II
Origine des anciens peuples sardes.
Temps fabuleux et historiques.
C'est le propre de tous les peuples, comme des familles, d'ambitionner une origine directe, de la plus haute antiquité : aussi, quelques auteurs donnent aux Sardes une origine phénicienne, sur la seule considération que ce peuple était navigateur; d’autres, une origine étrusque, parce que les Tvrrhéniens, conduits dans cette île par Phorcus , donnèrent à ses naturels ie nom de Sandaliotes, nom tiré de la configuration topographique de l'ile même , qui représente une sandale plutotquelaplanted'unpied(*), comme l’Italie a la forme d’une botte de cavalier, et la Belgique celle d’un lion, d’où est venu le n«m de Léo Delgicus ;**).
A l’entrée des montagnes , entre les villages de Laconi et de Serri, on
(*) Pline, liv. ni, rhap. 8, dit: Sartüniam i/isnm T i ma- us Sandaliotin appella.it ai effigie soir. a-.
(**) Voyez Ctesii Iso Be/gicut, 1660 .apud Elzevirios , livre qui fait partie des quatrevingt-cinq volumes des républiques.
SARDAIGNE
voit une construction singulière , qu'une vieille tradition du pays fait appartenir à un temps fabuleux, et
3 u on appelle le palais de Méduse, fille u roi Phorcns , chef de la colonie étrusque qui dut occuper la Sardaigne dix-sept siècles avant l'ère vulgaire.
C'est une espèce de château taillé dans le roc avec assez d’art, inaccessible par derrière, lisse et poli sur le devant, qui n’a qu’une seule fenêtre vers son sommet avec un anneau de cuivre attaché à la muraille : on ne peut le voir qu'à l’extérieur, attendu que les éboulements de terre en empêchent l'entrée.
Des archéologues attribuent au moyen âge cette construction très-curieuse.
Un ' historien moins romantique , Syl vins Italiens, fait dériver le nom dé Sardaigne de Sardus , chef de Libyens, qui vint donner des lois aux naturels de cette île fertile, et leur imposa son propre. nom que, par reconnaissance, ils ont conservé jusqu’à nos jours. C'est au cap dit de la Frasca que se trouvait, si on en croit le géographe Ptolémée, le tombeau élevé par les habitants à la mémoire de leur législateur, Sardus Pater, qu’on honora longtemps sous le nom d Hercule.
On ne saurait préciser l’époque de la descente que fit dans le midi de la Sardaigne, au dire de l'historien Pausanias , un Ibérien nommé Norax , rétendu fondateur de la ville ruinée e Nora , ville qui occupait la partie méridionale de l’ile sur le territoire de Saint-Effisio, tout près du village de Pula, à sept lieues de Cagliari. Son identité, dit le chevalier Ferrero, est aujourd'hui reconnue par des inscriptions nouvellement découvertes. C'est dans cette région que l’on voit bien distinctement les restes d’un ancien aqueduc romain superposé a une noraghe, qui en cet endroit tient lieu de pilier. Aristote, dans son livre de Mirabilibus , avait parlé des héros qui dorment dans la Sardaigne, ajoutant qu'on voyait là, aux temps de Jolas, neveu d’Hercule, des constructions très-anciennes.
Les noraghes , dit Manno , sont de
célèbres tombeaux énigmatiques des chefsdes tribus, et des pyramides bizarres, que l’on compte nu nombre de plus de trois mille en parcourant l’Ile sarde, car le seul territoire de Nulvi, près du village de Sorso, en contient cent et plus. Nous observerons à ce propos que rAmérique(notamment le Mexique et le Pérou) est couverte de noraghes qu'on assure être composées de pierres, très-semblables par leurs dimensions à celles de la Sardaigne. Ces monuments éternels, à cause des énormes masses de pierres enchevêtrées les unes avec les autres, s’élèvent en cônes solides par des bâtisses à sec(voy pi. 2), et leur architecture originale [trouve l'enfance de l'art de bâtir; elle remonte à la plus haute antiquité. La noraghe dite de V .trgentiera est garnie de pierres blanches qui lui donnent la forme d’une grosse tour sépulcrale ; celle de Santo Sanlino , si magnifique, est une des plus curieuses et la mieux conservée. Nous sommes redevable à M. Crivellari , qui a parcouru toute l'Ile, du dessin de la planche que nous publions; il nous -a (lit être descendu avec beaucoup de peine dans plusieurs de ces monuments qui sont presque inhabitables, et ne servent que de refuge aux bergers. On regrette ici què le célèbre antiquaire M. Petit-Radel , de l’académie des inscriptions , ait cru pouvoir assimiler ces bâtisses aux murs de Ferentino et de Fondi, les premiers décrits et publiés par madame Dionigi, Romaine, les autres visités par nous-même, en 1814, attendu que ces dern iers sont composés de masses bien plus énormes, de trapèzes liés entre eux. Dans les temps antiques on croyait plus solide cette manière de bâtir, et les hommes employés à transporter de si gros blocs de pierre , désignés sous le nom de Cyelopes, firent donner à ces constructions le nom de murs cyclopéens.
Ces tombeaux , appelés par les Sardes nuraghes ou noraghes , ont jusqu’à cinquante pieds de hauteur dans leur état de construction et quatre-vingtdix pieds de diamètre; ils se terminent en cône surbaissé et sont en général
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construits en pierres calcaires, mais quelques uns en granit mal taillé et sans aucun ciment. La porte d’entrée est formée par une architrave plate; elle est aussi très-étroite et basse comme celle du tombeau de Cyrus décrite par Arrien. En examinant l'intérieur de ces monuments, on y voit des niches ou columbaria, comme dans les plus anciens tombeaux de Rome, -ce qui prouve jusqu’à l’évidence que ces édifices ont servi de sépultures , cependant avec quelque différence, car les columbaria romains contenaient seulement les urnes cinéraires, tandis que les noraçhes étaient construites pour recevoir les corps humains tout entiers, ce qui est en rapport avec les mythologies égyptienne et chinoise. La croyance religieuse débitait et débite encore à la Chine que l’âme ne se sépare point du corps avant son entière consomption, lorsqu’il a été conservé dans la tombe. On a trouvé dans quelques noraghes des crânes humains, probablement de personnes qui y furent ensevelies dans des temps modernes.
L’origine de ces tombeaux est, avec quelque raison, attribuée à l’Ibérien Norax, chef d’une colonie, et nous croyons qu'il a été enterré dans un mausolée de forme cylindrique, et que ces tombeaux prirent de la en Sardaigne ladénominalionde noraghes, car, dans Elle de Minorque, il existe des monuments tout à tait semblables auxquels on donne un autre nom. D’autres ont suppo>éque les noraghes avaient été anciennement con-truites par les pâtres du pays pour se mettre à l’abri des injures du lern|»s ; mais on observe que ces monuments sont presque tous auprès des villes, et construits non pas dans le voisinage des rochers, mais dons des lieux où fl n’existe pas de pierres de cette forte dimension.
Laissant de côté toutes les traditions incertaines, l’histoire parle de l’arrivée en Sardaigne de ces malheureux Grecs, expulses de Troie vers l’an 1184 avant l'ère chrétienne. Montesquieu nous apprend d’après Aristote que le grand Aristide avait donné à cette colonie grecque les principes de
l’agriculture; que les Carthaginois, très-entreprenants, lorsqu’ils furent assez forts pour tenter des conquêtes, occupèrent la partie méridionale de la Sardaigne, et fondèrent la ville de Kaiaris, Cagliari(*), ville importante, séparée de l’Afrique par une espèce de grand canal que traversent sans cesse les navires commerçants.
Les Carthaginois prirent possession de toute la Sardaigne vers l’an 528 avant J. C. , et y restèrent pendant trois siècles, sans pouvoir consolider leurs conquêtes autrement que par des actes de barbarie, tels que de faire abattre les vignes, les arbres fruitiers, et d'obliger les malheureux habitants à se réfugier dans des cavités creusées au milieu des rochers.
La première expédition faite par les Carthaginois en Sardaigne fut sous la conduite de Macheos, auquel les Sardes, aidés par les Corses, opposèrent une ferme résistance, et qu’ils obligèrent de retourner à Carthage avec les débris de ses troupes.
Quelque temps après , le gouvernement de Carthage voulut tenter une nouvelle expédition contre l'île de Sardaigne, sous les ordres du général Asdrubal; celui-ci fut non-seulement battu sur terre et sur mer, mais encore blessé assez grièvement dans une bataille.
L’historien Cambiagi donne les détails d’une expédition vigoureuse opérée sous la direction du même Asdrubal, avec des soldatsque les Carthaginois prirent dans l’Espagne, déjà tombée sous leur domination] L’ile fut attaquée sur plusieurs points au moment où les Sardes ne s'attendaient pas à de telles hostilités : le carnage fut épouvantable; les uns plièrent sous le joug dn sénat de Carthage, et les autres se sauvèrent dans les montagnes, où ils menèrent une vie nomade, ne vivant que de lait et de la chair de leurs troupeaux, n’ayant pour s'habiller que les peaux de leurs brebis. Ce sont ces montagnards qui, toujours persécutés, sont cependant indiqués dans les anciennes his-
(*} Claudien de bello Gddonico.
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toires comme des peuples pasteurs, ne vivant que de pillage et de la moisson des cultivateurs de la plaine.
L'historien Azuni atteste qu'en outre on défendit aux Sardes toute sorte de commerce avee les étrangers, et qu’on faisait noyer ceux qui venaient dans file pour trafiquer avec les gens du pays ; attestation appuyée par l'autorité d'Aristote, de Polybe et de Strabon.
L’aveuglement cruel de la politique carthaginoise appela les Romains à recueillir les fruits d'une stupide férocité; ils tendirent la main aux opprimés. Maîtresse de la Sicile par la victoire remportée sur Hiéron, tyran de Syracuse, la république tourna' ses vues vers la Sardaigne, qui se trouvait en état d’insurrection permanente contre ses oppresseurs, et elle décréta la guerre aux Carthaginois.
Alors les Romains vainqueurs ordonnèrent au consul Lucius Cornélius Scipio de faire la conquête des iles/ie Corse et de Sardaigne en l’an 494 de Rome, et une paix provisoire fut conclue avec leurs rivaux, les Carthaginois, qui payèrent deux mille deux cents talents de contribution (onze millions de francs).
Les Romains, maîtres du littoral et de la ville de Cagliari, ne purent pendant longtemps , comme les Carthaginois, soumettre les peuplades indépendantes des montagnes, peuplades entremêlées de réfugies trovens, étrusques et d’autres bannis. Les mêmes Carthaginois, pour se venger, excitèrent, vers differentes époques, à la révolte ceux qui, parmi ces Sardes rebelles et toujours jaloux de leur indé-
Emdance , avaient été vaincus par les omains.
Ia première révolte éclata vers l’an £3à avant l’ère vulgaire. T. Manlius, Torquatus, ayant battu les insulaires, retourna bientôt à Rome pour obtenir les honneurs du triomphe.
Deux ans hprès, les Sardes, à l’exemple des Corses, se soulevèrent de nouveau; mais le sénat envoya contre eux Pomponius Matlio, qni triompha sans cependant les dompter, car, l’année suivante, ils reprirent les
armes. Le pays fut pacifié ensuite par ce consul, qui, en fan 231, publia, d’après l'ordre de la république, la réunion de la Sardaigne aux provinces romaines.
La révolte du prince sarde Harsicoras , chef d’un petit État dans les montagnes, fut excitée par les Carthaginois, sous la direction d’Asdrubal Calvus : ils ravagèrent les terres de tous ceux qui n’étaient pas leurs partisans. Le sénat expédia de nouveau Torquatus; celui-ci, arrivé dans l’île, plaça son camp en face de celui du prince rebelle, qui s’occupait dans les montagnes à faire des levées de soldats. Son fils Hiostus , jeune , courageux, attaqua les Romains, mais il fut battu, et se retira avec ses soldats en désordre. Une affaire générale eut ensuite lieu après lajonction des Carthaginois; les deux armées se battirent avec acharnement; Hiostus fut tué et le père se donna la mort.
ManiiusTorquntus, victorieux, poursuivit les débris des vaincus, soumit le* villes entraînées à la révolte, imposa des contributions, et détruisit la ville de Cornus , résidence du prince rebelle.
La sévérité du général romain assura la tranquillité et la paix dans l’île pendant de longues années; mais les exactions et les concussions des préteurs firent enlin éclater une révolte générale; le sénat expédia alors Titus Sempronius Gracchus, lequel, comme on lit dans Tite-Live au liv. xu, chap. xvu et xx vin, après deux campagnes et plusieurs batailles, fut victorieux, soumit à l’obéissance toutes les tribus sardps qui s’étaient révoltées, et leur imposa une contribution en argent et en denrées. Après la pacification de cette province, Gracchus envoya à Rome deux cent trente otages pour annoncer au sénat cette heureuse nouvelle, obtenir pour lui les honneurs du triomphe, et solliciter la permission de revenir avec son armée. Le sénat, après avoir entendu la députation sarde dans le temple d’Apollon, accorda cette double demande; il ordonna que quarante des plus fiers ennemis fussent sacrifiés , et que Sempra-
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nius restât dans File avec son armée pendant l’année entière (*).
Rome demeura enfin triomphante des Carthaginois, et, après la destruction de Carthage, la destinée de la Sardaigne fut fixée : elle forma une partie intégrante de cette grande nation , à l’exception toutefois des peuplades montagnardes , qui furent appelées Ralari ou Barbari. On envoya en Sardaigne plusieurs préteurs, dont le plus probe tut Cato Marcus Porcius dit le Sévère, l’ami du poète Q. Ennius, Calabrais établi dans cette fie, et que Caton conduisit à Rome avec lui vers l’an 170 avant Père chrétienne. Le sénat, pour opérer une fusion complète , .éleva au rang de cités romaines les villes principales de Kalaris, Sulcis, Nea polis , Rosa , Nora , Olbia, Forum Trajani. Pour tenir en respect les nouveaux citoyens, deux colonies romaines furent fondées, l’une à Usellis. l’autre à Turris, et par l’amalgame politique des deux peuples on obtint la paix des familles.
Les destructions du temps, et plus encore les dégradations opérées par la main de l'homme, ont renversé les
Précieux édifices de l’antiquité dans fie de Sardaigne; cependant, on remarque encore aujourdhui à Cagliari les restes d'un ample amphithéâtre , et à Nora de vastes aqueducs ruinés, ce qui prouve que les Romains ne portèrent pas à ce pavs moins d’intérétqu’à tous ceux de leur domination,
(*) O que Tile-Live raconte ou chapitre xxvni, doit se rapporter, à noire avis, non à une nouvelle rébellion des Sardes, comme quelques historiens ont peusé, niais au triomphe qui fut accordé à Cracchus précédemment, parce qu'il avait en différentes batailles tue ou fait prisonniers plus de quatre-vingt mille relielles. Pour concilier les faits des deux chapitres, il faut observer que Tite-Live, au chapitre xxxi, dit que M. Aurèle, préteur, fut , après Gracchus , envoyé eu Sardaigne avec une légion nouvelle ; en conséquence, l'inscriptiuu placée dans le temple, et transcrite au chapitre xxxvni, doit être attribuée au triomphe décrété par le sénat.
qu’ils décorèrent de si beaux monuments.
Les bains d'eaux minérales et les thermes construits par les Romains étaient magnifiques et ornés de marbres. On trouve à Codrongianos des restes des anciens thermes dits Aqux h y psi ta lise. Le pont sur le Turritano est un ouvrage romain. A Terranova, qui est l’ancienne Olbia , et à Sassari, on voit de vieux aqueducs qui ne sont cependant ni aussi conservés, ni aussi curieux que ceux de la ville de Cagliari , dont l’eau était prise à cinq lieues de distance de la capitale, à la suite de travaux d’une grande difficulté que les barbares ont presque ruinés, mais dont on admire encore les débris.
Jules César, après son triomphe sur Pompée, au retour de l’expédition d’Égypte , s’arrêta un mois à Cagliari; il mit une contribution d’un million de francs sur la ville de Sulcis (*), qui avait donné asile à la flotte de Nasidius et fourni des vivres et des secours à ce partisan de Pompée. Octave , lorsqu’il fit le partage de l’empire avec M. Antoine, se mena la Sardaigne à cause de sa fertilité. Tibère fut peu favorable aux Sardes:
sous prétexte de confectionner des ouvrages publics, il envoya quatre mille juifs pour être employés a de rudes services, et il infecta le pays d’une foule d’hommes corrompus. Voyex Tacite, Annales, liv. 2.
Il paraît même qu’au temps de Tibère (a Sardaigne eut un préteur particulier, et que son gouvernement fut séparé de celui de la Corse, qui, jusqu’alors, n’avait formé qu’une seule province. Le gouvernement de Rome, très-sage et très-politique, mit un grand soin à établir en Sardaigne et a y maintenir des moyens de correspondance, ce qui a contribué à la prospérité et à la tranquillité publique. Jetons un coup d’œil sur l’itinéraire d’Antonin , et nous verrons combien de routes
(*) L’ancienne position de celte ville est presque ignorée, et les savants different d’opinion à cet égard.
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unissaient entre eux les différents villages. Des pierres milliaires qu'on découvre à chaque instant, ainsi que plusieurs débris de voies romaines, surtout dans la partie centrale de lîle , viennent à l'appui des récits des historiens anciens.
Vers l’an 303, le christianisme s'établit en Sardaigne apportant avec lui légalitéévangélique ; bientôt sous l’em-
Cereur Dioclétien , il y eut de nomreux martyrs, parmi lesquels on citait saint Efisib , qui est aujourd'hui le protecteur de cette Ile.
Elisio était un des généraux de l'empereur qui fut envoyé en Sardaigne avec des troupes pour réduire les chrétiens. A peine arrivé dans l'ile, il fut cohverti lui-mème par ceux qu’il venait combattre, et, la croix à la main, il marcha contre les barbares de l’intérieur toujours indomptables; mais, après les avoir battus, il fut forcé de les laisser avec leurs idoles et leur indépendance.
Dioclétien , informé de la conversion à la religion chrétienne de ce général , le livra aux bourreaux, et EOsio reçut la mort avec intrépidité.
La politique romaine voulait établir partout dans les provinces conquises l’unité de religion : on imposa donc aux Sardes les divinités de Rome, sans toutefois arracher les insulaires à la dévotion qu’ils ont conservée pour Sardus Pater , qu’ils adoraient sous la forme d’Hercule. Les historiens n'ont point parlé de la religion primitive de ce peuple; mais, d’après l’idole que le chevalier Ferrero la Marmora nous a présentée ( planche 3 ) , on peut penser qu'ils avaient avec les Carthaginois des croyances communes. En effet, l’idole en bronze que uous donnons représente l'Hercule sarde avec sa massue et le . bâton pastoral qui indique la protection accordée par Sardus à l’agriculteur et au berger, professions qui forment la richesse principale de la Sardaigne.
La tunique dont l’idole est revêtue est semblable à celle qui a été conservée par quelques paysans sardes , comme nous le ferons observer plus bas.
Avant de parler des vicissitudes souffertes sous ces barbares par les Sardes , il est important de donner une idée de leur ancienne industrie agricole, de leurs revenus et de leur religion sous la domination romaine.
Rome tirait de la Sardaigne une assez grande quantité de miel, dont In saveur était un peu amère, à cause des Ileurs des plantes aromatiques sur lesquelles les abeilles le recueillaient; on tirait aussi de la cire et une énorme contribution en blé, par la dîme sur la récolte, ainsi que cela se pratiquait dans les provinces dites Decumanæ , contrairement à l'usage suivi pour celles qui payaient les impôts en argent, et qui étaient désignées sous le nom de StipendiarUe prov Incise.
Des invasions des barbares du Nord, des Maures ou Sarrasins.
Après huit siècles de domination romaine, à la chute du vaste empire, les Sardes furent, comme l’Italie, op-
firimes par les barbares du Nord qui, es uns après les autres, de la Scandinavie et des autres régions septentrionales , descendirent de leurs forêts pour revêtir les manteaux des Césars si richement brodes et s’emparer des trésors du grand empire.
A la mort de Valentinien III, vers l’an 455, le roi Genséric, à la tête d’une armée considérable de Vandales , réduisit, en l’an 45G, les Sardes à l'esclavage, jusqu’à ce que Bélisaire, vainqueur du roi Gélimer, eût envoyé Cyrille pour occuper la Sardaigne. Les Goths, commandés par Totila , s’emparèrent aussi de cette île, en l’année 547, mais ils en furent chassés par Narsès au bout de cinq années.
Il ne parait pas que les Lombards aient étendu leur domination sur l’ile de Sardaigne, et c’est au pape Grégoire le Grand que cette île en est redevable : en effet, en l’an 598, ayant appris qu’Agilulphe, duc de Turin, époux de la célèbre Théodelinde, veuve d'Autharis, roi de Lombards, méditait
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une descente dans Me, Grégoire s’empressa d’en prévenir l’évêque Genuario, qui Ht aussitôt prendre les armes au peuple sarde pour sa défense.
L'histoire de la Sardaigne offre peu d’intérêt jusqu’à l'année 720, époque de l’invasion des -Maures ou Sarrasins , qui dévastèrent tous les monuments et opprimèrent le peuple. Ce fut alors que Luitprand, roi des Lombards, envoya aux Sardes des secours d'hommes et d'argent, à l'aide desquels ils parvinrent a chasser les Maures vers l’an 739; mais les luttes continuelles avec les Maures d’Afrique, déjà dominateurs en Espagne, obligèrent les Sardes, en 815, à se mettre sous la protection de Louis le Débonnaire, roi de France, empereur d'Occident, qui envoya en 820 une escadre, commandée par Boni face, comte de Lucques, pour exterminer les pirates sarrasins.
Louis le Pieux exerça quelque juridiction dans cette lie' par la confirmation, en faveur de l'église romaine, des donations qu'avait faites en Sardaigne * Charlemagne son prédécesseur. Ceiuici , en effet, pour consolider la paix et rendre le peuple plus obéissant, apres avoir détrôné son beau-père Didier, dernier roi lombard , avait confié aux évêques le gouvernement politique, pouvoir bientôt reconquis par le peuple, qui le mit entre les mains des représentants de la république, sous le nom de podestats ou de. juges, ou sous d'autres titres. Les Sardes crurent devoir aussi en cela imiter les républiques d’Italie du moyen Age : le clergé et le peuple élurent des chefs stationnaires , et l'ile fut partagée en quatre
fretits F.tats. Cette division af faiblissant es forces nationales, appela de nouveau les Maures, et le kalife Moe/.-Ledin- Allah, en 970, fit une descente dans la Sardaigne, où il exerça pendant trente ans son autorité royale.
Le pape Jean XVIII, prévoyant les malheurs qui résulteraient pour l'Italie, de l’installation des 'musulmans en Sardaigne, d'où ils pourraient à leur aise exercer la piraterie , publia un bref par lequel il accorda ? en l’an 1004, l’investiture de l’ile a
l'heureux guerrier qui parviendrait a la délivrer des Maures. En 1017, les Pisans et les Génois y tentèrent, sans beaucoup de succès, üneexpédition;ce fut alors que le pape Benoit VIII prêcha une croisade pour la délivrancede l’ile ; mais les Pisans, déjà, maîtres de nie. furent repoussés par Musset venu d’Afrique ; enfin Léon IX prêcha une nouvelle croisade, et le roi Musset, fait prisonnier, mourut à Pise, âgé de plus de quatre-vingts ans.