PAR C. DE FRIESS-COLONNA
INTRODUCTION GÉOGRAPHIQUE. Monte-Cinto et le Monte-Rotondo , j. dont la hauteur est d’environ 2,700 mè-
I,a Corse est, après la Sicile et la Sar- très , appartiennent à la chaîne de mondaigne, la plus grande des Iles de la tagnes du système transversal. Le* Méditerranée : elle a qunrante-cinq lieues sommet le plus élevé de la chaîne de de long , sur vingt-trois de large. Les montagnes du système longitudinal ne Français en firent la conquête en 1769. s’élève guère au dessus de 1,200 mètres. On verra dans le courant de cette his- Cependant la cime du San-Petrone, autoire par quelles vicissitudes elle a passé dessus de la Porta, atteint 1 ,650 mètres, avant d’appartenir à la France. On parle La nature des lieux a porté les habien Corse la langue italienne, et c'est, tants de la Corse à partager leur île en après la Toscane, la Romagne et les deux grandes parties, quesepare la chaîne Etats de Lucques , le pays où cet idiome de montagnes du système transversal est le plus pur. dont nous venons dé parler, dans la di-
La Corse est un véritable pays de rection du nord-ouest au sud-est. montagnes. C’est là un de ses caractères Cette division , adoptée de temps imdistinctifs. Deux chaînes principales la mémorial , a toujours porté et porte endivisent, l’une dans le sens transversal core le nom de Deçà des Monts, poqr la de l’ouest-sud-ouest à l’est-nord-est, du partie comprise dû nord ah midi, entre mont Saint-Antoine, au-dessus de Bel- la pointe du Cap-Corse et le fleuve godère, au Monte-Coscione, au-dessus de Solenzara, et depuis la mer de France de Zicavo ; l’autre dans le sens longitu- jusqu'à la mer de Toscane, de l’ouest à dinal , parallèlement à la côte, du nord l’est ; de Delà d*s Monts, pour la partie au nora-est, depuis le Cap-Corsejusqu’au qui se trouve entre le Fango, la chaîne Fiumorbo. La première, beaucoup plus de montagnes du système transversal considérable que la seconde, et par sa et la Solenzara, du’ nord au midi; la hauteur et par l'espace qu’elle occupe, Méditerranée et cette même chaîne de est presque entièrement composée de montagnes, de l’ouest à l’est, terrains granitiques; la seconde, de ter- Le Deçà des Monts , beaucoup plus rains stratifiés. Le Monte-Doro, le ouvert que le Delà des Monts, «st aussi
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L’UNIVERS
beaucoup plus étendu. Plus voisin de l’Italie, et en contact, pour ainsi dire, journalier avec elle, il lui a emprunté quelque chose de sa civilisation.
Le Delà des Monts , pays excessivement boisé et très-montagneux, brillé dans ses plaines par le soleil et les vents d’Afrique, a conservé longtemps une physionomie sauvage que la civilisation française n’a pu encore faire disparaître.
Ce queM. JeanReynauda dit delà végétation de la Corse peut aussi bien s’appliquer au Deçà qu'au Delà des Monts.
« La végétation y offre des caractères intermédiaires entre ceux de la végétation du midi de la France et de l’Italie. Les oliviers et les vignes sauvages, les myrtes, les lauriers-roses, les chêuesliéges, les cactus, les aloès, quelques rares palmiers, sont cequi frappe le plus lesyeux du voyageur qui vient de F rance. On a fait quelques essais pour acclimater en Corse les plantes intertropicales. Les essais faits en petit, et dans des jardins publics ou particuliers, ont assez bien réussi; mais on aurait tort d'en conclure que ces plantes puissent jamais devenir en Corse l’objet d’une grande cul- ’ture : elles y demandent des ménagements tout spéciaux , et il n’y a, comme nous l'avons dit, que quelques points du littoral où elles puissent prospérer. Les céréales, le riz , la garance, les oliviers, les citronniers, la vigne, sont le principe de la véritable richesse agricole de la Corse , dans tous les lieux où le sol n’est pas trop montueux pour leur convenir. C’est donc sur le développement de ces plantes , et non sur de vaines espérances d’indigotiers, de caféiers, de cannes à sucre, que l'attention du gouvernement et des industriels doit se porter. Bien que la Corse n’ait pas été destinée par la nature à devenir jamais un pays bien fertile, il y a certainement d'immenses bénéfices à en tirer par une sage exploitation de la plaine et des vallées. Les eaux propres aux irrigations y sont abondantes. Peut-être serait-il convenable d'étendre les essais qui ont été faits , à diverses reprises , sur les semis de cotonniers : il serait possible que la Corse, dans les localités bien situées, pût tirer de cette plante précieuse un revenu considérable et d’une haute
utilité pour l'industrie du midi de la France (a). .
« Les forêts de la Corse, ajoute M. Revnaud , sont peut-être les plus belles qu'il y ait au monde, sinon sous le rapport de l’étendue , du moins sous celui de la magnificence. Sans parler de ces majestueuses forêts de châtaigniers qui occupent les pentes peu élevées , et dont la fécondité est si prodigieuse, qu'une population considérable n’a pas besoin d’autres champs , les hautes montagnes de la Corse nourrissent des forêts de chênes, de hêtres, de sapins, et surtout de pins larix, propres aux constructions les plus magnifiques (à). Il semblerait que la nature, donnant à la Corse les havres les plus multipliés et les plus spacieux quai y ait sur aucune cdte de la Méditerranée, eût voulu lui donner aussi toute la charpente nécessaire pour une marine puissante. Il peut sembler extraordinaire au premier abord que ce petit peuple, ainsi isolé au milieu de la Méditerranée, et entouré de tant de circonstances favorables à la navigation , soit demeuré montagnard et ne se soit point fait nav igateur. Mais le développement de la marine demande des conditions particulières de commerce et de puissance que la Corse n'a jamais eues jusqu’à présent, et qui ne se manifesteront qu'a mesure que la France s’y constituera plus efficacement, et prendra sur la Méditerranée le rang qui lui appartient (c). »
Sous le rapport minéralogique , la Corse est sans contredit le pays le plus riche de l’Europe. M. Guevmard, ingénieur en chef des mines, l’a appelée l’Élysée de la belle géologie. Dans un rapport qu’il fit eu 1820 à la suite d'un long voyage dans Pile, il disait : « Je me suis souvent servi de l’expression que cette île était l’Élysée de la belle géologie , et plus je voyage, plus je reconnais que nulle part il n’existe d’aussi beaux produis La Corse renferme les plus jolies roches et des roches uniques. C’est dans
(a) Encyclopédie nouvel! e, t. jv. p. 6<> et suiv. (à) D’après le procès-verbal de délimitation, terminé ci) 1 8)0 par M. Racle, l'État posséderait en Corse un sol forestier de 150,000 hectare*.
(c) Il est question, depuis quelque temps , île faire d’Ajaccio une succursale du port maritime de Toulon.
l’existence de ces roches préeieuses que réside la richesse minéralogique -de la Corse. L’architecture et les beaux-arts trouveraient sur ce point du globe des variétés presque infinies de roches pour construire des palais , des monuments , et pour en décorer l'intérieur* »