FAIX DE R1SWIC&. — TESTAMENT ET MORT DE CHAHLES II
Les gens qui souffrent espèrent tou-
jours que le changement apportera quelque soulagement à leur misère; aussi, les Espagnols accueillirent-ils l’avénement de Charles II comme devant porter remède à tous leurs maux. Cependant , il s'en fallait de beaucoup que ce prince fût capable de réparer les désastres de la monarchie. Il n'avait pas accompli sa quatrième année, et il était bien plus faible que ne le sout les enfants de son âge. Soit qu’on prît des précautions excessives, soit qu'il fût trop débile pour supporter une autre nourriture , il n'avait encore reçu pour aliment que le lait de sa nourrice. Il pouvait à peine se tenir debout; et déjà il avait atteint sa cinquième année, que sa gouvernante était encore obligée de le porter dans les bras. S’il faisait quel-
Î|ues pas, il la saisissait aussitôt par a main, afin de s'appuyer. Il était continuellement malade; et telle était sa faiblesse, qu’à chaque instant les médecins désespéraient de sa vie.
Le testament de Philippe IV avait confié à la reine Marianne d’Autriche la tutelle du jeune prince et le gouvernement de l’État, pendant tout le temps de sa minorité. Il avait institué un conseil de régence, composédesix membres, ayant seulement voix consultative. C’étaient le président de Castille, le vicechancelier d’Aragon, l’inquisiteur général , l’archevêque de Tolede , le marquis d’Ayetona , comme représentant la grandesse d’Espagne, et le comte Penaranda, membre du conseil d’État. La reine avait obtenu du roi qu'il n’y fit pas entrer don Juan d’Autriche, qu’elle regardait comme un rival dangereux.
Cette omission parut à tout le monde une criante injustice. Il semblait que les services renmsparlui à l’État, aussi bien que les liens du sang qui l'unissaient au jeune roi, devaient naturellement lui assurer une place dans le conseil. On vit avec peine qu’il n'y fût pas appelé. Le mécontentement s’accrut quand on vit en quelles personnes la reine mettait sa confiance. Cette princesse, peu habile, mais très-obstinée, était dévouée à l’Allemagne, où elle était née. Elle avait pour confesseur le jésuite Évérard Nilhard; ce religieux, qui était en correspondance avec la cour de Vienne, exerçait un empire
absolu sur l’esprit de sa pénitente; la reine ne se borna pas à lui confier la direction de sa conscience ; elle lui livra l'administration de l’État; elle l’éleva à la dignité d’inquisiteur général ; ce qui le rendit, de droit , membre de la junte de gouvernement. Mais ce favori n’avait aucune des qualités nécessaires pour tirer la monarchie de la détresse où elle était arrivée. L’Espagne était sans flotte et sans armée; elle était obligée de s’adresser aux Génois et aux Anglais pour maintenir ses communications avec ses colonies. Il n’y avait pas vingt mille hommes de troupes dans la Péninsule; et cependant la guerre contre le Portugal continuait.
La reine et le père Nithard eussent bien consenti à reconnaître la souveraineté de la maison de Bragance et à signer la paix, mais l’orgueil national n’était pas encore résigné a avaler un morceau si amer. Les conseils de Castille, d’Aragon, de Flandre, les ordres de Saint- Jacques, d’Alcantara et de Calntrava, consultés par la reine, votèrent pour la continuation de la guerre, et la guerre continua; mais, deux années plus tard , il fallut bien se résoudre à reconnaître l’indépendance du Portugal. La paix fut signée le 13 février IG68. On restitua de part et d’autre toutes les places conquises, à l’exception de Ceuta, qui resta aux Espagnols. «Cet arrangement, dit le continuateur de Marianna , n’aurait pas eu lieu, si, à cette époque, le roi de France ne se fût préparé a envahir les Pays-Bas. La puissance espagnole, ayant deux ennemis à combattre, tut forcée de s'accommoder avec celui qui était le plus proche , afin de réunir toutes ses forces contre le plus redoutable. »
Louis XIV prétendait que l’acte par lequel Marie-Thérèse, sa femme, avait renoncé à ses droits a la couronne d’Espagne, ne devait produire aucun effet. Mais indépendamment des droits de Marie-Thérèse à la couronne, qui étaient purement éventuels , et qui ne pouvaient être invoqués tant que Charles II vivrait, il soutenait qu'une coutume des Pays-Bas attribuait immédiatement ces provinces à Marie- Thérèse. Aux termes de cette loi, l’époux qui se remariait, lorsqu’il lui restait des enfants de sa première
L’CJNIVERS.
femme, perdait par ce fait seul la propriété de tous ses biens patrimoniaux.
Ces biens étaient à l'instant même dévolus aux enfants du premier lit. L’époux ne pouvait plus les aliéner. 11 n'en conservait que l’usufruit, et il devait à sa mort les rendre à ses enfants du premier lit. Si cette coutume eût dil régler la succession du souverain, comme elle réglait les intérêts des simples particuliers, il eût été évident que Marie-Thérèse, seul enfant qui fût resté à Philippe IV de son premier mariage, aurait seule eu droit à la possession des provinces régies par cette coutume.
A l’appui de ce droit, un peu contestable, Louis XIV invoqua le plus irrésistible des arguments, celui de la force.
Il entra dans les Pavs-Bas -, en peu de mois il se rendit maftre de Charleroi, d’Armentières,deBergues-Saint-Vinox, de Fume, d’Ath, de Tournai, de Douai, de Courtrai , d'Oudenarde et de Lille.
L'Espagne était dans l’impossibilité de résister; mais la Suède, la Hollande et l’Angleterre, effrayées des progrès de Louis XIV, formèrent une triple alliance et proposèrent leur médiation. Ces trois puissances, afin qu’on eût le temps de traiter, demandèrent qu’il y eût entre les parties une suspension d'armes. Le roi de France offrit une trêve de trois mois; mais le gouverneur des Pays-Bas, le marquis de Castel Rodrigo , ne voulut pas l’accepter, et il déclara qu'il se contenterait de la suspension a’armcsque l'hiver imposerait aux troupes françaises. Louis XIV ré-
Ï tondit à cet accès de la fierté castilane, en faisant, au creur de l’hiver, la conquêtede la Franche-Comté. Le prince de Condé s’empara en peu de jours de Besançon, de Salins, de Dôle, et la province tout entière fut subjuguée en moins de trois semaines. Cette conquête nouvelle engagea les puissances unies à renouveler leurs offres de médiation. Louis XIV les accepta, et la paix fut signée à Aix-la-Chapelle, le 2 mai 1668. La France restitua la Franche-Comté; mais elle conserva toutes les conquêtes qu’elle avait faites en Flandre.
Tandis que la guerre contre la France faisait perdre à l’Espagne une partie des Pays-Bas, l’intérieur du royaume était
troublé par des intrigues et par des divisionsintestines. Don Juan d’Autriche était aimé par le peuple, et le crédit dont il jouissait portait ombrage au père Nitnard. Ce ministre n'avait rien tant à cœur que d'éloigner ce prince.
Il le regardait comme le seul obstacle qui pût entraver la marche de son pouvoir arbitraire, et pour s’en débarrasser il lui fit offrir le gouvernement des Pays-Bas ; mais don Juan, devinant l'intention de son ennemi, et craignant une trahison semblable à celle dont il avait été victime en Portugal , refusa obstinément l’emploi qu’on voulait lui confier. On regarda sa réponse comme une insulte, et on lui intima l’ordre de se rendre à Consuegra. Ce n’était pas encore assez pour la haine du pere Piithard ; et, dans le but de perdre entièrement son ennemi, il eut recours au tribunal de l’inquisition. Il trouva des gens qui , au mois de novembre 1668, accusèrent don Juan d’Autriche d’être luthérien, d’être ennemi de l’état ecclésiastique et des ordres religieux, et particuliérement des jésuites.
A cette dénonciation il joignit luimême la copie d’une lettre écrite par ce prince à la régente le 21 du mois précédent. Il en fit qualifier plusieurs propositions par des théologiens.
« Elles furent, dit Llorente, présentées dans l’ordre suivant : 1° J’aurais dû tuer le père Xitard pour le bien de l’Etat et pour le mien ; 2° cela m’a été conseillé par plusieurs théologiens respectables, qui m’ont pressé de le faire comme étant une action permise; 3° je n’ai pas voulu l’exécuter, pour ne pas avoir part à sa damnation éternelle; car il est probable que le jésuite serait alors en état de péché mortel. Les censeurs que l'inquisiteur général chargea de ce travail, qualifièrent la première proposition d’erronée et d’hérétique; la seconde, de téméraire et d’insultante; la troisième de téméraire, de scandaleuse et d’offensante. » L’arrestation de don Juan fut ordonnée; mais ce prince quitta Consuegra en toute hâte. Il se réfugia dans une forteresse de l’Aragon. La il fit démentir publiquement l’accusation portée contre lui , et pour réparation de l’insulte qui lui avait été faite, il exigea que le pore
Nithard fût éloigné des affaires. Ses réclamations n’ayant produit aucun effet, il se mit eu marche pour Madrid accompagné d’une escorte de sept cents hommes ; et , à la tête de cette troupe qui s’avançait en ordre de bataille , il arriva à Torrejon, à trois lieues de Madrid. Le peuple, aussi bien que l'armée, était favorable a don .Juan. La reine, consternée, s’empres^ad’envoyer au-devant de lui le nonce du p ape, pour lui notifier un bref du saintpère, qui lui enjoignait de s’accorder avec la reine. Don Juan se montra très-modéré dans ses prétentions. Presque partout on l'avait accueilli aux cnsde rive leroiclon Juan! Il n’avait qu’à se présenter pour s'emparer de Madrid. Il lui eût été facile de reléguer la régente dans un couvent et de prendre la direction des affaires ; il aurait même pu se faire proclamer roi , . tant il avait pour lui la faveur populaire. Il se contenta d’exiger que le jésuite Nitliard fût exilé. La reine fut forcée de se soumettre à la nécessité; néanmoins, désirant congédier son ministre bien-aimé de la manière la plus honorable , elle rendit un décret excessivement flatteur pour sa personne ; et elle l’envoya à Rome, en qualité d’ambassadeur extraordinaire. Don Juan se fit donner ensuite la vice-royauté de l’Araon, de la Catalogne, âe Valence et es Baléares; il établit sa résidence à Saragosse;etde cette manière, l’Espagne se trouva divisée entre deux cours rivales. L’éloignement du père Nithard ne fut pour la nation qu’un bien faible avantage. Ce favori fut bientôt remplacé par don Fernand de Valenzuela. Ce gentilhomme, exclu de la maison du duc de l’infantado, où il avait servi, en qualité de simple page, fit une fortune rapide. Il fut élevé à la grandesse. Il sut bientôt se rendre l’arbitre absolu de la volonté de la régente; et il conserva le pouvoir jusqu’à la majorité du roi.
La paix d’Aix-la-Chapelle avait, du côté des Pays-Bas, rendu la tranquillité à l’Espagne. Mais un nouveau fléau désolait ses colonies d’Amérique. Des aventuriers, connus sous lenom deôoucanier* ou de flibustiers, s’étaient établis dans l’Ile delà Tortue, voisine de Saint-Domingue. Ces pirates, montés sur de sim-
files barques, attaquaient les bâtiments es plus considérables et parvenaient à
s’en emparer. Rien ne résistait à leur furie : nul pavillon n’était à couvert de leurs insultes ; mais ils avaient surtout juré à l'Espagne une haine implacable; et , lorsqu’il s'agissait de nuire aux Esagnols, ils semblaient plus que des ommes. Sous le commandement d’un AnglaKnomtné Morgan, ils attaquèrent, en tC69, Porto-Bello , place forte, défendue par une bonne garnison, et où d’immenses richesses étaient en dépôt.
Quoiqu'ils ne fussent guère que six cents, ils enlevèrent la citadelle d’assaut; et la ville ne se racheta du pillage qu’en leur payant une contribution d'un million de duros. Leur audace s'accrut à un point inouï; mais, manquant de principes, de prudence et de gouvernement, se livrant a tous les excès imaginables, ils auraient dû être bientôt dissipés, si l'Espagne avait pu sortir de la torpeur dans laquelle elle était engourdie.
Quatre ans ne s'étaient pas écoulés depuis la paix d’Aix-la-Chapelle, quand l’Espagnese vit de nouveau entrainéedans une guerre aussi funeste que la précédente. Louis XIV, irrité de ce que la triple alliance eût arrêté le cours de ses conquêtes, ne pouvait oublier que les Hollandais avaient été les auteurs de cette ligue , eux qui avaient si souvent reçu lessecoursdela France. Bavait pris la résolution de se venger de leur ingratitude et de faire la conquête de leur pays, line intrigue habilement conduite isola la Hollande de l’Angleterre et de la Suède. Les Hollandais, pour détourner l’orage prêt à fondre sur eux, cherchèrent de nouveaux alliés. Il leur fut facile d'intéresser à leur cause l’Espagne, qui craignait pour les Pays-Bas, l’empereur d’Allemagne, l’électêurde Brandebouig, les princes de l’Empire , et finalement le Danemark , qui tous redoutaient également l’agrandissement de la France.
Mais cette coalition, quelque puissante qu’elle fût, n'arreta pas Louis XIV : il traversa le Rhin à Tholuis. F.n moins de trois mois il fut maitre des provinces d'Utrecht , d’Over-Issel , de Gueldre , et de plus de quarante places fortes. Il s'empara avec le même succès, dans les Pays-Bas de Maëstricht, de Liège, de Limburg, de Condé, de Valenciennes, de Cambray , de Gand , de Saint-Oiner, d’Ypres et d’Arras. 11 fit de
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nouveau la conquête de la Franche-Comté, qui depuis est restée à la France; enfin, il remporta les victoires fameuses de Senef et de Cassel.
Pendant cette guerre, la ville de Messine, dont on avait violé les privilèges, se souleva contre les Espagnols. Elle implora la protection de Louis XIV et lui offrit la souveraineté de la Sicile. Le chevalier de Valbelle, envoyé au secours des insurgés, traversa toute la flotte es-
agnole et apporta aux habitants de
lessine des vivres et des munitions.
Duquesne et le maréchal de Vivonne arrivèrent, l’année suivante, avec une nouvelle escadre de douze vaisseaux, et ils contraignirent la flotte espagnole à la retraite. Ruyter vint à son tour attaquer les Français. Il leur livra bataille près des Iles Lipari , et les combattit une seconde fois en vue du mont Etna. Dans ces deux rencontres , la victoire fut indécise; mais Ruyter mourut à Syracuse, des blessures qii’il avait reçues dans la dernière de ces affaires, et la mort de ce grand homme fut pour la France un avantage plus important que la victoire la plus signalée. Duquesne et le maréchal de Vivonne ne tardèrent pas à en donner la preuve : ils poussèrent leurs brûlots jusque dans le port de Palerme, où la flotte des Hollandais était entrée pour réparer ses avaries; ils en incendièrent la plus grande partie. Malgré ces succès, les Français, en voyant le caractère inconstant dès Siciliens, en considérant les haines implacables qui les divisaient, ne. pensèrent pas qu’il fût de leur intérêt de se maintenir dans un pays agité par tant de factions. Ils quittèrent la Sicile, abandonnant les Messinois à la vengeancedes Espagnols. Le marquisde Las Navas, chargé par la cour de Madrid de châtier les révoltés, fit mourir sur l’échafaud le plus grand nombre de ceux qui s’étaient déclarés contre l’Espagne. Les privilèges de Messine furent abolis, et la charte originale qui les consacrait fut brûlée sur la place publique par la main du bourreau.
Il y avait huit années que la guerre durait, quand, le 1 7 septembre 1678, on signa la paix de Nimègue. La France rendit aux Espagnols les villes de Charleroi , d’Ath, de Bincli , d’Omlenarde et deCourtrai, qu’ils avaient cédées par le traité d’Aix-
la-Chapelle; mais elle conserva toute la Franche-Comté, ainsi que les villes de Valenciennes, de Conde, de Cambrai, d’Aires , de Saint-Oiner, d’Ypres et de Maubeuge.
Il est à remarquer que le traité de Nimègue ne contient aucune stipulation relatives la Catalogne ;et cependant, depuis 1672, cette province avait été le théâtre de la guerre. On s’en tint aux conventions du traité des Pyrénées, qui fut expressément maintenu dans tous les points auxquels ne dérogeaient pas les traités d’Aix-la-Chapelle et de Nimègue.
Le roi atteignit sa majorité pendaut la révolte de Messine. Don Juan d'Autriche, au lieu de s'embarquer sur la flotte de Ruyter, pour aller en Sicile prendre le commandement des troupes espagnoles comme il en avait reçu l'ordre, s'empressa d’accourir à Madrid. Il espérait, succéder à la régente dans l’exercice de l'autorité; mais il se vit trompé dans son attente, et il fut obligé de retourner à Saragosse .■ il y resta une année. Il rassembla ses partisans, et se mit de nouveau en route pour Madrid, où il était appelé par le voeu général. Il convint aven ses amis que si les ordres du roi lui prescrivaient de retourner en Aragon, on les respecterait , mais qu'on n'y obéirait pas. Lorsqu'on sut à Madrid ue don Juan était eu route pour se renre à la cour, le peuple se prononça si vivement ensa faveurque la reine en fut troublée. Charles II, par une lettre en date du 27 octobre 1676, engagea son frère a venir partager avec lui le poids des affaires. La reine elle-même lui écrivit, pour le presser de se hâter. Don Juan fut nommé premier ministre et président de. tous les conseils de l’État. La reine fut éloignée des affaires. Valenzuela, dépouillé de tous ses emplois et de tous les honneurs qui lui avaient été proiligués, avait été se cacher dans le couvent de l’Escurial ; mais on l'arracha de cette retraite, et il fut déporté aux Philippines. Le nouveau ministre s’occupa des réformesqui lui parurentle plus urgentes. Il publia des lois somptuaires; il supprima le conseil des Indes, qui absorbait inutilement des sommes immenses; mais il resta trop peu de temps à la tête des affaires pour avoir pu rétablir l'ordre dans l'administration;
il mourut au mois de septembre 1679.
La reine fut rappelée à la cour et chargée des affaires, dans les circonstances les lus critiques. Les traités de Munster, ’Aix-la-Cnapelle et de Nimègue présentaient quelques lacunes : on y avait indiqué les Etats dont la souveraineté était abandonnée à la France , mais on n’en avait pas déterminé les limites. Louis XIV, pour réparer cette omission, institua dans les parlements des chambres chargées de rechercher les domaines qui pouvaient avoir été séparés de ces provinces , et il prétendit imposera l’Europe les décisions de ces commissions qui avaient reçu le nom de Chambres de réunion. En 1680 , le parlement de Metz prononça la réunion à la France de tous les fiefs démembrés des Trois-Évéchés.
Les Chambres de réunion ayant aussi décidé nue le comté d’Alost et le vieux bourg ae Gand feraient partie des domaines cédés, Louis XI V fit demander ue l'Espagne les lui remit. La cour e Madrid répondit qu'il n’avait aucun droit a la possession des villes réclamées ; qu’il ne les occupait même pas au moment où il avait signé la paix de Nimègue. Aussitôt Louis XIV fit investir Luxembourg. Cependant ayant appris que les Turcs faisaient de grands pré-
Îiaratifs contre la Hongrie, il ordonna a levée du blocus, pour laisser à la maison d’Autriche la liberté d’employer toutes ses forces contre les infidèles. Mais, l’année suivante, l’Espagne ayant persévéré dans ses refus, il s’empara de Courtray et de Dixmude. Il fit offrir de rendre ces deux places si on lui donnait en échange Luxembourg ou bienPampelune et Fontarabie. A ces injustes provocations, l’Espagne répondit par une déclaration de guerre; mais elle n’avait as des forces suffisantes pour résister son redoutable adversaire. Les Pays- Bas furent dévastés par les troupes françaises, gui ne se retirèrent qu’après avoir frappe le pays d’énormes contributions et après avoir rasé les fortifications de Courtray et de Dixmude.
Il n’était pas possible que l’Europe restât longtemps tranquille spectatrice de l’agrandissement de la France. En 1687, à l'instigation de Guillaume deNassau, prince d’Orange, fut formée la fameuse ligue d’Augsbourg, composée de
l’empereur, des princes d’Allemagne et du roi de Suède. Ces puissances coalisées avaient pour but de détrôner le roi d’An-
fleterre.etde mettre à sa place Guillaume e Nassau; elles voulaient avec leurs forces réunies attaquer et abattre la France, lif dépouiller de toutes ses conquêtes et les restituer à leurs anciens possesseurs. L’F.spagne n’hésita pas à entrer dans cette coalition : elle espérait recouvrer les belles provinces qu’elle avait été obligée de céder à Louis XIV; mais tout ne réussit pas comme les confédérés s’en étaient flattés. Si Louis XIV ne put pas les empêcher de détrôner le rot d’Angleterre, il leur prouva qu’il ne leur serait pas si facile de mettre à exécution le reste de leurs projets. En Flandre il remporta les victoires de Fleurus, de Leuse, de Steinkerque; en Catalogne, celles du Ter et de Barcelone; en Italie, celles de Staffarda et de Marsailles. Il prit Urgel, Belver, Roses, Palamos, Girone, Hostalrich et Barcelone, Luxembourg. Mons.Charleroi et Namur. Enfin, au bout de huit années d'une guerre acharnée, lesconfédérés, voyant que tous leurs efforts étaient infructueux , qu’ils ne servaient qu’à procurer à la France une nouvelle gloire et un accroissement de pouvoir, commencèrent à se fatiguer.
De son côté, Louis XIV avait offert de rendre la plus grande partie des conquêtes qu’il avait faites pendant cette dernière guerre. Il se contentait de la gloire d'avoir rendu vains tous les efforts de l’Europe conjurée contre lui. Il avait d’ailleurs ses vues sur la succession d’Espagne, et il désirait conclure la paix avant la mort de Charles II. Ce rii-ce avait été marié en premières noces Marie-Louise de Bourbon, fille aînée du duc d'Orléans. Après la mort de cette princesse, il avait épousé Marianne de Neubourg, fille du comte électeur palatin du Rhin; il n’avait d’enfants d’aucun de ces deux mariages; et les infirmités précoces dont il était atteint ne permettaient pas d’espérer qu’il pût laisser de descendants. Louis XIV voulut se montrer généreux envers un prince dont il convoitait l’héritage, et, par un traité de paix signé à Rvswick, le 20 septembre 1697, il lui remit toutes les places, villes et domaines qu’il avait conquis depuis la paix de Nimègue.
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Le roi de la Grande-Bretagne ne s’abusa pas sur le véritable motif de ces généreuses restitutions, et, dans la crainte que la couronne d'Espagne, en passant sur la tête d’un prince français, ne rompît l’équilibre si vanté de l’Europe, il parvint à faire signer par 1 1 France, l’Angleterre et les Provinces-Unies , un partage anticipé de la succession de Charles 11. On y attribuait la couronne d'Espagne avec les Indes et les Pays-Bas au fils de l’électeur de Bavière, comme représentant l’impératrice Marguerite, seconde sœur du roi d’Espagne. Le dauphin devait avoir la province de Guipuscoa et les royaumes de Naples et de Sicile avec tous les Etats que l’Espagne possédait en Italie , à l’exception du duché de Mdan, qui était attribué au second fils de l’empereur Léopold. La mort inopinée du prince électoral de Bavière vint anéantir cette combinaison ; mais aussitôt on rédigea un nouveau projet de partage : on y attribuait à l’archiduc d’Autriche, second fils de Léopold, l’Espagne et les Indes. On ajoutait la Lorraine aux États destinés au dauphin par le premier partage. Enfin on donnait le Milanais au duc de Lorraine, en échange de ses États. L’empereur , qui prétendait avoir la succession tout entière, protesta contre ce partage. Le roi de France avait les mêmes prétentions; mais il ne réclama pas, et il feignit d’être satisfaitde la part qui lui était offerte; cependant il négociait à Madrid pour se faire attribuer tout l'héritage de Charles II. De son côté, le roi catholique ne put voir sans indignation que les cours étrangères prétendissent partager sa succession de son vivant, et lorsqu’il pouvait encore déclarer sa dernière volon té.I I chargea ses am bassadeurs d’exprimer hautement ses plaintes; et, pour empêcher que la monarchie espagnole ne fût démembrée après sa mort, il se détermina à faire choix d'un héritier. Désirant , avant tout, faire ce qui était juste et ce qui pouvait être avantageux au pays, il demanda le conseil des jurisconsultes et des théologiens; mais les personnes qu’il consulta répondirent différemment, suivant les intérêts ui les faisaient mouvoir. La diversité e ces avis augmenta l’irrésolution de Charles II. Les sympathies de ce prince
étaient pour la maison d’Autriche, dont il était issu. Il était entretenu dans ces idées par la reine, par l’amirante de Castille, par le marquis de Melgar et par le comte d'Oropeza. Ces derniers seigneurs exerçaient sur l’esprit du roi l’influence la plus absolue. Charles If n’agissait, ne voyait que par eux; aussi , le peuple répétait qu’ils avaient employé la magie pour l’ensorceler. Le cardinal Porto-Carrero et l'inquisiteur général Roccaberti, qui favorisaient le parti de la maison de Bourbon , travaillèrent à répandre celte croyance superstitieuse, qui remplit de trouble et de défiance lame de ce malheureux souverain. Les infirmités dont il était atteint achevèrent d’accréditer l’opinion qu’on lui avait jeté un sort. Enfin, son confesseur, Frav Froylan Diaz, croyant de bonne foi tous ces "mensonges , faisait exorciser le roi par un capucin allemand, dont les prières et les anathèmes terrifiaient le malade et augmentaient sa pusillanimité naturelle. Le peuple, mécontent, demanda qu’on écartât de la cour ceux qui , disait-on, avaient jeté le sort. Le roi obéit au vœu populaire. La maison d’Autriche vit éloigner de cette manière ses plus chauds partisans. Charles II, dont la conscience était tourmentée par la diversité des avis qu’il recevait, résolut de consulter le pape lui-même sur une affaire aussi difficile et aussi importante. Il forma aussi une réunion de conseillers , prudents et intègres , pour examiner quel devait être son héritier, suivant les lois de la monarchie. Le résultat de leur délibération fut favorable aux prétentions de Louis XIV. Ils répondirent que la couronne d’Espagne devait revenir aux descendantsde Marie- Thérèse, sa sœur aînée, de préférence aux enfants de Marguerite , sa seconde sœur, nui avait été mariée à l’empereur Léopold. Quant h la renonciation à la couronne d’Espagne, que Marie-Thérèse avait faite en épousant Louis XIV , ils furent d’avis qu'il n'y avait pas lieu de s’y arrêter; d’abord, parce qu’elle était irrégulière , quelle n’etait pas consentie librement, et qu’elle n’avait pas été approuvée par les cortès ; enfin , parce que le motif qui avait fait exiger cette rénonciation, avait été la crainte devoir les couronnes de France et d’Espagne
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réunies sur la même tète ; que cet inconvénient pouvait être facilement évité, puisque Marie-Thérèse avait laissé plusieurs petits-fils, dont l'un pouvait régner en France et l’autre en Espagne.
Innocent II fut du même avis, et il répondit que les descendants de la sœur aînée devaient être préférés à ceux de la sœur puînée. A ces considérations, il s'en joignait encore une bien puissante : c’est que Louis XIV était seul en état d'empécner que la monarchie ne fût morcelée. Après tant de consultations en faveur de la maison de Bourbon , il semble que Charles II ne devait plus hésiter. Cependant, le 9 septembre, il écrivit encore à son ambassadeur à Vienne d’engager l’archiduc à venir promptement en Espagne. Mais l’archiduc ne vint pas. Le roi s’affaiblissait chaque jour. Enfin , sentant que sa dernière heure s'approchait , il craignit d’avoir à répondre devant Dieu du sang ui serait versé, s’il laissait indécis le roi t à sa succession. 11 fit donc appeler le secrétaire des dépêches, Ubila, et lui dicta ses dernières volontés. Il nomma pourson héritier Philippe, duc d’Anjou, second fils du dauphin. Dans le cas où ce prince viendrait à mourir, ou bien à hériter de la couronne de France, il lui substitua le duc de Berry , son plus jeune frère, et à défaut de celui-ci le deuxième fils de l’empereur; en dernier lieu, le duc de Savoie, de manière à ce ue la couronne d’Espagne ne pdt pas tre réunie sur la même tête avec la couronne de Franoe, ou avec la couronne impériale. Quand on lui fit la lecture de cet acte, ses yeux se remplirent de pleurs, et il, répondit tristement:
Cest Dieu seul qui donne les royaumes , parce quits lui appartiennent. Après qu’il eut signé ce testament, il se rendit à l’Escurial. Il voulut voir le lieu destiné à sa sépulture. Il fit ouvrir les tombes de ses ancêtres, et il baisa leurs os. Le cercueil de Marie-Louise d’Orléans , sa première femme , qu’il avait tendrement aimée, fut aussi ouvert.
En la voyant, il se mit à fondre en larmes. II voulut l’embrasser. On ne pouvait le déterminer à s’éloigner de ses restes. Quand il fallut qu’il la quittât, il lui adressa encore un triste adieu , et lui promit de venir lui tenir compagnie
5e Livraison. (Espagne.)
avant la fin de l’année. Il fut exact au rendez-vous : il ne fit plus que languir. On l'entendit souvent répéter avec amertume : Déjà nous ne sommes plus rien. Enfin , il mourut le Ier novembre 1700, et avec lui s’éteignit la branche aînée de la maison d’Autriche, qui régnait sur l’Espagne depuis deux siècles.
Quand la maison d’Autriche est montée sur le trône des rois catholiques , la monarchie espagnole était déjà la plus puissante et la plus riche du monde. Elle comprenait toute la Péninsule ibérique à l’exception du Portugal ; elle était maîtresse de Naples, de la Sicile et du nouveau monde. Le roi d’Espagne pouvait dire avec vérité, que le soleil ne se couchait jamais sur ses États. La maison d’Autriche vint joindre à ces nombreux domaines les Pays-Bas et la Franche- Comté. Enfin, sous Philinpell ,1e Portugal et toutes les conquêtes que les Portugais avaient faites en Afrique eteu Asie furent ajoutés à cette puissance déjà si redoutable.
Deux siècles entiers ne s’étaient pas écoulés, qu’il restait à peinedes vestiges de toute cette grandeur. Sous Charles II, l’Espagne n’avait plus ni armée ni marine : elle était, à cet égard, arrivée à un tel point de décadence, que, pour le transport des tabacs de la Havane et pour le courrier des Canaries , elle était forcée de recourir aux Anglais. Pour le service du nouveau monde, elle était réduite à emprunter des vaisseaux et des équipages aux Génois *.
Parquels malheurs, par quelles fautes l’Espagne a-t-elle été amenée à ce point de décadence ? « Tous les rois ue la « maison d’Autriche, dit M. Charles « AVeiss, pratiquèrent à l'extérieur une « politique envahissante; à l’intérieur une fr-
i M. Mignet ( Négociations relatives à ta succession d’Espagne, p. 29 ). Si on veut avoir une idée bien nette de rabaissement ou se trouvait alors l’Espagne, il faut lire l’introduction que M. Mignet a placée en tète de la grande collection des documents relatifs à la succession d’Espagne. Ces pages éloquentes contiennent le tableau le plus exact , te résumé ta plus lidéle de l'état de décadence où était toml>ée la monarchie de Charles V.
On peut lire aussi V Espagne depuis Philippe Iljusqis’ü ravenement des Bourbons , par M. Ch. tf'eiss. C’est un livre excellent, ou Pou trouve surtout une foule de documents statistiques du plus haut intérêt et de la plus scrupuleuse exactitude.
L’UNIVERS
« politique oppressive, qui toutes deux « précipitèrent la monarchie dans un abt- « medecalamités, et consommèrent enfin « sa ruine , après une longue agonie. »
« Sans aucun doute , a dit aussi M. Mi- « gnet, ce qui a perdu l’Espagne, c'est « cet ambitieux orgueil , c’est ce vaste « esprit d’entreprises, qui sesontempa- « rés d’elle , et l’ont jetée hors de ses « frontières naturelles, quand elle a dé- » bordé de toutes parts , et par terre et « par mer , sur l’Europe et sur l’Améri- « que. »
Cela est vrai. Cet esprit d’envahissement et de conquête a contribué à la perte de l’Espagne ; mais il ne l’a pas causée: il a été l’instrument de sa ruine et n’en a pas été le motif. Raconter les guerres que la monarchie a soutenues, les désastres qu’elle a éprouvés, lorsqu'elle s’efforçait d’étendre sa domination , c’est dire comment et non pourquoi elle est tombée.
Cette ambition et ce désir d’agrandissement sont dans l’esprit de tous les hommes. Au temps de Charles V, de Philippe II , toutes les nations en étaient possédées. Est-ce que l’Angleterre ne couvait pas des yeux l'Ecosse, la Guyenne, la Bretagne et la Normandie?
Est-ce que la France n’ambitionnait pas la Lorraine et les Trois-Évêchés , la Corse et le Piémont, Naples et le Milanais? Est-ce qu’en bonne conscience Charles VIN , Louis XII et François Ier étaient moins ambitieux que Ferdinand , que Charles V et que Philippe II ? Pourquoi donc cette soif de conquêtes , qui n’a causé en France que des malheurs réparables, a-t-elle été pour l’Espagne un élément de décadence ?
Est-ce que dans cette période de deux siècles l’Espagne a manque de bons capitaines? Au contraire, elle peut se vanter d’avoir mis à la tête de ses armées d’aussi grands hommes de guerre qu’aucun autre pays du monde. Elle cite avec orgueil Gonzàlve de Cordoue, Philibert-Emmanuel, don Juan d’Autriche , le duc d'Albe, le prince de Parme.
Est-ce que les ressources pécuniaires lui ont manqué? Elle avait plus de revenus qu'aucun autre pays. Elle tirait d’Amérique des métaux précieux en si grande quantité, que du commencement a la fin du seizième siècle la puissance du numé-
raire a diminué des quatre cinquièmes
Est-ce qu’elle n’a pas eu des hommes de génie en tous les genres, est-ce qu’elle a manqué de poètes, de littérateurs? Cette époque a produit des noms glorieux; « Mais, dit M. Charles Weiss ,
« ce qui était arrivé pour la littérature « en Italie arriva également pour celle « de l’Espagne; elles déclinèrent l’une et « l’autre environ cinquante aus après * que les deux pays eurent perdu leurs « libertés. •
Pourquoi chez un peuple qui réunissait tant d’éléments de grandeur et de durée , cette soif des conquêtes a-t-elle été une cause de ruine, quand elle ne produisait pas les memes résultats chez d’autres nations? C’est que la vieille constitution de la monarchie avait été détruite; c’est qu’il n’y avait plus en Espagne aucun pouvoir qui pût refréner chez le souverain l’amour immodéré de la domination. Quand En Jayme le Conquérant voulut s’emparer de Valence, les Aragopais, ne croyant pas que cette entreprise fût encore profitable au pays , refusèrent de s'y associer. Il fallut que le roi fit cette guerre en partie à ses propres dépens et à la tète de troupes levées en France. Mais les princes de la maison d’Autriche, en recevant la couronne, trouvèrent la lutte contre les cnnstitutionsdu pays commencée déjà par don Juan H et par Ferdinand le Catholique. Ils la poursuivirent avccacharnement. L’ambition de Charles V ne se borna pas à vouloir acquérir des domaines : il voulut aussi comprimer la pensée ; il se déclara l’ennemi de toute liberté religieuse ou politique. I.a guerre qu’il fit aux communeros anéantit les libertés de la Castille.
Sonsuecesseursuivit lainême marche.
« Au moment où l’Europe subissait tout entière une crise régénératrice , écrit M. Adolphe Guéroult, Philippe II se fit contre I esprit moderne le champion de tous les vieux pouvoirs ; le champion de l’autorité antique contre la liberté nouvelle, de l'ignorance contre l’esprit d’examen. Ce fut dans cette lutte qu’il employa et dissipa les immenses richesses de l’Espagne ». »
1 Mémoires de l'.Vcadémic de l’Histoire de Madrid (t. VI , p. sua. )
1 Lettres sur l’Espagne, p. 62.
La guerre désastreuse des Pays-Bas eut lieu , parce que Philippe essaya de violer les privilèges des Flamands. Le procès d'Antonio Pérezservit de prétexte pour faire disparaître les libertés de l’ Aragon. Ainsi les princes de la maison d'Autriche détruisirent successivement toutes les vieilles institutions, sans rien créer pour les remplacer. Debarrassé du contrôle des cortès et de l’entrave des fueros , le souverain put s'abandonner à tous ses projets d’envahissement et de domination. L’examen des ordres du roi était devenu en Espagne un acte factieux; les représentations étaient considérées comme un crime de lèsemajesté. La monarchie put alors marcher droit à sa perte. Voilà quelle est la cause première de la décadence de ce pays. Au reste, cette cause n’avait pas échappé à l’œil pénétrant des agents de Louis XIV; et M. de Rébenac, ambassadeuren Espagne, l’avait signalée aussi clairement qu’il était permis de le faire, en écrivant à un souverain qui avait dit : L’État, c’est moi. « Si onexa- « mine de près le gouvernement de cette « monarchie, écrivait le comte de Ré- « benac, on trouvera que le désordre v « est excessif; mais que, dans l’état ou « sont les choses , on ne peut presque y « apporter de changement sans s’expo- « sera des inconvénients plus à craindre « que le mal même; et il faudrait une « révolution entière avant d'établir un « ordre parfait dans cet État. Cette ré- « volution ne peut se trouver qu’en « changeant la forme de gouvernement ; «et les gens éclairés conviennent que « celui de la maison d’Autriche lescon- « duit inévitablement à une ruine en- « tière*. »
Qu'on y fasse bien attention; ce n’est pas un changement de personne que demande M. ile Rébenac; c’est une révolution complète. Il faut, dit-il, changer la forme au gouvernement. La maison d’Autriche avait établi en Espagne le despotisme le plus absolu. Si on ne voulait pas se laisser entraîner à une ruine inévitable, il fallait changer; et comineje l’ai déjà dit, en invoquant l’autorité de Montesquieu , le pouvoir dcs-
1 Mémoire* «ta comte de. Rébenac sur son ambsiende du Jn mai IBS». Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, supplément français, u" sa , r aai.
potique était resté sans contre-poids dans la Péninsule ; c’est ce qui a perdu la monarchie