CHAPITRE 1er
ÉTABLISSEMENT" DE LA PUISSANCE GÉNOISE. — COMME.NCEMENTDE LA LUTTE AVEC LES SEIGNEUBS FEO- DAUX. — ABHIGO DELLA KOCCA.
La mort de Giudice ruina complètement le parti de Pise. Cette république, voyant qu’elle ne pouvait en aucune maniéré soutenir ses droi ts en Corse, en fit abandon à Gênes. Mais ce ne fut point en vertu de cette cession que les Génois devinrent maîtres de l’ile- Les troubles qui suivirent la mort de Giudice avaient plongé le pays dans une anarchie complète. Pour faire cesser cet état de choses , les magistrats de la Terre de Commune, les caporaux et quelques seigneurs féodaux se réunirent en diète à Morosagliaet déférèrent, d’un commun accord , l’autorité suprême à la republiquede Gênes. Cet acte, dont malheureusement on a perdu la teneur, est du 12 août 1347. Il fut porté à Gênes par une députation et accepté, sans aucune modification, par le doge Jean Murta, assisté de son conseil. « Si nous avions , dit Limperani , le traité conclu alors entre les Corses et la république, nous pourrions voir si la diète générale des Corses concéda à la république de Gênes la souveraineté de l’ile pour un temps illimité, ou si, au contraire, elle, ne la lui céda que temporairement, ce qui était d’usage dans ce temps-la , ce (lui parait avoir été pratiqué par les Corses envers les Malaspina, et par les Génois eux-mêmes envers Robert, roi de Naples. Ce que nous disons n’est pas sans fondement, car nous verrons plus tard que la république perdit tout a fait son domaine sur la Corse, ce qui engagea de simples particuliers à le rechercher pour leur propre compte. Toutefois , quoique le texte du traité nous manque, nous pouvons bien croire que les privilèges et les exemptions dont ont joui les Corses, tout le temps qu’ils
L’UNIVERS
ont été gouvernés par la république , n’étaient que le résultat des conventions passées entre eux et les Génois. On ne saurait admettre, en effet, qu'avant de se donner à la république, les Corses n’aient point stipulé les conditions qu’ils jugeaient nécessaires à un bon gouvernement , et que ces conditions n’aient été acceptées en termes fort clairs par les Génois. Nous avons, du reste, pour exemple les habitants de Calvi et de lîonifacio, qui ne se livrèrent à la république qu’aprës avoir vu leurs conditions acceptées. Parmi les nombreux privilèges dont jouissaient les Corses, nous dirons que les principaux étaient : 1° qu’ils ne devaient payer a l’Etat de Gênes qu'une somme de vingt sous par famille pour tout impôt ; 2° qu'ils devaient se régir par les lois contenues dans le code intitulé Statuts de Corse; 3” que le maintien des lois, la surveillance des privilèges et l’exécution de la justice devaient être réservés aux magistrats des Douze pour la partie cismontaine et des Six pouf la partie du delà des monts ; qu’un membre de cette magistrature devait résider à Gênes, sous le titre d’orateur ou de député, pour représenter au sénat les besoins ou les griefs du peuple corse; 4" que nul impôt direct ou indirect ne pouvait être étauli sans le consentement des magistrats des Douze et des Six , qui représentaient la nation ; 5° queles Corses ne devaient paver le sel qu’un sou la livre; 6° que le tribunal du syndicat devait être composé d’autant de Corses que de Génois (t). »
Boccanegra fut le premier gouverneur que les Génois envoyèrent dans l’île (1348). Il se conduisit sagement, rétablit l’ordre autant que cela se pouvait, et ramena à l’autorité de Gênes la plus grande partie de la population; niais à son départ, qu’avaient nécessité lesévénements dont Gênes était le théâtre, les troubles recommencèrent (2).
(1) Limpcr.ini, Isloria delta Conica, t. II, llv. 12, p. 123.
(2) Vers cette époque, il se forma dans celte partie de la Corse que l’on appelle Carliini , une secte semi-religieuse, semi-philosophique, dont les membres prirent le nom de Giovahnali. Filippini dit que les fondateurs de rette secte furent les deux frères Polo et Arrigo d'Attallà , et il ajoute : » Leur loi
Guillaume délia Rocca, un puissant baron du delà des monts, jugeant le moment favorable pour soumettre ses voisins, marcha contreeu\,en réduisit plusieurs, et ne fut arrêté dans sa course que par Ghilfuccio d’Istria. Après avoir éprouvé plusieurs défaites, Guillaume périt dans un combat contre ce seigneur. Son (ils Arrigo entreprit alors de continuer l’œuvre de son père ; il avait déjà avancé considérablement ses affaires, lorsque Tridano délia Torre, envoyé de Gênes, arrivant dans file avec des forces imposantes, l’obligea, après plusieurs rencontres, à s’expatrier (I). Ce fut en Espagne qu’Arrigo alla chercher tin refuge. Il était à peu près certain d’y être
« portait que tout devait être commun entre « eux , les femmes et les enfants , comme les « autres choses; peut-être voulaient-ils renou- « veler l'âge d’or, que les poêles rapportent ou « temps de Saturne, lis usaient de certaines pé- « nitences a leur façon , et se réunissaient la « nuit dans les églises pour leurs cérémonies. « Après avoir rempli certains rites pleins de « superstition , Ils éteignaient les lumières et se n livraient entre eux aux plus grands désor- « (1res. È con più modi sporchi t* dixonesii chc « si Mïpevtmo ïmaginarc , si nrendevano pia~ « cerc i'urm cnn Paltro, cosidi maschi corne di k féminine quanto tara agqrfidiwtt. » Otte secte s'étendit considérablement au (Ma et en deçà des monts. Le pape, en ayant été informé et ayant examiné la doctrine des novateurs , les excommunia, les déclarant hérétiques; puis H envoya en Corse un commis>airc qui, ayant rassemblé des troupes et fait un appel aux Corses de bonne volonté, marcha contre les Giaoannali , détruisit un château fort qu’ils avaient bâti dans la piève d’Àlmni. et les défit en bataille rangée. Les Cio vannai i furent presque tous tués; et, dès qu’on en découvrait un, II élait aussitôt massacré.