‹ EspagneChapitre 90 sur 153 · LES MONTALTO · texte numérisé non relu

LES MONTALTO

La mort de Vincentello laissa Simon da Mare sans compétiteur sérieux ; il ne tarda pas à s’emparer de Bastia et commença à faire lever les impôts ; mais les seigneurs féodaux du delà des monts, voyant avec peine Simon da Mare jouir de la souveraineté de l’ile, qu’ils regardaient comme devant leur appartenir, refusèrent l’impôt et se liguèrent contre lui. Giudice d'Istria, Polo délia Rocca et Rinuccio de Leca entrèrent tous les trois en même temps en campagne. Simon da Mare , ne pouvant lutter avec d’aussi puissants adversaires, chercha à les diviser, et entraîna

3nl' Livraison, (corse.)

dans son parti Polo délia Rocca. I^s deux autres seigneurs , trouvant à leur tour la partie trop inégale , retournèrent dans leurs fiefs, Rinuccio de Leca, après avoir traité avec Simon da Mare , Giudice n’ayantpas voulu le faire, parce qu’il avait dPautres espérances.

Le titre de comte de Corse se trouvait vacant depuis la mort de Vincentello.

Giudice envoya une ambassade auprès d’Alphonse d’Aragon pour en obtenir et ce titre et des secours. Alphonse, trop occupé de ses propres* intérêts dans cc moment, ne put envoyer à Giudice qu’une partie ae ce qu’il demandait, et ce fut la moins coûteuse. Il lui expédia donc un diplôme de comte de Corse, témoignant le regret de ne pouvoir faire davantage, et lui promettant de prochains secours. Dès ce moment, Giudice se regarda comme comte de la Corse, se fit donner ce titre par ses vassaux, et passa dans la Terre de Commune pour se faire reconnaître.

Mais dans ce pays comme dans le reste, de la Corse, il ne put atteindre son but : on lui répondit que les Corses avaient l’habitude de nommer leur comte et non de le recevoir d’une main étrangère, et, pour lui enlever toute espérance , le peuple s’assembla en diète à Morosagha , et nomma à l’unanimité Polo délia Rocca eojiite et seigneur de la Corse.

Dès que Polo délia Rocca se vit maître du pouvoir, il rompit avec Simon da Mare, lui déclara la guerre, et entra dans ses possessions du Cap-Corse, qu’il ravagea. Simon da Mare, n’osant résister à un ennemi qui lui était de beaucoup supérieur , s'embarqua pour Gênes, où il traita avec Jean et Nicolas Montalto.filsde Raphaël. Les conditions de ce traité étaient que l’on chercherait à soumettre la Corse et que l’on partagerait par moitié les conquêtes. LesMontalto firent des préparatifs assez considérables, et lorsqu’ils débarquèrent, les soldats de Simon da Mare s’étant joints à eux, ils purent entrer en campagne avec une armée imposante. Cependant le comte Polo leur aurait résisté avec avantage, s’il etlt conservé toutes ses forces ; mais les caporaux, espérant sans doute que les Montalto reconnaîtraient largement leurs services,

L’UNIVERS

abandonnèrent tout à coup le comte pour se ranger dans leur parti. Cette défection, réduisant Polo délia Rocca à ses propres forces, l’obligea à traiter avec Simon da Mare, auquel 1 1 céda Corté pour 200 écus, et il se retira dans son fief.

La retraite du comte Polo laissa les confédérés maîtres paisibles de la Terre de Commune. Mais les Montalto, jaloux de l’influence de Simon da Mare et se croyant sans doute assez forts , s’emparèrent de lui et le jetèrent en prison. Puis, aidés par quelques caporaux qu’ils avaient conservés dans leurs intérêts, ils s'emparèrent de Biguglia, de Bastia, de Corté, et appelèrent le peuple à leur prêter obéissance. Cette étrange prétention et la conduite qu’ils avaient tenue envers Simon da Mare soulevèrent l’indignation du peuple, qui, guidé par les caporaux , courut aux armes, et appela à son aide 'Rinuccio de Leca. Ils marchèrent tous alors contre Nicolas Montalto, qui se trouvait à Tessamone, l’attaquèrent et le défirent complètement ( 1438).

Les choses étaient en cet état lorsqu’un nouveau prétendant débarqua en Corse. Les Montalto n’avaient point reçu de la république une mission officielle. On les avait vus partir avec plaisir, parce que leur présence devait entretenir toujours en Corse l’idée de la puissance de Gênes -, mais il ne leur avait été fourni ni vaisseaux , ni troupes, ni munitions, et on ne leur avait concédé aucun privilège. Aussi lorsque Thomas Campo-Fregoso fut réélu doge, il lui fut facile d’agir dans ses propres intérêts sans porter atteinte à ceux de la république.

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