie de la garde , vint lui offrir ses services.
I.’armée carliste avait, en tout, à cette époque trois pièces de montagne, tellement légères et d’un si petit calibre , u’on les transportait à dos de mulet :
eux avaient appartenu à la division O’Doyle; la troisième avait été trouvée par lès insurgés dans la fabrique royale a’Orbayceta. Le reste de leur materiel consistait en une certaine quantité de boulets et de projectiles creux fondus dans la même fabrique et dont ils s’étaient emparés quand elle s'était rendue à eux. Bien que Zumala-Carregui ne sût pas encore quel parti il pourrait en tirer, il les avait fait enlever et les avait fait conduire en grand secret au fond des montagnes voisines, et en avait fait plusieurs dépôts dans les endroits les plus épais et les plus retirés, de manière à les soustraire aux recherches des cristinos.
Reyna fit la visite de ces dépôts, et il résulta de son examen qu'il y avait des grenades de sept pouces (0m162) , quelues bombes de 14 (0m334), des boulets e 12, et 1 1,000 boulets de 18'. Pour tirer parti de ces projectiles il fallait des armes. Cette difficulté n’arrêta pas Reyna, et il entreprit de fondre des odusiers. Il fit enlever de tous les villages des environs les braseros , les poêlons, les bassinoires, et tous les ustensiles de cuivre qu’on put trouver. Cependant il ne parvint pas à rassembler une quantité de métal suffisante, et fut forcé de joindre les trois canons de montagne à ce qu'il avait réuni.
Il s’installa dans une forge située au milieu des bois qui avoisinent le village de Labayen. Comme il manquaitdes instruments les plus indispensables, et qu’il était d’ailleurs fort inexpérimenté dans l’art du fondeur, ce ne fut qu'à force d’essais et de persévérance qu il parvint à faire deux obusiers et deux mortiers ui, grossiers à l’extérieur, étaient cepenant susceptibles de remplir l 'objet qu’on se proposait. Quand Zumala-Carregui se vit en possession d’armes capables de lancer des projectiles creux, il voulut aussi se procurer une pièce de siège.
Ayant appris qu’on avait découvert en Biscaye, sur le nord de la mer, un vieux canon de fonte, il le fit examiner ; et dès qu’on eut reconnu que cette pièce était du calibre de 12, il donna l’ordre de la conduire en Navarre. A ceteffet, on construisit un char; on y plaça le canon, qui fut traîné par six paires de bœufs. Ce fut avec bien de la peine qu’on parvint a le transporter : car toutes les routes praticables pour les voitures étaient occupées par les troupes de la reine, dont les colonnes sillonnaient le pays.
Quand les soldats de Zumala-Carregui virent cet énorme canon si vieux et si couvert de rouille, ils le surnommèrent le Grand-père (el abuelo), et ce nom lui est resté.
Ce fut devant Elisondo que Zumala- Carregui fit pour la première fois usage de sou artillerie. Mais quoiqu'elle eut fait beaucoup de ravage dans la place qu’il attaquait, il ne lui fut pas possible
' f'ida y htchos de Zumala-Carrtgm, p*r Zaratiegoi , PurU, l»46, un vol. in-s*.
L’UNIVERS
d'atteindre le but qu’il se proposait. Le énéral Oraa vint à la tête de trois raille omraes faire lever le siège; et Mina huitième ne tarda pas à pénétrer dans le Bastan avec le reste de ses forces. Les carlistes furent obligés de se retirer, et Reyna enfouit l'artillerie dans le val de Lang. C’est ainsi que Zumala-Carregui procéda constamment. La principale qualité de son armée était une excessive mobilité. La nécessité de traîner de l’artillerie eût entravé sa marche. Aussi lorsqu’il se remettait en route, il enterrait ses canons, et ne venait les reprendre que lorsqu'il en avait besoin pour agir contre quelque poste fortifié.
Mina a v ait trop d’expérience et connaissait trop bien le pays pour ignorer combien il était difficile de remuer un équipage de siège dans les montagnes, meme en employant pour le voiturer les chars à bœufs en usage dans le pays. Il était donc certainque l’artillerie qui avait servi contre Elisondo ne pouvait être bien loin; néanmoins, toutes ses démarches et tous ses efforts pour la découvrir restèrent inutiles ; pendant qu'il la cherchait auprès d’Ehsondo, Zumala-Carregui avait fait déterrer le grand-pére et un obusier, et les avait fait conduire devant los Arcos. Il ne put pas se rendre maître de cette ville le premier jour; mais pendant la nuit elle fut abandonnée par les troupes de la reine. Les carlistes y entrèrent le lendemain matin; ils y trouvèrent cinq cents fusils neufs, des munitions et une grande quantité d’effets d’habillement.
Mina resta dans le Bastan jusqu’à la fin de février pour y recevoir un convoi de 1,300,000 francs d’argent, d’armes , de iminitious et de dix voitures chargées d’effetsoui lui étaientenvoyées de France. A peine fut-il de retour à Pampelune, que Zumala-Carregui vint de nouveau remettre le siège devant Elisondo. Mina accourut en toute hâte dans le Bastan bien déterminé cette fois à ne pas en sortir qu’il ne se fût rendu maître de l’artillerie des carlistes. Pensant que plusieurs des habitants de Lecaroz devaient connaître l’endroit où l’artillerieétaitcachée, puisqu’ils demeurent à peine à une portée de canon d’Elisondo , il tit cerner le village, et fit prendre tons les hommes. Il leur eujoignit de révéler l’endroit où l’artillerie éta i t en-
fouie. Aucun n’ayant voulu le déclarer, il les fit décimer, et l’on se disposa à passer par les armes ceux qui avaient été désignés par le sort. Us étaient au nombre de cinq. Deux d’entre eux ayant essayé de s’enfuir tombèrent sous les balles des soldats ; un troisième s’étant obstiné à garder le silence fut arquebusé. Les deux autres , voyant que leur tour était arrivé, se décidèrent à faire connaître la direction que l’on avait donnée aux pièces d’artillerie, et ils eurent la vie sauve. En suivant leurs indications, on trouva enfouis dans la forêt de Bertiz deux mortiers et un obusier; ensuite, pour punir les habitants de Lecaroz de l’assistance qu’ils avaient prêtée aux carlistes , Mina fit incendier le village, comme il avait autrefois incendié Castelfollit ; et le 14 mars 1835 il publia cette proclamation :
Le village de Lecaroz, traître à sa majesté et 4 la patrie, prolecteur avoué des ennemis qui la déchirent, a , jusqu'à ce jour, au mépris des lois, recélé les armes et les munitions des factieux; ses habitants ont pris la fuite à l'approche de nus troupes , ils ont refusé de se conformer aux ordre* que je leur avais intimé* de faire part aux autorités légitimés des moiivciuenU des ennemis.
Lecaroz a été aujourd’hui livré aux flammes, ses habitants ont étc décimés et fusilles sur-le-champ en punition de leur crime : le même sort est réservé à toute population ou à tout individu qui suivra l'exemple de Lecaroz; et par la force des armes je mettrai fin à une rébellion criminelle obstinée et honteuse...
Mina prit, dans cette circonstance, seulement un des deux obusiers fondus par Reyna; car Zumala-Carregui , voyant les forces de la reine occupées au fond du Bastan , avait conduit le grand-père et le second obusier devant Eeharri-Arenaz dans l’Araquil ; il avait attaqué cette place; et après cinq jours de siège, lorsque les carlistes y eurent jeté trois cents bombes, et qu’ils eurent fait par ia mine une large brèche à la muraille, la garnison, qui n’avait pas été secourue, se rendit : presque tous les soldats qui la composaient prirent parti dans l’armée carliste.
Sous le commandement de Mina la position des affaires ne fut pas améliorée. Ce général passa la plus grande partie
du temps sur unlit de douleur * . Enfin, le 8 avril il adressa une lettre au ministre pour offrir sa démission, il allégua, comme unique motif de sa retraite , les souffrances corporelles qu’il endurait; c'était pour lui , disait-il , un tourment intolérable de ne pouvoir partager à tout moment les fatigues et les dangers de ses compagnons d’armes , et de voir qu il était forcé de laisser échapper les occasions les plus avantageuses.
Quand Alina se démit du commandement il y avait déjà quelque temps que le ministère avait été modifié. A la suite d’une émeute qui avait eu lieu à Madrid dans le courant de. janvier 183â, Llauder avait quitté l’administration de la guerre pour retourner en Catalogne. Il avait été remplacé pardon Jeronimo Valdès. Quelques semaines plus tard, don Nicolas Maria Garelli, ministre de grâce et de justice, fut remplace par don Juan de laDehesa. Enfin leministrede l'intérieur José Maria Moscosode Altamira eutpour successeur don Diego Medrauo, qui était gouverneur civil de Madrid.
Le ministre de la guerre Valdes fut chargé du commandement de 1 armée du nord. Le système de temporisation adopté par ce général ne rétablit pas les affaires, qui avaient toujours été en empirant sous ses prédécesseurs; néanmoins une amélioration eut lieu en ce que la guerre prit un caractère moins feroce. C’est surtout au ministère anglais que
revientl’honneurde ce changement. Lord
Elliot fut envoyé en Espagne avec mission d’engager les deux armées a conclure un cartel d’échange. Au moyen de son intercession une convention fut stgnee par don Jeronimo Valdes et pardon lomas Zumala-Carregui. Il fut arrêté que des deux côtés la vie serait laissée a tous les prisonniers ; et qu’on les échangerait deux ou trois fois par mois , et meme plus souvent si les circonstances le permettaient ou le rendaient nécessaire. L echange devait avoir lieu soldat pour soldat, et l’on devait échanger lun contre l’autre les officiers du même grade. Les points destines a servir de dépôts pour les prisonniers furent proclamés neutres. Enfin la convention fut de-
' Memonajutliflcallva que dirige à sus oonciudadanos el général Cordova. Parts, un vol. grand in- 8°, 1837.
clarée commune à toutes les autres provinces où la guerre pourrait être portée.
Les exaltés blâmèrent vivement ce traité. Ils prétendirent que c’était donner aux défenseurs de don Carlos une importance qu’ils ne méritaient pas. Aveugle comme tout ce qui est exagération , l’opinion progressiste refusait de reconnaître ce qu’il y avait de force et de vitalité dans l’insurrection carliste. A l’entendre, il n’était question que d’une poignée de factieux ; et c’était à la mollesse ou à l’incurie des ministres qu’il fallait attribuer tous les échecs qu ou éprouvait. 11 faut avouer, d’ailleurs, que le ministère avait eu le tort de ne pas tenir compte des réclamations présentées par les cortes, et une opposition excessivement violente s’était formée contre le cabinet. Le 29 mai la session des cortes fut close. L’opinion publique n’en continua pas moins à poursuivre le président du conseil, qui, abreuvé de dégoûts, entouré de dangers, ne tarda pas à présenter sa démission à la reine régente : uu décret du 7 juin nomma le comte de Toreno ministre des affaires étrangères et président du conseil. Six jours plus tard , le 13, les autres ministres furent changés. Le ministère de la guerre fut remisa don Augustin Giron, marquis de las Amarillas; l’intérieur àdonJuan Alvarez Guerra ; la marine à don Miguel Ricardo de Alava; les finances à dou Juan Alvarez Mendizabal , et la justice à don Manuel Garcia Herreros. Au reste cechangemeut n’eut pas d’iullucnce sur je sort delà guerre. Les affaires continuèrent à aller en empirant. Zumala-Carregui, maîtrede la campagne, assiégea plusieurs places dont il se rendit maître.
Enfin il vint attaquer Bilbao. Ce fut, diton, contre son gré que le général carliste se détermina à cette entreprise. Il eût préféré se porter sur Vitoria, dont la reddition lui paraissait plus certaine ; mais la pénurie d’argent où se trouvait l’armée carliste était extrême, et l’on espéra que la prise d’uue ville aussi opulente que Bilbao procurerait d’immenses ressources à l’armée. Ce fut ce motif qui décida Zumala-Carregui à commencer le siège; mais il exprima plusieurs fois la crainte de ne pas réussir. Son équipage de siège, tiré des places qu’il avait prises, se composait de deux canons de
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douze et d'un de six en fer , de deux canons de quatre en bronze, de deux obusiers et d’un mortier. Mais ces pièces n’étaient accompagnées que de peu de munitions. Il n’y avaitque trente-six bombes pour lé mortier.
Au moment où les carlistes arrivèrent devant Bilbao, la garnison de cette place s'élevait à quatre mille hommes, sans compter la garde nationale ; la ville était couverte par desouvragesdecampanetrès-bien construits; elle était détenue par quarante pièces de canon dont plus de trente étaient de gros calibre.
Le troisième jour, les batteries élevées par les carlistes auprès de l’église de Notre-Dame de Begoiia commencèrent à tirer contre la place; mais Bilbao répondit avec une supériorité qui fit voir quelle énorme disproportion existait entre les ressources des deux partis : avant la fin de la journée cette inégalité fut encore augmentée. Lesdeux gros canons des carliste crevèrent, et leur artillerie se trouva réduite à une pièce de six et-deux de quatre, tandis que la ville lançait sans relâche des boulets dedix-huit et 'de vingt-quatre. Un obus pénétra sous le portique de Notre-Dame de Begoiia. Il prit d’enfilade les faisceauxd’armesdu régiment des guides, réduisit en pièces soixante-seize fusils, et en éclatant tua deux sentinelles. Deux minutes plus tard, à quelques pas de là, un second projectile fit encore plus de ravage.
Zumala n’avait qu’une chance de succès. Il fallait qu’il ouvrît une brèche et qu’il emportât la ville d’assaut; aussi toute la journée sa faible artillerie futelle employée dans ce but ; et vers le soir la brèche se trouva praticable. Il s'occupa aussitôt de former une colonne pour donner l’assaut ; mais en ce moment les munitions manquèrent, en sorte qu'il fallut différer l'attaque jusqu’au lendemain, afin d’en faire venir. Les assiégés profitèrent de ce délai pour boucher la brèche avec des sacs de terre.
Zumala-Carregui ne mangea pas de toute la journée , et ne dormit pas de la nuit. Seulement il trouva un peu de repos après qu’il eut signé une dépêche adresséeaux ministres de don Carlos, dans laquelle il disait que la disproportion existant entre ses forces et celles que les assiégés lui opposaient le contrain-
drait sans doute à lever le siège. Quand il eut vu partir le porteur de cette lettre pour Durango, où était le quartier royal, il se sentit comme soulagé d'un grand poids; il sortit de la maison qu'il occupait, et se dirigea vers l’endroit où était établie la batterie. C’était le 15 juin 1835. Il était encore très-matin quand l’artillerie de la place ouvrit son feu. Le général, voulant examiner les travaux ou réparations que les assiégés avaient faits pendant la nuit, monta au premier étage d’une maison située près de l’église de Notre-Dame de Begoiia, et se plaçant à un balcon qui était entièrement ouvert, mais sans sortir au dehors, il se mi t à examiner attentivement la ligne ennemie. En ce moment une balle de fusil entra par la fenêtre et l’atteignit à la partie antérieure et interne de la jambe, a quatre centimètres environ au-dessous du genou. Elle contourna la partie interne du tibia. L’intendant don Domingo Antonio Zabala, l’auditeur don George Lazaro et les autres personnes qui accompagnaient Zumala-Carregui, après avoir fait appeler le chirurgien don Vincente Gonzalez de Grediaga, placèrent le blessé sur un matelas, le transportèrent à la maison qui lui servait de logement. Après qu’un premier appareil eut été pose sur la blessure, Zumala-Carregui voulut être conduit sans délai à Cegama , par le chemin de Durango.
Quarante grenadiers furent chargés de le porter en sè relayant de temps on temps. Sa blessure ne paraissait pas très-grave. Il se tenait à moitié couché sur son matelas, etil passa le temps quedura lechemin à fumer ou à causer avec les soldats. En arrivant à Zornosa, village situé a trois lieues de Bilbao, il aperçut le payeur de l’armée, don José Maria Mendigâna, qui le suivait, et lui demanda pourquoi il n était pas resté au siège avec les troupes. Le payeur répondit qu’il venait pour lui offrir ce qui pouvait lui être nécessaire : que don Juan Antonio Zaratiegui le lui avait prescrit, sachant que le général ne devait pas avoirdanssa bourse unsoul maravédi. « Cela est vrai, répondit-il; je n’ai pas un cuarto : donnez-moi trente onces, et retournez tout de suite au siège. » Les grenadiers qui transportaient Zumala-Carregui, après l’avoir laissé reposer pendant deux heures, le reprirent
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sur leurs épaules , et continuèrent leur chemin jusqu’à Durongo, et ils y arrivèrent à la tombée de la nuit. Don Carlos, qui se trouvait dans cette ville, envoya chercher le médecin qui accompagnait Zumala-Carregui , pour savoir de lui comment le blessé se trouvait. Sur ces entrefaites deux autres médecins arrivèrent, envoyés par les ministres de don Carlos. L’un était don Teodoro Gelos, qui remplissait la charge de chirurgien du quartier royal. L’autre était un jeune volontaire anglais nommé Burgers, attaché à l’escadron des officiers de la légitimité. Ils examinèrent ensemble la blessure, et furent d’avis qu’avant quinze jours le général pourrait monter à cheval.
Le 17 au matin , don Carlos vint rendre visite à Zumala-Carregui, s’assit près de son lit, et se mit à causer avec lui. Il lui reprocha affectueusement de s’étre autant exposé.
Zumala-Carregui lui répondit que s’il n'en agissait pas ainsi rien ne pourrait avancer : qu’il était étonné d’avoir vécu si longtemps -, mais que dans celte guerre dévorante et inégale, tous ceux qui l’avaient commencée devaient nécessairement périr *.
Don Carlos insista pour que Zumala- Carregui demeurât à Durango. Il lui représenta que la chaleur et le manque de repos pourraient lui faire beaucoup de mal ; néanmoins il ne put le faire changer de résolution. A peine don Carlos fut-il retiré que Zumala-Carregui se remit en route, comme la veille porté par des grenadiers ; et le même jour, 17, il arriva à Cegama. Il avaitalors auprès de lui Gonzalez Grediaga, médecin; Gelos et Boloquiz, tous deux chirurgiens; et un célèbre guérisseur surnommé Pétriquillo, en l’habileté duquel il avait beaucoup de confiance. La rivalité qui existait entre les trois docteurs, et l'antipathie qu’ils devaient naturellement porter tous les trois au guérisseur Pétriquillo, ne permettent pas, dans une affaire si délicate, de décider sur qui doit reposer la responsabilité de la catastrophe. Les trois docteurs et Pétriquillo furent d’accord en un seul point : ils assurèrent que la blessure était
1 J’empratUe tous ces détails à l’ouvrage de don Juan Antonio Zaratiegui, un des généraux de l'armée carliste, l'ida y hrchos du Zumnla-Carreyui; Paris, un vol. in-*'. ISM.
légère, et que quinze jours, trente au plus, suffiraient pour la guérison. Pourquoi donc l’événement a-t-il si cruellementdémenti leur pronostic ? Sansdoute parce que, pendant que Pétriquillo prescrivait des onguents et des frictions , Gonzalez Grediaga, comme docteur en médecine, abreuvait le blessé de tisane ; Gelos et Boloquiz, levant l’appareil de sa blessure, cherchaient avec le stylet l’endroit où se cachait la balle et le martyrisaient de toute manière. Ce qui est certain, c’est que la santé de Zumala- Carregui était altérée depuis quelques jours par suite des fatigues et des contrariétés qu’il avait eues à supporter. Il avait appelé, il y avait peu de temps, le docteur Grediaga pour le consulter, et probablement cette disposition à une maladie fut accrue par la blessure et par le voyage entrepris, sous de si tristes auspices," pour le transporter à Cegama.
Dés l’instant où il pénétra dans cette ville, Zumala-Carregui se persuada que les douleurs générales qu’il ressentait avaient pour cause la balle qu’il avait dans la jambe ; et le 24 juin au matin , Gelos et Boloquiz se déterminèrent à l’extraire. Ils n’y parvinrent qu’en faisant considérablement souffrirle patient.
La gloirede l'opération revenait surtout à Gelos, qui avait eu la plus grande part à l’extraction ; la balle placée dans un
filât courait de maison en maison , et ’on songeait à la porter au quartier du roi, quand les symptômes alarmants qui se manifestèrent sur la personne du blessé, firent passer tous ceux qui l’entouraient d’un état immodéré d’allégresse à la plus grande consternation.
Depuis qu’on avait extrait la balle , il était survenu à Zumala-Carregui un grand tremblement, et lui-même, sentant que sa fin était proche , demanda que l'on fît tout ce qui était convenable et nécessaire. Le premier qui se présenta fut le curé de Cegama, qui reçut sa confession; ensuite comme, au dire des docteurs, il lui restait peu de temps à vivre, on appela le notaire, qui se contenta de demander au générai : « Seigneur don Tomas ! que laissez-vous, et quelle est votre dernière volonté? » Il répondit; « Je laisse ma femme et trois filles, unique bien que je possède. Je n’ai rien de plus que je puisse laisser. »
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La sainte eucharistie lui fut administrée; et peu d'instants plus tard, sur les dix heures et demie du matin, il expira. C’est ainsi que le héros carliste termina sa carrière, à l’âge de quarante-six ans ; dix-neuf mois après avoir commencé ses campagnes.
Iæs jugements les plus contradictoires ont été portés sur Zumala-Carregui : les carlistes l’ont presque déifié : ses adversaires ont affecté de ne voir en lui u’un aventurier, qu’un misérable chef e bandits. Il faut se tenir également éloigné de ces exagérations. Les succès de Zumala-Carregui s’expliquent avec facilité : représentant de deux idées profondément enracinées dans les provinces du Nord, le maintien des libertés provinciales et la haine des innovations, il avait pour lui l’affection et le concours des populations. Enfant du pays et chasseur, il connaissait jusqu’aux moindres anfractuosités des montagnes. Ce sont là de puissants éléments de succès. Une guerre heureuse faite pendant dix-huit mois dans des conditions aussi favorables et sur un terrain tout exceptionnel, ne suffit pas pour faire dire que Zumala- Carregui était un grand homme , ou , comme l’a écrit Zaratiegui, un héros...
Pour qu’on pût lui décerner ce titre, il eût fallu le voir agir plus longtemps et sur un autre théâtre; mais il est impossible de méconnaître les grandes qualités dont il était doué. Il possédait à uu haut degré l’esprit d'ordre et d'organisation : à une activité infatigable il joignait un coup d’œil sûr et rapide, un génie inventif et rempli de ressources, beaucoup d’intrépidité et de sang-froid ; enfin il avait une âme grande et désintéressée.
Malheureusement ces qualités étaient souillées par un caractère violent, dont ses propres officiers ont eu souvent à souffrir; avec ses adversaires il s’est montre impitoyable et cruel sans nécessité. Et malgré la gloire dont son nom est entouré, ses actes de cruauté ont imprimé à sa mémoire une tache sanglante que tous les panégyriques de ses amis ne parviendront pas a effacer.
FIS DO SIÉC.E DK BILBAO. — CORDOB1. — DK l/lNTERVENTION DES LÉCI01U Al'X ILIA 1RES FRANÇAISE ET ANCI.A1SK- — EXFÉDITIIH DE CVEItCUÉ EN CATALOCNE. — SOILÈYERENT DES PROVINCES. — MINISTERE DE N EN DI* 7. ARAL. — RÉINION DES CORTÈS. — VOTE DE CONFIANCE. —DISSOLUTION DES CORTÈS.
— NOUVELLE RÉUNION. — CUITE DU UINIS- TÉRE MENDI7ABAL.
La mort de Zumala-Carregui fut un Coup funeste porté au parti de don Carlos. Zumala-Carregui était l’Ame et la vie de son armée. Quand il vint h manquer, tout fut empreint de langueur et de découragement. Avec ses quatre canons Zumala-Carregui avait ouvert une brèche dès le second jour; mais il n'était plus là, et les assiégeants, malgré uu ren fort d'artillerie qu'ils avaient reçu , employèrent bien du temps et bien îles munitions sans obtenir le même résultat.
Cependant chaque jour ils serraient davantage la ville, etVaidès ne se mettait pas en disposition d’aller au secours des assiégés. En vain les généraux qui étaient sous ses ordres lui représenteront les dangers auxquels il exposait le pays. Il répondit qu’il avait reçu la défense d’engager aucune affaire importante. Néanmoins comme il sentit bien que cette défense même ne mettait pas sa responsabilité à l’abri, il envoya sa démission , et remit le commandement au brigadier Tello, qui dut bientôt le remettre luimême au général la liera. Ce chef n’osa pas plus que Valdès prendre sur lui de marcher au secours de Bilbao; mais stimulé par les instances des généraux Espartero et Latré, il réunit un conseil de guerre où l'on prit la résolution de ne rien négliger pour délivrer la ville assiégée. Espartero et Lalré s’avancèrent à latëtede leurs divisions. A leur approchées carlistes se retirèrent, et les troupes libératrices entrèrent dans Bilbao, sans coupférir, le 1er juillet 1835.
Le général Cordoba se trouvait en ce moment à Madrid chargé d’nne commission du général Valdès. Il s’était signalé plusieurs fois. Il avait donné des preuves d’une rare intrépidité ; ses entreprises avaient souvent été heureuses. Ce fut à lui que l’on confla le commandement de l’armée. Persuadé de l’impossibilité de terminer la guerre par les moyens ordinaires , il conçut l’idée de
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foire en quelque sorte le blocus des prorinces insurgées et d'établir une ligne qui s’étendait des Encartaciones de Biscaye aux gorges de Roncevaux. Il établit des forces sur la ligne de Valcnrlos à Pampelune, par laquelle les carlistes recevaient de France beaucoup d'objets de première nécessité. Il établit son quartier général à Vitoria . d’où il menaçait constamment les lignes d’Arlaban; il fortifia tous les passages de l’Èbre, et plaça des forces suffisantes dans la vallée île Mena pour protéger Bilbao et toute la frontière de Biscaye. Le plan du général Cordoba se réduisait à un immense siège qui pouvait se resserrer à mesure qu’il recevrait- des renforts. Mais un semblable plan exigeait une armée immense. Pour que cette énorme ligne qui n’avait pas moins de trente-quatre myriamètres de développement opposât une barrière insurmontable à l’armée carliste, il eût fallu la garnir partout de troupes nombreuses. Les cortes décrétaient bien des levées; niais ces levées ne produisaient pas le nombre d’hommes qu’on eu attendait. On votait une armée de cent mille combattants; mais ce chiffre n’existait que sur le papier, et en définitive on n’en réunit pas plus de 36,000; aussi l’armée, ayant a défendre uue si grande étendue de terrain, ne pouvait se trouver partout également eu force, et les endroits faibles devaient livrer un passage aux ennemis, ainsi que l’expérience n’a pas tardé à le prouver1.
Une intervention française eût. été certainement le moyen le plus efficace pour pacifier le pays ; c’était celui qui souriait le plus au ministère. Mais le parti libéra! se divisait alors et se divise encore aujourd’hui en deux fractions bien distinctes. L’une veut, avec la liberté, le maintien de l’ordre et de la tranquillité publique. Elle veut le progrès, mais seulement par des voies légales. L’est l’esprit qui a présidé chez nous à la révolution de juillet. Aussi cette fraction ne dissimule pas ses sympathies pour les idées et pour les secours venus de France. L’autre, regardant pour rien les libertés déjà conquises, impatiente
" Mémoire justificatif que te général Conlova adresse à ses concitoyens, page 16. I vol. grand ln-#° ; Parts, 11M7.
de tout retard , ennemie ae tout pouvoir, veut la liberté sans l’ordre, et le mouvement à tout prix, même par l’émeute, même par l’assassinat. Elle se compose de ces hommes qui pérorent à la Pnerta del Sol, qui voudraient l’agitation des meetings, mais sans constables et sans police; de ces hommes qui par leurs exagérations ont perdu la révolution de 1820, et qui perdraient encore la liberté si la liberté était périssable, et si son succès était incertain. Cette fraction du pouvoir libéral recherche ouvertement l’appui de l’Angleterre; et si cette puissance eût été en mesure de faire l’intervention d’une manière utile, l’opposition se serait mise à genoux pour (a solliciter du cabinet de Saint-Jaines *. Mais les forces anglaises, qui pouvaient aisément répondre de la sûreté des côtes , n’auraient agi qu’avec peine sur le versant des Pyrénées, ou se trouvait le foyer principal de la lutte. La France, au contraire, dont la frontière est en contact avec le théâtre de la guerre, était mieux placée pour intervenir. Aussi toutes les fois qu’il était question d’une intervention, c'était de l’intervention française qu’on voulait parler; mais par la même raison, la fraction ardente, turbulente du parti libéral repoussait l’intervention avec toute l’énergie d’un patriotisme enté sur son amour pour la Grande-Bretagne. F.lle fit un crime à Llauder pour avoir osé dire qu’il ne fallait pas imprudemment renoncer à ce moyen de sauver la liberté. On aurait pu croire, à entendre les coryphées de l’opposition, que le gouvernement français lui-même demandait avec instance la permission d’intervenir, comme si cette entreprise de pacifier un pays qui renferme dans son sein tant d’eléinents de discorde était un délicieux festin de noces , et qu’il n’y eût autre chose à faire qu’à se présenter et à recueillir des applaudissements. Cependant il n’en fut pas ainsi; et quand Martinez de la Rosa, à son avènement au ministère, s’empressa de réclamer l’intervention , le gouvernement français répondit par un refus; mais pour en adoucir la rigueur, il offrit le secours d’une légion
1 Miuaûo, Examen entico de las rrvoliiciones de Espaûa, p. 69, vol. 2.
L’UNIVERS
enrôlée en France aux frais du gouvernement espagnol. Aussitôt que le comte de Toreno fut arrivé au ministère, sans être arrêté par le refus que son prédécesseur avait éprouvé , il renouvela la même demande. On refusa encore; mais entre la négative absolue et l’intervention qu’on sollicitait, se trouvait l’expédient d'une légion auxiliaire que le gouvernement français avait suggéré : il fallut bien s’en contenter. Le 17 juin 1835, une note fut insérée au Moniteur pour laire savoir que l’intention du roi était d’autoriser les Français qui le demanderaient à entrer au service de la reine d’Espagne, sans perdre aucun de leurs droits politiques etcivils. Quelques jours plus tard, le 28 juin , un traité intervint
fiar lequel le gouvernement consentait à aisser passer au service d’Espagne un certain nombre de bataillons tout organisés. L’Angleterre offrit également le secours de soldats anglais; mais cette légion anglaise fut composée de mercenaires ramassés dans les rues de Londres, comme on ramasse les immondices dont on veut fumer son champ '. Ou en confia le commandement à un membre du parlement. Quelques bons officiers vinrent avec lui pour former ces conscrits. On débarqua cette troupe en partie à Saint-Sébastien , en partie à Santander; elle commença a apprendre l’exercicederrière les mursde cette place, et parut souffrir sans trop d'impatience le honteux blocus où la tenaient renfermée quatre bataillons carlistes qui occupaient le chemin d’Hernani.
La légion française était bien différente. Elle était à la vérité composée en partie de réfugiés étrangers , de Polonais et d’Italiens ; mais elle renfermait aussi beaucoup de F rançais qui, en servant la cause constitutionnelle sous un autre drapeau que celui delà France, croyaient encore servir leur patrie. Elle était accoutumée à la guerre, rompue àladiscipline sévère de l’armée française, et venait de faire ses preuves en Algérie. Elle avait pour commandant le brave général Bernelie. A peine débarquée sur les côtes de Catalogne , elle sauva la ville de Tarragone, qui sans son arrivée
1 Examen critico de las revoluciones de Espafui, por Mlfmno; S vol. in-S"; Caris, IS37, J» vol., page a?.
providentielle n’eût pas manqué de tomber entre les mains des carlistes; car la guerre, renfermée d’abord dans les quatre provinces basques et navarraises, s’était étendueà presque tout le royaume. Il n’y avait pas de province où l’on ne comptât plusieurs bandes de factieux.
Celles de la Catalogne étaient nombreuses. Pour dominer la province, il ne leur manquait peut-être qu’un chef supérieur qui eût assez d'ascendant sur leur esprit pour les réunir sous son commandement; assez d’énergie pour les contraindre à l’obéissance. Les ministres de don Carlos, bien instruits de cet état de choses, envoyèrent de Navarre , et à la tête de plusieurs milliers d’hommes, le général Guergué, qui mit toute la Catalogne en combustion. Dans ces circonstances , ce fut un bienfait de la Providence 1 que l’arrivée de la légion française. Guergué trouva que le moment n’était plus favorable ; que les Catalans n’étaient pas si faciles a organiser que les Basques. Il s’en retourna par le même chemin par lequel il était venu , mais non pas sans avoir éprouvé des pertes sensibles.
L’irritation produite dans les esprits par les tentatives des carlistes se manifesta par les plus déplorables excès. Une patrouille de la milice urbaine de Réus, ayant été surprise par une bande de earlistes.fut impitoyablement massacrée. Le bruit se répandit que le chef de cette bande était un moine. Il n’en fallut pas davantage pour exciter la colere du peuple contre les moines, dont on demandait depuis longtemps la suppression. On attaqua deux couvents qui se trouvaient dans cette ville : l’un de carmes déchaussés, l’autre de dominicains. On les incendia. Les religieux furent presque tous égorgés. Ce ne fut pas sans s’ex|>oser aux plus grands dangers que des hommes courageux parvinrent à sauver quelquesuns de ces infortunés.
A peine la nouvelle de ces événements se fut-elle répandue à Barcelone, que la populace de cette ville résolut d’imiter les massacres de Réus. Dans la soirée du 25 juillet, des cris de Mort aux moines! retentirent dans toute la, ville. On incen-
1 Examen trilico de las revolucionct de Es pana, V vol., page 29,
dia six couvents, deux de carmes, deux de dominicains, un de minimes et un de trinitaires . Quelques moines furent égorgés, d'autres périrent dans les flammes.
Llauder, qui était absent quand le tumulte axait commencé, s’empressa de rentrer dans Barcelone. Sa présence , le concours de la milice qui sentit, un peu tard , la nécessité de s’unir à la trouve, et quelques charges de cavalerie, tirent cesser cette scène de trouble. Le peuple, qui abhorrait déjà Llauder, ne lui pardonna pas la fermeté qu’il avait déployée ; aussi le général , sachant combien ses jours étaient exposés , sortit de la ville avec toute sa famille sous le prétexte de poursuivre les ennemis, mais en réalité pour se retirer en France. Le général Pedro Bassa, qui après Llauder avait le commandement, entra dans la ville le 4 août à la tête de deux mille hommes. On craignit qu’il n’eût pour mission de poursuivre les auteurs des crimes du 23. Les classes populaires commencèrent à s’agiter; ce fut inutilement qu’on avertit ce brave militaire du danger qui le menaçait : il ne voulut pas quitter la ville; et croyant que les troupes qu’il avait amenées étaient assez nombreuses pour le mettre à l’abri de toute agression, il ne prit aucune mesure. Mais le lendemain de son arrivée le palais futassailli par le peuple; Bassa fut massacré ; son cadavre, précipité du balcon, fut traîné dans la rue et jeté dans une fournaise. Le peuple se porta encore à d’autres excès. Une fabrique de machines à vapeur fut complètement incendiée. EnQn, le 6, pour mettre un terme à cette anarchie, on créa une junte de gouvernement qui , après avoir rétabli la tranquillité, adressa un mémoire à la reine régente pour demander ue le gouvernement se hâtdt d’exécuter ans les institutions politiqueset religieuses les réformes que réclamait depuis longtemps le voeu populaire.
Le 31 juillet, il y eut à Murcie un mouvement semblable à celui de Réus et de Barcelone. On mit le feu aux couvents deSaint-François et de Saint-Dominique, delà Merci et’de la Trinité.
Le 6 août , ce fut le tour de Valence, qui créa une junte de gouvernement à l'imitation'de celle de Barcelone.
Au milieu de ces agitations, la capitale de l’Aragou ne pouvaitrester tranquille.
Le 9 juillet, la milice urbaine représenta au capitaine général que les Aragonais désiraient l’établissement d’une junte de gouvernement semblable à celle de Barcelone. Le capitaine général y consentit, et le lendemain la junte fut installée.
Il eût été difficile que Madrid ne ressentit pas le contre-coup de toutes ces émeutes; aussi, danslasoiréedu 15 août, quand le détachement de la milice urbaine qui était de service au cirque où avait eu lieu la course de taureaux fut arrivé sur la place du Prado , au lieu de rompre les rangs comme de coutume , il resta quelque temps immobile; puis quelques individus se mirent à crier :ê'ïee ta liberté ! A bas les ministres! On tira en l’air deux coups de fusil , à un court intervalle l’un de l’autre; au second les tambours du 4e bataillon de la milice se répandirent dans la ville en battant la générale. Aussitôt plusieurs miliciens et des bourgeois en armes accoururent sur la plaza Mavor et élevèrent des barricades.
Ils adressèrent ensuite une députation à la reine régente, qui se trouvait à Saintlldephonse, et firent répandre cette proclamation :
Concitoyens ,
L’objet qui nous a rassemblés est de renverser ce ministère inconsidéré qui environne le trône , qui , par ses conseils , lentraine au précipice, et qui réduit notre patrie à l’anarchie la plus épouvantable. Un exposé dans lequel nous présentons ces vérités à sa majrslé avec autant d’énergie que de respect sera dans peu d’heures entre ses mains royales.
Concitoyens, nous avons juré de ne pas déposer les armes avant d’obtenir ce que nous réclamons.
Concitoyens, vive Isabelle II! Vive la
liberté! Vive la reine régente! A bas le ministère!
Madrid , le 16 août.
Malgré ce quecette émeute avait de menaçant, elle se termina plus paisiblement et plus vite qu’on ne pouvait le craindre. Pour toute réponse aux observations des révoltés on reçut un décret royal dont voici les principales dispositions ;
La ville de Madrid est déclarée en état de siège...
Tous les employés civils et militaires ap-
L’UNIVERS
parlt'uanl à la milice urbaine qui ne se présenteraient pas à leurs postes respectifs immédiatement après la promulgation du préseut décret seront par ce fait privés de leurs emplois.
Ces mesures furent très-efficaces. La plus grande partie des officiers de la milice, qui etaientemployésdans les bureaux des différentes administrations publiques, ne voulant pas perdre leurs places , >e retirèrent prudemment. Des forces imposantes conduites par Quesada vinrent ensuite prendre position aux abords de la plaza Mayor, où les barricades étaient é.levées. Le général fit annoncer aux miliciens qu'il leur donnait jusqu'à six heures pour se retirer en défilant deux par deux ; mais que ce délai de rigueurexpiré il donnerait l’ordre de commencer l’attaque. A six heures il ne resta plus un seul milicien sur la place, et la tranquillité se trouva rétablie dans la capitale; mais il n'en fut pas de même des provinces, où l’anarchie se propagea avec une effrayante rapidité. Le 18, en exécution d'uu ordre donné par les autorités de Cadix, les moines de cette ville sortirent de leurs couvents. Le 20 , tous les couvents de Salamanque furent fermés.
A Malaga, après l'expulsion des moines, on établit une junte de gouvernement qui adressa un mémoire a la reine pour lui présenter les mêmes demandes que la junte de Barcelone, c’est-a-dire le changement du ministère et la réforme des institutions politiques. Grenade ne se contenta pas de suivre P exemple donné par les autres provinces : dans la nuit du 20 au 27, elle proclama la constitution de 1812 et constitua sa junte. Cordoue fit de même le 29 ; en sorte qu’à la fin d'aodt toutes les capitales de provinces s'étaient déclarées indépenda ntes du gouvernementcentral. Lesjuntesde gouvernement, qu’elles avaient créées, exerçaient tous les droits de la souveraineté, percevaient des contributions, contractaient des emprunts, levaient des troupes , disposaient des fonds publics. Le gouvernement central n’était obéi qu’à Madrid et dans les environs.
A ces attaques le ministère répondit par un manifeste en date du 2 septembre, et cette pièce, rédigée dans les termes les plus violents et les plus amers, n'était pas
de nature à désarmer les partis ou à calmer les passions. Le 3 un decret royal déclara illégales, comme attentatoires aux lois fondamentales de la monarchie, les juntes qui s’étaient formées dans divers endroits du royaume. Il en ordonna la dissolution, et annonça que toute résistance à cette disposition serait punie des peines que la loi prononce contre la rebelliou. Au reste, les juntes parurent s'inquiéter fort peu de ces menaces. Elles répondirent par des proclamations, et presque partout on brilla en public le manifeste du gouvernement et le décret qui l’accompagnait; mais eu même temps qu'un adressait cet outrage à l'autorité, par une subtilité qui est bien dans le caractère de la nation espagnole, avant de briller ces pièces on avait soin d’en couper la signature royale, afin démontrer qu’on ne confondait pas la régente avec son ministre responsable. Au reste , les provinces insurgées ne se bornèrent pas a envoyer des pétitions pour demander à la reine le renvoi des ministres, la réunion de cortès constituantes et d’autres concessions du même genre ; les provinces andalouses avaient organisé une armée et marchaient vers la capitale pour imposer la loi au gouvernement. Le général Latré fut envoyé avec une division pour repousser lès insurgés; mais, à Manzanarès, les bataillons de la reine et de Cordoue, qui faisaient partie de sa colonne, l'abandonnèrent pour aller grossir les rangs des mécontents. Il fallut bien que le ministère se déterminât à céder. Le 14 le comte de Toreno douua sa démission, et le 15 la Gazette de Madrid annonça que le général Alava était nommé président du conseil ; que Mendizabal restait ministre des finances, et qu’il était chargé de recomposer le cabinet. Cette concession ne fil pas tomber les armes des mains des insurgés. Leur armée continua à séjourner a Manzanarès, où elle s'était arrêtée. De là elle menaçait constamment la capitale, dont elle n’etait eloigneequed’euviron trente-trois kilomètres. Ou vit même quelques-uns de leurs chefs venir pérorer à la Puerto deiSol.
La Gazette de Madrid du 18 septembre publia l’expose du programme que le nouveau ministère entendait suivre.
Mendizabal y promettait de terminer
la guerre civile en six mois, avec les seules forces nationales , et sans secours eiranger;de rétablir l’administration, et de restaurer le crédit national sans imposer de nouvelles charges au pays et sans contracter d’emprunt; d’assurer l'ordre et la tranquillité intérieure sans recourir à des mesures exceptionnelles.
Et comme cela ne suffisait pas encore pour ramener la tranquillité, Mendizabal s’entendit avec les principaux agitateurs. Il sut imposer silence aux prétentions de quelques juntes , par la seule promesse de l'impunité pour les crimes qui avaient accompagné leur création. Il promit également le silence sur les dilapidations des deniers publics, et la confirmation dans les emplois qu’on s’était arrogé. Ces engagements aplanirent toutes les difficultés. Le 25 septembre, un décret royal accorda une entière amnistie pour tous les faits relatifs à la formation et à l’action des juntes provinciales. Par un autre décret du même jour, Mendizabal fut nommé à la présidence du conseil, que le général Alava n’avait pas acceptée. Après quelques jours d’un pénible enfantement, le cabinet setrouva composé de la manière suivante : Juan Alvarez Mendizabal conserva l’administration des finances, avec la présidence du conseil. Le ministère de I intérieur, ui au mois de décembre changea encore e nom pour prendre celui de ministère de gouvernement, fut confié è don Martin de los Héros. Don Alvaro Gomez Becerra reçut le ministère de grâce et de justice. Celui de la guerre fut donné au comte d’Almodovar. Il restait deux ministères à pourvoir, celui de la marine et celui des affaires étrangères : Mendizabal en resta chargé par intérim.
Il fallait donner satisfaction à l’opinion générale, qui réclamait la réforme des institutions fondamentales. Dans ce but un décret roval , en date du 27 septembre, ordonna la réuni on des cortès, et annonça que la mission de cette assemblée serait de reviser le statut royal, d'accord avec l’autorité de la couronne, pour assurer d'une manière stable et permanente l’entière exécution des lois delà monarchie. L’ouverture des cortès eut lieu le 16 novembre. Il y avait déjà deux mois que le ministère existait. Les juntes avaient presque toutes fait leur
soumission. Aussi le gouvernement, délivré du danger dont elles l’avaient menacé, était-il moins empressé de travailler à la réforme de la constitution. Dans son discours d’ouverture, la reine régente, en faisant l’énumération des travaux qui devront occuper les cortès, annonce seulement trois projets de loi : l’un relatif aux élections , l’autre sur la liberté de la presse , et le dernier sur la responsabilité des ministres. Mendizabal, dont le système semble avoir été de tout promettre et de ne rien donner, avait déjà fait un pas en arrière. Néanmoins il fautavouer que, dans le premier moment, on ne remarqua pas cette lacune qui se trouvait dans lediscours de la couronne, et l'on se montra généralement satisfait en entendant la reine annoncer qu’elle espérait terminer la guerre civile sans recourir à de nouveaux emprunts et sans augmenter les impôts. Le ministre rencontra seulement de l’opposition dans la chambre des proceret, mais il s’assura de la majorité en introduisant dans cette assemblée une promotion de membres dont l'opinion lui était favorable.
La chambre d esprocuradores se montra plus facile. Le ministre demanda qu’a titre de vote de confiance , le gouvernement flU autorisé à continuer de recouvrer pendant 1836 les rentes et contributions, et même à faire par voie d’essai , sans altérer ses bases essentielles, les changements qu’il jugera convenables dans le système d'administration. Il demanda que la faculté lui fût donnée de se procurer toutes les ressources et moyens qui seront nécessaires pour subvenir aux besoins de l’armée, afin de
fiouvoir terminer aussitôt que possible a guerre intérieure, mais sans pouvoir chercher ni puiser ces moyens dans de nouveaux emprunts , ni dans la distraction des biens de l'État qui sont destinés ou seront employés plus tard à la consolidation et à ('amortissement de la dette publique : il renouvela d’ailleurs la promesse de terminer la guerre civile en six mois , sans intervention étrangère, et sans recourir à de nouveaux impôts et sans contracter d’emprunts. Martinez de la Rosa fit vainement observer tout ce qu’il y avait de vague et d’illusoire dans cette promesse, lorsque le ministre ne faisait pas connaître les ressources
L’UNIVERS
financières dont ilprétendait faire usage. Mendizabal répondit: « Vous avez laissé l’Espagne en proie à l’anarchie, j’ai rétabli l’ordre ; vous ne saviez où trouver de l’argent et des soldats , j’ai levé et équipé cent mille hommes. Vous me demandez ce que je veux faire ; voyez ce que j’ai fait et ayez confiance. » La chambre n'exigea pas d’autres éclaircissements-, et dans la séance du 3 janvier 1836 elle accorda le vote de confiance qui lui était demandé.
On ne peut supposer que Mendizabal, en prenant des engagements si précis, et pour une époque si rapprochée, eût uniquement l’intention de tromper l’opinion publique. U faut croire qu’il comptailsurdes ressources chimériques, et que lui-même s’était abusé. Il annonçait avoir détruit l’anarchie; et au moment où il proférait ces paroles, les troubles les plus déplorables éclataient à Barcelone. La nouvelle que les factieux venaient de mettre à mort des soldats et des miliciens tombés entre leurs mains, l’évasion d’un sergent et d’un lieutenant-colonel carlistes, qui s’étaient échappés de la prison, portèrent l’exaspération publique à un tel point, que le peuple se souleva et arracha de la citadelle et des Atarazanas ' les prisonniers qu’on y tenait renfermés comme partisans de don Carlos. Ces malheureux étaient au nombre de cent quarante, et parmi eux se trouvait don Juan O’Donnell, un des chefs de l’armée carliste, qui avait été pris lors de la retraite de Guergué. Ils furent à l’instant même
f tassés par les armes. Les monstres qui es assassinèrent portèrent la férocité jusqu’à faire rôtir la chair de ces infortunés et à en dévorer * des morceaux.
Dès que ce massacre fut connu à Tarragone , le peuple se disposa à en Unir de la même manière avec une soixantaine de factieux qui étaient détenus aux présides et avec tous les habitants signalés comme carlistes; mais le gouverneur civil parvint à sauver les prisonniers eu les faisant embarquer sur deux frégates françaises et anglaises qui se trouvaient dans‘le port. En public Mendizabal appelait ces événements de légères agita-
1 Arsenal de marine de Barcelone.
1 Examen crilicv de lasreroluciones de Esparta, por Miûano, a* vol-, note de la page so.
tions promptement réprimées. En particulier il avouait que les assassinats de Barcelone l’avaient perdu. En effet , si les ressources sur lesquelles il comptait, si son grand secret consistait, comme on le pense, en la vente des biens du clergé et en un plan d’entreprises d’amélioration qu’il aurait concédées à des sociétés étrangères moyennant un certain nombre de millions , ces événements ne lui ont pas laissé l'espoir de réussir. Quel étranger eût voulu placer une piastre seulement en Espagne, où régnaient le désordre et l’anarchie ? Un autre embarras vint encore aggraver les difficultés de sa position. La loi électorale fut amendée et complètement modifiée ; et bieu que cette decision ne portât pas atteinte au principe du gouvernement, Mendizabal crut devoir dissoudre les cortès, qui furent de nouveau convoquées pour le 22 mars. Le discours prononcé par la reine fut encore moins satisfaisant que le précédent. On y annonçait la présentation du projet de loi électorale comme le seul moyen légal de reviser les institutions fondamentales du royaume. C’était annoncer que rieu ne serait changé au statut royal, et ces paroles produisirent un vif mécontentement. L’opposition prit une force nouvelle. Le terme de six mois fixé par Mendizabal était expiré depuis longtemps, et la guerre continuait avec autant d’acharnement ; rieu n’avait été fait : le ministère n’était pas même parvenu à se compléter. Le département des affaires étrangères et celui de la marine étaient encore vacants. Mendizabal aurait vivement désiré fortifier son cabinet par l'adjonction de detu capacités parlementaires : Galiano et Isturiz étaient les hommes qu’il eût voulu adjoindre à son administration.
Mais Isturiz avait répondu que s’il acceptait le pouvoir sa première parole serait pour protester qu’il répudiait la responsabilité du vote de confiance et des promesses qui l’avaient provoqué. Après l’ouverture de la session, quand il fallut engager la lutte contre l'opposition, Mendizabal chercha encore à remplir les vides qui existaient dans son administration. Le comte d’Almodovar fut nommé ministre des affaires étrangères.
Il fut remplacé à la guerre par le général Rodil ; mais ces changements u’ap-
portèrent aucune force nouvelle au cabinet. Enfin un vif dissentiment s'éleva entre la régente et Mendizabal. Celui-ci voulait destituer Cordova, général de l'armée du Nord, Quesada, capitaine générale Madrid, et quelques autres fonctionnaires. La reine ne le voulut pas.
Le 1 S mai, le ministre offrit sa démission, ui fut acceptée ; c’est ainsi que Menizahal tomba sans avoir accompli aucune de ses nombreuses promesses.
MINISTÈRE ISTURIZ. — DISSOLUTION DES COR- TÈS. — EXPÉDITION DS BATANERO. — EXPÉDI- TION DE GOMEZ. — TROUBLES DE MALACA.