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ARROND1SSEHEM DE SARTÈNE

L’arrondissenien t de Sa rtènc est formé, comme nous l’avons dit , des anciennes seigneuries d'Istria et de la Rocca : il est borné, au nord , par l’arrondissement de Corté , et par celui d’Ajaccio dans la direction du nord-nord-est; à l’ouest, par la Méditerranée ; au sud par le détroitde Bonifacio, qui le sépare de la Sardaigne ; et à l’est, par la mer de Tos-

\cane. Il ne renferme que 26,000 habitants, répartis en 43 communes ; mais il pourrait aisément en contenir quatre fois autant.

Sartène, petite ville située dans la vallée du Vaiinco, sur un chaînon qui la sépare de celle de l'Ortolo , est le cheflieu de la sous-préfecture : elle renferme environ 3,000 habitants. La population tend à s’y accroître chaque jour davantage. Il est à regretter que l'administration ne songe pas à faire quelques améliorations indispensables : les prisons y sont dans un tel état que les individus condamnés à quelques jours d’emprisonnement préfèrent se faire bandits que d’y être renfermés.

Propriano, petite bourgade assise au bord de ia mer, à un myriainètre environ de Sartène, sert de porta cette ville et à la plus grande partie de l’arrondissement, qui y apporte ses objets d’exportation. Si l’on parvenait à en rendre l’air moins insalubre, Propriano ne tarderait pas à prendre de l’extension et à devenir un des centres les plus actifs du commerce de la Corse.

L’arrondissement de Sartène est relativement le plus riche de la Corse , et sa richesse ne peut qu’aller en augmentant; il produit en très-grande quantité des céréales et des huiles qu’on exporte; de très-bons vins, des fruits et des bestiaux. C’est bien ia partie la plus fertile delà Corse; et l’on peut, sans trop se compromettre , avancer que dans quelques années il n’y aura pas d’arrondissement agricole en France qui l’égale en richesses. Il est à déplorer que les divisions intérieures soient souvent un obstacle au développement de l’agriculture et de l’industrie. Les vendettc, qui ont affligé et affligent encore cet arrondissement, y ont un caractère particulier qui ne se rencontre dans aucune autre partie de l’ile. Ce Sont en général les familles riches et influentes dans le pays qui sont en inimitié , et les membres de ces familles exercent ordinairement eux-mêmes leurs vengeances, sans avoir recours au bras d’un sicaire, comme cela arrive malheureusement quelquefois ailleurs.

L’a rrondissement de Sartène renferme trois ports d’une haute importance pour notre marine, Vaiinco, Santa-Manza et Porto-Veccliio : les deux premiers sur la

CORSE

route de l’Afrique , le troisième en face de l'Italie.

Au sud de l’arrondissement de Sartène et à l’extrémité de l’ile de Corse, se trouve la petite ville de Bonifario, bâtie au dixième siècle par le comte Boniface, et colonisée plus tard par tes Génois , auxquels elle resta constamment dévouée. Bonifacio soutint, en 1420, un siège mémorable contre Alphonse le Magnanime, roi d’Aragon, qui ne put s’en rendre maître. Elle possède des archives assez intéressantes pour le commerce et pour la constitution des municipalités au moyen âge. Elle se trouve bâtie sur une des grottes les plus curieuses de la Corse : ses habitants se ressentent toujours de leur origine, et parlent encore le génois.

C’est dans l’arrondissement de Sartène que se trouvent les seules carrières qui existent au inonde de granit orbiculaire gris, une des plus belles productions du règne minéral, mais que sa dureté ne permet pas de travailler facilement.

MŒUBS.

On a beaucoup parlé et l’on parle beaucoup encore de la sauvagerie de3 mœurs corses, et l’éternelle vendetta a donné matière à plus d’un voyageur et d’un romancier d’exercer son imagination. Certes, si l’on compare les mœurs du paysan corse aux mœurs élégantes et polies de la société parisienne, on trouvera une différence notable. Mais que cette comparaison s’établisse aussi pour la H.iute-IiOire. le Puy-de-Dôrqe, les Bouches-du-Rhône, et l’avantage restera encore à la Corse. Un ridicule assez commun à nds voyageurs parisiens, c’est de prendre Paris pour modèle en toute chose et de trouver mauvais que l’on ne soit pas servi dans une auberge de village comme au Rocher de Cancafe.

La Corse est certainement encore, au

C’il est, un pays exceptionnel, mais up moins exceptionnel qu'on veut bien le dire : elle se trouve en ce moment dans un état de crise entre les moeurs anciennes, qui se perdent tous les jours davantage, et les mœurs nouveilt-g, qui font de très-grands progrès. Bans cinquante ans, avant même peutêtre, la physionomie physique et morale

de ce pays aura complètement changé; et ce sera alors, nous croyons pouvoir l’afflrmer, un des départements les plus avancés delà France. Car, si le Corse quitte ses vieilles mœurs pour en embrasser de nouvelles, H voudra avoir, en celles-ci, la dernière perfection. Pour ce ui est du moment prése.nt, nous croyons tre dans le vrai en soutenant que l’on a beaucoup trop exagéré le mal qui se commettait en Corse, et que l’on s’est beaucoup trop hâté de généraliser sur des faits qui pouvaient bien n’étre que des exceptions. Nous ne voulons cependant pas nier l’existence malheureusement trop reelle de la passion de la vengeance, qui au fond n'est que l’exagération du sentiment du juste, mais qui n’en est pas moins une plaie terrible pource pays. Quoique cette passion se soit beaucoup modifiée , surtout dans les parties qui avoisinent les villes, néanmoins elle forme toujours le côté le plus saillant du caractère national. Nous croyons cependant que cela peut et doit changer rapidement, et qu’une administration intelligente et bien intentionnée peut, sans sortir des lois constitutionnelles, renouveler la face du pays et faire de la Corse un département aussi florissant et aussi civilise que les départements du Nord.

Nous venons de donner une description géographique des parties les plus importantes de la Corse. Nous regrettons que l'espace dans lequel nous sommes obligé de nous renfermer ne nous permette point d’entrer dans de plus grands détails sur un pays où la nature est si riche , le soleil si beau , le ciel si pur, et dont les habitants ont des vertus antiques qui en font un peuple à part dans notre Europe civilisée. Le royaume de Corse est aujourd'hui un département français. La couronne souveraine qui faisait l’orgueil de Gènes, et l’autorisait à demander au Vatican les honneurs dus aux monarques, s'est effacée devant la glorieuse couronne de la France. La Corse ne regrette pas son passé : elle ne croit point avoir déchu en étant appelée à faire partie intégrante du plus beau royaumedu inonde, après celuidu ciel (g). Lorsque la députation corse vint assurer Louis XV des sentiments qui ani-

(f) Grotius, de Jure Belli el Paris, Epitt, ad Ludovkum XI II.

L UNIVERS

niaient le pays envers la France, l’évêque de Sagone, qui portait la parole, dit au roi : « La nation corse a donne dans les « siècles passés des preuves éclatantes « de constance et de valeur; elle se fera « une gloire dans les siècles à venir de « consacrer ces deux belles qualités au « service de son bien-aitné souverain et « de la nation la plus grande, la plus * brave et la plus polie de l'univers.

■ Tel fut toujours le désir de nos pères, « et les annales de votre monarchie le « prouvent d’une manière incontesta- « Die. »

La Corse n'a pas attendu des siècles pour remplir fidèlement scs promesses; elle a donné Napoléon à la France, et ses enfants ont versé glorieusement leur sang pour la patrie. En retour de sesservices etde son dévouement, n'est-elle pas en droit de demander quelque chose? Son sol est vaste et fertile; ses forêts, peut* être les plus belles du monde, sont d’une richesse inappréciable; ses havres les plus rapprochés du continent et les plus sûrs de la Méditerranée ; ses habitants, Français par le cœur et l’esprit autant que les plus chersenfantsde la France. Pourquoi donc la négliger et l’abandonner ainsi? Si, depuis l’empire, on avait fait pour la Corse, pour cette terre qui ne cessera jamais aétre France, le dixième de ce qu'on a fait depuis quinze ans pour l'Algérie, elle serait aujourd'hui le pays le plus florissant de là Méditerranée et le grenier d’abondance de nos provinces du Midi. Espérons que, longtemps oubliée, la Corse attirera désormais les regards du gouvernement. Déjà des routes royales sillonnent l’île. Il ne reste plus pour assurer sa prospérité qu’à exécuter deux opérations également importantes, le dessèchement des marais et l’exploitation des forêts {h). La première, si im-

'h ) I.o» marais sont le plus grand obstacle au développement de l’Industrie agricole, et occasionnent une grande mortalité; ils Infectent toutes les parties de l’Ite qui avoisinent la mer. Ils rouvrent une superlicie de terrain de 3, rua hectares et ont une hauteur moyenne de fi métrés. I.es plus considérables sont sur iacôte de l’est : les étangs de Biguglia , de Diana , d’Urblno, de Palo, de Balistro, les marais del Sale et de Porto- Vecctilo. - Sur lacote de l’ouest, l’étang de Taravo, les marais de Pero et de Ctilonl. Sur relie du nord-ouest et du nord : les marais de Galeria, Calvi et Saint- Florent. — On ne saurait se faire une idée des maladies qu’occasionne le séjour dans le voisinage de ces marais.

périeusement réclamée par l’humanité, en appelant les populations des montagnes dans ia plaine, donnera des bras à l'agriculture et créera de nouvelles cités.

La seconde, en assurant la conservation des forêts, permettra à la France de se passer des nations étrangères pour ses bois de construction, et la Corse pourra bien être alors ce que pensait le duc de Choiseul, plus utile à la France que ne tétait ou ne l'aurait été le Canada.

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