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XIII

De la végétation de Vite sarde.

La végétation du nord de file de Sardaigne peut se comparer à celle de la Corse, et la végétation du cap méridional à celle de l'Afrique; ceile du centre à celle de la Provence. Il est à remarquer ce que Pausanias nous dit à l’égard des végétaux : Il y a dans Vite

(*) Nous avons, en i~ 97, offert à notre Académie des sciences de Turin , un tableau contenant le vautour barbu en relief, par nous pré|iaré d’après la méthode du naturaliste professeur Giorna,

sarde une seule espèce de plante dont le venin soit mortel; elle ressemble à, l’ache, et ceux qui en mangent meurent, à ce qu'on dit, en riant. C'est pour cela qu Homère, et ceux qui l’ont suivi, donnent le nom de rire sardonique à ceux qui en sont atteints.

Dioscoride a laissé une description inexacte de cette plante, qu’Apulée appelle l’herbe scélérate, Linnée ranunculus bulbosus, et les professeurs de Turin, Alioneet Moris, ranunculus peucedani/oliæ , plante aquatique et propre à la Sardaigne centrale.

M. de Candolle pense que la plante désignée par Pausanias est le ranuncutus sardous ou philonotis.

Quant au rire sardonique, dont Cicéron parle dans la lettre xxv, liv. 7, à Fabius Galtus, il n’est pas naturel aux Sardes, qui sont d’un caractère franc et constant. Le rire sardonique est plus propre aux mœurs des nations civilisées, qui, à la sincérité du cœur, ont substitué la politesse et une grâce d’alïectation.

La végétation de la Sardaigne est prodigieiise. j\ous avons déjà signalé la fertilité du sol à l’égard du ble, le trique, mot sarde corrompu du latin triticum, lorsque la plante n’est pas attaquée par des brouillards, qui diminuent la graine, ni par les sauterelles, transportées dans l’ile par des vents d’Afrique , ce qui arriva en 1825, année pour les Sardes d’une grande calamité.

Le maïs, ou blé de Turquie, est cultivé dans les plaines d'Oristano et autres cantons à l’abri de la sécheresse.

Ce sont les Sarrasins (*) qui apportèrent de l'Orient cette plante fertile.

Les fèves, dont les paysans font une consommation notable pour leur famille et pour la nourriture des animaux de charge, sont semées en novembre au cap Cagliari , plutôt qu’au printemps, car les vents secs en empêchent la culture. Au cap Sassari , qui est plus humide , ou les sème en mai, comme en Lombardie.

(*) Voyez Dr ta culture du maïs et de son utilité pour l'économie animale , par le chevalier de Grégorj. 1829, Paris.

L’UNIVERS

La vigne donne aux Sardes les vins précieux appelés le muscat blanc ou malvasia, meilleur que celui d’Asti, le canonao rouge et noir, la vernaccia blanche et très-claire, comme les vins du Rhin et de Champagne.

I.’olivier est la plante qui convient le mieux aux terres sardes, et sa culture fut encouragée par des titres de noblesse et des récompenses accordés par le roi Victor-Emmanuel pendant son séjour dans Plie durant l’émigration.

Les amandiers, les orangers et les limons y prospèrent, et la vallée de Milis, dont nous reparlerons, est appelée , par le savant Cetti , le jardin des llespérides , à cause de l'abondance de tous les fruits et de citronniers.

Le tabac de Plie ne le cède en rien aux meilleurs tabacs d’Espagne et de Turquie. Il est plus fin, d'un jaune plus clair, et doit être laissé deux ans en fermentation. Il forme une branche des revenus royaux.

La garance, ruhia tinctorum de Linnée, croît naturellement dans plusieurs provinces; on se sert de cette racine, qui donne un rouge écarlate, pour les toiles et laines à l'usage des paysans, et sa bonté n'est pasconnue à l’étranger.

Le liège, dont l’ile abonde, le safran, la soude, auraient besoin, pour être mieux exploités, d’encouragements de la part du gouvernement. Il devrait en être de même pour la culture du coton et pour l'éducation des vers à soie. Déjà on a planté une quantité prodigieuse de mûriers blancs et noirs dans differents cantons; mais les chaleurs des mois de mai et juin sont aussi préjudiciables à cette chenille industrieuse que les inconstances de température le sont dans d'autres contrées.

Nous avons indiqué, page 25, quelques-uns des avantages que la situation actuelle des affaires politiques peut assurer à la Sardaigne. Nous ajouterons plusieurs développements.

La Méditerranée est sillonnée aujourd'hui en tous sens par les divers pavillons de l’Europe. Lorsque le commerce avec Alger sera établi sur des bases durables , lorsque la paix sera donnée à l’Orient, les bâtiments de

tous les pays afflueront encore plus dans la Méditerranée. Les Génois , qui jouiront naturellement de privilèges en Sardaigne, puisqu'ils sont sous la même domination , y apporteront des capitaux au lieu du joug de fer qu’ils y faisaient peser auparavant. Cagliafi en rapport, par les routes nouvelles, avec toute l’île , deviendra un lieu favorable aux radoubs au renouvellement des approvisionnements et des munitions , et présentera , dans son port , de bien plus grandes ressources que Malte et que la Sicile qui n’a pas encore reçu , et qui ne recevra probablement que très-tard une pareille direction. Le gouvernement piémontais est un gouvernement sage , modéré , et ami de ses peuples : il a commencé à reconnaître tout le prix de la Sardaigne civilisée. L’île a reçu de bonnes lois, des communications faciles: la population agreste, retenue dans les montagnes, s’est accoutumée à visiter paisiblement les plaines: les étrangers voudront et pourront parcourir les diverses provinces de ce petit royaume :

nous rapporterons ici un chapitre du voyage récent de M. Valéry, qui seul suffit pour exciter l'enthousiasme de ceux qui veulent admirer un des plus imposants spectacles de la nature :

Milis ou la forêt rf orangers.

« C’est le premier jour du mois de mai, par un temps magnifique, que je visitai les jardins ou plutôt la forêt d'orangers de Milis, l’ornement de la Sardaigne , qui compte au delà de cinq cent mille arbres, et dont les approches me furent annoncées par une brise embaumée.

« Ce bois , ceint de collines qui l'abritent , et dont je parcourus pendant plusieurs heures les délicieux ombrages et les taillis touffus , était alors animé par le chant des oiseaux et le murmure des mille petits ruisseaux qui arrosent le pied de cps arbres toujours altérés. Une couche solide de Ileurs d'orangers jonchait le sol : je marchais, je "glissais sur cette neige odorante; si j'ecartais les branches pour percer le taillis, les (leurs jaillis-

SARDAIGNE

saient en l’air et me caressaient le visage. Cette fleur précieuse , qui , dans les somptueuses orangeries de nos châteaux , se pèse et se vend , ici exhale, d’inutiles parfums , tombe 5 terre , et forme un épais et doux tapis de grandes herbes aromatiques mêlant une agréable et forte odeur à l’odeur plus suave de l’oranger. L’abondance des fruits est prodigieuse. Quelquefois de longs bâtons de sarments soutiennent les branches pliaut sous le faix des oranges et des citrons , qui montent , année moyenne , à près de dix millions. On est "comme ébloui par tous ces globes rouges ou dorés, ardente végétation suspendue en festons et en guirlandes. »

L’introduction de l’oranger en Sardaigne remonte aux époques du deuxième ou troisième siècle. Les jardins de Milis, dont la terre, particulièrement propre à ces plantations , est fine et douce au toucher, s’étendent pendant l’espace de trois milles, et ils offrent plus de trois cents vergers. Un des plus beaux, le jardin du chapitre de la cathédrale d’Oristano , n'est affermé que huit cents écus, à peu près quatre millefrancs. Quelques arbres ont donné jusqu’à cinq mille oranges ; les poètes ont vanté le jardin des Hespérides, fort inférieur, sans doute, à celui d’Oristano, qui a plus de dix mille

arbres , dont plusieurs , au dire traditionnel des paysans , compteraient plus de sept siècles. C’est dans le jardin du marquis de Boyl que je trouve le plus grand des arbres de Milis, décoré du titre de roi des orangers ; un homme ne peut l’embrasser ; et ce bel arbre, au parfum, à la douceur et à l’éclat de ses fruits et de ses fleurs, joint la hauteur et la majesté du chêne. . La forêt de Milis est par cela un des points de la Sardaigne qui appelle le plus l’exploitation d industriels intelligents , soit par la création de distilleries de fleurs d’orangers , soit par celle de fabriques de produits chimiues , propres à l’impression des étoffes e soiè , de laine et de coton.

Les champs balsamiques , les féeries de Milis mériteraient seuls le voyage de la Sardaigne. Nous avons si près de nous ce spectacle qu’on croirait un rêve des Mille et une Nuits !

Nous nous sommes plu à prédire le sort futur de la Sardaigne. Ce n’a pas été sans plaisir que nous avons annoncé ses destinées propres à augmenter la gloire de ses rois, et ce qui est en même temps aussi désirable, la prospérité et le bonheur d’un peuple longtemps calomnié, et susceptible de prendre part aux plus heureux progrès de la civilisation moderne.

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