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EXPÉDITIONS DES ROMAINS DANS LA CORSE

(-19-1-59 1 de Rome.)

Au temps de la rivalité de Rome et de Carthage, la Corse eut à subir le sort des provinces méditerranéennes.

Sa position avantageuse entre l’Italie et l’Afrique , la fertilité de son sol et la richesse de ses forêts, qui pouvaient être d’un si grand secours à une puissance maritime, la rendirent un objet de convoitise pour les deux peuples. On a dit que les Carthaginois la possédèrent très-longtemps; cependant , rien ne le fait présumer, et il est à peu près certain qu’ils n’y firent jamais d’etablisse-

(l) Hérodote, liv.I, g isc.

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nient sérieux. Quant aux Romains, ils y firent huit expéditions, et livrèrent bien des combats avant de s'en rendre entièrement maîtres.

La première expédition romaine dont il soit fait mention est celle que le consul Lucius Cornélius Scipion fit en l'an 494 de Rome ; il y détruisit , dit Florus, la ville d’Aléna, et frappa ainsi de terreur les autres habitants (t). Cependant, cette terreur dont parle Florus p* amena aucun résultat pour les Romains, car le reste du pays ne se soumit point, et, tandis que le consul était occupé en Sardaigne, les Corses reprirent Aléria, d'où ils chassèrent les Romains. Ceux-ci avaient beaucoup trop à faire en ce moment chez eux pour songer à réparer leur défaite -, mais, lors-

Su’ils eurent conclu la paix avec les Carîaginois, ils se préparèrent de nouveau à envahir la Corse.

Ce fut environ vingt ans après la première expédition que le consul Caïus Licinius Varus, après avoir fait de rands préparatifs, se disposa à passer ans cette île. Comme l'impatience des Romains était très-grande, et que d'ailleurs le nombre de vaisseaux était insuffisant pour transporter' toute son armée, le consul n'attendit pas d'avoir rassemblé tout son monde, et fit partir une première division, sous les ordres de son lieutenant Marcus Claudius dira. Débarqué en Corse, à la tête de forces assez considérables , Glica crut pouvoir, sans attendre l'arrivée du consul, livrer le combat aux indigènes. L’issue de ce combat lui fut funeste. Enveloppé de toutes parts par 1rs Corses , il éprouva une sanglante défaite , et il allait être taillé en pièces, lorsqu’il proposa aux Corses de traiter avec lui ; ceux-ci y consentirent. Mais ce traité, honteux pour les Romains, ne fut point approuvé par leconsul, qui, arrivé quelque temps aprè-, et ne voulant pas reconnaître ce qui avait été fait par son lieutenant, recommença les hostilités, battit les Corses en différentes rencontres, les obligea à se retirer dans les montagnes et soumit une grande partie du plat pays.

De retour à Rome, Licinius demanda les honneurs du triomphe , qui lui fu- (I I Kloru». EpitL liv. 89-

rent refusés. Quant à Marcus Claudius Glica, qui avait conclu le traité, le sénat le renvoya en Corse, en le mettant à la disposition des insulaires; il croyait par là réparer la violation faite au traité par Licinius Varus. Les Corses, n’ayant rien à reprocher à Glica, qui, pour sa part, avait observé les conventions, le renvoyèrent au sénat, disant qu’ils n’avaient point à venger sur un innocent l’injure faite par le consul. Le sénat comprit parfaitement la conduite des Corses; mais, persistant dans son système de considérer Claudius Glica comme seul coupable , ayant agi sans pouvoirs, il le condamna à mort, et son corps fut jeté aux gémonies '1).

Cependant, les Corses, se voyant attaques sans motifs par les Romains , songèrent à leur créer des ennemis et à secouer leur joug.

La Sardaigne, ainsi que la Sicile, avait été cédée aux Romains par les Carthaginois; maiscelte cession n'ayant pas été consentie par les peuples de ces lies, il existait un grand mécontentement parmi eux. Les Corses s'entendirent avec les Sardes, et les deux peuples se soulevèrent en même temps contre les Romains, qu’ils obligèrent à se renfermer dans les villes du littoral. A cette nouvelle, le consul Manlius Torquatus partit en toute hâte , avec une armée considérable, et comprima le soulèvement dans les deux pays.

Toutefois, comme cette soumission n’était point complète, les Romains décidèrent qu’il serait fait contre ces deux peuples une expédition générale pour les soumettre entièrement.

Le consul Spurius Carvilius et le préteur P. Cornélius partirent, à la tête de troupes nombreuses. Le premier se rendit en Corse, le second en Sardaigne. Spurius Carvilius n’avait pas encore commencé ses opérations en Corse, lorsqu'il fut instruit du mauvais état de l'armée romaine en Sardaigne. Le préteur P. Cornélius venait d’y mourir de

(I) M. rnim Claudium unalui CortU, quia turpnn cum his pacem feceral , dédit : quem ab hostibus non accepta m, in pu b tira custodia necari iussit et factum eju * rescidit , libertatem ademit , spiritum exlinxit , corpus coutume lia. carrer U et de testa nd a i y nanti nui gemoniarum scalarum notafctdavit. Valer. Max. llb. VI, cap. I.

CORSE

la peste, qui s’était déclarée dans sou armée. Les Sanies, profitant du trouble qu'avait occasionné cette mort et de rabattement des légions romaines, les avaient attaquées avec succès et étaient sur le point de les détruire entièrement. Si l’on voulait éviter la honte d’une défaite et sauver les restes de cette armée, il fallait voler immédiatement à son secours. C’est ce que fit sans hésiter Carvilius. Son arrivée releva le courage abattu des Romains et diminua la confiance des Sardes Cependant ceux-ci firent bonne contenance vis-à-vis de l’armée consulaire; mais ils furent bienlêt après battus et défaits complètement. Toutefois, les Romains ne se firent point d’illusion sur le succès qu’ils venaient d’obtenir; car, l’année suivante, ils envoyèrent dans ce pays une armée considérable, sous les ordres des consuls E. Lepidus et P. Malleolus. Les Sardes opposèrent comme de coutume une vive résistance, et ne furent point soumis; mais les Romains pillèrent leurs villes et en emportèrent un riche butin. Comme ils s’en retournaient sur leurs vaisseaux, ils furent assaillis par une affreuse tempête dans les mers de la Corse, et obligés de prendre terre dans cette île. Les Corses, instruits de ce qui s'était passé en Sardaigne, et s'attendant à être attaqués à leur tour, étaient sous les armes ; ils profitèrent de la position critique des Romains, tombèrent tout à coup sur eux, en firent un grand carnage, et s’emparèrent de tout leur butin.

A la nouvelle de ce désastre, les Romains résolurent de tirer vengeance des peuples de la Sardaigne et de la Corse; et dès que les nouveaux consuls furent entrés en charge, ils reçurent ordre de (aire voile vers ces deux îles.

M. Pompnnius Mathus, qui avait déjà fait la guerre en Sardaigne et avait triomphé des Sardes, fut désigné pour la conquête de ce pays. L’autre consul, Caius Papirius, se rendit en Corse :

ayant débarqué ses légions dans la partie nord-ouest de l'île, il trouva les Corses prêts au combat, dans un lieu ue les Romains appelèrent le champ es Myrtes. L’engagement fut terrible. La discipline romaine triompha de la valeur tumultueuse des Corses.

Vaincus dans la plaine, ceux-ci se retirèrent dans les montagnes. Le consul voulut les y poursuivre; mais dès qu’il fut engagé avec son armée dans les gorges, il se vit attaquer de toutes parts. Ses soldats, harassés de fatigues et mourants de soif, tombaient sous les coups des indigènes. La défaite du consuletaitimminentes'il persistait à combattre. Il vit sa position, et jugea à propos d’offrir la paix. Quoique la position des Corses fût très-avantageuse et qu’ils eussent pu facilement anéantir l’armée romaine, ils écoutèrent néanmoins favorablement les propositions de Papirius et traitèrent avec lui.

Quelle était la nature de ce traité?

c’est ce qu’on ignore. Quelque* auteurs pensent, d’apres la conduite tenue par les Romains vis-à-vis des Corses, qu’il eut pour résultat de les admettre au nombre des alliés de la république, et de les faire entrer dans la confédération du peuple romain, de sorte que Rome n'aurait exercé à leur égard qu’une sorte de protectorat. Ce qui semble confirmer cette opinion, c’est ue, tant que dura la république, la orse ne reçut ni préteur ni proconsul, ce qui n’avait pas lieu pour les provinces conquises. Quoi qu il en so.t, il parait que le traité de Papirius convint aux Corses, car, pendant près de cinquante ans, ils vécurent en paix avec Rome. Ce ne fut que vers l'an 572 qu’ils se soulevèrent de nouveau pour des causes que l’on ignore complètement.

Marcus Pinarius, préteur de Sardaigne , reçut ordre de passer en Corse pour comprimer la révolte. Les Corses allèrent à sa rencontie, mais ils ne purent résister aux légions romaines, et furent entièrement défaits. Tite-Live rapporte (1) que deux mille des leurs restèrent sur le champ de bataille; les autres se soumirent , donnèrent des otages et s’engagèrent à payer une contribution de cent mille livres de cire (572).

Sept ans après cette soumission, il y eut un nouveau soulèvement. Le préteur de Sardaigne, Attilius Scrranus, pensant pouvoir l’étouffer dans son principe, passa en Corse avec des troupes

' (t) Tit. Liv. 1. XL, C. 34,

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insuffisantes ; il ne put y obtenir aucun succès, et, comme son armée s'affaiblissait de jour en jour, il envoya demander du secours a Rome. Ce ne fut cependant que l’année suivante que C. Cicereus, ayant été nommé préteur de Sardaigne , fut chargé en même temps de soumettre la Corse. Cicereus se rendit d’abord en Sardaigne, y rassembla de nouvelles troupes, qui, jointes 5 celles qu’il avait amenées d'Italie, formèrent un corps d'armée considérable ; puis il passa en Corse.

Les Corses, enhardis parleurs récents succès et par leur grand nombre, livrèrent bataille aux Romains. La victoire, longtemps indécise, se déclara pour ces derniers. Les vaincus perdirent, au dire de Tite-Live, sept mille hommes et près de deux mille prisonniers ; ils demandèrent la paix, qui leur fut accordée, et ils durent payer une contribution de deux cent mille livres de cire (580) (I). Cette soumission des peuples de la Corse ne fut que provisoire ; dix ans après ils se soulevèrent de nouveau. Soit que ce soulèvement fût plus considérable que les précédents, soit que les Romains voulussent en finir avec la Corse, ils envoyèrent dans cette île une armée consulaire sous les ordres de M. Terentius Talna (590). Cette fois encore le sort des armes favorisa les Romains; il parait que la victoire remportée par Talna fut assez importante pour qu’on lui accordât les honneurs des prières publiques. En apprenant celte heureuse nouvelle, dit Valcre- Maxime, Terentius Talna ressentit une joie si vive qu'il en mourut subitement (2).

Les Corses profitèrent de celte circonstance pour attaquer les Romains.

Le sénat fut alors obligé d’envoyer dans l’île un capitaine d’une grande valeur, Scipion Nasica : on ignore entièrement quels furent les résultats qu’il y obtint et comment il se fit que les

(I) TU. Uv. I. XLII, c. 7.

(2; Marcus Terentius Talna consul , collcga Tibcrii G racchi consul is%cum in Corsica, guam nu per subegerat , sacri/lcaret , receptis htteris décréta w ci a tenu h; supplicationes nunciantibus, intento Mas antmo iegens , caliqine orta unie /acutum , collapsusmortnus humi ja cuit , quem quid aliud guam nimio y audio enectum putemus. Valer. Max , lilx IX, cap. 12.

Corses rentrèrent sous l'obéissance romaine. L’absence de documents historiques nous laisse à cet égard dans la plus grande obscurité : ce que nous savons , c’est que les Corses , désormais soumis à la république, cessèrent de l'inquieter par leurs continuels soulèvements (t).

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