LES PISANS. — LES GENOIS. — GIU- DICE DELLA ROCCA
Il ne restait dans cette occurrence que très-peu de chances à la république de Pise de conserver sa domination ; elle comprit néanmoins qu’elle devait tenter un dernier effort. Elle ramassa quelques troupes, équipa deux galères, et donna le commandement de cette petite armée à un noble corse , descendant des comtes de Cinarca, etqu’on appelait G iudice. Dans sa jeunesse, Sinucelio, qui plus tard prit le nom ou le titre de Giuilice, obligé de s'expatrier, avait pris du service chez les Pisans, et s’était fait remarquer par ses talents militairesautant que par ses vertus privées.
A peine débarqué en Corse ( 1280), il réunit ses parents, et rallia à lui tous ceux qui reconnaissaient encore l’autorité de la république de Pise; puis il marcha contre Arriguccio, qui s'etait déclaré feudataire de Gênes. Arriguccio, vaincu , se retira auprès du seigneur de Saint-Antoine. ,
Les seigneurs opposés à Pise s’y rendirent également, et d'un commun accord ils demandèrent du secours à Gênes. Les Génois accueillirent leur demande avec empressement. C’était une excellente occasion de pouvoir s’établir en Corse, avec un motif plausible. Ils envoyèrent donc immédiatement à leur secours des troupes nombreuses, sous les ordres d’un général habile , Thomas Spinola. Tous les mécontents, tous ceux qui espéraient beaucoup dans la protection de Gênes, se groupèrent autuur de l'envoyé de la république. Spinola crut devoir mur*
CORSE
cher d'abord sur le château de Cinarca, où s'était retranché Giudice. Malgré le grand nombre de troupes qu'il avait avec lui et la bonne volonté des seigneurs qui l'accompagnaient , il ne put réussir néanmoins a s’en emparer; bien plus , il tomba dans un piège que Giudiee lui tendit, et fut complètement défait; ce qui lui ôtal’cnviede tenter de nouvelles entreprises (1282). Cependant, quelques années plus tard , les Génois, ayant battu complètement les Pisans à la journée de la Méloria , songèrent à envoyer en Corse de nouveaux renforts.
Déjà ils possédaient le fort d’Aléria, où les avait introduits la famille Cortinchi. Ils pensèrent que la soumission de l’ile entière serait facile dans cette circonstance, et ils chargèrent Luehetto Doria de l’opérer. Mais Giudice, que les malheurs de Pise n’avaient point découragé, ne permit pas de réaliser ces espérances. Luehetto fut battu et obligé de se retirer. Quanta Giudice, il continua à soutenir avec succès les droits de Pise pendant longtemps encore; mais la rigidité de sa justice ayant indisposé contre lui quelques-uns de ses parents et même ses enfants , il fut livré par Salnèse, l’un d’eux, aux Génois. Ceux-ci Rembarquèrent pour Gènes,'où il fut jeté dans la prison de la Malpaga , et y mourut quelque temps après, expiant ainsi le crime d’avoir défendu courageusement sa patrie et de s’être montré , pendant près d'un demi-siècle, l’ennemi constant des Gênois (1312). «Giudice, dit Filippini, fut véritablement un des hommes les plus remarquables qui aient jamais existé dans I île : il était plein de courage et habile dans les armes , très-capable de suivre ses entreprises, d’un excellent conseil, sévère exécuteur de la justice, très-généreux envers les siens et trèsconstant dans l’adversité. Quoiqu’on doive le louer de ces belles qualités , il ne fut point exempt des fragilités humaines; il se livra beaucoup à son amour pour les femmes, et fut d’un caractère allier; mais ces défauts disparaissaient devant ses belles qualités (1). •
1 1) Filippini, Isivria di Contra, t. Il, p.