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VIII

De la grande route royale, en Sardaigne, de 1829, ordonnée parle roi Charles-Félix.

En 1820 (*) , l'intendant général des ponts et chaussées de Turin envoya l’ingénieur Carbonazzi , dans l’ile de Sardaigne pour explorer le terrain.

Celui-ci trouva partout une douce hospitalité et nue sécurité parfaite dans le centre de Plie, mais il n’aperçut plus toutes les traces des anciennes communications romaines; il lui fallut aller à cheval pour reconnaître pas à pas le terrain où la nouvelle route devait passer. A son retour à Cagliari, le 15

(*) Au moment où nous imprimons rrt ouvrage, nous lisons avec plaisir la loi votée aujourd’hui, 17 juin r.839, par le chambre des députés, qui accorde cinq millions pour ouvrir deux graudes roules en Corse. . ■

SARDAIGNE

juin de la même aunée, il présenta au vice-roi le plan qu’il avait conçu de faire une route centrale avec des routes de communication aux villes et communes. Le congrès permanent de Turin donna son avis en faveur du projet Cnrbonazzi, projet que le roi Charles- Félix, à son arrivée dans la capitale, lorsque les troubles de mars 1821 eurent été apaisés, approuva par une ordonnance du 27 novembre. La route royale de Cagliari à Sassari fut alors commencée; elle fut partagée efl plusieurs sections, savoir, de Cagliari à Monastir (planche 8), à Serrenti, à Oristano; de cette ville à Macomer, à (kidrongianus, position charmante, où la routé fait insensiblement le tour de la montagne isolée dite Monte Shato, qui forme un pain de sucre, et de là à la ville de Sassari et Porto Torres, parcourant deux cent quarante-cinq mille mètres, c'eSt-à-dire cent vingt-sept milles d’Italie; et les dépenses n’excéderent pas quatre millions de francs. Cette route n’était pas encore terminée en 1828, que déjà plusieurs autres routes furent tracées dans les provinces d’Iglesias, d'Ogliastra , de Bosa et d’Orosei , aboutissant toutes à la route centrale ; et les villages percent actuellement des communications utiles à leur commerce, tandis qu'une compagnie vient d’établir une messagerie qui transporte, comme nous avons dit , d’un cap a l'autre de l’Ile les voyageurs et les effets de commerce. On a* découvert des traces de routes romaines allant du port de Nurri à Sadali, à Seni, et l’ingénieur en chef s’est convaincu que les anciens avaient suivi la même ligne que celle tracée par lui pour la construction de cette magnifique route, qui éternisera le nom du roi qui l’a ordonnée, et qui donnera une nouvelle vie a une population laborieuse et misérable, à cause de la difficulté qu’elle éprouvait à vendre ses productions.

Certainement, aujourd’hui, la prise et la conservation d’Alger, la destruction de la piraterie des Arabes d’Afrique, l’établissement du royaume de la Grèce, l’un des fastes les plus glorieux de notre siècle, la civilisation crois-

santé de l’Égypte, et enfin la facilité des communications pour activer le commerce extérieur avec Gênes et les autres ports de l'Italie, de la France, et de la malheureuse Espagne , les expéditions même aux Indes, tout cela doit contribuer à la prospérité de la Sardaigne.

Après avoir désigné les stations de la grande route royale, l’ordre des choses exige que nous parlions des villages les plus remarquables, et des villes qui se présentent aux voyageurs.

Le premier est Monastier, village peu considérable, mais très-pittoresque; on y voit les difficultés que l’ingénieur Carbonazzi a dû vaincre, et les fortes dépenses nécessitées par la construction d’un pont en pierre de seize mètres de corde d’une construction vraiment romaine, pour porter le nivellement de la route jusqu’à la crête de la montagne (planche 8), et de là parvenir à Servepti et à la ville d’Oristano, dont nous avons déjà donné la description.

Nous arrivons par une montée de six cent cinquante-quatre mètres au-dessus du niveau de la mer, au village de Macomer, village mémorable dans les fastes sardes, car les historiens attestent qu’en 1347, près de ce village, eut lieu la bataille que les frères Doria, maîtres d’Alghero et de Château Génois , donnèrent à Gernod , fils du lieutenant général espagnol, qui, par sou audace, périt victime avec l’élite de la noblesse espagnole. Les secours arrivèrent, et la ville de Sassari fut bientôt délivrée, tandis que les Doria se réfugièrent sur les galères génoises, qui s’éloignèrent en mer.

La position de Macomer fut fortifiée en 1411 , comme la clef très-importante pour pénétrer dans le judicat des Arborei ; les constructions furent ordonnées par le vicomte Americ de Narbonne , juged’Oristano , afin de s'opposer aux Doria et à leurs compagnons.

Enfin Léonard d’Aragon, marquis d'Oristano, vers l’an 1478, ambitieux de dominer toute la Sardaigne, se fortifia à Macomer, où il fut battu, et conduit prisonnier avec ses enfants à Valence.

En suivant la route, nous arrivons

L’UNIVERS

au tillage de Codrongianus (plancheD), fort d'une population de quatorze cent soixante et quatorze habitants, où le chemin, en faisant le tour du Monte Shato, espèce de pyramide tronquée à la moitié de sa base, présente un point de vue très-agréable , et une descente facile au milieu d'oliviers et d’arbres fruitiers, pour de la arriver à la ville de Sassari et a Porto Torrès, par le tracement du profil général de cette grande route royale.

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