‹ EspagneChapitre 58 sur 153 · S IX · texte numérisé non relu

S IX

Des routes de communication arec la grande route royale.

La route royale dont nous venons de parler n’aurait pas entièrement atteint le but conçu par le sage roi Charles-Félix, sans l’accomplissement des routes provinciales, que le même ingénieur Carbonazzi fut, en 1830, chargé d’établir.

. La première route entreprise fut celle dite de l’Ogliastra di Monastir à Serri, d’une étendue superficielle de trente-huit mille mètres, en passant par Senorbi et Mandas. On voit quelles furent les difficultés vaincues pour arriver à Monastir ( planche 8), petit village au sommet de la montagne. Cet arrondissement, qu’on appelle Ogliastra, est un des arrondissements les plus vastes; le tribunal préfectorial et l’intendance sont dans la ville de Lanusei. Le pays est montagneux, mais cependant assez arrosé par (les torrents et des ruisseaux qui lui donnent une grande fertilité. Il produit en quantité des figues, des cerises, des oranges, des limons, du maïs, des citrouilles d’un poids de trente livres, des pastèques, des melons, du vin qui passe pour être le meilleur de Pile après celui ae Cagliari, et des truffes blanches comme celles du Piémont. La principale richesse de cette population , qui monte à vingt-cinq mille dînes, consiste dans les oliviers dont le pays est ouvert; et le gouvernement ri'a

?|u’à mettre des prix pour le pereetionnement de leur greffe , on obtiendra alors une riche branche

de commerce. L’OgliastrS possède encore des mines d’argent et de plomb :■ sur le territoire de Talana , on voit des traces de la fameuse mine d’argent , qui donnait, dit-on, le produit de soixante et quinze pour cent. Quant aux mines de plomb, elles sont plus abondantes dans la Sardaigne que celles de fer dans Pile d’Elbe, car on en rencontre, pour ainsi dire, à chaque pas, et la galene la moins avantageuse donne presque toujours cinquante à soixante pour Sent; elle contient, en outre, une once et demie d’argent par quintal.

Les Romains tiraient de la minière de Monteponi une grande quantité de plomb pour leurs usages, et Pile de Saint-Antioche, où était la très-ancienne ville de Sulci, portait le nom A'insula Plombea, à cause de l’abondance du plomb qu’elle produisait.

Ces avantages naturels du pavs sont malheureusement détruits par l’insalubrité de l’air, qui se trouve en proportion de la fécondité du sol, et fait de l’Ogliastra une véritable plaie dans la saison des intempéries.

La seconde route conduit à la ville d’Iglesias, forte de six mille âmes, avec un évêché qui a un superbe palais et une cathédrale très-petite, où la seule chapelle riche est celle de Saint- Antioche; elle est située dans le fond d'une belle vallée formée par des collines, arrosée et fertile en productions de toute espèce. Cette ville est la capitale d’une province très-petite, administrée par un intendant, mais elle est abondante en oranges, surtout à Domus-iNoas, où existe la très célèbre grotte d'.dcqua Rutta, que les voyageurs vont visiter comme un objet de curiosité, car elle traverse la montagne et met en communication deux vallées.

Cette route se termine vis-à-vis de l’fle de S. Antioco, ancienne colonie carthaginoise, placée sur les débris de laves, de brèches et autres productions volcaniques, avec de nombreuses grottes où on fait à la lumière la chasse aux palumbes.

La troisième route est dénommée Delta Marmilla; elle conduit à Usel- Itis, village qui occupe une partie de la

SARDAI|GNK.

place que tenait la colonie romaine, et de là à Oristano , capitale de la province la plus riche et la plus fertile de l’ile. La plaine produit des graines de la plus parfaite qualité; toutes les variétés de vins, parmi lesquelles on distingue la Vernaccia; de l'huile, des fruits excellents, et les plus belles espèces de plantes potagères. Les deux étangs de Santa-Giusta et de Sassu, qui en font partie, ont des pêcheries d'un trèsrand rapport : les boutargues (œufs e poissons salés confits dans du vinaigre; que l'on en tire forment un commerce assez considérable, et les huîtres de Terralba sont fort estimées des gourmands.

On voit à Marrubio, entre ces deux lacs, des vestiges d'anciens bains romains d'eaux thermales qu'on appelait Aqux, Neapolitanæ.

La ville d'Oristano, dont nous avons donné la description, était la capitale des juges Arborées, qui, d’abord chefs de la république, devinrent ensuite, comme en Italie les Visconti, les Malatesta, les délia Rovere, les chefs dominateurs. Cette ville, maintenant le centre des communications des deux caps; la même ville, qui était autrefois le lieu de passage des voyageurs à cheval, est aujourd’hui la station d'une diligence périodique qui traverse l’ile avec rapidité.

On a essayé, il y a une cinquantaine d'années, d’acclimater dans les environs d'Oristano le mdrier blanc qui nourrit les vers à soie; mais, malgré les encouragements du vice-roi, cette culture n’a pas réussi à cause de l'excessive chaleur du climat; ce qui arrive aussi dans d'autres pays par suite du froid. Ce fait prouve que les nations comme les familles ont besoin les unes des autres, car non omnis Jfert omnia tell us ; et si une nation avait dans son sein toutes les productions d'agrément, telles que la soie, le sucre, le coton, l’indigo, etc., elle se trouverait alors isolée, et son industrie ne trouverait plus de débit, faute d’échange, pour activer la balance commerciale.

Près du village de Cabras, très-renommé pour la grosseur et la bonté de

scs raisins secs, on voit Nurachi , qui a un marais d'une lieue de circuit Là les paysans sont souvent effrayés dans la nuit par des bruitsdiaboliques sourds et prolongés. Il est à supposer qu'il existe un gouffre dans lequel se précipitent rapidement, par intermittence, des eaux souterraines, lorsque les pluies ou la fonte des neiges en ont augmenté le volume. C'est ce iiu’ou observe dans la fontaine intermittente de l'abbaye d’Alte-Combe, sur le lac du Bourget, où l'eau fait des éruptions dans la vallée avec un bruit plus ou moins fort, suivant l'impétuosité de l’évacuation des eaux.

Cette même route de Mermilla aboutit à la ville d’Ales, chef-lieu de canton dépendant du tribunal d’Oristano , siège épiscopal qui possède la plus belle église cathédrale de la Sardaigne; église construite dans le seizième siècle aux frais d'un ancien marquis de Chirra. Près de cette ville on trouve TJsellus, où était la colonie romaine, Colonia Usellia , qui servit à repeupler l'ile dévastée par les Carthaginois.

C’est dans la province d’Oristano, tout près du village Sardara , au pied de la montagne , qu'existe l’établissement des eaux minérales et thermales les plus fréquentées par les habitants de l’ile, où l’on peut venir chercher la guérison d'une maladie sans crainte d’en contracter une autre par le mauvais air. On aurait seulement à désirer plus de commodité pour les malades et plus d’agrément pour tous. Une chose particulière et l)ien digue de remarque, c’est que les œufs ne cuisent pas dans cette eau thermale, quoiqu’au degré de l’eau bouillante; les animaux qui y tombent périssent en peu d’instants. L’eau qui déborde du bassin forme une boue salutaire dans plusieurs maladies; elle serait bien plus active et eflicacesion avait là, comme aux thermes d’Acqui en Piémont, des plongeurs , habitués à descendre dans le bassin, afin d'y puiser, avec des seaux, la boue miraculeuse pour les blessures, les fractures et pour les rhumatismes.

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En voyageant dans le pays , dit de Montréaie, on trouve la peuplade des Valentini, dont parlent Pline et Ptolémée : son chef-lieu était f 'afentia, aujourd’hui réduite au petit village de Leaconi, d’après les conjectures des archéologues. >

Dans l’intérieur de cette province demeurent les descendants de ces anciens montagnards, qui surent défendre si courageusement leur liberté contre les Carthaginois et contre les Romains ; de ces anciens montagnards appelés, comme nous l’avons déjà dit, Balari ou Barbari , et dont les femmes sont plus pudiques que partout ailleurs, si l’on en croit le rapport du poète Dante, chant xxxtr du Purgatoire :

Chf la n.irbngia di Sarditfiia a&sai

>'» Ile frmine sue è pi t* {milieu

Cln* la Barbagia dov* »o la laasiai.

il est consolant de voir que les descendants de ces héros de la liberté nationale, dans la Harbagia Ol/olai, connaissent encore les moeurs de. leurs ancêtres et leurs vêtements, méprisant l’inconstance de nos modes ridicules qui changent à chaque âge et à chaque révolution politique.

Nous terminerons la description des richesses de cette province d’Oristano en indiquant que , dans l’arrondissement d’Oziernali, qui fait partie du domaine de la couronne sarde, se rencontre la race des beaux chevaux sardes dont on se sert pour l’armée.

I.a quatrième route provinciale aboutissant à la route royale est celle de Posa , qui passe par Suni , par Sindio, et va à Mncomer ; elle est" comprise dans la province d’Oristano. La ville de Bosa, résidence d’un évêque et d'un juge de paix , ne contient que six mille habitants commercants très-actifs. Elle n’a pas été construite à la même place que l’ancienne ville, dont on voit les ruines à deux milles de distance ; cependant elle est la plus malsaine de l'Iie , à cause des exhalaisons de la fangeuse rivière le Tenius, qui baigne ses bords. Bosa était , au commencement du douzième siècle, un fief des Malaspina qui bâtirent la cathédrale en 1 1 12 ; mais les juges Arborées les chassèrent , et ces

derniers furent opprimés et asservis par les Aragonais.

Dans cet arrondissement il existe un canton appelé Meilogn , le pays de miel , parce qu’on y récolte une grande quantité de cette substance qui forme une branche de commerce très -considérable.

La cinquième route provinciale est celle d’AIghero, ville de sept mille six cent vingt-neuf habitants, avec un évêque, un intendant et un juge de paix, ressort du tribunal de Sassari. Cette route traverse le territoire de Putifigari , descend à Iteri , à Tiesi , à Toralba , et se termine à la grande route royale. Cette province est située à la partie occidentale de la Sardaigne; et la ville d’AIghero fut bâtie au commencement du douzième siècle par les Doria de Gênes, alors très-puissants au cap supérieur, qui la possédèrent jusqu’en 1353, qu'elle se rendit aux Aragonais, après un combat naval entre la flotte combinée des Aragonais et des Vénitiens contre les Génois.

Les Espagnols firent d’Alghero une place forte que le roi de Sardaigne a augmentée de plusieurs moyens de défense ; ils contribuèrent aussi à l’embellissement de la ville, dont la cathédrale est surmontée d’un clocher très-élégant et fort élevé.

Le peuple a conservé le dialecte catalan du moyeu âge, qui a offert une multitude de mots pour ainsi créer les trois langues filles de la latine, qui, au quatorzième siècle, prirent une forme, et entravèrent les progrès des sciences.

C’est à Porto-Conte qu’existe le meilleur mouillage pour les bâtiments de guerre, car le port sous les murs de la ville ne sert qu’au petit commerce des vins , des huiles et du corail , dont la pèche attire une assez grande quantité de barques.

La grotte de Neptune , qui se trouve à douze milles (six lieues) d’AIghero, à droite de la magnifique rade de Porto-Conte , est remarquable par la beauté de ses stalactites et par son issue qui aboutit à un lac d’eau salée

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qu’on peut appeler le lac d’Averne. La nature a placé de chaque côté de la grotte d’énormes colonnes que douze personnes réunies ne pourraient embrasser : elles soutiennent une voûte élevée , et nous rappellent très-bien les anciens temples égyptiens. En pénétrant dans cette caverne , les prodiges se multiplient, et l'on y voit toutes sortes de figures fantastiques, tandis que la voûte est ornée d’énormes stalactites. Cette grotte curieuse est regardée comme une des plus belles d’Europe ; mais son accès difficile fait qu’elle n’est pas souvent visitée.

La sixième route part d’Orosei ; elle va de là à Oliena , territoire célèbre par ses vins et par une très-vaste caverne inaccessible, de laquelle sort un torrent dit l’Orosei ; ensuite elle passe à Galtrlli Nuoro, chef-lieu d’arrondissement, devenu siège épiscopal; puis traverse Illarai , Balatona , Silanus , llortigali et Uirori, pour rejoindre la grande route royale au pied de Macomer.

L’ancien chef-lieu d’arrondissement était autrefois la ville de Galtelli , alors siège épiscopal ; mais elle est aujourd'hui réduite à huit cents habitants, car on compte six villages détruits faute de population , quoique le pays soit fertile en grains . en vins, en fromages et en nuel : c’est aussi là qu’on fait les jambons renommés de Pâques.

La septième et dernière route est celle de la Gallura, vaste campagne abondante en nombreux troupeaux de toute espèce, dont les Corses limitrophes s'approvisionnent. Cette route facilite aussi les communications avec la très-intéressante île delà Madeleine de seize milles carrés de superficie, laquelle est habitée par une colonie cprse depuis le dix-septième siècle; elle fut augmentée aux temps de la révolution française par des conscrits réfractaires. La ville dite la Made'eine est bien construite; dans son église, on conserve la croix et les chandeliers en argent donné par l’amiral Nelson, et la municipalité possédait la première bombe tirée à vide en 1793 par le grand

Napoléon pour effrayer les habitants, bombe qui fut indignement vendue à un Anglais pour le vil prix de trente écus.

La route provinciale va jusqu’au golfe de Terra Nova, bâtie avec les débris de l’ancienne Olbia; sa population est de deux mille habitants, logés dans des maisons rurales bien alignées et blanchies. Là on aperçoit encore les restes de cette cité, que Lucius Cornélius Scipio n’osa pas attaquer sans les renforts obtenus de la république romaine. C’est dans la plaine d’OInia que le général carthaginois, le vieil Hannon,fut tué, et qu’il a reçu les honneurs funèbres dus à la valeur vaincue.

Par les lettres de M. Cicéron à son frère Quintus, il résulte que celui-ci fut préteur à Olbia, et que Cicéron lui conseilla de se défier du climat de la Sardaigne. En parcourant cette route, on peut voir les ruines pyramidales de Castel noria } de cet emblème de l’arcienne féodalité génoise, qui défendit avec courage l’independance sarde contre les Aragonais. On voit aussi le Castel Sardo, la meilleure forteresse de nie, de deux mille habitants, siège de levéque d’Ampurias, ville depuis longtemps ruinée. La route arrive à Tempio, ville épiscopale avec un tribunal de préfecture, une intendance, et une population de dix mille âmes. La ville est bâtie en pierrres de granit, et la salubrité de l’air contribue à la vivacité des habitants, les premiers qui ont clos les champs rendus plus fertiles, et qui ont ainsi secoué le système féodal. Cette route passe à Oschiri près d’Ozieri , et arrive à Ilonannaro . non loin de la grande route royale. Le département de la Gallura est regardé comme le plus montueux de l’ile : sa principale richesse consiste en troupeaux de chèvres et de coelions, nourris dans d’épaisses et vastes forêts , et dans de grandes vallées riches en excellents pâturages, et en denrées de toute espèce.

L’ile de Corse , qui n’en est séparée ue par le petit détroit des bouches e Iionifacio, en tire ses provisions de viandes fraîches et salées. Tempio est le chef-lieu de toute la Gallura , de

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ce malheureux pays qui offre le plus de traces des maux de la guerre des Doria , des Pisans, des Guelfes et des Gibelins : c’est à Tempio que résident Pévéque, le commandant et l’intendant de la province ; il s’y trouve aussi une nombreuse noblesse "avec des idées espagnoles.

On regarde les habitants de Tempio comme les plus beaux, et la fraîcheur des femmes est renommée ; mais malheureusement le peuple , trop porté à la vengeance, tient beaucoup des mœurs corses ; il se fait la guerre non - seulement de famille à famille, mais encore de peuplade à peuplade , comme des sauvages.

Quelquefois, à Tempio, on voit au point du jour les habitants de deux hameaux couchés aux deux extrémités de la place publique, où ils attendent le moment de signer une trêve; et, .lorsque par des homicides ils se sont déclarés bandits , ils se réfugient alors dans un lieu impénétrable , sur une montagne escarpée appelée Cucum.

La route , en descendant , arrive à Orzieri, ville de huit mille habitants avec une intendance, ancien chef-lieu du capitanat de Monte? Aeuto , et siège épiscopal de l’évêque de Bisarcio, ville ruinée dont il n'existe plus qye In cathédrale. Le campo d’Ozieri, formé par une vallée de cent milles carrés de superficie, abonde en grains et en bétail.

Telle est la description que nous avons voulu donner, seulement par aperçu , d’un pays très-peu connu , et qui formait autrefois le grenier des Romains , et l’ambition des petites républiques génoise et pisane.

Ceux qui étaient contraires au tracement d’une route centrale, avec ses embranchements pour les chefs-lieux des provinces, qui la croyaient inutile, car on peut, uisaient-fls, communiquer par mer, seront, nous l’espérons, convenus du fait, que le premier bonheur d’une nation est d’avoir des facilités de communications pour le bien de la civilisation, de l’industrie, et du commerce intérieur et étranger.

De l'agriculture, du climat et des costumes usités dans les provinces de

la Sardaigne.

La terre en Sardaigne est très-fertile, et donne, dans divers endroits, jusqu’à cinquante pour un boisseau de blé (dit Larbonazzi dans son rapport officiel); de plus, la douceur du climat y fait croître un pacage très-abondant. Cependant le laboureur sarde travaille beaucoup et gagne peu, maltraité par les fermiers, par les agents des seigneurs espagnols, qui possèdent une grande portion de l’Ile en fiefs rectsct propres, ou en majorais. Les bergers ou pâtres forment une population de nomades dispersés sur la surface de l’ile : les uns sont propriétaires de leurs troupeaux, les autres n’en sont que les dépositaires.

Ces pâtres errent d’un endroit à l'autre en toute sûreté, car il n'existe pas de voleurs sur les chemins; ils conduisent leur famille en emportant leurs hardes, et construisent des cabanes (*), qu’ils abandonnent ensuite pour se porter ailleurs. Ils sèment un peu d’orge, de blé; se nourrissent de gibier, boivent du lait, et fabriquent des fromages qu'ils vont vendre dans les villes voisines.

! La vie patriarcale est dirigée par le chef de la famille, qui, éloigné des églises, fait le sermon à ses enfants; et on trouve là des mœurs qui peuvent servir de modèle aux citoyens corrompus par les plaisirs des villes. Que ne reste-t-il pas à faire sur une surface fertile anciennement peuplée de deux millions d’habitants, et aujourd’hui réduite à un quart de sa population primitive, de sorte que l’on ne compte plus que mille habitants par lieue carrée.

(*) Il ne faut pas confondre les caban« très-souvent construites à l’aide de grossis pierres cyclopéennes avec les Noragnesjfl faut prendre garde aussi de ne pas irop assigner à d’anciennes constructions de> »>*niiineuts modernes, comme out fait quelque auteurs.

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Dans plusieurs ouvrages de voyageurs en Sardaigne, on accuse "les sardes d’étre portes à la fainéantise, qui est occasionnée par la chaleur du climat ; mais ces voyageurs n’ont pas examiné les habitudes de cette nation comme l’a fait le chevalier Jean Carbonnzzi , directeur de la grande route royale, qui resta dans l'ile pendant onze années. Cet observateur intellient nous atteste que le Sarde, doué 'une grande vivacité d’esprit, joint à l’envie d’apprendre, une excessive activité dans l’ouvrage. En effet, par le moyen de cette population qu’on accuse à tort de paresse , Carbonazzi dit, dans son rapport, avoir, en sept cents journées de travail , fait exécuter cent vingt-sept milles de la route royale , n’ayant employé dans les cas de plus grande urgence que six mille Sardes de tout âge et de tout sexe. Il rend justice au courage de ces ouvriers, qui, faute d’habitations, se couchaient en plein air, sur la terre nue , et qui demeuraient pendant plusieurs semaines enveloppés dans leurs capotes , avec un peu de feu aux pieds en hiver, sans se plaindre des souffrances. Nous avons vu , dit-il , dans les heures du repos journalier, les jeunes tilles, après leur repas qui est très-sobre , -danser joyeusement sur le terrain mobile même que leurs bras ont transporté ; nous avons aussi admiré l'intelligence avec laquelle les hommes exécutaient des travaux à l’aide d'instruments qui leur étaient entièrement inconnus.

Ce qui manque à cette nation , c’est une instruction populaire non écrite, mais indiquée par des faits et par l’expérience ; il lui faut une amélioration dans l’éducation primitive, de la protection pour l'industrie agricole : le gouvernement parviendra, du moins on l’espère , à cette amélioration sociale avec une constante volonté.

La pluie est rare en Sardaigne ; elle ne continue jamais pendant toute une journée, et celle qui tombe dans l’espace d’une année entière ne s’élève pas a six pouces.

Les orages et la grêle, qui font ail-

leurs tant de ravages, n’arrivent jamais en été à cause des grandes chaleurs , mais bien à la lin de l’hiver et aux premiers jours du printemps : et la grêle, qui tombe ordinairement sous forme de grésil, ne porte aucun dommage aux fleurs ni aux plantes.

1,' intempérie ou mauvais air dans certaines localités, surtout dans les parties basses et marécageuses, commence au mois de juin et se prolonge jusqu’aux premiers jours de décembre (*) : elle produit des lièvres putrides et pernicieuses avec délire qui sont souvent mortelles, ou bien laissent de longues traces de malaise.Les paysans en souffrent moins que les étrangers ; et le mauvais air ne porte point préjudice aux fruits ni aux blés, car il est démontré qu’ils sont aussi bons que dans les autres pays. I.es cultivateurs souffrent moins de l’intempérie, moyennant les précautions u’ils prennent de ne pas travailler ans les heures plus chaudes , de se retirer au coucher du soleil, et de ne pas s'exposer à la fraîcheur de la nuit (*") : aussi ne sont-ils assujettis qu’à des fièvres intermittentes, comme dans les pays de rizières; et à ce propos Pline ait, livre 18, que les habitués vivent même dans des climats pestilentiels.

On peut se faire une. assez bonne idée de l’intensité des rayons du soleil aux temps du solstice, dans le rapport de l’ingénieur Carbonazzi , qui nous atteste avoir observé au champ de Sainte- Anne le phénomène connu sous

(*) Dans la campagne romaine, le mauvais air commence en juillet et se termine avec les pluies de septembre, de manière que le mois d'octobre est le plus beau et le plus gai de l’année.

(**) C’est la fraîcheur des nuits en juillet et août qui .dans les pays des rizières, comme aussi dans la campagne romaine, produit les fièvres interuiitientes et pernicieuses. Des propriétaires charitables accordent à leurs laboureurs en Lombardie du vin et une capote de laiue dans tes mois susdits, et la prétendue pestilence des rizières n'attaque pas leur santé. Voyez l’ousrage de U culture du riz de 1818.

L’UNIVERS

Ic nom de mirage , phénomène observé pour la première lois par les armées françaises en Égypte : car il voyait sur le terrain aride un air enflammé comme s'il sortait d'un four, air qui ôte habituellement la respiration et porte la faiblesse dans les organes, amène aussi l'intempériedans les localitésdes marais ou des fontaines sulfureuses. L’administration du génie civil vient d’opérer l'assainissement de plusieurs localités à Serrenti, à Abbassanta; et il s'est formé une société pour le dessèchement des terres marécageuses de Sanluri, terres dont on retirera de grands avantages non-seulement pour l'agriculture, mais encore pour la santé, car les plantations d'arbres et les végétationsabsorberont les miasmes pestilentiels, ainsi que l'expérience l'a prouvé ailleurs.

Ce qui fait un admirable coup d'œil, ce sont au mois de mai les champs de blés dont l’étendue est immense eu égard à la minorité de la population, et on trouve là une preuve de l’activité du laboureursarde, lequel estobligé de faire a la terre la même culture qu’en France et en Italie, et de baigner de sueurs le pain qu'il mange. La moisson se fait en juin, ensuite les gerbes sont amoncelées en rond , et l’on fait courir des chevaux qui broient l'épi, et en font sortir le grain.

Les instruments aratoires n'ont pas été perfectionnés depuis le temps des Romains : ils sont fort mal construits et difficiles à manier. A la planche 10 on voit le chariot et la charrue sarde, qui ne sont pas des modèles de construction ; le chariot sarde le ptaus- Irum des Romains. Nous espérons que la société royale d’agriculture établie à Cagliari, et pourvue des moyens nécessaires, s’occupera des besoins des localités, et ne perdra pas son temps, comme ailleurs , à donner de simples théories, lesquelles sont souvent émises par des savants sans expérience et qui n’ont jamais eu de propriétés agricoles.

Une grande amélioration dans le bétail , notamment parmi les vaches et les bœufs, est necessaire-, il faut croi-

ser les races (*) , comme on fait dans plusieurs endroits, car c’est une des branches les plus précieuses pour l’agriculture. Le savant Cetti a calculé que dans les meilleurs pâturages, cent vaches, confiées à la garde du pâtre le

filus soigneux , et avec la température a plus favorable, ne produisent en une année qu’une trentaine de veaux , un millier de livres de fromage, et environ soixante livres de beurre, auquel sa rareté donne beaucoup de prix , quoiqu’il ne soit pas aussi bon que le beurre de la Lombardie ou de la Normandie.

La culture des terres souffre notablement de la faiblesse et de l’exiguïté des bœufs de labour, car dans plusieurs endroits on est obligé d'adopter une petite charrue proportionnée à leur taille et armée d’un soc de huit pouces seulement, qui trace péniblement un sillon sans profondeur; et conséquemment la terre est mal cultivée. Le soleil d’été vient tout briller et tout dessécher; les troupeaux ne trouvent bientôt sur la terre aride que des plantes dures; et dans l'hiver, dépourvus de fourrage et de toit, ils sont réduits au dépérissement. Des prairies artificielles pourraient donner de bon foin, qui préserverait les Sardes d’être obligés à nourrir le bétail dans le campida- 110 avec des fèves et de menus grains. L’état actuel des propriétés et la situation des fortunes rurales en Sardaigne nous font conclure avec Pline, que latifundia Italiam perdidere, car, jusqu’à ce que les troupeaux de chaque commune cessent d'appartenir seulement à sept ou huit personnages , il ne sera pas possible d’apporter un remède au mal et de relever l’agriculture : donnez-moi, dit Filangeri (**;, un arpent de terre avec lequel puisse vivre un ménage, et je vous établirai uue famille.

(*) Dans le Valais nous avons observé avec plaisir que les Crétins ont presque disparu, quand Napoléon eut ouvert la grande roule du Simplon.

(**) Voyez Scienza delta legitlaziene , 1784. Milano.

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SARDAIGNE

Le dialecte sarde est 1 ecalarietan, qui termine les mots par des voyelles, ou par les consonnes Tou S, et dérive de la langue latine. M. Carbonazzi atteste avoir entendu prononcer des phrases latines par les montagnards sardes : ce fait est confirmé par le chevalier Ferrero, qui cite l’exemple suivant : un paysan avait perdu un pigeon, et il demanda à son voisin : Columba mea est in domu tua? Dans l’ile de la Madeleine, peuplée par line colonie corse et par des émigrés de la Grèce, on a conservé quelques mots grecs , comme le mot icon, une image; mais il est resté certainement peu de traces de cette langue.

Nousdironsquelecnlarietan, dialecte doux et expressif qui tient de l’espagnci, de l'italien et du latin, est le plis répandu dans la bonne société, notamment à Cagliari; tandis que le catalan est parlé correctement dans la ville d’AIghero, l'italien à Sassari, et ue le patois génois est propre à Elle e Saint-Pierre, comme l'atteste le P.

Madao, qui nous a donné une collection de poésies sardes très-curieuses.

Des écoles primaires, dans lesquelles on enseignera aux Sardes en langue italienne.qui est celledu gouvernement, les principes des devoirs de l’homme religieux et social, et où on leur donnera un catéchisme agricole très-simple, qui ne soit pas embrouillé de termes et de nomenclatures de la nouvelle chimie, formeront la base des progrès industriels d’un peuple qui , comme nous allons le démontrer, a conservé les habitudes, les vêtements et le caractère de ses anciens dominateurs, qui leur a aussi emprunté divers idiomes mêlés d’expressions barbaresques dans la partie orientale de Elle, et d’expressions italiennes ou espagnoles dans les autres parties, de manière que dans chaque province on trouve un langage different.

Réduisez à son unité l’intelligence de la langue italienne, et alors l’agriculture, par un échange mutuel des connaissances uti les, se perfectionnera et la prospérité publique ira croissant. Des

3’ Livraison. (Sabdaignb. )

compagnies de dessèchement amélioreront l’air dans les environs d’Oristano et dans la ville même devenue presque inhabitable; elles rendront à la culture des étangs qui deviendront aussi fertiles en productions utiles que les terrains environnants; on desséchera près du village de Xurachi le lac, ou plutôt le marais de ce nom , qui a une lieue de circuit, et qui, comme nous l’avons déjà dit, fait la terreur des paysans par les affreux rugissements qui en sortent pendant la nuit, et avec une telle intensité que les troupeaux mêmes en sontépouvantés.Prèsde lagrande route royale , l’étang de Sanluri ( voy. pl.

n° 1), ayant en superficie quatre raille arpents'et plus, qui s’étendent jusqu’à Sardara, Villacidro , Serramanna et Serenti , vient, d’après le projet de Carbonazzi, d’être mis en exploitation par une société de trois cents actionnaires sous le patronage du duc de Savoie Victor-Emmanuel, jeune espcrance des États sardes. Dans les terrains déjà défrichés on a fait de grandes plantations en mûriers, en ormeaux, en arbres fruitiers: on a fait venir des taureaux de la Suisse pour améliorer le bétail, et cette ferme modèle ne peut que prospérer. Si le chariot sarde et la charrue, qui est encore Yaratrum simple des Romains, dont les différentes parties portent les noms anciens de r orner us , dentalis , timo. s tir a (pl. 10), et si l’attelage des boeufs, pour lequel un grand prix vient d’être établi par la société agraire de Paris, parviennent à être améliorés, l’agriculture fera de grands progrès.

On espère que les riches propriétaires de la Sardaigne introduiront dans le département de la Gallura , déjà si fécond en nombreux troupeaux ae toute espèce, la race des mérinos; alors les laines de la Sardaigne soutiendront la concurrence, sinon avec les laines de l’Espagne, au moins avec celles de la Romagne, laines qu’on emploie avantageusement dans la fabrication des draps nécessaires à l’habillement des militaires et de la classe des laboureurs.

Par l’envoi d’étalons arabes, les

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trois races de chevaux ordinaires, et même des gentiles et des nobles, comme on les appelle dans le pays , seront améliorées, et bientôt disparaîtront tout à fait ces chevaux sauvages , que l’on chasse, comme en Russie, pour en avoir la peau et la chair, réputée excellente.

Si les paysans négligent le croisement des races, s’ils préfèrent aux étalons étrangers le cheval du voisin, il faudra par des prix vaincre cette négligence. Les avantages résultant de la vente, lorsque l'éducation des chevaux sera plus soignée, améliorera leur race notamment pour ceuxde la classe rustique, qui sont d’une nécessité absolue.

Les chevaux de cette classe ordinaire sont assez bien faits, mais ils n’ont guère plus de quatre pieds de hauteur; quelques-uns même sont plus petits , et on peut les appeler des bidets d'allure. Ces animaux, qui constituent la monture favorite des paysans, font sans peine au pasd'amble, comme deschiens, quatre lieues à l'heure sans s’arrêter; ils sont donc aussi utiles et plus sûrs qu’un chemin de fer. Les chevaux de race gentile sont plus estimés ; ils sont mieux nourris, et les propriétaires des juments sont de riches villageois qui ont des troupeaux de plus de trois cents têtes avec des étalons xle bonne espèce; mais on désirerait à ceux-ci une tadle un peu plus élevée, et une tête moins grosse et moins pesante. Pour en perfectionner la race, on avait établi a la Tancaregia, près de Pauli Latino, un haras qui a été ruiné : il avait servi de modèle a ceux de Chiaramonte, de Bonnari et de Bonorva. Au moyen d’étalons andalous, on est parvenu à avoir d’excellents chevaux de quatre pieds et plus de hauteur, qui sont également beaux et bons pour le manège, pour la course, pour la selle et pour la voiture. Ces chevaux, appelés de race noble, sont très-sobres et infatigables, car ils peuvent marcher sept heures de suite sans s’arrêter, et maintenant, en moins de trente heures, ils parcourent la magnifique route royale du cap Cagliari au cap de Sassari. C’est dans ces deux villes

qu’ont lieu les grandes courses à certaines époques de l’année , et les étrangers y jouissent avec plaisir d’un double spectacle : on admire la vitesse et l’impétuosité des cheveux en même temps que l’audace des cavaliers (*).

Le travail le plus pénible, pour les chevaux sardes, est celui de battre le blé (voy. pi- 14) dans le fort des chaleurs de l’été.

La récolte commence vers la fin de juin , et on transporte aussitôt les gerbes sur l’aire près d’une poutre; là, on les entasse les unes sur les autres, avec les épis droits, et elles forment un cercle de plusieurs mètres de corde ; à cette poutre , on attache cinq, sept, jusqu’à neuf chevaux , qu’on fait aller au grand trot , et en trois heures la graine est tombée ; on sépare alors la paille, et, le jour suivant, on entasse dans le grenier environ quatre cents boisseaux de blé très-propre et sec. Les chevaux souffrent de ce travail, ils deviendraient même tout à fait aveugles si on n’avait pas la précaution de les changer de place , et de les faire reposer pour empêcher l’afflux du saug vers la tête.

Nous avons déjà annoncé l’espoir que l’on conçoit de voir améliorer dans le département de la Gallura les troupeaux de moutons indigènes; nous -terminerons cet article en démontrant l'avantage que procurent à la Sardaigne ces bêtes d’un si grand rapport.

A l’exemple des anciens colons grecs , qui , réfugiés dans des cavernes et des rochers pour conserver leur indépendance, y vivaient du lait et de la chair de leurs brebis, dont le goût est excellent à cause des herbes aromatiques qui croissent sur les montagnes, les habitants des barbargies, qui se disent les enfants légitimes des anciennes colonies, s’appliquent beaucoup à l’éducation des troupeaux : ils descendent en hiver dans les plaines

(*) La seule ville d’Asti, en Piémont, depuis Charlemagne, conserve ses courses de chevaux entiers : la fête esl fixée au premier mardi de mai de chaque anuèe. J

SARDAIGNE

méridionales, et y louent des pâturages qui rapportent un revenu assuré aux propriétaires et aux pasteurs.

Par unesortede phénomène, un troupeau de brebis donne en ce pays plus de lait qu’un pareil nombre de vaches, et on fait avec ce lait des fromages salés uni se vendent à l’étranger et dont le poids monte à quarante mille quintaux.

La laine a six pouces de longueur, et chaque mouton en fournit de quatre à. six livres par tonte. Quoique celte laine soit un peu dure, attendu qu’on ne fait rien pour l’améliorer, on en fabrique des draps grossiers à l'usage des montagnards.

Les bergers industrieux forment avec des peaux de brebis un habillementqui est le plus antique cpstuine national, dont nous avons donné le dessin aux planches n°» 10 et 11.

Parmi les béliers, il s’en trouve souvent qui ont quatre et même six cornes. Un les croit de race égyptienne.

En continuant le système d’améliorer les races par l’introduction des moutons purs d’Espagne et de Barbarie, la Sardaigne , qui possède toutes les productions nécessaires à la nourriture de ses habitants, pourra rivaliser un jour avec les nations les plus commerçantes du monde.

La dix ision des terrains communaux vient d’être, par un édit du roi Charles- Albert du 26 février 1739, autorisée et sanctionnée entre les particuliers, afin de rendre ces terres plus productives, afin aussi de prévenir les procès et plus encore les rixes entre les habitants des communes limitrophes.

La sagesse du législateur n’a pas voulu troubler tout individu qui avait, de bonne foi , déjà cultivé un terrain communal ou domanial, et qui l'avait défriché et rendu fertile.

Pour parveniravecordre etjusticeau partage des biens communaux en friche, il a établi que les seuls habitauts ou les propriétaires dans la même commune y auraient droit, ajoutant que les biens domaniaux incultes seraient aussi aecordés aux particuliers du pays et aux militaires eu retraite

ui voudraient y prendre domicile et evenir agriculteurs.

Par un règlement il permet même aux étrangers la culture des terres , et il fait unedotationaux écoles normales d’agriculture. Il prescrit aux autorités sardes de veiller à ce que les biens à partager ne se réunissent point dans les mains des spéculateurs, et que la redevance annuelle soit modique, moyennant une prompte cultuye.

Vous trouvez là cette loi agraireque les économistes recherchent sans savoir la concilier avec le respect dû à la propriété.

La principale vertu que l’on se plaît à signaler parmi les mœurs des Sardes, c’est la sincère cordialité avec laquelle ils accordent l’hospitalité aux voyageurs dans cette ilcoù l'on trouvedifficilement des auberges : tous les étrangers éclairés qui ont parcouru la Sardaigne s’accordent pour mentionner l'heureux accueil qu’ils y ont trouvé. Cette hospitalité , d’origine primitive , toute simple, sans ostentation , rappelle les vertus et les mœurs des anciens peuples; elle est un goût, je dirais presque un besoin inné chez le Sarde : vous pouvez loger avec sûreté, même dans la cabane d’un bandit qui s'est sauvé au milieu des montagnes après avoir tué son rival; car le crime d’assassinat pour vol est très-rare, et la cupidité de l’argent , vice si universellement répandu , n’a pas encore pénétré dans le cœur du Sarde.

Lorsque vous entrez dans le palais d’un noble ou d’un riche propriétaire pour demander la faveur d’un logement, le domestique vous baise la main et vous présente a son maître, qui dit à l’étranger : Bcne arrivato, s’accommodi, c’est-à-dire : Vous avez fait bon voyage , asseyez-vous ; il ajoute : Ma maison est petite, mais acceptez mon bon cœur. Toute la famillç fete le nouvel hôte, qui devient bientôt le maître de la maison.

M. Valéry, dans la description de son voyage, fait l’éloge de cette hospitalité : il observe que la vie animale est très-peu coûteuse; qu’une fortune, même médiocre, est suffisante aux pro-

L'UNIVERS

priétaires, et qu’ils n'ont pas besoin de onze mille porcs, comme en possède le comte Orru , l’un des plus riches seigneurs de la Sardaigne. Chaque famille a un moulin portatif pour moudre le blé qu’elle récolte , et elle pétrit elle-même son pain ; les poissons d'eau douce et de mer se vendent trois sous au plus la livre, et la chair des animaux ne se paie qu’un sou : on dîne à midi et on soupe très-tard , comme dans les anciens temps.

Les édifices sont en général construits en briques cuites ou crues, en pierres ou tufs suivant les localités; les maisons des paysans, dans la partie méridionale, n’ont en général ni portes ni croisées sur la rue , mais on entre par une basse-cour qu’il faut traverser dans sa longueur pour arriver à la maison , qui n’a qu’un seul étage, et chaque chambre a son entrée par un balcon extérieur. Ces habitations sont plus propres que celles de plusieurs villes ; on remarque aussi la propreté qui règne dans la demeure des pâtres de la Nurra, de la Gallura et des insulaires de Saint-Pierre et de la Madeleine. Iæ plus beau mobilier des paysans consiste en assiettes de faïence, et même de porcelaine peinte, placées sur des étagères; en pièces carrées de papier peint qui forment des tableaux ; en un petit miroir, fixé si haut à la muraille que les femmes ne peuvent point en faire usage ; en vingt-quatre chaises d’un goût très-ancien, qui charmeraient les fashionables de nos jours ; en un grand coffre en noyer grossièrement sculpté, et une table ronde très-basse.

Les lits sont presque généralement garnis de rideaux, qui préservent des insectes et des cousins tort nombreux dans les localités humides. L’usage du lit avec des matelas est réservé aux personnes mariées; les garçons, les filles et les serviteurs dorment toujours sur des nattes de jonc : le seul lit nuptial est le plus élégant, maison le conserve pour les étrangers auxquels on donne l’hospitalité.

La cuisine des seigneurs et négociants tient du goût espagnol et du goût italien : au diner on aime à cou-

vrir la table de beaucoup de plats, et surtout de mets composés de viandes, comme en Lombardie.

Lorsqu’un étranger arrive, aux principales fêtes et au moindre événement heureux, aussitôt on prépare de grands repas, et on tue un cochon de lait, le meilleur mets national. Les Sardes mangent beaucoup, sont friands de poissons et de gibier ; quoi qu’on en dise, ils détestent les grenouilles, et jouissent du plaisir de la société sans cependant s’enivrer comme dans plusieurs autres pays.

Les pâtres et tous les campagnards excellent dans l’art de bien rôtir les viandes et de les faire cuire sous lés cendres. Pour cette dernière opération, ils creusent dans la terre un trou qu’ils tapissent de feuilles, puis y placent la chair de l’animal qu’ils veulent faire cuire, et même J’animai entier, sans prendre la peine de l’écorcher ; ils le recouvrent d’une couche légère de terre, sur laquelle ils allument un feu très-vif pendant quelques heures.

Cette méthode est pratiquée surtout par les voleurs de bétail, qui cachent ainsi lerproduit de leur vol en même temps qu'ils le font cuire. Les propriétaires vont à la recherche de l’animal perdu, et souvent ils en demandent compte en vain aux voleurs eux-mêmes, qui leur font la politesse de les faire asseoir près du feu sous lequel cuisent les moutons. La chair ainsi préparée est d’un goût excellent : les cerfs, les daims, les moulions et les sangliers qui abondent dans file sont souvent rôtis, suivant la méthode des pâtres, sur le terrain même où s’est laite la chasse.

Tandis que les personnes aisées et les voleurs de moutons mangent des viandes délicieuses, les pauvres, et surtout les femmes de plusieurs contrées, se nourrissent, au printempset pendant une partie de l'année, de tiges les moins fibreuses du chardon sauvage, qui sont nourrissantes, de fenouil romain , de la pulpe du margalion •( chamergis humilia ) , de fruits de cactus ( Jica morisca ) , etc. La simplicité de la vie est telle dans plusieurs villages de J’O-

SARDAIGNE

gliastra, que les habitants mangent du pain fait avec delà farine de glands bien cuits et réduits en bouillie, et ces glands ne sont pas ee fruit très-doux du quercus ballota dont les armées espagnoles ont tiré un grand parti pendant leur domination dans l’ile, ce sont des glands

fiareils a ceux qui servent à engraisser es cochons. Lorsque la bouillie de farine de glands a acquis une certaine consistance, elle est versée sur une table où l’on a répandu de la cendre pour que la polenta ne s'y attache pas; et afin de la rendre un peu moins désagréable au goilt , on l’assaisonne avec du lard fondu. Si le P. Madao eût mangé de cet aliment détestable, et même nuisible à la santé, comme le chevalier Ferréro en a essayé, il n’aurait pas témoigné tant de vénération pour cet antique usage maintenu par la nécessité.

A la cordiale hospitalité des Sardes il faut joindre leur charité envers les malheureux : ainsi, lorsqu’un berger a éprouvé des pertes , l’usage l'autorise à faire une quête de bctad dans son canton ou chez les voisins de sa commune. Chaque camarade lui donne au moins une bête jeune, et en peu de temps il possède un troupeau d’une certaine valeur, sans avoir contracté d’autre obligation que celle de rendre le même service à ses voisins qui tomberaient dans le malheur. Il faut souhaiter que ce bon exemple d’une sage institution ne dégénère pas en abus.

L'habillement, tant des hommes que des femmes, varie suivant les localités : dans les montagnes, il rappelle les anciens costumes des Carthaginois, des Romains et des Espagnols ( voyez planche il). L’habit des cultivateurs , et meme des chasseurs, a conservé la forme du thorax des anciens : c’est une espèce de soutane): e très-étroite , sans manches, telle qu'on la voit dans l’idole en bronze représentant Sarclas Pater (*)( planche 3), et formant un tablier double qui descend jusqu’aux

(*) L’évêque Frédéric Munsters de 7.ecland croit que c’est un dieu kttbirc; vo jez sa dissertation.

genoux. Cette soutanelle faite de cuir tanné, avec ou sans son poil, qu'on laisse au dehors , s’endosse comme un gilet. Les avantages de ce surtout sont de défendre la poitrine contre les changements subits de température , contre le mauvais air, les brûlants rayons du soleil et même contre la pluie.'

L’homme ainsi habillé, la tête couverte du bonnet phénicien, tel qu’on le voit dans l’idole de bronze, a quelque chose d’imposant et nous rappelle cequ’Élien, liv. xvi, raconte, d’après Ni vmphodorus , « que l’habillement des indigènes sardes était fait de peaux dont ils se couvraient, mettant le poil en dedans pendant l’hiver et en dehors pendant l’été. »

Le vieillard que l’on voit assis ( planche 1 1 ) porte une capote blanche appelée en sarde saccu de coperrir , et dessus, un châle très-long qui couvre les épaules : c’est le vrai sagum des Romains. Cet habillement est en usage chez les campagnards, notamment chez les pâtres nomades ; il est attaché au devant de la poitrine, à l’aide d’une agrafe.

L’homme avec le bonnet phrygien (*) et une longue simarre noire à capuchon et à manches, qui était jadis en usage à Rome sous le nom de lacerna cucullata, aujourd’hui appelée en sarde le cabanna, est un habitant de la province .d’Iglesias, dans le nord de l’ile.

Les indigènes du cap Sassari portent la cabanella, vêtement noir qui ne va qu'aux genoux et qu’on peut considérer comme la chlamys romaine.

Ce vêtement, vil et grossier, est aussi porté par des propriétaires riches , mais avec des formes plus élégantes, et surtout par les chasseurs, comme on le voit dans la gravure [pi. II).

L’homme placé ( planche 11 ) plus loin est vêtu d’un surtout à capuchon pointu , tout à fait semblable à celui des marins génois : cetle veste est nommée par les Sardes capnlta serenica ou salonica, nom qui dérive d’une mode de Salonique. Cette capote est

(*) Ce bonnet est très-mile parmi les Sardes.

L’UNIVERS

très-utile dans les pays où l'atmosphère est sujette à fie nombreuses variations ; quoique faite de drap grossier decouleur chocolat, on garnit cette capote avec luxe pour l’usage des gens aisés, surtout dans la province du Campidano , et aussi pour les chevaliers, les notaires et les bourgeois du cap Cagliari.

Les pécheurs de l’étang de Cagliari et quelques marins portent un pantalon et une petite veste assez élégante, et des souliers à grandes boucles d’arent, comme les paysans transtecerins e Rome ( planché 11 ).

Les bourgeois et une partie des agriculteurs se rasent et réunissent en tresses leurs longs cheveux; mais les montagnards, et surtout les patres de la Barbagia et de la GaUura, laissent ordinairement croître leur barbe et flotter leurs cheveux sur les épaules, en signe de l’ancienne liberté, et ils font usage de bonnets coniques avec la pointe recourbée et tombant en avant ou sur le côté, quelquefois repliéedans la bande frontale (ni. 11); alors le bonnet prend la forme a’un cône tronqué. On y adapte aussi des rubans , qui se lient sous le menton. Cette dernière coiffure date de l'antiquité la plus reculée, conformément à ce qu’on voit sur l’idole de Sardus Pater et sur une médaille d’Espagne tracée dans le volumes' du savant Flores, Mc dalla s de las colonias (FEspana.

Dans les plaines exposées à l’ardeur du soleil, les campagnards font usage de grands chapeaux de paille ou de feutre, pour se préserver de Y intempérie des lièvres pernicieuses; dans les villes , les employés portent l’épée avec l’habit élégant’, et ils attachent une grande importance à leur ancien costume du siècle dernier, époque où tous les employés allaient à leurs bureaux et en société’ avec le chapeau sous le bras et l’épée au côté, signe distinctif des hommes de qualité.

La chasse constitue l’exercice favori des Sardes, qui manient leurs petits fusils avec une adresse toute particulière.

Lorsqu’un Sarde est complètement

armé , il a , dans sa ceinture, un grand couteau entre le sabre et le poignard ; c’est dans cet attirail qu’il part pour la chasse aux bétes fauves, telles que cerfs, daims, et autres. Cette partie île plaisir se fait , presque dans tous les villages, aux premiers jours de Pâques; et on en offre le produit au prédicateur du carême dans chaque paroisse, comme un hommage de satisfaction.

Avant l'affranchissement de tout service féodal , les vassaux étaient obligés, à certaines époques , d’aller à la chasse pour plaire à leurs seigneurs : cette chasse se faisait à cheval; et, dans cette occasion , on admirait l’adresse des Sardes, tant pour diriger leurs chevaux au milieu des rochers et des broussailles , que pour affronter les dangers sur des terrains presque impraticables, où ils galopaient sans étriers.

Un exercice très-usité parmi les campagnards, c’est la lutte a coups de pied , tandis que les Anglais la pratiquent à coups de poing. L’historien Mamelli , en 1785, nous a donné la description de cette lutte dans laquelle les deux combattants, chausses de gros souliers, s’appuient chacun sur les épaules de deux parrains, et , élevant leurs pieds par derrière, commencent à lutter jusqu’à ce que l’un des deux s’avoue vaincu , soit par la douleur, soit par les blessures.

Un divertissement plus agréable est le bal dit de la ronda : chaque homme tient sa danseuse, et forme une grande ronde avec beaucoupde grâce et d’adresse. Les personnes mariées ou les filles fiancées peuvent placer leurs mains

paume contre paume, et entrelacer leurs

doigts ; mais malheur au "garçon qm en agirait ainsi avec une fille qu'il ne serait pas disposé à épouser, ou avec la femme d'un autre; il serait certain d’attirer sur lui une r endetta.

Les auteurs sardes prétendent que le balla tondo leur vient des Grecs :

dans cette danse diflicile , il faut former le pas et effectuer certains mouvements du corps et des bras en cadence avec la musique.

Avant de parler de la noce sarde, n

SARDAIGNE

faut dire quelques mots du compérage à la Saint-Jean d’été. Deux personnes de sexe différent , par une convention faite deux mois d'avance , se choisissent pour compère et commère de la Saint-Jean: au jour de la fête, les deux compagnons vont à une petite église, suivis d’un nombreux cortège; en arrivant, la commère déposp contre la porte un vase de bois , dans lequel elle a semé, à la fin du mois de mai , une grande pincée de froment , lequel a déjà produit une belle touffe d’herbes. Cette offrande est faite au Précurseur du Sauveur; alors tout le cortège mange, en pleine campagne, une grande omelette aux herbes; les danses finissent parun rondeau où l’on chante:

Vivent les compère et commère de Saint- Jean: ces liens djimitié , qui unissent lesaeux familles, durent toute l’année sans la moindre mésintelligence.

Les demandes en mariage se font par l’entremise directe des parents, et le père, ou le tuteur du garçon, se rend dans la maison de la demoiselle pour annoncer l’intention du fds, et s’exprimant en style oriental : Je viens, dit-il, chercher une génisse blanche et d’une beauté parfaite que vous possédez, et qui pourrait faire la gloire de mon troupeau et la consolation de mes vieux ans. Les parents de la demoiselle répondent dans le même style figuré; ils feignent d’abord de ne pas comprendre ; enfin ils amènent par force la fille désirée; l’orateur alors frappe des mains , et s’écrie :

C'est celle que je souhaite ; on règle aussitôt les affaires d’intérêt et l’échange des cadeaux : à un jour fixé d’avance , le père de l’époux part de sa maison, avec un cortège de parents et d’amis, pour apporter en grande pompe les cadeaux destinés à l’épouse; on laisse frapper plusieurs fois a la porte ; enfin le père demande à haute voix , de l’intérieur, ce qu’on lui veut et ce qu’on apporte; le cortège répond à haute voix : ondras et virtudis, nous apportons honneur et vertu ; alors les portes s’ouvrent, le maître accueille avec cordialité, et conduit le cortège dans

une salle où se trouve toute la famille en habit de parure : cet ensemble forme un fort beau coup d’œil.

Les femmes sardes sont, en général, plus richement habillées que les hommes, et leurs costumes varient suivant chaque province. Celles du cap méridional portent un jupon et un tablier de velours cramoisi , ou vert, ou bleu, ou en drap écarlate très-fin ; le corset et les garnitures du tablier et du bas du jupon sont en satin broché d’or et d’argent; de plus, elles décorent leur cou d’un riche collier en or qui tombe sur la gorge , et leurs doigts sont chargés de différentes bagues en or et en pierreries ( pl . 12). Les femmes du cap Nord se distinguent par leur corset à manches fendues et par. un linge blanc qu’elles portent sur la tête , et qu’elles couvrent d’un voile rouge les jours de fête et de noce.

Avant le mariage , l’époux doit faire blanchir sa maison ; la fiaucée doit en fournir tout le mobilier; il constitue sa dot, que l’époux va ensuite chercher lui-même avec une quantité de chariots précédés de musiciens et d’un cortège de garçons et de filles, parés de leurs plus beaux habits , chargés de rapporter les objets fragiles, tels que miroirs, tableaux (qui représentent les saints dont les époux reçurent le nom ) , verres et porcelaines. Les filles portent sur leur tête les oreillers garnis de rubans roses et de fleurs avec des feuilles de myrte; la cruche en cuivre, dont la mariée doit se servir, est confiée à la plus jolie fille. L’époux donne un reçu du trousseau et monte à cheval devant les chariots qui transportent le lit complet, les chaises, les meubles, le linge, la batterie de cuisine, et les autres ustensiles de ménage, notamment des quenouilles avec leurs fuseaux, dont une est garnie de chanvre ou de lin, pour indiquer à la femme qu’elle doit travailler pour sa famille. Enfin , on donne à l’epouse une provision de blé, avec la meule et tout ce qu’exige la panification : cette marche est fermée par l’âne patient, qui doit servir à moudre le grain; il est aussi orné de rubans et sert à égayer les spectateurs.

L’UNIVERS

Les bans avant été publiés trois fois à l’église , lorsque le jour du mariage est arrivé, l’époux, accompagné d’un ecclésiastique du village et de ses pa* rents , va chercher sa fiancée : celle-ci , avant de quitter la maison paternelle, se met à genoux et demande à sa mère sa bénédiction ; la mère la fait relever, la consigne au prêtre venu avec l’époux , ei l'on se rend à l’église au son des cloches, en deux troupes séparées.

Après la messe , on revient à la maison de la nouvelle mariée, où le déjeuner est servi ; les mariés , assis à coté l’un de l’autre, doivent, conformément aux anciens usages, manger ensemble, se servir de la même écuelle et de la même cuiller.

A un signal donné, on arrache l'é-

Fouse des bras de ses parents pour asseoir sur un cheval richement harnaché , et la porter en pompe au logis marital [pi. 12). Elle est parée d’une robe d’écarlate brodée à (leurs, avec un tablier blanc et un£ jupe verte, la tête couverte d'un chapeau noir garni de rubans et de plumes, avec un voile blanc ; elle porte des souliers de velours noir garnis de boucles d’argent : à son cou se déploie un riche collier de perles et de corail qui laisse pendre une magnifique croix a’or. Ainsi vêtue, l’épouse est placée sur la selle de son cheval à la manière anglaise, sans tenir les rênes; le mari lui donne la main droite, et de l’autre côté est un palefrenier qui conduit son cheval par la bride. Le cortège est souvent suivi par une cavalcade nombreuse précédée de joueurs de flûte et autres instruments; des jeunes gens s’amusent à tirer des coups de pistolet en signe de oie. La mère de l'époux reçoit sa bellefille à la porte de la maison', et lui offre sur un plat, du blé et du sel, en témoignage de l’hospitalité qu’on lui accorde, d’après les anciens usages. En descendant de cheval, l’epouse baise la main de ses nouveaux parents en signe de soumission; ensuite elle est introduite dans sa domu et lettu'*), la chambre “(*) C’est-à-dire dans la eliambrc nuptiale, mol d'origine latine et d'après l'usage des anciens Romains.

nuptiale. Dans quelgues villages, la belle-mère reçoit l’epouse avec un verre d’eau qu’elle répand dans la chambre; car, de même que l’eau féconde la terre, ainsi sa belle-fille doit féconder et propager sa famille.

Dans quelques provinces où l'on observe l’ancienne étiquette dans toute sa sévérité, l’épouse reçoit les visites de noces sans parler pendant toute la réception ; le soir, on donne un bal terminé par un souper, dans lequel les mariés renouvellent l’exemple de leur bon accord , en mangeant dans le mène plat avec une seule cuiller. Cette cérémonie recommence à tous les événements heureux de la vie, la naissance d’un garçon, la cinquantaine du mariage et autres circonstances semblables.

On dit que les Sardes sont jaloux; cependant leurs femmes sont, eji général , très-fidèles , et il est rare qu on voie convoler en secondes noces , mène ces belles villageoises de Calabras, qui, suivant M. Valéry, homme de bon godt, ne le cèdent en rien aux Frascatanes; car par leur teint blanc, par leurs yeux azurés et par leur taille déliée, elles peuvent rivaliser, dit-il, avec les Géorgiennes.

Lorsque la tombe vient renfermer toutes ces beautés , les cérémonies funèbres commencent conformement a des coutumes qui remontent à la plus haute antiquité. C’est à Tempio que l'usage des pleureuses s'est maintenu jusqu'à présent: ces femmes, parentes ou salariées, sont vêtues de noir comme des religieuses, et, tenant à la main un mouchoir blanc, elles entrentdans la chambre où le corps est placé, le visage découvert et la tête tournée vers la porte; là, elles poussent un cri de surprise, elles pleurent, elles menacent le ciel , et lui reprochent d’avoir enlevé une personne si bonne, si bienfaisante et si utile à sa famille. Aux funérailles d’un homme tué par son ennemi , on pousse des hurlements affreux; ce n’est plus alors un son lugubre qui fait couler les larmes, ce sont des cris de rage et de désespoir, ce sont des sentiments de haine et de

SARDAIGNE

vengeance dont la famille du mort est agitee contre l'assassin. Dès lors, comme en Corse, les parents laissent croître la barbe jusqu'à ce que cette vengeance soit accomplie, conformément au quatrième livre de Moïse, chap. xxxv, art. 17, où il est dit:

Le parent du mort tuera l'homicide aussitôt qu’il Caura pris , doctrine des juifs envoyés par Tibere dans l’ile, mais que les nouvelles lois divine et civile ont répudiée, et que l'éducation publique doit faire disparaître.

Dans plusieurs cantons, la veuve de riiomme tué par son ennemi se pare de ses plus beaux habits, laisse tomber sa chevelure sur les épaules, et, accompagnée des plus proches parents, elle va chez le juge du canton en demander vengeance; ensuite on la reconduit à la maison, où elle prend le deuil pour toute sa vie. La couleur du deuil est le noir; les règles sont strictement observées, et les veuves, dans plusieurs pays, s’enveloppent la tête d'un drap jaune qui leur cache les trois quarts du visage. Dans le village de Bonorva , nonobstant la défense de l’Église, l’épouse inconsolable se frappe, se déchire, se fait des contusions, des plaies qui l’obligent à garder le lit pendant plusieurs jours.

On a prétendu que les Sardes, dans les anciens temps, avaient la coutume de tuer leurs vieillards; mais la fausseté de cette assertion , dit le chevalier Ferrero , a élé déjà démontrée par plusieurs écrivains; cependant il ajoute u’il ne peut pas laisser ignorer que, ans quelques cantons de l’île, des femmes étaient spécialement chargées de hâter la lin des moribonds : on leur donnait le nom de Accahadures. Cet horrible emploi a heureusement disparu de nos jours.

Nous avons cherché à rassembler plus de détails sur cette dernière coutume; mais il ne nous a pas été possible de recueillir des faits qui appuient la mauvaise opinion qu’on pourrait avoir des anciens Sardes à cet égard.

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