CHAPITRE IV
LA RÉPUBLIQUE DE GÉVES. VtN- CENTELLO o’iSTRIA.
Vincentello d'Istria, neveu du comte Arrigo, avait, fort jeune encore, quitté la Corse et pris du service auprès du roi d’Aragon, qui l'avait très-bien accueilli, à cause du souvenir de son oncle. Après s’être distingué dans l'armée de terre, il obtint du roi deux galères, qui, jointes aux vaisseaux que lui fournit le roi de Sicile et de Sardaigne, composèrent unepetiteflottilleaveelaquelleil inquiéta pendant plusieurs années les Génois, leurfitdes prises considérables, et jeta l’épouvante dans leur marine. Tout en courant la mer, il ne perdait point de vue la Corse, et lorsqu'il sut que Lomellino était généralement détesté et que scs ressources étaient épuisées, il débarqua inopinément a Sagona, marcha sur le château de Cinarca, qui n'osa résister , traversa rapidement l’intérieur et s'empara de lliguglia, place importante, qui était depuis longtemps regardée comme la capitale de l'ile. Alors il convoqua une consulte générale de l’ile. On accourut de toutes parts à cette assemblée, et d’un commun accord Vincentello fut proclamé comte de Corse.
so
L UNIVERS
Sans perdre de temps, le comte Vincentello marcha sur Bastia, et l'obligea à se rendre. Lomellino, ne pouvant' opposer aucune résistance avec les forces dont il disposait, avertit en toute hâte la république de sa fâcheuse position. André Lomellino, son frère, rassembla quelques troupes et accourut à son secours. La lutte recommença.
Vincentello, blessé dans un combat, fut obligé de battre en retraite. Mais, s’étant bientôt rétabli, il reprit l’offensive, défit les Génois, et les obligea à abandonner toutes les conquêtes qu’ils avaient faites (1410). Le sénat, jugeant alors qu’il ne pourrait rien obtenir par les armes, essaya de changer de politique , et envoya dans l’ile Raphaël Montalto, qu’il savait y avoir des relations d’amitié avecdes personnages influents.
Le nouveau gouverneur chercha à se faire des partisans. Il ne lui fut pas difficile de mettre dans ses intérêts Jean d’Omessa, évêque deMariana, avec lequel il était lié depuis fort longtemps, et qui jusque-là avait été un des plus forts appuis de Vincentello ( 1413 ).
La défection de Jean d’Omessa enleva à Vincentello une grande partie des provinces cismontaines , et I obligea à aller chercher du secours auprès d’Alphonse d’Aragon. Mais, avant qu’il fût de retour, ses affaires s'améliorèrent.
Abraham Campo-Fregoso remplaça Montalto en qualité de gouverneur.
L’évêque de Mariana, qui n'avait embrassé le parti desGénois que paramitié pour Montalto, prit les armes contre eux, dès que celui-ci fut parti. Il tint la campagne pendant quelque temps contre Squarciaflco , lieutenant de Campo- Fregoso; mais, malgré sa connaissance parfaite des lieux et son humeur guerrière, il se vit serrer de près et éprouva une entière défaite. Il ne se découragea pas néanmoins, et continua lalutteavec ardeur. Tandis que ces événements se passaient en deçà des monts, Vincentello débarquaitdans la partie ultramontaine avec les secours que lui avait accordés Alphonse d’Aragon. L’évêque d'ümessa l'ayant instruit du danger dans lequel il se trouvait, Vincentello, oubliant le passé, vola à son secours, battit Squarcialico , et l’obligea à se rendre avec son armée. A peine avait-il
défait ce général qu’André Lofheilino .
débarqua en Corse avec de nouvelles troupes. Les seigneurs da Mare et Gentili, ennemis de Vincentello, allèrent se ranger du côté des Génois, qui s’avancèrent hardiment contre l’ennemi. Mais Vincentello était sur ses gardes, il laissa les ennemis s’engager dans l’intérieur, et prit position du côté de Morosaglia; puis, quand il les vit près de lui, il les attaqua avec fureur et les tailla en pièces. En apprenant cette défaite, Abraham Campo-Fregoso se porta en toute hâte vers Biguglia pour empêcher Vincentello de s'en emparer. Celui-ci l’avait prévenu, il pressait déjà cette ville lorsque l’on connut la marche des troupes génoises. Sans quitter le siège, Vincentello envoya deux de ses lieutenants, dont l’un était Giovanni délia Grossa , l’annaliste de la Corse, à la rencontre des ennemis. I,es troupes de Campo- Fregoso furent battues comme l’avaient été celles de Squarciaflco et de Lomellino,et lui-memefut fait prisonnier.
Biguglia se rendit. Bastia en lit autant, et les Génois, repoussés de toutes parts, n'eurent plus d’autres possessions que Calvi et Bonifacio (1419).