BIGO DELLA ROCCA. — LE COMTE
LOMELLIXO (1380-I-W8).
La république se trouva dès lors rentrer naturellement dans ses droits ; mais les mêmes causes quil’avaieutenipéchée d’envoyer, quelques années auparavant, un secours direct en Corse, l’obligèrent encore à laisser ses partisans combattre tout seuls. Les seigneurs qui avaient pris les armes contre Arrigo, et les habitants de la Terre de Commune qui les avaient soutenus durant le gouvernement de la Maona, n’en continuèrent pas moins decombattre, comme ils l’avaient fait auparavant, en reconnaissant l’autorité de Gênes. Cependant Lomelliuo, un des sociétaires de la Maona, ne tarda pas à revenir dans file, avec le titre de gouverneur; mais cette nouvelle qualité ne le rendit pas plus heureux dans ses entreprises. Il ne put, malgréses efforts, gagner du terrain, et, après dix années de séjour, il dut retourner a Gênes, laissant les affaires de la république aussi peu avancées que le jour où il était arrivé ( 1391).
Le successeur de Lomeliino, Jean- Baptiste Zoaglia, chercha tout d’abord à se rendre populaire; il y parvint en faisant respecter les droits de chacun et en rendant la justice avec impartialité. Lorsqu’il se crut sdr de l’affection du peuple qu’il gouvernait, il marcha contre Arrigo, et, malgré la valeur et * les talents militaires de ce dernier, il l’obligea à reculer, et enfin à quitter le pays. Toutefois, avant de s’embarquer, Arrigo eut le temps de mettre de fortes garnisons dans ses châteaux, et il persuada facilement aux siens que son absence ne serait pas longue. Gomme on devait s’y attendre, il alla directement à la coiir d’Aragon. Le roi Jean l’accueillit avec les mêmes égards que son père l’avait fait quelques années auparavant; il lui donna les secours qu'il réclamait, et, deux mois après avoir quitté la Corse, il put y retourner avec
des foires suffisantes pour en chasser ses ennemis. En très-peu de temps il vainquit Zoaglia et le fit prisonnier.
Panzano, général habile, qui fut envoyé pour remplacer Zoaglia, éprouva une complète déroute auprès de Riguglia (1394). Arrigo soumit une seconde fois toute l’ile à sa domination, a l'exception de Calvi et de Bonifacio.
Cependant, la république ne voulut pas rester sous le coup de ces échecs réitérés ; elle rassembla de nouvelles troupes, et en confia le commandement à Raphaël Montalto, qu'elle nomma en même temps son gouverneur.
Montalto rétablit les affaires de Gênes. A peine débarqué, il marcha contre Arrigo avec des troupes nombreuses, que grossissaient à chaque instant les mécontents. Après plusieurs combats, leeomte Arrigo futobligé d’abandonner la Terre de Commune, et, comme il se retirait au delà des monts, il mourut subitement à Vizzavona. Cette mort, que l'on attribua au poison de Gênes, mit fin à la guerre. I.es seigneurs qui soutenaient le parti d’Arrigo se retirèrent chacun dans leurs fiefs. Son fils naturel, François délia Rocca, traita avec les Génois’, leur vendit ses domaines et fut nommé lieutenant général de la république pour la Terre de Commune (1401).
Pendant quelques années, la Corse sembla respirer. Mais ce repos ne pou- -vait être que passager, car les memes motifs de haine et dédiscorde existaient alors comme aux temps précédents. Ce qui manquait sans doute en ce moment , c’était un homme qui piltse mettre à la tête du parti anti-génois, comme l’avait fait le comte Arrigo. Ilétnit facile d’entrevoir que du moment où cet hommelà se trouverait, la guerre recommencerait de nouveau. Quanta Gênes, subissant elle-même, à cette époque, le joug de l’étranger, elle était beaucoup trop préoccupée de sa position personnelle pour songer à ce qui se passait ailleurs.
Ce fut dans ces circonstances que Lomellino, que nous avons vu d'abord sociétairede la Maona , puis gouverneur de la Corse pour la république , sollicita et obtint de Charles VI, roi de France, dont les troupes occupaient alors Gênes,
la Corse comme fief, aveele titre de comte (1407). Mais il était dit que ce pays ne lui porterait pas bonheur. Sa conduite y fut d'ailleurs extravagante et despotique. Pour réparer ses anciennes pertes, il établit des impôts arbitraires et employa la force pour les lever, ce qui indisposa vivement fès esprits. Le peuple n'aurait probablement pas supporté longtemps cet état de choses , et il aurait couru, comme toujours, aux armes, si un événement imprévu n’était venu lui offrir l'assistance dont il avait besoin. Lomellino était dans la plus grande sécurité, occupé à poursuivre ses projets, lorsqu'on vint lui apprendre ue Vincentello d'Istria , seigneur du elà des monts, était débarqué dans l’Ile avec quelques troupes et des munitions.