ESP AG N K
de prier, ne pouvant se taire obéir, et il craignit de montrer aux magistrats qu’ils étaient assez puissants pour avoir peut-être son sort dans les mains.
« Cependant arriva le jour où l’Église catholique célèbre la fête du Saint-Sacrement de l’autel ; c’était, cette annéelà , le 7 juin. L'affluence des moissonneurs qui entraient en ville dura toute la matinée. Il en vint près de deux mille qui, réunis à ceux des jours précédents, formaient un total de plus de deux mille cinq cents hommes , dont plusieurs avaient d'affreux antécédents. Beaucoup avaient ajouté, dit-on, des armes nouvelles à leurs armes ordinaires, comme s'ils avaient été convoqués pour quelque grand dessein, lisse répandaient en entrant dans toute la ville ; on les voyait se réunir par groupes bruyants dans les rues et sur les places. Dans chacun de ces groupes , il n’était question que des querelles du roi et de la province, de la violence du vice-roi , de l’emprisonnement des députes et des conseillers , des tentatives de la Castille et de la licence des soldats. Puis, frémissant de colère , ils marchaient en silence çà et là. leur fureur comprimée ne cherchant qu’une occasion pour éclater. Dans leur impatience, s’ils rencontraient quelque Castillan, ils le regard aient avec moquerie, et insulte, quel que fût son rang, pour l’amener à un éclat. Enfin il n’y avait aucune de leurs démonstrations qui ne présageât une catastrophe.
« En ce temps-là se trouvaient à Barcelone, attendant la nouvelle de la campagne, un grand nombre de capitaines etd’officiersde l’armée, et d’autres serviteursdu roi catholiqueque la guerre de France avait appelés en Catalogne.
Ils étaient vus en général avec déplaisir par les habitants. Les plus attachés au roi , avertis par le passé, mesuraient leurs démarches ; les libres allures de la soldatesque étaient suspendues. Déjà
filusieurs personnes de rang et de quaité avaient reçu des affronts que l’ombre de la nuit /ou la crainte avait tenus cachés. Les symptômes d’une rupture devenaient de plus en plus nombreux. Il y eu t des maîtres de maison qui , s’apitoyant sur leurs hôtes, leur conseillèrent bien à l’avance de se retirer en Castille; d’autres qui , dans l’emportement de leur
rage , les menaçaient, à la moindre occasion , du jour de la vengeance publique. Ces avertissements décidèrent un grand nombre d’entre eux, que leur emploi obligeait à accompagner le vice-roi, a se dire malades et dans l’impossibilité de le suivre; d’autres, dédaignant ou ignorant le danger, allèrent au-devant.
« L’émeute s’était bientôt déclarée sur tous les points; bourgeois et campagnards cou raienten désordre. LesCastil-lans, terrifiés, se cachaient dans les lieux secrets , ou se confiaient à la fidélité suspecte des habitants, qu’ils tâchaient d’émouvoir, ceux-ci par la pitié, ceuxlà par l’adresse. La force publique accourut pour comprimer les premiers mouvements ,en cherchant à reconnaître et à saisir les auteurs du tumulte.
Cette mesure, généralement mal accueillie, donna un^ouvel alimenta la fureur populaire , comme des gouttes d’eau jetées sur une fournaise ne font qu’aviver le feu.
« On remarquait parmi les séditieux un moissonneur, homme féroce et terrible. Un officier subalterne de la justice le reconnut et essaya de l’arrêter. Il s’ensuivit une rixe; le paysan fut blessé; ses compagnons accounirent en foule à son secours. Chaque parti fit de grands efforts, mais l’avantage resta aux montagnards. Quelques soldats de la milice préposés à la garde du palais du vice-roi se dirigèrent vers le tumulte , que leur présence grossit au lieu de le calmer.
L’air retentit de cris furieux. Les uns criaient vengeance ; d’autres, plus ambitieux , appelaient la liberté de la patrie. Icic’était : Firent la Catalogne elles Catalans /là : Meure le mauvais gouvernement de Philippe! Formidables furent ces premières clameurs à l’oreille de ceux qu’elles menaçaient. Presque tous ceux qui ne les proferaient pas les écoutaient avec terreur, et n’auraient jamais voulu les entendre. L’incertitude, l’épouvante, le danger, la confusion , étaient égaux partout. Tous attendaient la mort par instant; car une populace irritée nes’arrëte guère que dans le sang. De leur côté , le? rebelles s’excitaient mutuellement au carnage ; l’un criait quand l’autre frappait , et -celui-ci s’animait encore à la voix de celui-là. Ils apostrophaient les Espagnols des noms
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les pins infâmes et les cherchaient partout avec acharnement. Celui qui en découvrait un et qui le tuait était réputé par les siens vaillant , fidèle et heureux. La milice avait pris les armes sous le prétexte de rétablir la tranquillité, soit par l’ordre du vice-roi, soit par l’ordre de la municipalité; mais, au heu de réprimer le désordre, elle ne lit que l’accroître.
« Plusieurs bandes de paysans, renforcées d’un ttrand nombre d'habitants de la ville, s’étaient portées sur le palais du comte de Santa-Coloma, pour le cerner. Les députés de la générale et les conseillers de la ville accoururent aussitôt. Cette précaution, loin d'être utileau vice-roi, augmenta son embarras. Là fut ouvert l’avis qu’il ferait bien de quitter Barcelone en toute hâte, vu que les chosesm'étnient déjà plus au point où il fût possible d'y porter remède. Pour le déterminer, on lui cita l’exemple de don Hugo de Moncada , qui, dans une circonstance analogue, s’était retiré de Païenne à Messine. Deux galères génoises, à l’ancre près du môle, offraient encore une espérance de salut. Santa-Coloma écoutait ces propositions, mais avec l’esprit si troublé que sa raison ne pouvait déjà plus distinguer le faux du vrai. Peu à peu il se remit; il congédia d'abord presque tous ceux qui l’accompagnaient , soit qu’il n’osât pas leur dire autrement de songer à sauver leur vie, soit qu’il ne voulût pas avoir de si nombreux témoins dans le cas où il serait contraint de se retirer. Puis il rejeta le conseil qu’on lui donnait comme ayant de grands dangers, soit pour Barcelone, soit pour toute la province. Jugeant que la fuite était indigne de sa position , il sacriGa intérieurement sa vie à la dignité du mandat royal , et se disposa à attendre fermement à son poste toutes les chances de sa fortune.
« De la conduite des magistrats dans cette affaire, je n’en veux rien dire. Tantôt la crainte, tantôt le calcul les portait à agir ou à s'effacer, suivant leurs convenances. On donne pour certain qu'ils ne purent jamais croire que le peuple en viendrait à de telles extrémités, n’ayant guère tenu compte de ses premières démonstrations. De son côté, le misérable vice-roi continuait à s’agiter
comme le naufragé qui travaille encore à atteindre le rivage. Il tournait et retournait dans son esprit le mal et le remède : dernier effort de son activité qui devait être le dernier acte de sa vie. Renfermé dans son cabinet, il donnait des ordres par écrit et de vive voix ; mais on n’obeissait déjà plus ni à ses écrits ni à ses paroles. Les fonctionnaires royaux ne cherchaient qu’à se faire oublier, et ne pouvaient lui servir en rien; quant aux fonctionnaires provinciaux , ils ne voulaient ni commander, ni encore moins obéir. Pour dernière ressource, il voulut céder aux réclamations du peuple, et lui remettre la direction des affaires publiques; mais le peuple ne voulait déjà plus recevoir de lui aucune concession, car nul ne consent à devoir à un autre ce qu’il peut prendre par lui-même. Il ne put seulement pas réussir à faire connaître sa resolution aux autres; la révolte avait tellement désorganisé l'administration qu'aucun de ses ressorts ne fonctionnait plus, comme il arriveau corps humain dans les maladies.
« A ce nouveau désappointement, il reconnut combien sa présence était inutile, et ne songea plus qu’à sauver ses jours. Peut-être n’y avait-il de moyen de calmer les mutins que de leur donner satisfaction en quittant la ville. Il l’essaya, mais sans succès. Ceux qui oceuaient l’arsenal ( la atarazana ) et le oulevard de la mer avaient forcé, à coups de canon, une des galères à s’éloigner ; d’ailleurs pour se rendre jusqu'au port il fallait passer sous la bouche des arquebuses. Il rentra donc, suivi d'un petit groupe, au moment où les séditieux forçaient les portes. Ceux qui gardaient le palais se mêlèrent aux assaillants, ou ne ürent aucun effort pour les arrêter. En même temps, courait dans la ville une rumeur confuse d'armes et de cris. Chaque maison offrait une scène d'horreur : on incendiait les unes, on ruinait les autres; aucune n'était respectée par la fureur populaire.
La sainteté des temples était oubliée; les asiles sacrés des cloîtres n'arrêtaient pas l’audace des assassins. Il suffisait d’être Castdlan pour être mis en pièces, sans autre examen. Les habitants euxmêmes étaient assaillis au moindre soupçon; quiconque ouvrait sa porte aux
victimes ou la fermait aux furieux était puni de sa pitié comme d'un crime. Les prisons furent forcées; les criminels en sortirent non-seulement pour être libres, mais pour commander.
« En entendant les cris de ceux qui le cherchaient, le comte comprit que sa dernière heure était arrivée. Déposant alors les devoirs du grand, il céda aux instincts de l'homme. Dans son trouble il revint a son premier projet d’embarquement. Il sortit une seconde fois pour se rendre au rivage; mais comme il n’y avait pas de temps à perdre, et que l'accablement retardait sa marche, il ordonna à son (ils de prendre les devants avec sa faible suite, pour rejoindre le canot de la galère qui se tenait à portée, non sans péril, et de l’y attendre. Ne comptant pas sur sa fortune, il voulait assurer au moins la vie de son (ils. Le jeune homme obéit et atteignit l'embarcation; mais il lui fut impossible de la retenir près du rivage, tant on redoublait d’efforts du côté de la ville pour la couler. Il navigua donc vers la galère, qui attendait hors du feu de la batterie. Le comte s’arrêta , et regarda le canot s’éloigner avec des larmes bien pardonnables, chez un homme qui se sépare à la fois de son Ois et de son espérance : sûr de sa perte, il revint d'un pas chancelant par le rivage qui fait face aux coteaux de Saint-Bertrand , sur la route de Montjuich.
« Cependant son palais était envahi et sa disparition connue de tous; on le cherchait avec fureur de tous les côtés, comme si sa mort devait être le couronnement de cette journée. Ceux de l’arsenal ne le perdaient pas de vue. Tous les yeux étant Oxés sur lui, il vit bien qu’il ne pouvait échapper à ceux qui le suivaient. La chaleur au jour était grande, plus grande l'angoisse, certain le péril, vif et profond le sentiment de sa bonté. L’arrêt avait été prononcé par un tribunal infaillible. Il tomba par terre en proie à un évanouissement mortel.
C’est dans cet état qu'il fut trouvé par quelques-uns de ceux qui le cherchaient, et tué de cinq blessures à la poitrine. » . Le duc de Segorbe et de Cardone fut nommé vice-roi pour remplacer le comte de Santa-Coloma. Il était aimé en Catalogne, et peut-être fût-il parvenu par sa
douceur et par son esprit conciliant à rétablir la tranquillité; mais une maladie l’enleva avant qu’il eût pu accomplir cette pacification. Toutes les villes suivirent i’exemplede Barcelone, et la province entière se mit en insurrection. A l'instigation de Richelieu, lesCatalans s’érigèrent en république sous la protection de Louis XIII. Cependant le marquis de Los-Velez, nommé par Philippe IV vice-roi de Catalogne, entra dans cette principauté à la tête d’une armée nombreuse. Il s’empara de Tortose et Cambrils. Il incendiait les villes qui osaient lui résister, et il traitait les garnisons avec la plus horrible cruauté. 11 faisait pendre aux créneaux les officiers ui se défendaient. Lorsque la garnison e Cambrils avait demandé à capituler, il avait répondu qu'il ne pouvait faire grâce à des rebelles sans commettre un sacrilège. Ces atrocités produisirent un effet opposé à celui que la cour de Madrid en attendait. La fureur des Catalans s’en accrut. La ville de Barcelone, assiégée par le marquis de Los-Velez, se défendit avec tout l’acharnement que donne le désespoir ; mais les habitants, persuadés qu’ils ne pouvaient sans le secours d’un puissant protecteur lutter contre toutes les forces de la monarchie espagnole, résolurent de dissoudre leur république naissante et d’offrir au roi de France la seigneurie de la Catalogne avec le titre de comte de Barcelone. Les généraux français qui commandaient dansle Languedoc n’attendirent pas que ces offres eussent été officiellement acceptées, pour envoyer des secours aux Barcelonais; à l’aide de ces auxiliaires les assiégés parvinrent à chasser l’armée du marquis de Los-Velez, et le forcèrent à se retirer laissant sous les murs de la place deux mille hommes morts ou blessés. Le roi de France fut seul nommé comme souverain dans les prières publiques que firent les habitants pour célébrer la levée du siège. Cependant Louis XIII ue signa que neuf mois plus tard (le 18 septembre 1G41) l’acte par lequel il accepta la souveraineté de la Catalogne. En même temps il fit serment de respecter les fueros de cette province.
Une armée française s’empara de Salses, de Perpignan et de toutes les autres places de la Cerdagne et du Roussillon;
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des troupes et des munitions furent envoyées aux Catalans, qui se trouvèrent ainsi en état de résister à tous les efforts de l’Espagne. La guerre se fit avec des succès divers, il y eut des sièges obstinés, de valeureuses défenses, des rencontres sanglantes; mais nulle bataille rangée ne vint décider du sort de cette lutte, qui dura jusqu’en 1659.
L'insurrection de Catalogne amena une autre révolution qui eut pour l'Espagne des conséquences encore plus funestes. En 1610, le comte-duc, ayant enjoint au duc de Bragance et aux principaux chefs de la noblesse portugaise de venir à Madrid pour y voter de nouveaux subsides et pour prendre part à l’expédition que le roi se proposait de diriger en personne contre la Catalogne, ces ordres portèrent au dernier point le mécontentement des Portugais , qui ne supportaient qu'avec impatience le joug de l’Espagne. Ils se soulevèrent et proclamèrent le duc de Bragance roi de Portugal, sous le titre de Jean IV ■.
Philippe IV, occupé tout entier des plaisirs ruineux par lesquels le comteduc s'appliquait a le distraire, ignorait encore cette révolution, quand toute l'Europe en était instruite. Il fallait cependant la lui faire connaître. Mais aucun de ses courtisans n’osait l’en instruire. Enfin, le duc d'OIivarez, l’abordant le sourire sur les lèvres, lui dit : « Votre Majesté vient de gagner douze millions. — Etcomment? réponditle roi.
— Oui ! reprit le ministre, la tête a tourné au duc de Bragance. Il a eu la folie de sc faire couronner roi de Portugal. Voilà tous ses biens confisqués de droit. — Eh bien, repartit, sans s’émouvoir, l’indolent monarque, il faudra y mettre ordre. » Néanmoins cet événement acheva de perdre le duc d’OIivarez , déjà discrédité par sa mauvaise administration. On attribuait à son caractère dur et inflexible les malheurs de la monarchie; tout le monde désirait sa chute. Le roi, quelque attaché qu’il fût à son favori , ne put se dispenser de l’éloigner de la cour; mais ce fut là que sc borna la disgrâce de ce ministre, et ce fut la seule peine qu’il eut à subir pour
1 On trouve dans le savant travail de M. Ferdinand Denis les détails les plus curieux sur cette révolution.
tous les mnux’qu’il avait causés au pays.
Pendant que l’Espagne se trouvait énagée dans les guerres de Catalogne et e Portugal, la mort enleva Richelieu et Louis XIII. La minorité du jeune roi qui venait de monter sur le trône de France paraissait offrir aux Espagnols une occasion favorable.de réparer leurs désastres. Ils la saisirent avec empressement. Ils pénétrèrent en Champagne et assiégèrent la ville de Rocroy. Mais le grand Coudé les attaqua , les tailla eu pièces; et les vieilles bandes espagnoles qui , depuis le régne de Ferdinand le Catholique, passaient pour la meilleure infanterie du monde, furent entièrement anéanties. L’Espagne, affaiblie par ces défaites, se décida enfin , en 1648, a faire la paix avec les Provinces-Unies , dont elle reconnut l’indépendance. A la même époque, on terminales négociations du congrès de We-tpbalie, où depuis quatre années on travaillait à asseoir les bases de In paix, et l’on signa, dans la ville de Munster, le fameux traité qui mit un terme aux contestations de la France et de l’Empire germanique. Philippe IV refusa de prendre part à cet arrangement, quoiqu'il restât seul pour soutenir la guerre ; il ne voulut point se soumettre aux conditions qu’on prétendait lui imposer. Au reste, les révoltes qui troublèrent le< premières années du règne de Louis XIV permirent à l’Espagne de lui résister quelque temps avec avantage.
En Catalogne, la guerre durait depuis onze ans, lorsque Barcelone fut prise par le marquis de Mortara et par le fils naturel de Philippe IV. Ce jeune prince, de même que le bâtard de Charles V, portait le nom de don Juan d’Autriche; et lui aussi se rendit célèbre par ses talents militaires. Il réussit à chasser les Français de la Catalogne; mais ceux -ci y rentrèrent l’année suivante, et restèrent maîtres de Roses, de Puycerda, de Viqne, de Solsone et de plusieurs autres places importantes.
La Franceetsurtout l’Espagne avaient besoin de la paix. Mazarin, pour en faciliter la conclusion, avait fait proposer un mariage entre le roi de Fr.mce et la fille de Philippe IV. Mais ce dernier rince avait repoussé bien loin un semlable arrangement ; car à cette époque,
n’avait pas de fils, et il ne voulait pas que les couronnes de France et d’Espagne pussent se trouver réunies sur la même tête. La reine sa femme, Elisabeth, fille de Henri IV, était morte le 6 octobre 164-1. Elle avait eu cinq filles, dont une seule, dona Maria-Theresa-Bibiana. lui a survécu. Elle avait aussi mis au jour don Balthasar Carlos; mais ce prince était mort deux ansaprès sa mère. Philippe IV', désirant obtenir un héritier de sa couronne, épousa, en 1647, l'archiduchesse Marianne. Le 20 novembre 1 657, cette princesse étant accouchée de l'infant don Philippe Prosper, les motifs qui avaient fait repousser la pensée d'un mariage entre Louis XIV et l'infante Marie-Thérèse n'existaient plus. De nouvelles négociations furent engagées. Elles eurent lieu dans file des Faisans , située au milieu de la Bidassoa, qui sert de limite entre les deux royaumes. Après trois mois de discussions on signa la convention fameuse connue sous le nom de traité des Pyrénées. Les plénipoientiaires mirent iin aux nombreux différends qui s’étaient elevés entre les deux couronnes. Aussi le traité ne contient-il pas moins de cent vingt-quatre articles. Les plus importants suiit le trente-troisième, qui arrête et accorde le mariage entre le roi de France et l'infante Marie-Thérèse ; et le quarante-deuxième, qui prend les Pyrénées pour ligne séparative des deux 'États. Cette dernière stipulation ayant présenté quelques difficultés dans l’application, et les commissaires n’ayant pu tomber d'accord sur ce qu'il fallait entendre par la ligne des Pvrenées, une nouvelle capitulation explicative de l’article quarante-deux intervint le 13 mai de l’année suivante. Il fut convenu que le roi de France demeurerait en possession des comté et viguerie de Roussillon et de Conflans, ainsi que de toutes les places, villes et bourgs qui en dépendent de quelque côté des Pyrénées qu’ils soient situés; et que le principat de Catalogne et la viguerie de Cerdagne avectousles lieux qui en dépendent resteraient au roi catholique, à l’exception toutefois de la vallée de Carol , qui appartiendrait à la France. Une amnistie fut stipulée en faveur des Catalans, et le traité leur assura la conservation de leurs biens, de leurs emplois , de
leurs honneurs et de leurs privilèges.
Le mariage fut célébré au mois" de juin 1660, après que l’infante Marie-Thérèse eut fait en public, pour elle et pour ses descendants , une renonciation solennrlle à tous les droits que sa naissance lui donnait à la couronne d'Espagne. Mais tout le monde reconnaissait déjà l’inutilité de cette vaine cérémonie; et Philippe IV lui-même laissa échapper ces paroles : Esto es una palarata.
Dès que Philippe IV se vit débarrassé de tous ses ennemis, il put concentrer toutes ses forces contre le Portugal. Dont Juan IV était mort en 1656, et sa veuve, dona Loisa de Guzman, femme du plus grand mérite, chargée de la tutelle de son (ils Alphonse VI, gouvernait l’État avec autant de prudence que de succès. En voyant les préparatifs que faisait la Castille, elle crut qu’il valait mieux obtenir un arrangement honnête que de courir les chances incertaines et toujours funestes de la guerre. Mais Philippe IV fut inexorable, et la guerre prit une nouvelle activité. Don Juan d' A utrirhe, après bien des combats, parvint à se rendre maître d’Evora, d'Estremoz et de quelques autres places. Au reste, ces avantages furent largement compenses par les victoires que les Portugais remporièrent ; et les Espagnols ayant mis le siège devant Ciudad Rodrigo, la garnison, réduite aux dernières extrémités, fit un effort désespéré : elle força les lignes des assiégeants, leur tua plus de douze cents hommes et les contraignit à la retraite. Une intrigue de cour acheva de ruiner les affaires de l’Espagne. L’influence que don Juan d’Autriche avait conquise par ses victoires eu Catalogne , en Flandre et en Portugal, semblait chaque jour plus redoutable à la reine Marianne. Elle pensait que, dans le cas où le roi viendrait à mourir, don Juan pourrait avec succès lui disputer la régence, pendant la minorité du prince aes Asturies. Elle était donc intéressée à détruire le crédit et la renommée de ce général. Peu scrupuleuse sur le choix des moyens, elle employa toute son influence pour empêcher qu’on ne fournît à don Juan les secours en hommes, en argent, en vivres et en munitions, sans lesquels il était impossible qu’il ne reçût pas la loi de
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l’ennemi. Don Juan se plaignit en vain de l’abandon où on le laissait, ses plaintes ne parvinrent pas jusqu’aux oreilles du roi. Enfin, voyant que ses réclamations ne produisaient aucun effet, il se démit du commandement qui lui avait été confié, se retira à Consuegra; et le commandement de l’armée passa au marquis de Caraeena.
• Les Portugais ne laissèrent pas échapper une occasion aussi favorable ae porter un coup décisif. Une armée de
fens affamés, a demi nus et mal armés, tait un faible obstacle à opposer à des hommes qui étaient accoutumés à vaincre et qui combattaient pour leur patrie et pour leur liberté. Neanmoins, les troupes espagnoles, attaquées prés de Villaviciosa par l’armée |iortugaise, opposèrent une noble résistance, et ^abandonnèrent le champ de bataille qu’après avoir perdu plus de quatre mille hommes. Cette mémorable bataille affermit la couronne de Portugal sur la tête de la maison de Bragance. Lorsque Philippe IV reçut la dépêche qui lui annonçait la fatale nouvelle, ilia laissa tomber en disant : « Dieu lèvent! »
Les révolutions de Catalogne et de Portugal ne furent pas les seules qui désolèrent le règne de Philippe IV. En Sicile, un chaudronnier de Païenne se mit à la tête des mécontents; et, suivi d’une multitudeeffrénée, il s'abandonna aux plus grandes atrocités. La Sicile entière, à l’exception de Messine, imita les fureurs de la populace de Puierme.
Le même rôle fut joué à Naples par un pêcheur d’Amalfi, nommé Thomas Aniello, ou, par abréviation, Mas- Aniello. Maître absolude la ville, ceclief des révoltés fit commettre des cruautés inouïes ; mais il fut bientôt , à son tour, victime de la fureur de la populace.
Les Napolitains voulurent alors s'ériger en république, sous la protection de la France. Ils offrirent la présidence au
duc de Guise qui , descendant des anciens princes de la maison d Anjou, se crovait quelques droits au trône de Naples. Le duc accepta , sans réfléchir aux difficultés de l'entreprise dans laquelle il se jetait. Il arriva presque seul à Naples, où il fut reçu avec joie par le peuple. Il lui vint ensuite quelques secours de France. Mais il île put
empêcher le duc d’Arcos et don Juan d’Autriche, aidés par la noblesse napolitaine, de comprimer la sédition. Le duc de Guise tomba lui-mêine entre les mains des Espagnols, et il resta jusqu’en 1652 dans l’alcazar de Ségovie.
Philippe IV, accablé de douleur, en Songeant à tous les désastres qui avaient affligé son règne , ne put surmonter le chagrin que lui avait causé la défaite de Villaviciosa. « Le roi catholique, écrivit l’archevêque d’Embrun, ambassadeur de France à Madrid, a ressenti beaucoup de déplaisir de cette méchante nouvelle, que l'on dit lui avoir causé d’abord quelque indisposition. Il ne laissa pas toutefois, le jour de la Saint- Jean, de se trouver par raison d’Etat à une promenade fort solennelle du Prado-Viejo , près du Reliro , ou à peine il put faire un tour du cours', dans son extrême faiblesse. »
Depuis ce moment, il ne cessa de s’affaiblir. Le 15 septembre, il reçut l’extrême-onction , il prit congé de la reine , donna sa bénédiction à ses enfants, et dit à son jeune et faible héritier : « Dieu veuille que vous soyez plus heureux que moi! » Il expira, le 17 septembre 1665 , trois mois après la dernière défaite de ses soldats.
Il ne restait à Philippe IV de sa première femme qu’une seule fille, l'infante Marie-Thérèse , qui avait épousé le roi de France. Il avait eu plusieurs enfants de sa seconde femme; mais il n’existait plus que l’infante Marguerite, qui fut mariée Ji l’empereur Léopold, et le prince des Asturies don Carlos, qui n’était ôçé que de trois ans, dix mois et onze jours.
R fa; N R OP. OURLES H. — RÉGENCE DP LA R RISC MARIASSE D’ AUTRICHE. — FAIX AVEC I.E POR- TUGAL. — GUERRE COKTRE LA FRANCE. — PAIX d’aIX-LA-CUAPELLE. — LA RhINK EST CONTRAINTE DEREN VOYER LE JÉSGITENITlIAltD, SOS CONFESSEUR ET SOS PREMIER MINISTRE.
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