‹ EspagneChapitre 60 sur 153 · XII · texte numérisé non relu

XII

Des animaux indigènes les plus rares

de l'ile sarde. — Du mouflon mâle

et femelle.

Pline le naturaliste nous dit que le mouflon, ovis ariesfera, ne se rencontre que dans la Sardaigne; mais Buffon ajoute que Yophion dont parlent les anciens Grecs, et qui est cité par Pline, n’est autre chose que Voois ammon de Linnée, le mouflon d’aujourd’hui, eu égard autant aux caractères distinctifs de cet animal , gui ont pu être confondus par les anciens avec, ceux du cerf, qu'à la ressemblance du nom donné à ces animaux.

Le mouflon que la Sardaigne possède

(*)En 1828, cenl quatre-vingt-dix bateaux de différentes nations sont entrés dans le port d’AIghero, cl le corail exporté s'est élevé à plus de deux eent cinquante mille francs. La pérlie du corail remonte an delà de l'année i3;i, dans laquelle don Pierre d Aragon affranchit tous 1er habitants des droits, afin d’accroître l’importance de cette branche d'industrie. Le corail algherois est abondant et le meilleur de toute la Méditerranée. 11 égale aussi en beauté celui de l’ile de l’Asinara.

46 L’UNIVERS

fut assimilé par Pausanias à ces béliers qu’on voit, dit-il, figurés sur les ouvrages en terre de fabrique Éginète; il habite particulièrement les montanes delà Nora, d’Iglesias , de Benlada, ePatada, del'OIiastra et de Lerrono.

Sa forme extérieure (pl. n° 15) s’accorde parfaitement avec celle du cerf, auquel d’ailleurs il ressemble par son poil et sa vivacité, quoiqu'il soit un peu plus sauvage , car il habite les endroits les plus solitaires et les plus escarpés des montagnes. Pausanias dit qu’il surpasse en vitesse tous les animaux sauvages.

La taille du plus gros des mouflons approche de celle du daim; il a les cornes au-dessus des yeux, comme le bélier, et il porte aussi les oreilles extrêmement droites. Il est très-léger à la course, mais se fatigue promptement lorsqu’on le poursuit en plaine.

Les mouflons marchent ordinairement par troupe de cent, dont le plus vieux est le conducteur. Ils s’apprivoisent facilement et s’attachent à l’homme et aux chevaux, comme le mouton.

Buffon, très-attentif à simplifier la création et à écarter cette multiplicité d’êtres introduite dans l'histoire, conseille avec raison aux naturalistes de faire leurs efforts pour trouver dans tous les genres l’espèce primitive et mère; et en parlant du mouflon, il dit qu’il le croit un bélier sauvage.

La femelle du mouflon est un peu plus petite que le mille; elle n’a point de cornes , ce qui fait une grande différence (pi. n° 15) : elle est plus douce et plus apprivoisée.

Du seps.

Le seps est une espèce de lézard long comme un serpent, dont les pattes sont presque invisibles. Les naturalistes l’appellent lucerta chalcidia, parce qu'il porte sur le dos des lignes couleur d’airain (pl. 16, n° 3).

Cet animal , qui forme l’anneau entre les quadrupèdes et les reptiles, dit Lacépède, est assez fréquent en Sardaigne; il a douze pouces et plus de longueur, et quinze lignes de ci rconférence au dos, qui est recouvert d’ écailles

rhomboïdales. Ses oreilles et ses yeux sont petits ; ses deux premières pattes sont fort rapprochées de la tête , tandis ue les deux autres sont placées près es hanches , ou au commencement de la queue, qui est blanchâtre et trèspointue. Son ventre est d'un blanc clair ; ses narines sont placées à l’extrémité du museau.

Le peuple attribue à ce lézard une puissance venimeuse; mais il n’y a pas d’exemple d’accident causé par cet animal , comme l’attestelesavantïhunberg. Une des particularités les plus remarquables de i’île, et dont elle est peut-être le seul exemple , c’est l’absence de tout animal venimeux et de bêtes féroces depuis les temps les plus anciens. Pausanias et Silvius Italicus ont fait la même observation.

On remarque aussi que les chiens, malgré la grande chaleur et la sécheresse du climat, n’y sont pas sujets à la rage. Dans un pays brillant, et où les chiens sont aussi multipliés, il n’y a pas eu, de mémoire d'homme, d’accident de cette maladie. On attribue cette faveur à l’absence des loups; car, en général , ce sont eux qui communiquent la rage aux chiens.

Le tiligugu (pl. 16, n° 2).

Il a fallu conserver le nom de tiligugu sous lequel est connu ce lézard , parce que Linnée ne paraît pas l’avoir exactement décrit parmi les quarante- .quatre différentes espèces dont il a 'composé ses quatre classes de lézards.

Lacépède, en parlant du mobonge des Antilles , prétend que ce lézard est tout à fait le même que le tiligugu de Sardaigne, décrit par le naturaliste Cetti; mais en les comparant l’un avec l’autre, ils paraissent assez différents : en effet , ia tête du tiligugu est avancée, contiguë au corps, un peu courte et aplatie des côtés; la mâchoire supérieure est égale à l’inférieure ; les narines sont ovales et amples, la langue en forme de cœur, les dents courtes et égales , les yeux placés à la base de la tête, proche du bord; les oreilles larges, posées aux angles des mâchoires. Le corps est un ovale

sardaig;ne.

oblong, à l’exception du dos qui est angulaire; la queue ronde et pointue; les pattes de devant sont très-peu éloignées de la tête , et couvertes d’écailles comme le reste de l'animal.

Ce reptile grimpe sur les arbres et sur les maisons; il fait du bruit au changement de temps, de même que la grenouille, car il est très-sensible à l’humidité et à la sécheresse. Il n'est pas dangereux, mais, lorsqu’on l’irrite, il se jette avec hardiesse sur celui qui ie provoque.

Du vautour barbu ( pl . 16).

Les vautours connus en Sardaigne sont de quatre espèces, savoir: le griffon, le vautour blanc, le noir, et le vautour barbu, ainsi nommé par Linnée , à cause d’une longue barbe de crin qui lui pend de la mandibule inférieure ( pl . 10, n° I.).

Ce vautour, le gypœtes barbatus de Cuvier, long de quatre pieds et dix pouces depuis la tête jusqu’à la ueue , est de tous celui qui a le plus e rapport avec les aigles , car il est entièrement couvert de plumes; son

Sort est noble et lier : il diffère cepenant de l'aigle par sa taille, par la forme de son bec, par ses yeux saillants , par le creux qu’il porte au bas de l'œsophage, bien plus encore par son organisation intérieure, et enfin par ses habitudes.

Bufl’on ne croyait pas que le vautour barbu se trouvât aussi en Sardaigne (*), comme l’expérience nous l'atteste.

Page 1