LA CORSE AVANT LES ROMAINS
La tradition la plus accréditée chez les auteurs de l’antiquité, c'est que la Corse a été colonisée par les Phéniciens, qui se seraient en même temps établis eu Sardaigne. Ils auraient été conduits dans ces deux Iles par un fils de l’Hercule conquérant de l’Espagne et de l’Italie. C’est à cette époque que l’on fait remonter la fondation d’Aléria, qui a été, pendant longtemps, la plus considérable des villes de la Corse. Cependant , il est à présumer que les Phéniciens n’ont pas été les seuls étrangers colonisateurs de l’Ile; il faut admettre que les habitants de l'Italie et en particulier les Etrusques , à cause du voisinage, y ont envoyé de nombreuses colonies. Les peuples de la Grèce songèrent aussi a s’y établir. Hérodote rapporte qu’après la défaite de Crésus, Cyrus ayant chargé Harpage, son lieutenant , de faire la conquête de l’Ionie, celui-ci vint mettre le siège devant Phocée. Il ne demandait aux Phocéens que de le reconnaître pour maître ; mais les Phocéens , redoutant l'esclavage , préférèrent abandonner leur ville. Iis s’embarquèrent de nuit, avec toutes leurs richesses, et se dirigèrent vers Chios. Us demandèrent à acheter les îles OEnusses ; et comme on ne voulut pas les leur vendre, ils firent voile pour la Corse, où, vingt ans auparavant, ils avaient bAti la ville d’Alalie. « Lors- « qu’ils furent arrivés en Cvrnos, ajoute « Hérodote, ils élevèrent des temples et « demeurèrent qjnq ans avec les colons « qui les avaient précédés; mais, comme « ils ravageaient et pillaient leurs voi- • sins, les Thyrrhéniens et les Carthagi-
« nois mirent en mersoixante vaisseaux.
<■ Les Phocéens, ayant aussi, de leur « côté, équipé pareil nombre de vais- « seaux, allèrent à leur rencontre sur la ■ mer de Sardaigne. Ils remportèrent la « victoire, mais elle leur coûta cher, « car ils perdirent quarante vaisseaux , * et les vingt autres ne purent servir « dans la suite, les éperons ayant été « faussés. Ils retournèrent à Afalie, et, « prenant avec eux leurs femmes, leurs « enfants et tout ce qu’ils purent em- « porter du reste de leurs biens , ils « abandonnèrent l lle de Cyrnos, et « firent voile vers Rhegium. (1) »
Cette tentative de colonisation de la part des Grecs d’Ionie est la seule dont fasse mention Hérodote. Quant aux autres auteurs de l’antiquité, tels queStrabon, Pausanias, Pline l’Ancien, Diodore de Sicile, comme ils sont venus beaucoup plus tard et dans la période purement romaine, ils n’ont guère parlé des temps primitifs , et, s’il leur est arrivé de le faire, ce n’est évidemment que par tradition et d’une manière peu certaine. Aussi l’histoire de la Corse n’offre-t-elle rien d'intéressant et de véritablement historique jusqu’au temps où les Romains songèrent à la conquérir. A partir de cette époque, elle devient positive; et l’on trouve dans la tradition romaine les particularités qui la regardent.