‹ EspagneChapitre 84 sur 153 · V. Filippini, lib. III, p · texte numérisé non relu

V. Filippini, lib. III, p

(I) Quelque temps après l’arrivée de Tridano délia Torre, une sanglante inimilié s’étant élevée entre deux hommes du peuple de la piève de Rogna, appelés, l’un Rislagnaccfo, l'autre Caggionaccin, tout le deçà des monts fut bientôt embrasé, et chacun prit parti pour l’un ou pour l’autre. La famille Casta se déclara protectrice de Ristagnaceio, celle d’Attiani de Cagginnaccio. Tridano, ayant rassemblé des forces imposantes , se dirigea sur la Casinea, ou je* (leux partis étalent prêts à en venir aux mains Les Caggionacci, croyant que Tridano favorisait leurs adversaires, l’assassinèrent, tandis qu’il se rendait à la Venzolasca. Les troubles continuèrent plus violents encore. Alors la république, voulant mettra un terme à ces désordres, envoya dans l’ite deux gouverneurs, Lomellinoet Tortorino (1370). Cnacun de ces deux gouverneurs s’étant mis à la tête d’un parti et en soutenant les intérêts, il ne leur fut pas difficile d’arranger les affaires et de faire conclure la paix entre ces deux factions.

Voy. Filipp., t. II, llv. ni, p. Iü9.

CORSE

bien accueilli et d’en obtenir au besoin du secours. Nous allons dire pourquoi.

Jusqu'ici nous n’avons point parlé des prétentionsdela maison d’Aragon, pour ne pas interrompre notre récit ; mais il est maintenant nécessaire, pour l’intelligence des événements qui vont suivre, d’entrer dans quelquesdetails à ce sujet. Nous avonsdit que Pépin d’abord et plus tard Charlemagne avaient fait donation de la Corse au saint-siège. Quel droit avaient-ils de disposer ainsi d’une chose qui ne leur appartenait pas? Aucun, si ce n’est peitt-étre qu’ils regardaient la Corse comme faisant partie de l’empire d'Occident, auquel ils prétendaient avoir succédé. Toujours est-il que cette donation , à laquelle personne ne s’opposa, fut l’origine de vicissitudes sans nombre pour la Corse, et autorisa les papes à disposer de ce pays comme a’un fief qui leur appartenait. Il y a plus, une'partie de la population de l'île s’étant donnée volontairement au saint-siège, sous Grégoire VII, ce fut en vertu de cette soumission volontaire que le jiape concéda la souveraineté de l’île aux Pisans, et lorsque la puissance de Pise fut anéantie, le pape se regarda comme redevenu maître de ce pays.

C’est sans doitt* dans cette confiance qu’en 1296 Boniface VIII, pour des mo- ( ifs que' nous ne pouvons apprécier aujourd'hui, donna à Jacques Ier, roi d’Aragon, laSardaigneet la Corse, à la condition de se reconnaître pour ces deux fiefs vassal de l’Église. Cette donation fut encore confirmée par le pape Benoit XII à Pierre d’Aragon, petit-fils de Jacques. Ce prince n’ayant pu profiter des avantages qui lui avaient été faits par Boniface VIII, avait laissé à son fils, Alphonse, le soin de tenter la prise de possession de ces deux fiefs. Mais Alphonse vécut peu de temps, et Pierre son fils, poursuivant son entreprise, commença d’abord par la Sardaigne, et ne songea guère à la Corse d’une manière sérieuse que lorsqu’il entrevit qu’il pourrait y avoir un parti puissant. Ce fut même ce désir de se créer dans l’ile des créatures avant d’y opérer une descente , qui l’engagea a accueillir d’une manière flatteuse Arrigo délia Rocca, et à lui donner les secours avec lesquels il pût retourner en Corse.

A son arrivée, Arrigo reprit le château de Cinarca, délit les Génois dans toutes les rencontres, et soumit en quelques jours tout le pays à son autorité ( 1 372 ). Les Génois, obligés de battre en retraite de toutes parts, ne purent consener que les villes de Calvi et de Bonifacio. Ce succès presque inespéré du comte Arrigo était dû en grande partie à l’assistance qu’il avait trouvée dans les seigneurs sesalliésetdans l’enthousiasme du peuple. Pourreconnaitredignement la sympathie dont il avait été l’objet, Arrigo chercha à réparer les maux de l’administration génoise, et pendant quelques années il fut l'idole d’un pays auquel il avait su rendre une prospérité depuis longtemps inconnue. Mais , soit changement de sa part, soit inconstance des seigneurs ou du peuple, la lionne harmonie cessa tout à coup de régner, et Gênes fut sollicitée parles barons du Cap-Corse d’envoyer des troupes dans l’île pour pouvoir'se soustraire à la domination d’Arrigo. La république s’empressa d'expédier les secours qu’on lui demandait ; mais les seigneurs révoltés ne purent, malgré cela, atteindre leur but : ils furent complètement défaits par Arrigo et redemandèrent encore des secours à Gênes.

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