‹ EspagneChapitre 8 sur 153 · PRIVILÈGES PACTE DEFAMILLF GUERRE · texte numérisé non relu

PRIVILÈGES PACTE DEFAMILLF GUERRE

CONTRE L'ANGLETERRE BT LE PORTVCAL. — 1 FONDATION DES COLONIES DE LA SIERRA MO* MENA. — PREMIÈRE EXPÉDITION CONTRE AL- GER. — GUERRE NOUVELLE CONTRE L’ANGLE- *1 ERRE - — PRISE DB MAUON. — SIÈGE DE GI- BRALTAR. — NOUVELLE EXPÉDITION CONTRE , ALGER — MORT DE CHARLES III.

Ferdinand VI mourut sans laisser d’enfants, et son héritage fut recueilli par son frère don Carlos. Celui-ci , avant de monter sur le trône d’F.spagne, devait transmettre à l’un de ses fils la couronne, de Naples et de Sicile. L’infant don Philippe , son fils aîné , affligé dès son enfance d'attaques fréquentes d’épilcpsie , était réduit à un état complet d’idiotisme , qui le rendait incapable de régner. Le second , Carlos Antonio , devenait prince des Asturies, et était appelé à porter un jour la couronne d’Espagne. Ce fut donc à l'infant Ferdinand, son troisième fils, que don Carlos céda solennellement celle des l)eux-Siciies:et

lui ceignant l'épée qu’il avait reçue de Philippe V , il prononça ces paroles :

« Louis XIV, roi de France, a donné « cette épée à Philippe V , votre aïeul « et mon père; celui-ci me l’a transmise, « et moi, a mon tour, je vous fa remets, « afin que vous vous en serviez pour « protéger la religion et pour défendre « vos sujets. » Don Carlos 111 s’embarqua à Naples pour passer en Espagne. L’escadre sur laquelle il était monté portait aussi son épouse, la reine Marie-Amélie de Walburg, le prince des Asturies et le reste de la famille royale. Elle arriva heureusement à Barcelone, et Charles III y descendit à terre au milieu des cris de joie des Catalans. Il ne s’arrêta que peu de temps dans cette ville; mais il voulut que son passage fut signalé par un acte de clémence. U rendit aux Catalans une partie des privilèges dont ils avaient joui avant la révolte de 1640 et la guerre de la Succession.

Son premier soin fut de rétablir l’ordre dans les finances. Il publia des décrets pour régler le mode de liquidation et de payement des dettes de Philippe V, son père, ainsi que de celles laissées parles princes de la maison d'Autriche.

Une partie des terres lés plus fécondes du royaume restaient incultes , parce que les cultivateurs, ruinés par les malheurs des années précédentes , manquaient de blé pour les ensemencer. Il fit venir à ses frais une grande quantité de grain qu’il fit généreusement distribuer dans les campagnes. Il fit tous ses efforts pour améliorer sa marine, afin de reconquérir l'influence que l’Espagne avait exercée au temps de sa prospérité. Malgré ses intentions pacifiques, Charles III ne put éviter de prendre les armes. Depuis 1756, la guerre se continuait avec fureur entre la France et l’Angleterre. De nombreuses disgrâces avaient presque, anéanti la marine de Louis XV. Les colonies des Français en Amérique étaient presque toutes tombées entre les mains de leurs ennemis, qui menaçaient également les possessions du roi catholique Déjà plus d’une fois des vaisseaux espagnols avaient été visités et dépouillés par les Anglais sous les prétextes les plus frivoles , et Charles III, malgré tout le désir qu’il avait de

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garder la neutralité, fut contraint de se mêlera la lutte pour venger l’honneur de son pavillon. En conséquence, un traité appelé le parte de famille fut signé à Madrid, le lOaoilt 1761 , entre le roi de France, le roi d'Espagne, le roi de Naples et le duc de Parme eide Plaisance. L'Espagne s’efforça de faire entrer le Portugal dans celte alliance; mais cette uissance ayant formellement refuse d’aandonner le parti de la Grande-Bretagne, Charles III lui déclara la guerre.

Ses troupes s’emparèrent de Miranda, et énétrèrentdans la province deTras-oslontes. Lecabinetde Lisbonne réclama le secours de l’Angleterre, qui lui envoya dis mille hommes commandés par le comte de la Lippe, guerrier formé à l’école dugrand Frédéric. Néanmoinsce général ne put empêcher les Espagnols d’enlever Moncorvo et Almeida , ce qui leur ouvrait le chemin de la capitale.

Ces avantages furent balancés par des désastres dans une autre partiedu monde. Les Anglais, sous la conduite de l’amiral Pocock, débarquèrent dans File de Cuba et attaquèrent la Havane, qui n’était pas encore prénarée à la guerre. Juan de Prado, qui en était gouverneur, se défendit avec courage. Cependant, après vingt-neuf jours de siège, ilfut forcédese rendre et de remettre à l’amiral ennemi les trésors qui étaient accumulés dans cette ville, en attendant une occasion favorable pour les faire passer en Espagne, neuf vaisseaux de ligne de soixante-dix canons et trois frégates, (.es malheurs ne s'arrêtèrent paslà. Les Anglais s’emparèrent d’une partie des Philippines ; enfin ils capturèrent un galion sorti du port d’Acapulco chargé d’argent et de denrées dont la valeur montait à trois millions de piastres fortes. Ces revers , loin d’abattre le courage des Espagnols , ne servirent qu’à faire ressortir leur patriotisme. Les nobles de Murcie, de Valence, de Catalogne, de Mayorque, supplièrent le roi de leur confier la defense de leurs provinces. Le roi accueillit avec joie ces mani festations de l'enthousiasme et du courage national ; mais il n’eut

fias besoin d'y recourir. Depuisseptans.

a guerre durait entre la France et l’Angleterre, et ces deux puissances avaient également beso:n de repos; car les sucçcs que la Grande-Bretagne avait obte-

nus sur mer n’avaient pas empêché que son commerce éprouvât des pertes considérables. Aussi des préliminaires de paix signés à Fontainebleau, le 3 novembre 1762, et ratifiés à Paris, le 10 février suivant, mirent fin à cette lutte désastreuse. Parce traité, Louis XV céda à l’Angleterre l’Acadie, le Canada et le cap Breton ; mais ses autres colonies envahies par les Anglais lui furent rendues. L’Ile de Cuba fut restituée à l’Espagne qui, de son côté, remit au Portugal toutes les places qu'elle lui avait enlevées. Elle fut encore obligée decéder la Floride à l’Angleterre.

Dès que Charles III se vit en possession de la paix, il essaya de réaliser les plans qu’il avait conçus pour faire fleurir dans son royaume l’agriculture, l’industrie et le commerce. L'expulsion des Morisques, l'administration désastreuse des princes de la maison d’Autriche et les guerres de la Succession avaient converti une partie des campagnes en véritables déserts. U ne vaste étendue de terrain située au pied de la Sierra-Morena était inculte et ne servait de retraite qu’aux bandits et aux bêtes féroces. Un ingénieur français, uoinmé Charles le Maur. construisit une route magnifique nu milieu de ces montagnes qui semblaient inaccessibles. Olavidé, a qui ont avait confié l’intendance des quatre royaumes d’Andalousie, reçut la mission de faire défricher ces déserts. Il y éleva des villages qu'il peupla d'hommes honnêtes et laborieux attires de l'étranger; ces colonies furent bientôt dans l'état le plus prospère. Mais le succès obtenu par Olavidé et le bien qu’il faisait soulevèrent contre lui des liâmes violentes. Il avait excité surtoutle mécontentement du père Romuald , capucin allemand. Ce moine s’était flatté d’exercer sur ces établissements une influence u’OIavidé ne voulut pas lui laisser prenre. Déçu dans son ambition, le père Romuald sevengea endénonçantOlavidé à l’inquisition. Il l’accusadcconserverdes livres prohibésetd’avoirtenudesdiscours contraires à la religion. Olavidé fut arrêté. Pendant deux ans, on ignora ce qu’il était devenu , et ses amis avaient renoncé à l’espoir de le revoir. Ce fut seulement le 2t novembre 1778 qu'on fut instruit de sa destinée. Un Autillo fut célébré à Madrid dans l'inlérieurdu palais

du saint office; Olavidé vpnrut vêtu d’un sanbenito, et portant à la main uncierge decire verte. Le tribunal de l’inquisition y rendit en public la sentence qui déclarait cet accu'é hérétique formel.

Olavidé interrompit la lecture pour repousser cette qualification ; mais, épuisé par cet effort, il tomba évanoui. Quand il eut repris ses sens, on acheva de prononcer la sentence qui déclarait tous ses biens confisqués , et qui le condamnait à rester pendant huit années enfermé dans un couvent. Les chagrins avaient altéré la santé de cet infortuné; en sorte qu'il ne fut pas possible d’exécuter la condamnation avec une bien

frande rigueur. Il obtint la permission ‘aller prendre les eaux minérales en Catalogne. Une fois près de la frontière, il trompa la vigilance de ses gardiens, et passa en France, où il fut accueilli comme une victime du fanatisme religieux.

L’ctat florissant dans lequel don Pablo Olavidé avait laissé les colonies de la Sierra-Morena ne se soutint pas longtemps après sa disgrâce. Les fonds modiques assignés pour leur entretien ne furent pas exactement payés. On se pressa trop de demander dès impôts à ces nouveaux colons, pour prouver à la cour que cet établissement pouvait la dédommager de ses avances. Le décourage’ment éloigna une partie des familles allemandes que don Pablo Olavidé y avait appelées. Les colonies se dépeuplèrent. Néanmoins elles semblent encore florissantes quand on les compare à une grande partie du royaume;et elles montrent tout le bien qu’aurait pu faite une administration éclairée et bienveillante , si l’envie et le fanatisme ne l’en avaient pas einpêchee.

Charles III eut le bonheur de conserver la paix jusqu’à l’année 1773. A cette époque, l'empereur de Maroc, oubliant les traités conclus avec l’Espagne, attaqua , à la tête d’une nombreuse armée , la place deMélilia, située sur la côte d’Afrique. Les connaissances inilitairesdont les Marocains firent preuve, danscette circonstance, donnèrent à penser que leurs opérationsétaient dirigées par des Européens.

Le bruit se répandit même que les Anglais avaient été les instigateurs de cette guerre. En occupant Charles III en Afri-

que, ilsavaient pour but d'empêcher qu'il ne donnât du secours aux colonies anglaises du nouveau monde, qui avaient pris les armes pour secouer le joug de la métropole. Cependant le gouverneur de Mélilla se défendit avec courage et repoussa les assaillants. Les Africains ne furent pas plus heureux dans l’entreprise qu’ils dirigèrent contre le Penon de las Velez. Cefte place , défendue par don Florencio Moreno, repoussa toutes leurs attaques. Ils furent obligés de se retirer après avoir perdu beaucoup de monde et en abandonnant une partie de leur artillerie-

I.a gloire dont les armes espagnoles venaient de se couvrir en Afrique, fit penser au cabinet que le moment était bien choisi pour châtier l’insolence des Algériens, dont les pirates infestaient la Méditerranée et exerçaient surtout de grands ravages sur les côtes de la Catalogne et de l’Andalousie. L’entreprise était des plus hasardeuses ; car Alger est situé sur une côte exposée à de fréquents orages, qui rendent le blocus d’une grande difficulté. L’expédition malheureuse tentée par Charles V avait prouvé combien une descente présente de dangers. Néanmoins l’entreprise fut résolue. Les ports de la Péninsule, qui jouissaient depuis longtemps de la paix, retentirent d’apprêts guerriers. On recruta des troupes; et, en peu de temps, on eut parfaitement équipé une flotte de près de quatre cents voiles, sans compter les navires de Malte, de Naples et ae Toscane, qui vinrent, comme auxiliaires, prendre part à cette expédition. Cet immense armement, après avoir lutté longtemps contre les ouragans, se présenta devant Alger. On essaya de débarquer ; mais les Algériens s’étaient préparés à une vigoureuse résistance. Ils étaient abondamment pourvus d’armes et de munitions de toute espèce. A peine les troupes chrétiennes eurent-elles ntis le pied sur la plage qu'elles furent attaquées par les Maures. Pendant huit heures elles combattirent exposées au feu terrible et bien dirigé des ennemis sans pouvoir gagner un pouce de terrain Enfin le général, ne voulant pas sacrifier inutilement l'armée entière, donna le signal du rembarquement.

Mais cette opération ne put s’effectuer

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sans faire des pertes douloureuses. Plus de trois mille hommes tués ou blessés restèrent sur la plage; et la flotte fut obligée de regagner les ports espagnols , en attendant des circonstances plus favorables. Charles III ordonna qu'une forte escadre de vaisseaux de ligne, de frégates et de navires d’un moindre rang, croisât le long des côtes de Barbarie, atin d’attaquer et de couler tous les corsaires qui oseraient prendre la mer.

Trois années plus tard, en 1778, éclata la guerre entre la France et l’Angleterre. Cette dernière puissance reprochait à Louis XVI d’avoir favorisé l’insurrection des colonies américaines , qui, le 4 octobre 1776, avaient signé Pacte de confédération et s’étaient donné le titre d Etats- ! nis d’Amérique. Le cabinet de. Versailles invoqua le pacte de famille, pour déterminer Charles III à prendre part à la guerre. L'Espagne avait personnellement plus d’un grief contre l’Angleterre. Sous le prétexte qu’on avait accueilli dans les ports espagnols des bâtiments de guerre et de commerce qui naviguaient sous le pavillon des Etats-Unis, les Anglais avaient visité et pillé des navires espagnols, intercepté les correspondances du nouveau monde, et excité à la révolte les nations indiennes de la Louisiane. Ces agressions déterminèrent Charles III à prendre les armes. D’ailleurs ce prince désirait vivement reconquérir Mahon et Gibraltar que l’Angleterre avait conservés, par suite de la paix d’Utrecht.

Ce fut le 16 juin 177!), qu’eu exécution du pacte de famille, l’Espagne déclara la guerre à l’Angleterre, et neuf jours plus tard sa flotte se réunit à la flotte française, commandée par les amiraux d’Orvillers, de Guichen et de la Touche-T réville. Ces flottes coalisées s’élevaient à soixante-six vaisseaux, et ces forces redoutables paraissaient destinées à favoriser une descente en Angleterre; mais elles furent constamment contrariées par les vents Au mois d’août elles s’approchèrent de Plymoutli et répandirentla terreur sur les côtes d’Angleterre; mais les vents contraires les forcèrent à rentrer dans leurs ports.

T.eurs avantages se bornèrent à la prise du vaisseau anglais/’, frdenf. L’insurrec-

tion des Etats-Unis avait été la cause première de la guerre ; aussi , ce futdans . le nouveau monde que se portèrent les * plus grands coups Les torces de la France, de l’Espagne, des États-Unis et de l’Angleterre y combattirent avec des fortunes diverses; mais ce qui importait avant tout aux Espagnols c’était de recouvrer Minorque et Gibraltar. Depuis le commencement de la guerre , cette ville était etroitement bloquée. Pour empêcher qu’elle ne reçût de secours, le vaillant amiral don Antoine Barcelo croisait dans la Méditerranée, et don Juan de Langara dans l’Océan; mais les courants qui régnent dans le détroit, aussi bien que l’inconstance des vents, permettaient toujours à quelques navires algériens ou à ceux de quelque autre nation ennemie de tromper la surveillance de la croisière et de porter des vivres et des munitions aux assiégés. Néanmoins la pénurie était grande dans la ville, et la famine aurait Uni par livrer Gibraltar aux Espagnols, lorsque, le 16 janvier 1780, l’amiral Rodney, à la tête d'une flotte de vingt vaisseaux , vint attaquer celle de Langara, qui n’en avait que onze. Les Espagnols se battirent avec une intrépidité remarquable; mais les forces étaient trop inégales ; ils furent vaincus , et ne purent empêcher l'amiral Rodney de faire entrer dans le port de Gibraltar un nombreux convoi de vivres et de munitions. Les Espagnols n’en continuèrent pas moins à tenir Gibraltar bloqué par terre et par mer.

Au mois d’août de l’année suivante, une année de douze mille Espagnols, commandés par le duc de Grillon, s’empara de Minorque. L’tle entière se soumit immédiatement, à l'exception du fort Saint- Philippe, qui fut aussitôt assiégé. Après une défense de près de huit mois, le général M urray , qui défendait la place, n’ayant pu être secouru, fut obligé de capituler.

Il se rendit le 4 février 1782 , et resta prisonnier de guerre avec toute la garnison ; de cette manière Minorque rentra sous la domination espagnole, dont elle avait été séparée pendant soixante-quatorze ans.

Après la conquête de cette île, les forces combinées de France et d'Espagoe serrèrent de plus près Gibraltar, dont le blocus durait depuis plus de deux ans.

Le général don Martin Alvarez fut remplacé dans le commandement par le duc deCrillon. Les troupes réunies sous les ordres de ce général au camp de Saiut- Roch s’élevaient à plus de 20,000 hommes, tant Espagnols mie Français. Le comte d’Artois, qui depuis régna en Francesous le nom de Charles X, et le duc de Bourbon, se rendirent au siégé comme volontaires.

Lamontagne sur laquelle est située la ville de Gibraltar forme un promontoire qui s'avance beaucoup dans la mer; elle a environ 4,300 mètres de longueur sur 1,250 de largeur, et tient a l’Espagne par une langue de terre si étroite que sous différents aspects la montagne parait une lie. Elle a plus de 2,400 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer.

Le nom de Gibraltar, on se lerappeile, vient du mot Gibet, qui, en arabe, montagne, et de Tarife, nom du général berbère qui fit la conquête de l’Espagne.

Cetteplace, que la nature a rendue presqueinaecessible, a encore étéconvertepar les Anglais des plus redoutables fortifications; de tous les côtes elle est hérissée de canons. Suivant l'opinion générale, il n’était pas possible de la prendre par les moyens ordinaires. Aussi de toute part on adressait au ministère espagnol les projets les plus bizarres et les plus extravagants. Un de ceux qui lui parvinrent proposait de construire en avant des lignes de Saint-Roch un immense cavalier nui, s’élevant plus haut que Gibraltar, lui eilt enlevé son principal moyen de défense. Un autre avait imagine de remplir les bombes d'une matière si horriblement méphiiiquequ’en éclatant dans la forteresse , elles auraient, par leurs exhalaisons, mis en fuite ou empoisonné les assiégés. Enfin, un ingénieur français de beaucoup de talent, nommé Darçôn, proposa de construire des batteries flottantes recouvertes d’un épais blindage où l’humidité serait entretenue continuellement par un mécanisme fort ingénieux ; en sorte que les boulets rouges devaient s’éteindre où ils auraient pénétré. Cette partie du plan fut mal exécutée, soit que la maladresse descalfats ait empêche le jeu des pompes, soit que la précipitation avec laquelle ces prames furent

construites n’cdt pas permis de mettre dans leur exécution toute la perfection nécessaire. Les préparatifs n ‘étaient pas entièrement achevés , lorsque , dans la soirée du 12 septembre 1782, Je duc de Crillon écrivit à Ventura Moreno , qui avait le commandement de ces navires : Si vous n attaquez pas , vous êtes unhomme sans honneur. Piqué par cette lettre. Ventura fit le lendemain sortir les prames ; mais il les dirigea dans un ordre contraire à celui qui avait été arrêté. Ces batteries , d’après le plan primitif, de* vaient être toutes groupées autour du vieux môle, qui parafait l 'endroit le plus faible. Mais soit que l'on eût mal fait les sondages , soit que ces bâtiments eussent un tiraul d’eau trop considérable pour prendre la position qu’on avait projetée, on se plaça devant le bastion Royal , où se trouvaient les batteries les plus redouxtables , et on disposa les prames de telle façon que sur dix deux seulement purent se“ placer a la distance convenable de 200 toises. Le feu des huit autres était à peu près perdu. Les deux seules prames qui purent agir d’une manière utile furent ta Talla-Piedra que montait le prince de Nassau et sur laquelle était Darçon, et la Paslora, commandée par Ventura Moreno lui-méme.

Dans la position qui avait d’abord été projetée , les prames auraient été secondées par le feu des lignes de Saint-Roch. Les batteriesdu camp pouvaient atteindre les trois bastions de Montaigu ,du N'ord et d’Ürange, qui défendaient le vieux môle. Mais le bastion Royal, s’avançant davantage vers la pleine mer, se trouvait presque entièrement hors de leur portée. Pour attaquer ce front de la place, le concours de l’artillerie du campdevenait impossible. Les seules prames qui fussent placées pour agir utilement ne portaient que 70 canons et recevaient le feu de 2S0 pièces des assiégés. Neanmoins elles firent beaucoupde ravages dans le bastion qu’elles attaquaient, mais elles furent aussi très-maltraitées. La I'alta-Piedra surtout reçut un coup mortel. Un boulet rouge pénétra jusqu'à la partie sèche du bâtiment. L’incendie couva longtemps avant de se déclarer. La Talla-Piedra avait ouvert son feu versdix heures du matin. Le boulet l’atteignit entre trois et cinq heures ; mais ce fut seulemeut dans la

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nuit que le mal devint irrémédiable. On avait, au reste, négligé toutes les précautions. Il n’y avait point d’ancres de secours derrière les prames pour les touer en cas d’accident. Il n’y avait pas de chaloupes pour recevoir les blessés. L’amiral Guichen , qui commandait les vaisseaux français , lit proposer des secours à Moreno,oui répondit n’en avoir pas besoin. Cependant l’incendie de la Talla-Piedra fit dans la nuit de tels progrès qu'il devint impossible de les arrêter. Le feu gagna les poudres; cette prame sauta, et son explosion communiqua l’incendie à la plus voisine, qui était le San- J uan. Alors l'entura , désespérant d’en sauver aucune et ne voulant pas qu’elles tombassent entre les mains des Anglais , donna par écrit l’ordre de mettre le feu aux huit qui étaient encore intactes. Douze cents hommes périrent dans cette attaque. Un assez grand nombre de prisonniers fut recueilli par les embarcations que les Anglais avaient mises à la mer Le prince de Nassau, qui était sur la Talla- Piedra, eut le bonheur de se sauvera la nage.

La mauvaiseréussite de cette attaque ne détermina pas les Espagnols à abandonner leur entreprise. Ils continuèrent à serrer la place, espérant qu’ils parviendraient avec le temps à épuiser les ressources des assiégés; mais, vers le milieu du mois suivant, I’amir3l Howe, profitant des tempêtes qui agitaient l’Océan, parvintàravitaillerla place, ensuite il passa dans la Méditerranée. La Hotte combinée de France et d’Espagne se mit à sa poursuite; mais il lui échappa, et quelques jours plus tard il repassa tranquillement le détroit. Ces contre-temps causèrent du dépit plutôt que du découragement dans l’armée espagnole. Le comte d’Artois et le duc de Bourbon voyant que les opérations traînaient en longueur, reprirent lechemin de la France. Le siège fut de nouveau converti en blocus; mais le duc de Crillon fit pousser avec activité les travaux de deux mines qui déjà étaient assez avancées. Il espérait qu’elles lui donneraient sa revanche de la journée des batteries flottantes.

Malgré les avantages que l’Angleterre avait remportés, il s’en fallait beaucoup qu’elle püt se considérer comme victorieuse. Les escadres commandées par

Bougainville , par Guichen, par le comte d’Estaing et par le bailly de Suflren, avaient porté des coups terribles à sa puissance. Tout le monde désirait la paix, et on en signa les préliminaires au commencement de janvier 1783. Les conditions en furent avantageuses aux Espagnols; et s’ils ne parvinrent pas à reconquérir Gibraltar , au moins ils recouvrèrent Minorque et la Floride.

La guerre contre l’Angleterre une fois terminée, Charles III voulut en finir aussi avec les Algériens , qui ne cessaient d’infester les côtes méridionales de l’Espagne. Les négociations qu'il avait tentées auprès de la Forte, afin d’obtenir qu’elle mît un terme aux brigandages de ces pirates, étaient demeurées sans résultat. Il y avaitdéj i longtemps que les régences africaines ne respectaient plus les ordres de Constantinople. Il prit donc la résolution de châtier ces forbans et de bombarder leur repaire. Cette opération fut confiéeàdon Antonio Barcelo, qui s’etait signalé pendant le blocus de Gibraltar.

Cet amiral se présenta devant Alger avec des forces redoutables; mais la mauvaise saison ne lui permit pas de mettre son projet à exécution. Il revint l’année suivante (1784) avec des forces plus considérabl s , et sa flotte était encore augmentée de quelques navires auxiliaires envoyés par le Portugal et par l’ordre de Malte; mais cette entreprise eut le même résultat que les expéditions précédentes. Lorsque les Espagnols se présentèrent devant Alger , une flotte presque aussi considérable que la leur sortit du port et se présentaen bon ordre et en état d’ opposer une vive résistance : au reste, il n'v eut pointd engagemeutsérieux. La mer e: ait mauvaise, et les troupes de terre qu’on avait embarquées, fatigué-sparle roulis, étaient pour la plupart incapables de rendre aucun service. Il fallut se retirer sans avoir aiteint le but qu’on se proposait. Cependant les Algériens comprirent qu'ils ne pouvaient résister longtemps à toutes les forces de l’Espagne, et que si quatre expéditions avaient échoué, une cinquième pouvait réussir. Ils acceptèrent la médiation de la Porte et de l'enipereurde Maroc ; enfin la paix avec cette régence fut signée dans le courant de 1789.

Malgré les guerres qu’il eut à soute-

nir pendant le Cours de son règne , Charles II! n’oublia jamais que l'agriculture et le commerce font la véritable force des États. Il s'appliqua à les rendre florissants ; il fit percer des routes. On lui doit le canal d’Aragon , qui non-seulement porte la fertilité dans les campagnes de Tudèle et de Saragosse, en facilitant l’irrigation, mais qui est encore destiné à favoriser le commerce, en permettant aux barques de la Méditerranée de remonter jusqu’en Navarre.

C’est au milieu de ces travaux utiles que la mort vint le frapper. Charles III avait joui sans cesse d’une santé robuste. Il la devait sans doute à l’exercice de la chasse auquel il était accoutumé depuis sa jeunesse; mais il avait accompli sa soixante-douzième année, et le chagrin ou 'il éprouva de la mort de l’un de ses nls vint aggraver pour lui le poids de l’Age. A la lin de 1788, Il fut atteint d’une maladie qui l’enleva en peu de jours. Il mourut le 14 décembre, et fut pleuré par les Espagnols.

RÈGNE DE CIURI.ES IV. — MINISTÈRE DE FLO- RIDA R LANÇA- — DÉCRET QIJI MODIFIE EN ES- PACNE LE DROIT DE SUCCESSION A LA COU- RONNE. — RÉVOLUTION FRANÇAISE. — UNIS* TER* DU COMTE d'aRANDA. — LOUIS XVI ANNONCE A CHARLES IV SON ADHÉSION A LA CONSTITUTION. — LOUIS XVI EST MIS EN ACCUSATION. — MINISTÈRE DF. CODOY. — DÉ- MARCHES TENTÉES INUTILEMENT POUR SAUVER LOUIS XVI. — MORT DE LOUIS XVI. — r.UERRE ENTRE LA FRANCE ET L’ESPAGNE. — PAIX DE BALE. — CONVENTION DE SAINT- ILDEPIIONSE.

Charles IV avait déjà quarante ans lorsqu’il monta sur le trône. A beaucoup de franchise, à beaucoup de bonté, il joignait une instruction peu commune. La pureté de ses intentions n’était douteuse pour personne, et son avènement fit espérer aux Espagnols un des règnes les plus heureuxdela monarchie. Undes premiers soins de Charles IV fut de modifier le droit de succession à la couronne d’Espagne. Marié encore très-jeune à l’infante Marie-Louise, fille de Philippe , duc de Parme, son oncle, il avait perdu plusieurs enfants mâles. Il ne lui en restait plus que deux : Ferdinand, princedes Asturies, qui, né le 13 octobre 1784 , n’avait alors que quatre ans, et don Carlos-Marie-

8" / déraison . (Espagne.)

Isidore, âgé seulement de huit mois. La faiblesse de leur constitution donnait peu d’espoir de les conserver. Charles IV ne voulait pas que sa succession passât à Ferdinand son frère, roi de Naples, ou à son neveu don Pédro, (ils de l’infant Gabriel. Il désirait que dans le cas où ses fils ne lui survivraient pas, la couronne fût assuréeà sa fille ainéedona Carlota,qui avait épousé don Juan, fils de la reine de Portugal. Il réunit, à Madrid, dans son palais, les cortès, qui n'avaient pas été convoquées depuis soixante-cinq ans. Il proposa à cette assemblée d’annuler les dispositions législatives qui, à l’imitation de la loi salique , avaient exclu les femmes du droit de succéder à la couronne.

11 demanda qu’on rétablit les anciennes dispositions des constitutions de l’Aragou et de la Castille, qui avalent permis à Pétronille et à Isabelle de régner. Quelques membres combattirent respectueusement cette proposition ; mais elle fut approuvée par la majorité. Néanmoins Charles IV ne fit pas promulguer le décret qui rétablissait l’ancien ordre de succession. Il se contenta d’avoir obtenu l’adhésion des représentants de la nation. La santé du prince des Asturies et de l’infant don Carlos se raffermit. Un troisième fils du roi , l’infant don Francisco de Paula, naquit le 10 mai 1794, et le décret demeura d.ms les archives royales oublié de presque tout le inonde.

Les Espagnols virent avec plaisir le nouveau roi donner sa confiance aux hommes que Charles III avait employés.

Le comte de Florida Blanca avait été l'un des agents les plus actifs des améliorations commencées sous le règne précédent. Il resta à la tête des affaires. Ce ministre croyait que le pouvoir royal ne doit pas avoir de limite. Sa politique intérieure eut toujours pour but d’accroître l’autorité du souverain. C’est dans ce but qu’il s’était attaché à détruire sans cesse l’influence des grands. Le pouvoir despotique lui paraissait le seul bon, le seul légitime. Imbu de ces doctrines qui dominaient en Espagne depuis trois siècles, il était nécessairement ennemi des idées de liberté et d’égalité qui commençaient à prévaloir en France. Il ne faisait pas un mystère des sentiments de répugnance que lui inspiraient les commencements de la

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révolution. Aussi une tentative d’assassinat ayant été dirigée contre la personne de ce ministre, on ne manqua pas d’attribuer ce crime aux révolutionnaires. Au reste, quelle que fût l’antipathie de Florida Blanca pour les innovations qui avaient lieu dans la monarchie de Louis XIV , il n’hésita pas à réclamer, en 1790. les secours de la Franceen vertu du paetedefamille. L’Espagne prétendait avoir droit à la souveraineté de toutes les côtes nord-ouest de l’Amérique septentrionale. En conséquence, elle avait élevé des difficultés relativement aux établissements fondés par les Anglais dans la baie de Nootka. Les Espagnols avaient commencé cette discussion par des actes d'hostilité , et la guerre était sur le point d’éclater.

Louis XVI s’empressa d'exécuter la convention qui était invoquée. Il fournit à l’Espagne un secoursdedouxe vaisseaux de ligne et de six frégates; mais cet armement devint inutile, parce qu'une transaction mil lin au différend. I/F.spagne lit l’abandon d’une partie de ses prétentions, et reconnut que les Anglais avaient le droit de s'établir sur la côte américaine depuis le cap Mendoza jusqu’à Nootka-Sound.

Cependant la m irche de la révolution devenait chaque jour plus menaçante.

Le 20 juin 179] Louis XVI avait essayé de quitter la France ; mais, reconnu à Varennes, il avait été ramené à Paris. Cet événement augmenta les sentiments de haine et de frayeur que la révolution inspirait à Florida Blanca. Ce ministre, pour empêcher les principes démagogiques des jacobins de se répandre en Espagne, fit publier, le 20 juillet 1791, une cédule par laquelle tous les étrangers qui voudraient séjourner en Espagne, soit comme domiciliés, soit comme voyageurs, seraient obligés de prêter serinent de fidélité à la religion catholique et au roi d’Espagne. Ils devaient renoncer à leur qualité d’étrangers et s’engager à ne point recourir à la protection de leurs ambassadeurs, ministres ou consuls , le tout sous peine des galères , présides, ou d'expulsion absolue des royaumes de Sa Majesté Catholique.

La France ne fut pas seule à réclamer contre cette mesure violente inspirée par la crainte de la propagande révolu-

tionnaire. Plusieurs cabinets étrangers firent également entendre leurs plaintes. Les dispositions rigoureuses de ia cédule ne furent pas appliquées. On se borna à exiger le serment des voyageurs dont la présence n'était pas justifiée par un motif connu, et leserment portait seulement qu’on obéirait aux lois du pays etau’oo s'abstiendrait de toute correspondance au dehors qui pût compromettre la tranquillité au royaume ou blesser le gouvernement. lorsque LouisX VI, après avoir signé la constitution de 91 et après avoir juré de la maintenir, lit notifier aux puissances étrangères ia forme nouvelle que venait de recevoir le gouvernement de la France, le cabinet espagnol répondit a cette communication : ■> que « le roi catholique attendait les preuves « positives de l'entière liberté du roi de « France; et que jusqu'à ce qu’il fût con- « vaincu que ce monarque était parfaite- « ment libre lorsqu'il avait accepté la «constitution, lui roi d'Espagne s'abs- « tiendrait de répondre à toute dépêche « venant sous le nom du roi des Fran- « çais. »

Cette nouvelle manifestation delà haine que le cabinet espagnol portait à ia révolution française ne pouvait que rendre lus périlleuse la position de Louis XVI. f. d’Urtubize, chargé d’affaires de France, parvint à s’introduire auprès de Charles IV. Il lui peignit vivement les dangersauxquels on exposaitLouisXVL Charles IV, ébranlé par cette conversation, consulta quelques personnes, qui blâmèrent hautement la conduite de Florida Blanca, et ce ministre reçut l’ordre de se retirerà Chinchilla, village du royaume de Valence, où il était né; la direction desaffairesfutremiseaucomted'Aranda, qui, sans approuver les excès de la révolution, en adoptait cependant les prineies. Ce changement fut accueilli favoralement en France, où les opinions du comted’Arauda étaient parfaitement connues Un nouvel ambassadeur, M. Bourgoing, fut envoyé à Madrid. Il était porteur d’une lettreautographede Louis XVI où ce monarque exprimait d’une manière très-positive son adhésion à la constitution qu'il avait àcceptée. Il y insistait sur la nécessité de maintenir la paix générale, sans laquelle il ne pouvait répondre ni de la tranquillité intérieure

de la France , ni même de sa couronne.

Ce fut au mois de mai 1 75)2 que M . Bourgoing fut admis par la cour d'Espagne comme ministre plénipotentiaire du roi des Français. « J’observerai à cet égard , dit M. BÔurgoing dans son Tableau de l'Espagne moderne, que le monarque espagnol et ses entours ne furent pas conséquents dans leur conduite à mon egard.

Ils parurent reconnaltrelibrement, spontanément, mon caractère; et à l'accueil qu’ils me firent pendant quatre mois, il était facile de voir combien cette reconnaissance répugnait à leurs principes.

C’est au milieu de cette position ambiguë que la nouvelle des événements du to aoilt vint me surprendre à Saint-Ildephonse , la veille du jour de Saint-Louis, fête de la reine; je n’en parus pas moins à la cour. C’était un effort de courage; ce fut le dernier. Depuis ce jour, je crus d'autant plus devoir m’en abstenir, que, depuis la déchéance du roi , on avait cessé de me reconnaître pour son représentant. "Néanmoins les relations continuèrent entre le ministère espagnol et l’envoyé français. Tous les rois de l’Europe, effrayés* par la révolution, avaient pris les armes. L’Espagne avait aussi fait quelques préparatifs qui semblaient annoncer des vues hostiles. Mais comme Charles IV voulait sincèrement la paix et qu'il espérait sauver Louis XVÏ, il consentit a s'engager à la neutralité par un acte formel." Ce traité fut, en effet, rédigé en présence de M. Bourgoiug et envoyé à Paris, d’où il fut renvoyé à Madrid avec des modiGcations légères. L'Espagne les trouva assez graves pour nécessiter de nouvelles explications. Pendant ce temps le procès de Louis XVI suivait son cours. Les conjonctures devenaient chaque jour plus menaçantes.

C’est au milieu de ces embarras que le duc d'Aranda fut éloigné des affaires et que Charles IV choisit pour ministre un jeune homme de vingt-cinq ans. Manuel deGodoy, issu d’une famille noble d’Estrémadure, était entrédans les gardes du corps de Charles III en 1784. En 1791 il fut nomme adjudant général et grandcroix de Charles 111. En 1792, il fut créé duc de la Alcudia, lieutenant général et ministre des affaires étrangères. Eu ce moment d’effervescence, alors que le roi semblait avoir besoin de la sagesse de ses

lus vieux conseillers, quelle raison lui

t remettre le soin des affaires à un jeune homme sans expérience et sans antécédents politiques? Peut-être en voyant l'existence de tous les rois menacée par la propagande révolutionnaire, éprouvait-il le désir de s’attacher un conseiller dont il pût espérer un dévouement entier et absolu- Au reste, Quelle qu’ait été la cause de l'élévation subite de Godoyf son avènement au ministère ne changea pas d'abord la marche tracée sous le précédent ministère. Le désir le plus ardent de Charles IV était de sauver Louis XVI; et seul parmi tous les souverains, il lit des démarches auprès de la Convention pour détourner le sort qui menaçait l’infortuné roi de France. Des instructions furent adressées à don José Ocariz, qui représentait a Paris le gouvernement espaguoi. Des crédits sans limiteiui furent ouverlsaGn d’agir, si cela était possible, sur les membres influents de la Convention et de la Commune. On fit en même temps de vaines tentatives auprès de l’Angleterre pour la déterminer à user de son influence dans le même but. Mais Pitt refusa tout concours à cette démarche généreuse, et l’Espagne fut forcée d’agir seule. Le 2G décembre, don José Ocariz remit une note au ministre des affaires étrangères de France, il lui adressa en même temps une lettre pour intercéder en faveur de Louis XVI, Le lendemain un rapport conçu en ces termes fut adressé à la Convention :

« Paris, «7 septembre, an !•' tle la république.

« Hier soir, je reçus du chargéd’affaires d’Espagne une note relative à la question qui eu ce moment occupe la Convention nationale et l’Europe entière. Le devoir de ma place est de transmettre cette lettre à la Convention avec quelques détails concernant l’affaire dont il s’agit. Depuis quelque temps les préparatifs hostiles de l’Espagne et les mesures respectives de précaution prises de notre côté avaient donné lieu à des plaintes réciproques.

A la suite de ces plaintes étaient survenues des insinuations de rapprochement, entre autres, l’offre d’un désarmement des deux côtés , moyennant une déclaration claire et formelle de neutralité de la part de l’Espagne durant la guerre actuelle. Ces négociations, commencées il

L’UNtVEIlS.

y a trois mois , furent momentanément interrompues lorsque le comte d’Aranda quitta le ministère; mais elles ont été reprises par son successeur, qui se montre également bien disposé. Je serais complètement satisfait de pouvoir annoncer dès à présent que cette affaire est heureusement terminée , si je n’avais des motifs pour croire que la condescendance de la cour de Madrid se rattache en quelque sorte à des conditions taites pour en diminuer le mérite.

i « En effet, citoyen président, lorsque je recevais les deux notes dont je remets ci-jointes les copies ( la première contenant la neutralité du gouvernement espagnol , et la seconde , le désarmement proposé , ainsi que le mode d’exécution de ce désarmement ), je savais déjà que le duc de l’Alcudia n’avait point caché au ministre plénipotentiaire de la république l’un des puissants motifs en vertu desquels le roi d'Espagne s’était déterminé à cette double condescendance ; c’était l’espoir manifesté d’influer favorablement sur le sort de l’ex-roi, son cousin.

« J’en ai été pleinement convaincu , comme la Convention nationale pourra s’en convaincre elle-même, par le contenu de la lettre du chevalier Ocariz, resté depuis le 10 août dernier à Paris, en qualitéde chargéd’affaires d’Espagne.

Quaut à cette lettte, jecrois devoir m’abstenir de toute observation ultérieure. »

« Signé, Lebrun. »

( ’ Voici le texte de ces deux notes et de la lettre de M . Ocariz. Il faut les citer en entier, carces démarches tentées pour sauver le malheureux Louis XVI honorent tout à la fois le roi qui les a voulues, le ministre qui les a prescrites, et l’agent qui les a exécutées.

Première note. « Le gouvernement de France ayant manifesté à celui d’Espagne son désir de voir assurée d'une manière positive la neutralité qui existe de fait entre les deux nations, Sa Majesté Catholique autorise le soussigné, sou premier secrétaire d'Etat, à déclarer,

Îiar cette note, que l'Espagne observera a plus parfaite neutralité relativement à la guerre dans laquelle la France se trouve engagée avec d’autres puissances.

« La présente note sera échangée à Pari* contre une note égale du ministre des affaires étrangères contenant les mêmes sûretés de la part de la France.

« Madrid, 17 septembre I79J.

« Signé, le nue de l’Alcudia. »

Deuxième note. « Sa Majesté Catholique , en conséquence de la neutralité convenue sous la garantie de l’amitié et de la bonne foi de la nation française, éloignera les troupes qui garnissent la frontière des Pyrénées, ne conservant dans les places que l'effectif nécessaire pour le service et les détachements indispensables. Cet éloignemeutde troupes sera réalisé aussitôt que la France aura remis une note où elle s’engage à prendre la même mesure de son côté. Des commissaires serout nommés de part et d’autre, de commun accord, à lepoque fixée pour exécuter de bonne foi toutes les dispositions convenables.

« Cette note, signée par le premier secrétaire d’Ètat de Sa Majesté Catholique, sera échangée à Paris contre une note égale du ministre desaffaires étrangères, où seront stipulées les mêmes sûretés de la part de la France.

• Madrid, 17 septembre 1792.

« Signé , le duc de l'Alcudia. »

Ces deux notes étaient accompagnée* d’une lettre de M. Ocariz. Il en fut donné lecture à la séance de la Convention du 28 décembre 1792. Voici comment elle est conçue :

« Monsieur,

« J’ai reçu avec une grande satisfaction la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m’envoyer avec les pièces relatives, l°àla neutralité de l’Espagne, et 2° à la convention entre l'Espagne et la France, au sujet de l’éloignement réciproque des troupes rassemblées sur la frontière des deux Etats.

« J’espère que le conseil exécutif, la nation et ses représentants verront dans cette négociation des preuves nouvelles, incontestables, de la franchise et des intentions amicales deSa Majesté Catholique. Il ne pourra s’élever le moindre doute sur sa volonté ferme et décidée de conserver la paix , la bonne harmonie et

une amitié fraternelle entre les deux nations.

« Le sens littéral des expressions employées par Sa Majesté Catholique, sa Bonne foi , la manière même dont toute cette négociation a été traitée, doivent nécessairement aux yeux de tout homme impartial ajouter encore à l’opinion que dès longtemps la loyauté espagnole a le droit d’invoquer dans toute l'Europe.

« J’y trouve pour mon compte un motif de plus de me féliciter, comme d’une circonstance heureuse, d’avoir en même temps reçu des ordres particuliers et analogues, dont l’effet sera de resserrer les liens d’amitié entre deux nations qu’une estime mutuelle et l’intérêt commun rapprochent l’une de l’autre; rapprochement qui mérite d’etre soigneusement cultivé, afin de conserver les avantages que l’Espagne et la France en retirent chacune de son côté.

« Les dépêches qui contiennent ces ordres avec les instructions qui , d’après ces ordres mêmes , doivent en favoriser l’exécution , m’ont été apportées par un courrier extraordinaire français. Je prends la liberté de vous faire remarquer cette circonstance, comme une preuve de plus de la sincérité avec laquelle veut agir Sa Majesté Catholique sans donner lieu à penser qu'il y ait des instructions secrètes , ni aucune espèce de réserve de sa part.

« La déclaration de neutralité demandée par le ministère français à la cour d’Espagne pourrait être regardée comme un acte surérogatoire , attendu que la neutralitéexistaitdéjà réellement de fait, et que nul acte hostile de la part de l’Espagne n’a pu faire présumer l'intention delà rompre. Mais Sa Majesté Catholique n’en a pas moins senti que les événements survenuset laguerre dans laquelle la France se trouve engagée pourraient, sinon justifier, du moins occasionner certaines méfiances qu’il est convenable d’écarter, et que, d’ailleurs, celte déclaration superflue ou nécessaire, donnant toujours un caractère plus authentique à ses intentions de paix déjà manifestées, sert encore à fortifier l’intimité qu’il s’agit de raffermir entre les deux nations.

« Ce que j'ai dit de la bonne foi de Sa

Majesté Catholique , et de sa pleine confiance dans la loyauté française, est prouvé sans réplique , par le consentement du roi au rappel dans l’intérieur des troupes extraordinairement envoyées vers les Pyrénées, afin d’y maintenir le bon ordre menacé par certains habitants de ces contrées limitrophes, où la malveillance avait propagé des maximes séditieuses. Sa Majesté Catholique a donné ce consentement d'autant plus généreux qu’elle n’a exigé d’autre condition de la France que celle de retirer pareillement de son coté, les troupes extraordinairement envoyées à sa trontière.

• Bien uu'au premier coup d'œil les clauses de la convention paraissent être parfaitement égales, il est aisé de voir qu’elles n’offrent point de part et d’autre la même sécurité, vu la différence entre les deux gouvernements et leur position respective; car il est incontestable que les troupes françaises pourraient se réunir en plus grand nombre, et dans un moindre espace de temps, que les nôtres. Cette inégalité trouvera sa compensation dans la nonne foi , l’amitié et la confiance mutuelles.

• Mais il existe en ce moment une autre circonstance qui pourrait consolider l’amitié et l’union des deux pays; et il y va de l’intérêt de l’Espagne, dé celui dé la France, et encore de l'intérêt de l’Europe entière. C’est l’heureux dénoûment a donner à la grande affaire qui occupe la France et fixe les regards de toutes les nations.

« La manière dont sera traité l’infortuné Louis XVI avec sa royale famille , doit montrer à tous les peuples la générosité de la France et la modération de sa politique. Cependant, lorsqu’il s’agit du sort au cliel de la maison de Bourbon, le roi d’Espagne ne saurait y rester étranger; et il ne méritera point, en ce cas, le reproche de vouloir s’ingérer dans les affaires d’un État indépendant. La démarche de Sa Majesté Catholique se borne à faire entendre la voix de la nature et de la compassion en faveur de son parent et de son ancien allié. La morale de tous les gouvernements et de tous les pays justifie cette démarche et la rend plausible dans la circonstance donnée.

L’UNIVERS

'lis

« Ainsi, sans entrer dans une discussion de principes qui pourrait sembler inopportune de la part d’un étranger, je me consente de présenter, au nom du roi d’Espagne, quelques réllexions, moins comme vennqt de moi, quecomme dictées par l’intérêt de l'humanité, par le sentiment de la justice, et fondées sur le droit des gens.

«Ces hommes seulement, pour qui l'intérêt de l'humanité, Injustice et le droit commun n’ont aucune valeur, s'étonneront de l’importance du procès de Louis XVI aux yeux de tous les peuples en général; il est aisé de leur repondre qu’eux-mêmes , par d’autres réflexions qu'ils ont provoquées dans un sens oposé, donnent encore plus d’importance cette grande cause. Le manque d’observation des premières règles de la justice dans la manière d’y procéder, aurait été blâmé par eux en toute autre poursuite judiciaire; cette violation des règles a été dénoncée avec énergie par une foule de Français, par beaucoup de. membres de la Convention qui ont publié leurs opinions et leurs plaintes : ces opinions et ces plaintes ayant retenti dans les pays étrangers, elles y ont vivement affecté les esprits calmes, qui observent de loin et sans passion. L’exemple d’un accusé jugé par ceux qui, de leur propre autorité, se sont faits ses juges, et dont la plupart out manifesté d’avance une opinion nourrie de préventions et de haines antérieures; d'un accusé qu’on prétend condamner sans aucune loi préexistante, et pour des délits dont je ne chercherai point à examiner les preuves, mais qui, étant prouvés, ne lui feraient point perdre 1'mviolahilité garantie par la constitution de l’Etat formellement acceptée; un tel exemple, abstraction faite de toute idée de justice, est d’une nature si grave, qu’une nation ui se respecte elle-même doit craindre e le donner aux autres nations dont elle veut être aimée et considérée.

« Il est impossible que le monde ne Boit pas épouvanté des violences exercées contre un prince connu , au moins, par la douceur et la bonté de son caractère, un prince que cette même douceur et cette bonté ont fait tomber dans un précipice, où la perversité la mieux cons-

tatée n’aurait pas conduit les tyrans lés plus cruels.

« Enfin, après tout, si Louis XVI a commis des fautes, n'ont-elles pas été expiees par une chute aussi inattendue , par les peines d'une longue et dure captivité, par ses inquiétudes mortelles sur le sort de ses enfants, de son épouse, de sa sœur, et ce qui est pis encore, par les insultes, par les outrages de certains hommes qui ont cru s’élever à un haut degréd’héroïstne en foulant aux pieds la grandeur déchue ? Ces hommes ont méconnu cette vérité politique : « Que si le changement des institutions peut dispenser un pays de certains égards envers ses anciens souverains, aucune révolutiou. quelle qu’elle soit, ne doit étouffer dans les âmes bien nées le sentiment dd au malheur et à l’humanité souffrante. »

« L’Espagne sait bien (et c'est pour cela qu’elle veut interposer ses bons offices) que toute la France n’est ni coupable, ni responsable des égarements, des opinions de quelques-uns de ses enfants; que la France est une nation généreuse,et quelaplupart de ceux qui la représentent détestent la violence et les rigueurs inutiles; mais il est évident que ceux-ci ne sont pas libres, qu’ils sont comprimés. Si, à la fuveurdecetteoppression delà pt-nsée générale, les ennemis de l’infortuné Louis X Vise portaientjusqu’aux dernières extrémités contre sa personne, il deviendrait impossible de persuader aux autres nations que la France agit en pleine liberté; on en tirerait cette conséquence qu’il existe en France des hommes plus puissants nue le gouvernement et que la France elle-même.

« Dès lors , quelle confiance pourraiton mettre dans ses protestations, ou dans les traités de paix , d'alliance et de commerce avec elle? L’Europe ne verrait dans un tel état de choses qu’un motif perpétuel d'inquiétudes, elle craindrait chaque jour de nouvelles agitations ; elle se croirait menacée dans ses intérêts généraux, il s’en suivrait le malaise de tous et des soupçons irréconciliables de part et d'autre.

« Une conduite équitable et magnanime envers le royal accusé assurerait, au contraire, le retour de la confiance uni-

verselle. La présence même de I.ouisXVl et de toute sa famille dans le pays, où il jouirait d'un asile sous la foi des traités stipulés à cet effet , serait un témoignage vivant de la générosité de la France et en même temps de sa force. Le monde entier admirerait un peuple modéré après la victoire, animé de passions exaltées, mais nobles, et que le triomphe de ses armes u’einpéenerait pas de courber volontairement sa tête devant l'autel de la justice. L'estime commandée par cette conduite à tous les autres peuples amènerait la paix, qui est l'objet du vœu général et dont la France elle- même a besoin au milieu de toute sa gloire Que cette heureuse espérance soit enfin réalisée!

« Je vous ai exposé, monsieur, les vœux du roi d'Espagne et ceux de la nation espagnole, qui, fidèle à son caractère antique , sait apprécier dignement tous les sentiments généreux. L’Espagne espère que la nation française sera jalouse d’offrir aux siècles à venir un nouvel exemple de la grandeur qui lui est propre.

<i Animées de sentiments également honorables pour toutes deux (d’autant plus honorables pour la France qu’en ce moment elle lutte contre les instigations les plus violentes), la nation espagnole et la nation française s'uniront désormais d’une amitié aussi tranche que durable; elles oui l'une et l’autre assez de gloire acquise pour aspirer à cette noble alliance fondée sur des vertus pacifiques et rassurantes pour l'humanité.

« C’est d’après ces motifs que Sa Majesté Catholique croit faire une démarche digne de son caractère en adressant au gouvernement français les intercessions les plus vives, les’ plus pressantes dans l’affaire dont il s'agit ; le monde entier nous regarde.

» Je vous supplie de vouloir bien faire" agréer à la Convention nationale la prière et la médiatiou du roi d’Espagne. Si je uvais , dans ma réponse a Sa Majesté tholique,lui annoncer que les désirs de son cœur ont été satisfaits, je serais fier d’avoir été l’agent de cette négociation d'honneur et de générosité. Heureux d'avoir servi à la fois ma patrie et la vôtre, je regarderais ce jour comme le plus beau de ma vie , cette consolation

comme la plus préeieuse à laquelle je puisse aspirer.

« J’ai l’honneur de vous offrir de nouveau ma considération la plus distinguée,

« J. Ocariz. »

Ces démarches ne sauvèrent pas l’infortuné Louis XVI : sa tête tomba sur l’échafaud; elle fut le gage de bataille que la Convention jeta au reste de i 'Europe. Les négociations entamées entre l'Espagne et la France furent rompues.

Le principal ministre, qui était alors avec la cour a Aranjuez, refusa tout entretien officiel à M. Bourgoing, qui s’efforcait de renouer les négociations.

Enfin celui-ci ayant demandé ses passe-ports , ils lui furent envoyés, et il quitta Madrid, le 23 février 1793. Il lui fut facile de se convaincre sur son chemin de la profonde impression produite sur tous les esprits par le supplice de Louis XVI. En arrivant à Valence, il trouva la ville soulevée contre les Français. Tout ce qui tenait à cette nation, par son nom ou par son origine, quelle que fût d'ailleurs son opinion sur la révolution française, était exposé aux fureurs de la populace. Au reste, il faut rendre justice au gouvernement espagnol : if fit tous ses efforts pour réprimer ce mouvement. Don Vitorio Navia, qui commandait dans le royaume de Valence , employa le peu de force armée dont il pouvait disposer pour rétablir l’ordre. Cette insuri ection ne coûta la vie à aucun des Françaisqui habitaient Valence; mais les maisons de plusieurs d’entre eux furent enfoncées; quelques magasins furent pillés.

La Convention, pour commencer la guerre, n'avait attendu ni ces événements, ni même les dernières dépêches de son ambassadeur. Un embargo avait étémis, dans les ports de France , sur tous les vaisseaux espagnols. Enfin, un décret de la Convention , en date du 7 mars 1793, déclara officiellement la guerre.

Le 21 du même mois, Charles IV répondit par un manifeste , et les hostilités commencèrent. En Espagne l’irritation contre la France était extrême.

Aussi, la guerre y fut-elle approuvée presque d'uue voix unanime.

« Tous les bras s’offrirent et toutes

L’UNI VF. U S.

« 1rs bourses s'ouvrirent, dit M. de

Pradt.L’ Espagne dépassa tout re que, « à aucune époquede l'histoire moderne, « on connaît d’offrandes offertes par le » patriotisme aux gouvernements qui « out réclamé son appui. Ainsi, tandis « que sous l'assemblée constituante la « France n’avait fourni qu'une somme « de cinq millions; tandis qu’à l'ouvcr- « ture de cette même guerre l’Angle- « terre n’élevait ses largesses qu'a la « somme de 45 millions, l'Espagne of- » fiait en dons volontaires celle de 73 « millions. C'est sûrement le don palrio- « tique le plus riche qui ait été fait par « aueun peuple moderne. »

Quelques mois plus tard, le 12 juillet, le cabinet de Madrid conclut un traité d’alliance avec l’Angleterre. Venise, la Suisse, la Suède, le Danemark et la Turquie gardèrent la neutralité; la Russie était encore occupée du partage de la Pologne; mais le reste de l’Europe était confédéré contre la France; et, comme si ce n’etait pas assez de ces ennemis étrangers, la guerre civile s'était allumée: Caen, Lyon, Marseille, Bordeaux, la Bretagne, la Vendée avaient pris les armes. Le général Caro passa la Bidasoa et pénétra sur le territoire français. Le général Ricardos, à la tête d’une autre armée, envahit le Roussillon, se rendit maître de Bellegarde et remporta sur le général Dagobert la victoire de Trouillas.

Forcée de faire face à la fois à tant d’ennemis, la France éprouva d’abord partout des revers; mais, puisant une force nouvelle dans la gravité du péril , elle vomit sur les champs de bataille un million d’hommes armés. Les troupes de la coalition furent battues à llondschoste, à Watignies; Hoche recouvra les lignes de Weissembou g, et contraignit les Prussiens à lever le siège de Landau. Sur toutes les frontières du nord et de l’est les ennemis furent chassés du sol de la république. Le drapeau espagnol fut le seul qui , à cette époque , ne recula pas. Ricardos battit , à l’affaire du Boulon . le général Turreau, successeur de Dagobert ; et ce fut sou • Iement l’époque avancée de l'année qui Tempèch i d’assiéger Perpignan, comme il en avait l'intention. Aussi , Barrère , dans le rapport qu’il lit à la convention,

au commencement de 1794, sur les événements de la guerre, s’exprima-t-il de cette manière : « Citoyens, vous avez « appris avec enthousiasme la conquête « de Toulon, les victoires du Rhin, la « destruction du monstre sans cesse re- « naissant de la Vendée; écoutez à pré- « sent, avec résignation, les rrvers, les « pertes que la trahison nous fait éprou- « ver du côté de Perpignan ,' aujourd'hui « menacé par les Espagnols ; notre ar- « mée est battue, en pleine déroute; « mais le comité de salut public a déjà * pris les mesures les plus rigoureu- « ses. »

Le mot de trahison, employé par Barrère dans son rapport, est un de ces artifices en usage à cette époque pour ménager la susceptibilité de l’orgueil national et pour ne pas laisser naître le découragement chez un peuple qui, attaqué par tant d'ennemis à la fois, avait besoin de toute son énergie. Il n’y avait pas eu de trahison; mais le reste du rapport de Barrère était d'une scrupuleuse exactitude. Des mesures avaient été prises par le comité de salut public pour assurer à la France la supériorité dans la lutte contre l’Espagne. Dès l’ouverture de la campagne, l'armée française du Roussillon, renforcée des troupes qui avaient pacifié le midi de la France, reprit l’avantage sur les Espagnols. Dugomtnier leur enleva Saint-Elme , Port-Vendre, Collioure et initie siège devant Bellegarde. Plusieurs fois le comte de la Union, qui avait reçu le commandement de l’armée après la mort de Ricardos, essaya, mais sans v parvenir, de secourir les assiégés. Bellegardc fut obligée de capituler le 18 septembre 1794. C’était le dernier point du sol français qui fût encore occupé par les étrangers, et la Convention ordonna de célébrer la prise de cette ville par des •réjouissances publiques.

Les armées espagnole et française livrèrent, sur la crête des Pyrénées, une bataille qui dura plusieurs jours.

Au commencement de la seconde journée, qui était le 18 novembre , le général d'artillerie An Iran de la Torre , qui visitait les batteries espagnoles, étant arrivé à celle de la Salue 1, aperçut, sur la montagne Noire , on peloton de cavalerie qui observait la position espa-

gnole. Quoique la distance fût d'environ 3,000 mctres, il lit lancer sur ce groupe une grenade de huit pouces.

Le projectile éclata précisément au milieu des Français et donna la mort au général Dugommier. Le lendemain, 19, les deux armées restèrent dans l'inaction ; mais , le 20 , le général Perignon , successeur de Dugommier. renouvela son attaque. Il parvint à tourner les batteries de la gauche des Espagnols, et la victoire se décida pour les Français. Le comte de la Union courut se mettre à la tête des troupes du centre , et s’v lit tuer, en combattant comme un simple soldat.

L’armée vaincue se retira en Catalogne; mois une des clefs de cette province, Figuières, qui renfermait une garnison de plus de 10,000 hommes, qui était armée de plus de 200 bouches à feu de gros calibre, qui contenait 10,000 quintaux de poudre, avec une immense quantité de projectiles et de provisions de bouche, se rendit aux Français, sans tenter la moindre résistance. “Le commandant , pour excuser cette lâcheté, prétendit que la place manquait de pierres à fusil.

Perignon, maître de cette ville importante, envahit tout l’Ampurdan et commença le siège de Rosas. La garnison , composée de 5,000 hommes, n’imita pas celle de Figuières , elle se défendit jusqu’à ce que toutes les fortifications de la place eussent été détruites ; et lorsque la résistance devint impossible, elle sortit par mer de la ville et alla rejoindre le reste de l'armée , derrière la Fluvia . Cette rivière fut de ce côté pour les Espagnols une ligne de défense que les Français essayèrent inutilement de franchir.

Du côte des Basses-Pyrénées, les Français, commandés par Muller et ensuite par Moncey, pénétrèrent dans la Guipuscoa. La ville de Saint-Séhastieu leur fut livrée par I’alcaldc Michelcna et

frar quelques habitants qu’avait séduits e conventionnel Pinet. Il leur avait promis d'ériger leur province en république. Au reste, ils ne tardèrent pas à recevoir le châtiment de leur perfidie.

Pleins de confiance dans les promesses qui leur avaient été laites, ils s'étaient réunis à Guetaria en qualité de repré-

sentants du pays. Pinel les fit arrêter et juger comme rebelles. Plusieurs d’tntre. eux furent livrés au bourreau.

Pendant que les armées françaises s’établissaient ainsi en Biscaye et en Catalogne, d'heureux événements s’accomplissaient à Paris. La réaction du 9 thermidor et la chute de Robespierre avaient mis un terme au règne affreux de la terreur, et lorsque le système de la modération fut rétabli , les souverains coalisés consentirent à traiter avec un gouvernement qui présentait des garanties de justice et d'humanité. Le roi de Prusse fut le premier à entrer dans des voies de conciliation. Il abandonna à la république Fs provinces qu'elle avait conquises, et à ce prix la paix fut conclue, le 5 avril 1795, à Bâle, où l’on ouvrit des négociations pour la pacification générale de l’Europe. Le comité de salut public voulait alors sincèrement rétablir l’ordre et la tranquillité. Aussi , malgré les avantages qu’il avait remportés en Biscaye et en Catalogne, ce fut lui qui fit à l’Espagne les premières ouvertures de rapprochement. Après des discussions qui durèrent plusieurs mois , la paix fut signée à Bâle le 22 juillet 1795. L’Espagne en cette circonstance fut traitée plus favorablement que toutes les autres nations : elle ne perdit en Europe aucune partie de son territoire. Les armées françaises restituèrent les conquêtes qu’elles avaient faites au midi des Pyrénées. Cette restitution eut lieu à peu près gratuitement; Charles IV céda bien à la république la partie espagnole de Saint-Domingue; mais, depuis 1792, Saint-Domingue n’était plus à personne.

La guerre avait été accueillie en Espagne avec un enthousiasme que les succès de la première campagne avaient encore accru. Cependant tous les rsprits n’étaient pas également hostiles a la France. Les idées révolutionnaires y avaient fait des prosélytes. Des juntes secrètes s’occupaient de plans démocratiques. On y rêvait l’érection d’une république ibërienne; et, quand les Français s’avancèrent vers l'Ebre, la société secrète de Burgos avait déjà préparé une députation pour aller fraterniser avec eux. Os menées, quoique secrètes, avaient jeté une vive inquiétude dans le

L’UNIVERS

pays : elles avaient augmenté la frayeur de ces gens qui, dans les circonstances difficiles, sont prêts à exagerer le danger et à répandre l’alarme. On avait fait courir le bruit que la eour songeait à se retirer en Amérique. L’archevêque de Tolède avait publié une lettre pastorale dans laquelle il exhortait à recueillir les trésors de l’Eglise, afin qu’on fût prêt , en cas de nécessité , à abandonner l’Espagne. On comprend l'agitation qu’un semblable mandement dut produire. Aussi le gouvernement donna-t-il aussitôt l'ordre de le supprimer. Dans cette disposition des esprits, un arrangement honorable fut considéré par tout le inonde comme un notable bienfait ; et l’ou déféra à Godov, qui l’avait obtenu, le titre de prince Je la Paix.

Les mauvais procédés de l’Angleterre envers l'Espagne, son alliée, avaient aussi beaucoup contribué à faire désirer la paix. Le pavillon espagnol avait éprouvé toutes sortes d'avanies de la part de la marine anglaise. Des vaisseaux espagnols, munis de papiers en bonne forme et bien authentiques, avaient été arrêtés, sous le prétexte que des Français avaient un interet dans les cargaisons. Bien plus, des effets de marine, achetés directement par le gouvernement espagnol et conduits dans ses ports, sous pavillon hollandais, avaient été confisqués. Les côtes de la Péninsule avaient été infestées de contrebande angla se, au point que la plupart des manufactures avaient été ruinées. Lors du commencement de la campagne de 1795, l’Angleterre avait refusé (l’aider l’Espagne. Tous ces griefs et d'autres encore avaient vivement indisposé les esprits; et l’irritation qu'ils avaient produite engagea le cabinet de Madrid a chercher d’autres amis. Aussi, le 18 août 1790, un an seulement après la paix de Bâle, un traité signé à Saint- Ildephonse, sans reproduire positivement les dispositions du pacte de famille, établit cependant une étroite alliance entre la France et l’Espagne. Cette convention a exercé une si grande influence sur les affaires de ce dernier pays , qu’on ne saurait se dispenser d’en examiner la teneur : voici comment elle est conçue :

« Arl. 1er. Alliance offensive et dé-

fensive à perpétuité entre Sa Majesté Catholique le roi d’Espagne et la république française.

. Art. 2. Les* deux puissances contractantes se garantissent mutuellement, et en la forme la plus authentique et absolue, les États, territoires, îles et places qu’elles possèdent ou posséderont; et , >i l'une des deux était menacée ou attaquée, sous quelque prétexte qui ce fût , l'autre s’engage et s'oblige à l’aider de ses bons offices et à la secou* rir aussitôt qu'edeen sera requise, ainsi qu’il est st i pu Dé dans les articles suivants.

Art. 8. Dans le terme de trois mois, à compter du moment où la demande en aura été faite à l’unedesdeux puissances, celle-ci mettra a la disposition de l'autre quinze vaisseaux de ligne, dont trois à trois ponts , et douze de soi.rante-dix à soixante-douze canons ; six frégates de force correspondante ; quatre corvettes ou bâtiments légers, tout equ pés, armés et pourvus de vivres pour six mois, effets et appareils généralement pour un an. La puissance requise réunira celle force navale dans tel port de ses Étals qu'aurait indiqué la puissance requérante.

Art. 4. Dans le cas où, pour commencer les hostilités, la puissance reuérante jugerait convenable de ne etnander que la moitié de cette force due en vertu de l’article précédent, cette même puissance pourrait , à toute époque de la campagne, réclamer l’autre moitié, laquelle sera fournie de la manière et dans les termes convenus, toujours à compter du moment où la réquisition en aura été faite.

Art. 5. La puissance requise tiendra prête également, en vertu de réquisition de la puissance qui demande et dans le terme de trois mois , à compter du jour de la réquisition, une force de dix-huit mille hommes d'infanterie et six mille de cavalerie , avec un train d'artillerie pro/x>rtionné; cette force devant être employée seulement en Europe ou aux colonies que les puissances contractantes possèdent dans le golfe du Mexique.

Les arl. 6, 7, 8, 9, 10 et 11 sont relatifs à la manière dont ces forees auxiliaires devront être fournies et entretenues.

Art. 11. Si les secours ci-dessus inea-

tionnés étaient ou devenaient insuffisants, les deux puissances contractantes mettront en mouvement le plusde troupes qu'il leur sera possible, soit de terre, soit de mer, contre l'ennemi de la puissance attaquée, laquelle, en usera en les faisant agir avec les siennes ou séparément, mais toujours d’après un plan général et concerté entre les deux puissances.

Art. 12. Les secours stipulés dans les articles ci-dessus seront fournis dans toutes les guerres que les puissances contractantes se verraient obligées de soutenir ; même dans le cas où la puissance requise n'y aurait aucun intérêt direct et ne devrait agir que comme purement auxiliaire. »

Les autres articles de celteeonvention ont trait à des avantages commerciaux stipules en faveur des deux parties contractantes, et au règlement de leurs frontières respectives que l’article 7 du traité de Bâle n’avait pas assez clairement limitées. Enfin le 18e et avantdernier article est ainsi conçu :

« Art. 18. L’Angleterre étant la seule puissance dont l’Espague ait reçu des offenses directes, la présente alliance n’aura d’effet que contre elle dans la guerre actuelle; et l'Espagne restera neutre à l’égard des autres puissances qui sont en guerre avec la république. »

Il ne manque pas d’écrivains nui regardent ces griefs contre l’Angleterre comme un prétexte dont on fit usage our cacher les motifs véritables qui éterminèrent le cabinet de Madrid à conclure le traité de Saiut-Ildephonse.

Suivant eux, il se laissa entratmr par l’espoir de relever le trône en France et d’y faire monter un prince espagnol. Je ne sais trop ce qu’il faut croire de cette allégation. Peut-être doit on la ranger au nombre des accusations mensongères qu'on s’est plu à diriger contre le prince de la Paix. A cette epeque, le pouvoir de ce jeune ministre ne connaissait plus de limite. Charles IV voulut qu’il fût allié à la famille royale; et il lui fil épouser la comtesse de Chinchon , donü M.iria-Theresa de Vallabriga Bourbon , fille de l’infant don Luis. Il n'était pas besoin de ce surcroît d'honneur pour exciter contre lui la haine et l’envie. Quelles qu’aient été les bonnes inlen-

tions des hommes qui , en Espagne,' ont été à la tête des affaires , ils ont eu à combattre contre l’orgueil insupportable des grands , contre les prétentions exagérées du clergé : ils se sont usés et brisés dans cette lutte de tous les instants. Depuis l’infortuné connétable Alvaro de Luna jusqu’au règne de Charles IV, tous les ministres qui se sont élevés à un haut degré de puissance sont tombés llëtris par la haine et par la calomnie. Il ti’en faut excepter, je crois, que Ximénès; encore n’est-il pas certain que Ximenès ne soit pas mort empoisonné. Le duc de Lerma, leducd’Ueeda, le comte-duc d’OIivarès , le vice-roi de Naples, ducd’Osuna, Alberoui . Riperda ont tous expié par des infortunes le rang auquel ils étaient montés. On n’a tenu compte que des fautes commises par eux sans se souvenir du bien qu’ils avaient fait. Godoy, arrivé au faite de la puissance, pouvait-il échapper à cette destinée commune des ministres espagnols? Son caractère fier et présomptueux blessait l'orgueil de la noblesse espagnole; et l’accroissement rapide de sa fortune devint pour le plus grand nombre des courtisans un motif d’envie et de haine. Les tentatives que le jeuneministre essaya pour déraciner les abus, lui suggérèrent d’autres ennemis encore plus redoutables. A cette époue, en Espagne, la plus grande partie e la propriété territoriale se trouvait entre les mains du clergé; une autre partie était érigée en majorais incessibles et insaisissables. La portion de terre qui pouvait être aliénée était donc excessivement restreinte, encore tendait-elle, chaque jour, à diminuer par les dons que faisait au clergé la piété peu éclairée des fidèles. Cette immense quantité de biens de mainmorte était une des plaies les plus vives de l’Espagne; car elle paralysait à la fois l’industrie, le commerce et l’agriculture. Il n’eût pas été possible de détruire tout d’un coup un abus aussi invétéré. Godoy s'attaqua seulement aux fondations connues sous le nom d 'OEucres pies : ce sont les donations faites au clergé ou à quelque autre communauté à la charge d’accomplir certains actes de charité. Le gouvernement, avec l'autorisation du pape, s'empara des

L’UNIVERS

Œuvres pies; mais son but était principalement de faire rentrer dans la circulation cette quantité de biens et de capitaux engloutis par la mainmorte et non pas de spolier les corporations qui en avaient été dotées; en conséquence, une cédule royale ordonna que l’intérêt des biens ou des capitaux , qui étaient enlevés au clergé et aux corporations, leur serait payé par le gouvernement sur le pied de trois pour cent du capipital, et pour sûreté du payement , la ferme du tabac, fut spécialement affectée au service de cette rente. Celte opération était une des plus heureuses qu'on pût concevoir. Elle rendait à l'agriculture des terres à peu près improductives dans les mains des corporations; elle rendait à l’industrie et au commerce, des capitaux oisifs; elle n'avait rien que de légitime , car elle était autorisée par le pape; elle était patriotique, car elle fournissait au gouvernement les ressources financières dont il avait besoin pour soutenir contre l’Angleterre la guerre dans laquelle il était engagé.

Néanmoins cette mesure blessait les susceptibilités plutôt que les intérêts véritables du clergé. Elle fut attaquée avec la violence la plus furieuse ; et, sans doute, c’est là qu'il faut chercher la source première de ces haines implacables, de ces calomnies sans nombre dont ce malheureux ministre a été poursuivi.

En considérant la situation de l'Espagne, le prince de la Paix avait acquis la conviction qu’il était impossible de soutenir le poids de la monarchie sans opérer dans le pays des réformes considérables. Il voulait améliorer l’administration et rétablir le crédit. Une entreprise aussi difficile exigeait le conconrs des hommes les plus éclairés de l’Espagne.

Il lit appeler au ministère d'Étot don Francisco Saavedra , dont les lumières et la probité étaient généralement appréciées. Le ministère de grâce et de justice fut confié à Gaspar Melchor de Jovellanos , célèbre par son ouvrage sur l'économie politique : Informe en el expediente de ley agraria. Melendez, qu’on a surnommé le restaurateur du Parnasse espagnol , reçut la place de fiscal près la cnainbre des alculdex de çaza y corte. Malgré le mérite des hom-

mes illustres qu’il s’était associés, Godoy, forcé de lutter chaque jour contre les difficultés de la situation . n’eut ni le loisir ni les moyens d'accomplir les réformes q u’i I a va i t projetées. 1 1 semble qu'à cette époque la fatalité se plut à lui susciter les inimitiés les plus redoutables. Les Anglaisle haïssaientcomme l’auteur du traité de Saiut-Ildephonse. De son côté, Truguet, ambassadeur du directoire, demandait avec instance que les émigrés réfugiés en Espagne fussent expulsés :

il réclamait aussi l’extradition des proscrits qu’une nouvelle commotion poliliue venait de faire fuir de France. Le irectoire, vivement attaqué par un parti composé de membres des deux conseils qu’il accusait d'être favorables au rétablissement de la royauté, et qu’on nommait llichiens parce que leur club se réunissait a Clicliy , avait, le 18 fructidor an V (4 septembre 1 797), fait entrer des troupes nombreuses dans Paris. Il s'était emparé des enceintes où siégeaient les deux conseils, et il avait condamné à la déportation un grand nombre d'hommes politiques et de journalistes. Ce fut, dit Laeretellc, une demi-terreur. Les déclarations faites par quelques-uns de ces condamnés , et notamment celle de Duverne de Presles, pouvaient faire croire ue le cabinet espagnol n’avait pas été tranger aux manœuvres des elichiens pour rétablir en France l'autorité royale. Ce motif poussait le directoire à réclamer avec plus d’énergie l'extradition des fugitifs qui avaient trouvé un asile en Espagne. Le prince de la Paix refusa de livrer les victimes d’une réaction politique , et cette noble résistance lui valut l'animadversion des agents français. Il se vil donc en butte en même temps aux attaques du parti de la France et de celui de r Angleterre II était sans appui en Espagne où le clergé le maudissait, où la noblesse était envieuse de la faveur qui l'avait élevé. Enfin , les chances de la guerre avaient été malheureuses. La (lotte espagnole, battue par les Anglais près du cap Saint-Vincent, s'était retirée à Cadix; les vainqueurs étaient venus bloquer ce port. Ils avaient même essayé de jeter dans la place quelques bombes, qui, lancées de trop loin, n’avaient produit aucun effet ; mais le1 commerce espagnol , privé de cominq-

tiication aveel’ Amérique, était ruiné par la guerre. Au milieu de tant d’embarras il était impossible que le ministre se maintînt au pouvoir; aussi, le 28 mars 1798, Charles IV rendit un décret ainsi conçu :

«Au prince de la Paix:

Cédant à vos demandes réitérées, soit verbalement, soit parécrit, d’être exonéré des emplois de premier secrétaire d'Etat et de major de mes gardes, je vous exonère des dits emplois. le nomme par intérim don Francisco Saavedra pour le premier et le marquis deRuchena pour le second, auxquels vous remeltrezcequi appartient à chacun de ces emplois. Je vous conserve à vous les honneurs, appointements, émoluments et entrées à la cour dont vous jouissez aujourd’hui, ctje vous assure que je suis extrêmement satisfait des témoignages d'affection, de zèle et d’habileté uue vous m’avez donnés dans l’exercice de votre ministère; je vous en serai reconnaissant toute ma vie; et dans toutes les circonstances je vous en donnerai des preuves pour récompenser vos services signalés.

« Aranjuez, le îs mars 1798.

« Carlos. »

Cinq mois seulement après la chute de Godoy, Jovellanos fut également éloigné du ministère.

MINISTERE DE CRQUUO. — C.UKHRF. CONTRE LE* ANGLAIS. — RAVAGE DE LA FIÈVRE JAUNE.

— DÉFENSE DF. CADIX. — CESSION DE LA LOUI- SIANE PAIX DE LUNÉVILLE. — DÉCLARATION

DE GUERRE CONTR E LE PORTUC AL. — TRAITÉ DE SAINT-ILDEPHONSE. — GUERRE CONTRE LE POR- TUGAL.—TRAITÉ DE BADAJOZ.— PAIX D’AMIENS.

Urquijo fut appelé au ministère peu detemps après la retraitedeGodoy; mais les affaires n’allèreut pas mieux sous la direction de ce nouvel administrateur.

La guerre ne fut pas moius malheureuse, et l’A ngleterre s’empara de laTrinité. Cependant il se passa dans le cours de cette lutte plus d’un fait glorieux pour les armeses pagnoles. La flotte anglaise, commandée par Nelson , tenta inutilement de s'emparer des Canaries; mais elle fut reçue par le feu le plus vif. L’amiral luiroéme fut grièvement blessé; et il dut renoncer à la conquête de c»s îles, qui sont pour l’Espagne d’une immense impor-

tance. Unetentativedirigée contre leFerrol échoua également; enfin, la conduite du gouverneur de Cadix ne fut pas moins honorable. Un horrible fléau, la fièvre jaune, qui, cette année, fit périr plus de 100,000 hommesen Andalousie, étendait ses ravages sur Cadix, lorsuue cette ville fut attaquée par les forces britanniques. L’armée navale, composée de quarantehuit bâtiments de guerre, commandée par l’amiral Keith, vint au commencement d’octobre mouiller au placer de Rota. Elle portait 20,000 hommes dedébarquement sous les ordres du général Abercrombie. Le gouverneur espagnol , don Thomas de Morla, écrivit à l’amiral Keith pour lui exposer la situation de la ville et delà province désolées par l’épidémie : « Cette calamité contagieuse , di- « sait-il, menace tout le globe. L’Europe « y est intéressée. Un ennemi noble et « généreux nous offrirait des secours.

« Ne vous couvrez pas de honte en eom- « mettant des hostilités qui ne serviront « qu’à tourmenter notre agonie. Si vous « persistez dans votre impitoyable pro- « jet , la garnison et les habitants trou- « veront peut-être des forces dans leur « indignation; ils aimeront mieux mnu- « rir en combattant que dans les angois- « ses de l’affreuse maladie qui nous dc- « vore. »

Ce langage n’arrêta pas l’amiral Keith:

il somma le gouverneur de livrer avant tout les vaisseaux qui étaient dans le portettous les effets de marine contenus dans les magasins et dans les arsenaux. Cette sommation était accompagnée des plus terribles menares. Thomas de Morla lui écrivit de nouveau; et sa lettre mérite d’être conservée pour l’honneu r de l’Espagne. En voici la teneur : « Messieurs « les généraux de sa Majesté Britannique, « en exposant à VY'.EE. la triste situation « des habitants de cette ville, pour vous

* inspirer des sentiments d’humanité, « il ne me vint point à l’esprit que vous « pussiez jamais regarder cette démar- « che comme un acte de faiblesse : ma « pensée a été bien mal interprétée.

« VV. EE. renouvellent une proposition « plus déshonorante pour celui qui la « fait que pour celui auquel on ose Ta-

• dresser. Soyez bien persuadés, mes- « sieurs, que si vous tentez de réaliser « vos menaces, vous apprendrez à écrire

L’UNIVERS

« dorénavant avec plus d’égards à des » généraux espagnols. Si les leçons que « vous avez déjà reçues en peu de’ temps à « Puerto- Rico , aux Canaries et au Fer- « roi, ne vous suffisent pas, les troupes « que j’ai l'honneur de commander, soit « dans cette ville, soit dans la province, « et tous leurs généreux habitants sau- « ront par de nouveaux efforts se rendre # encore plus dignes du respect et de « l'estime de VV. EE. Votre serviteur, » Thomas de Morla. »

Cette réponse fit faire de sérieuses réflexions à l'ennemi ; et il se retira sans mettre à exécution ses menaces.

Pendant que ces faits s'accomplissaient en Espagne , un nouveau gouvernement s’etait établi en France. La puissance consulaire avait succédé au directoire. Ramener l’ordre en France et la paix en Europe , tel fut le but que se proposa Napoléon en arrivant au pouvoir; mais il ne lui fut possible d’accomplir que le premier de ces projets.

La paix qu'il avait demandée à l'Angleterre et a l’Autriche lui fut fièrement refusée. Il fallut de nouveau recourir à la fortune des armes; et l'épée de Napoléon frappa bientôt celui de ses adversaires que la mer ne mettait pas à l’abri de ses coups. Les Autrichiens furent battus à Marengo (14 juin 1800); cette journée suffit pour leur faire perdre le Piéinontet la Lombardie. L’Autriche était liée à l’Angleterre par un traité de subsides; la cour deViennes’était engagée à ne pas conclure avec la France une paix séparée. Malgré le désastre qui venait de l’att- indre, elle ne voulut pas traiter isolément. On convint seulement d'un armistice qui devait expirer à la fin de novembre, et des plénipotentiaires se réunirent à Lunéville pour arrêter les conditions d'une paix générale. I.e but de l’Angleterre et de l’Autriche était d’amuser la France par ces négociations , et degagner du temps pour réparer leurs pertes. Napoléon, au contraire, voulait sincèrement la paix : il se mit en mesure de 1a faire. Le concours de l’Espagne, son alliée , lui était nécessaire. Il envoya donc à Madrid le général B-rthier pour s’entendre avec le ministre Urquijo sur la manière dont les intérêts de l'Espagne devraieulêtre réglés dans le traité qui se préparait à Lunéville. Cet ambas-

sadeur avait encore pour mission de demander ii l'Espagne la restitution de la Louisiane.

Dans l’origine, cette contrée a été découverte par un navigateur espagnol, qui en a pris fictivement possession au nom du roi d'Espagne; mais il n'y eut en réalité aucun acte de possession effective. En 1672 et en 1682, des Franais explorèrent ce pays; et, en 1684, .ouis XIV y jeta les premiers fondements d’une colonie. Cet établissement, apres avoir langui pendant longtemps, commençait à prospérer, lorsqu’en 1763 il fut cède àl’Espagne.Legouvernement français avait toujours regretté cette colonie; et il avait fait plus d’une tentative pour en obtenir la rétrocession.

Lors delà paix de Bâle, la république avait réclame la remise de la Louisiane, et avait offert en compensation à l'Espagne une partie des domaines du saintsiege ; des scrupules religieux avaient empêché l’Espagne d'accepter des terres ecclésiastiques. Le général Berthier était chargé de renouer cette ancienne négociation. Au nom du premier consul, il offrit de donner en Italie un territoire de 1,200,000 âmes à l’infant espagnol qui portait la couronue ducale de Parme. En échange il demandait la rétrocession de la Louisiane et six vaisseaux de guerre tout armés. Ces conditions furent acceptées avec empressement par Charles IV, et un traité qui les consacre fut signé, à Saint-lldephonse , le 1er octobre 1800, par Berthier, du côtéde la France, et par Urquijo, du côté de l'Espagne. Cette üégociation et ce traité furent soigneusement tenus secrets , de peur que l’Angleterre n’envahît la Louisiane , et ensuite parce que la Toscane , qu’il était question de donner au duc de Parme , n'était pas entre les mains de la France. A cet egard. Napoléon promettait ce qu’il ne tenait pas encore; mais il savait que l'occasion n'allait pas lui manquer de s’en saisir. La trêve convenue avec l’Autriche expira le 26 novembre 1800, avaut que les plénipotentiaires eussent rien conclu. Les hostilités recommencèrent sur tous les points. L’armée autrichienne fut de nouveau vaincue en Italie; elle le fut aussi en Allemagne ; et la victoire de Hohenlinden ouvrit à l'armée française

la route de Vienne. L’Autriche se vit forcée de conclure la paix, sans le concours de l’Angleterre. Ce traité fut signé à Lunéville le 9 février 1801. Le due. de Parme céda sa petite principauté à la France, et reçut en échangé le grandduché de Toscane. L’article 5 du traité était ainsi conçu :

» Il est, en outre, convenu que S. A. R.

• le grand-duc de Toscane renonce pour « lui ses successeurs étayants cause, au » grand-duché de Toscane et à la par-

• tie de l'ile d’Elhe qui en dépend, ainsi » qu’a toutes provenances et titres ré- « soltant de ses droits sur lesdits États, « lesquels seront désormais possédés en « toute souveraineté et propriété par S. « A. R. l’infant duc Je Parme. Le grand- « duc recevra, en Allemagne, une indein-

• nité pleine et entière de ses États

• d'Italie; il disposera à sa volonté des « propriétés et biens particuliers qu'il « possédé en Toscane, etc. »

L’Angleterre avait refusé d’adhérer à la paix de Lunéville ; le seul moyen de l'y contraindre était de la frapper dans ses alliés. Naples et le Portugal étaient les seuls qui lui restassent encore sur le continent enropéen Murat reçut la mission de marcher sur Naples. En même temps Napoléon envoya son frère Lucien à Madrid , afin qu’il engageât l’Espagne à faire la guerre au Portugal, si cette puissance persistait daus l’alliance anglaise. Cette exigence de la France était douloureuse pour Charles IV, dont la (ille avait épouse lerégentde Portugal: néanmoins, contraint par la nécessité , et voyant l’inutilité des démarches faites par lui pour engager le Portugal à fermer ses ports à l'ennemi commun, il se détermina à déclarer la guerre par un manifeste publié le 27 lévrier 1801 , dix-huit jours seulement après la signature de la paix de Lunéville.

Ce fut peu de temps après cette déclaration que le prince de la Paix reprit la direction des affaires. Il fallait s’entendre avec la France sur deux points d’une haute importance. Il était nécessaire d'expliquer comment la convention deSaint- Udephonse et l’article V de la paix de Lunéville seraient exécutés. Il fallait convenir de la manière dont la guerre contre le Portugal serait conduite.

Suriepremier point, un traité inter-

vint le 21 mars 1801. Il fut signé pour la France par Lucien Bonaparte; pour l’Espagne par le prince de la Paix.

L'article l*r répétait la cession faite par le duc de Parme au profit de la république française, et l’élection de la nouvelle souveraineté du grand-duché deToscane.

Le deuxième portait que l’infant, fils du grand-duc de Panne, entrerait immédiatement en possession de la Toscane,

Le troisième érigeait le grand-duché en royaume d’Étrûrie.

Par le quatrième la France cédait la principauté de Piombino , pour qu’elle filt jointe à la Toscane.

Le cinquième renouvelait la stipulation du traité de Saint-lldephonse rela- , tive a la cession de la Louisiane.

L’article sixième était ainsi conçu :

«La branche royale, qui va s’établir en « Toscane, étant de la familled'Espagne,

« ce royaume est considéré connue pro- « priété espagnole, et ce sera toujours un

• infant de Castille qui devra y régner.

« Dans le cas où la succession du roi qui

• entre en possession viendrait à man- « quer, elle sera remplacée par l’un des « infants de la maison d’Espagne. »

L’article septième imposait aux parties contractantes l’obligation de se concerter pour assurer l'indemnité promise au duc régnant de Parme d’une manière convenable à sa diguité, soit en terres , soit en revenus .

Le dernier article fixait le terme de trois semaines pour l’échange des ratifications.

Ce traité reçut bientôt son exécution.

Dans les derniers jours de mai, l’infant quitta l’Espagne et traversa la France sous le titre de comte de Livourne. A Paris il fut accueilli par le premier consul comme un prince souverain ; et il

Quitta cette ville pour aller recevoir es mains de Murat la remise de son royaume.

Une autre affaire plusdifficile fut confiée au prince de la Paix. La guerre contre le Portugal était déclarée, mais rien n’elait prêt pour la faire. Le trésor était vide aussi bien que les arsenaux. Le crédit était anéanti. L’armee était considérablement réduite; et il fallait la réorganiser ; c’etairut là sans doute de graves difficultés, mais ce u’étaient pas celles dont on s’effrayait davantage.

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L’UNïVERS.

Une année française s'assemblait au pied des Pyrénées; elle devait concourir avec l’armée espagnole à l’invasion du Portugal; et l’Espagne craignait beaucoup plus ses alliés que ses adversaires. Elle ne voyait qu’avec répugnance sa frontière ouverte à des troupes étrangères. Il fallait leur livrer un passage à travers les provinces, pourvoir à leur subsistance ; et si l’armée française occupait une partie du Portugal, il était à craindre que ces charges ne se perpétuassent jusqu'à la paix générale , c’est-à-dire jusqu’à une époque indéfinie. Enfin, Napoléon aurait bien voulu diriger cetle guerre à sa fantaisie. Gouvion-Saint-Cyr reçut le titre d’ambassadeur extraordinaire, avec la mission ostensible d’aider l’Espagne de ses lumières et de «fon expérience; il devait en même temps conseiller Leclerc, général de l’armée auxiliaire. Charles IV , craignant que les Français ne se prévalussent de la haute réputation de Saint-Cyr pour s’arroger le commandement, s’empressa dénommer un généralissime de ses armées de terre et de mer. Ce fut Godoy qui fut revêtu de cette haute dignité militaire ; et, s’il n’y montra pas beaucoup de talents stratégiques, au moins il y fit preuve d’une grande activité et d'une excessive adresse. Ce n’était pas pour les intérêts delà Péninsule qu’on se battait. L’Espagne ne faisait la guerre que contre son gré et pour la France. Le Portugal n’agissait que par ordre du cabinet de Saint-James. Godov conçut donc la pensée de terminer la guerre avant que les troupes françaises tussent arrivées en ligne et avant que lr Portugal dt recevoir les secours de l'Angleterre. ,e20 mai, il entra en Portugal; il s’empara d'OIivensa de Jurumenha. battit une partiede l 'armée portugaise à Arroncliès et à Flor-de-Roza. Il remporta chaque jour de nouveaux avantages; en sorte que la cour de Lisbonne s'empressa de demander la paix et de souscrire à toutes les conditions qui avaient été proposées dans le principe. De son coté, le prince de la Paix se hâta de conclure un traité. Cet acte fut signé a Badajoz, le 6 juillet, lorsque l'armée française était à peine arrivée à Alméida, ville située sur la limite du Portugal et du royaume de Léon. Le but de cet arrangement ,

fait avec tant de précipitation, fut évidemment de soustraire l'Espagne aux pesantes obligations que lui imposait son alliance avec la France et d'épargner au Portugal les fléaux de l’invasion française. Lucien Bonaparte, séduit ou abusé, prit part à cette négociation et convint qu’il ferait un traité séparé avec le Portugal : cela fut même consigné de la manière suivante dans le préambule du traité :

« Le but que S. M. Catholique se pro- « posait pourlebien général del’Europe,

• quand elle a déclaré la guerre au Porlu- « gai, est atteint; les puissances beliigé- « rantes sont mutuellement d'accord. Il

• a été résolu de rétablir les relations d’a- « initié et de bonne harmonie par un trai-

• té de paix. Les plénipotentiaires des « trois puissances belligérantes sont eon- « venus d'en faire deux distincts qui, au « fond et en toute chose essentielle, ne « soient qu’un seul et même traité, puis- « que la garautie en est réciproque et « ne sera valable pour l’un des deux « qu’autant qu’il n'y aura d'infraction « d’aucun article de l'autre. «

Par F article 2 le Portugal s’engage à fermer tous ses ports aux bâtiments de la Grande-Bretagne. Aux termes de l’article 3 , le roi d’Espagne conserve et retient en qualité de conquête, pour être unie à perpétuitéà ses États la place, d’Olivenza; mais il restitue au Portugal toutes les autres villes dont il s’était emparé.

L’article 9 est ajnsi conçu :

■ S. M. Catholique s'oblige à garantir « et garantit à S. A. R. le prinee régent « de Portugal la conservation intégrale

• de ses États et domaines sans exeep- « tion ni réserve aucune.

Le traite de Badajoz renversait tous les plans du premier consul, qui s’en montra vivement irrité : il donna l’ordre à ses troupes de pénétrer en Portugal; mais bientôt il se détermina lui-meme à traiter; et, par une convention signée à Madrid, le 29 septembre 1801, le Portugal s'engagea à payer à la France une contribution de 20 millions de livres tournois et à céder une partie de la Guyane portugaise. Quelques mois plus tard, une paix générale fut conclue à Amiens.

L’Espagne perdit parce traité l ile de la Trinité, dont les Anglais s’étaient em-

parés, mais elle conserva en compensation la ville d’Olivenza et son territoire.

MAH1AGE 1)0 PRINCE DES ASTERIES. — DISSES-

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