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CHAPITRE VIII

LES FREGOSO. — LES CAPORAUX. — LE COMTE OIUDICE n’iSTRIA.

Campo-Fregoso, voyant la possibilité d’acquérir la souveraineté de la Corse à sa famille, envoya dans ce pays son neveu Janus avec des troupes et de l’argent. La division des partis servit parfaitement les projets de Janus. Ni les

Montalto ni Rinuccio de Leca n’osèrent marcher contre lui, et comme il ne trouva aucun obstacle, il soumit la Terre de Commune. Passant ensuite dans le delà des monts, il s’empara du château de Cinarca, que le fils de Vincentello, Barthélemy d’Istria, réduit à ses propres forces, lie put défendre et céda pour 1200 écus. Après ce succès, il marcha contre les autres seigneurs féodaux, qui étaient divisés entre eux , les réduisit, et soumit ainsi en peu de temps toute nie à sa puissance. Cependant , comme il craignait que l'esprit d’indépendance ou de nouveauté ne renversât ce qu’il venait de faire, il voulut assurer ses conquêtes en affaiblissant les éléments de discorde. Il avait dès son arrivée dépouillé de leurs Etats du Cap- Corse les seigneurs da Mare et Gentili; il songea alors à détruire les caporaux : il commença par supprimer leurs pensions, et fit emprisonner quelques-uns des plus turbulents. Cette conduite éveilla la crainte des autres caporaux, ui s'entendirent avec le comte Polo ella Rocca et Rinuccio de Leca pour combattre un ennemi commun. Campo- Fregoso, attaqué par les troupes nombreuses des confédérés, ne put opposer de résistance et fut obligé d’aller chercher des secours à Gênes.

A son retour, Janus alla à la rencontre des ennemis dans la plaine de Mariana. Le comte Polo avait sous ses ordres mille chevaux et quatre mille fantassins. Outre les troupes qu’il avait amenées de Gênes, Janus avait avec lui de l’artillerie. La lutte ne fut ni longue ni sérieuse; les chevaux corses , effrayés du bruit du canon , commencèrent à jeter le désordre dans l’armée, ce qui fit qu’il n'y eut pas même lieu à livrer bataille, et que la déroute des confédérés laissa la victoire incontestée à Janus. Cependant celuici n’en jouit pas longtemps : les événements qui se passaient a Gênes ayant appelé nu pouvoir le doge Adomo, les Montalto, ennemis de Campo-Fregoso, furent envoyés en Corse pour le combattre. Déjà au fait du pais et y ayant conservé des relations, ils firent en très-peu de temps de grands progrès, s’emparèrent de Biguglia et mirent le siège devant Bastia, où s’était renfermé

CORSE

Janus. Janus, sa mère qt son frère tombèrent bientôt au pouvoir de l’ennemi, et furent jetés en prison. Mais ils ne tardèrent pas, par les soins de Pévéque d’Aléria, à recouvrer leur liberté et purent retournera Gènes, lorsque, Giudice d’Istria ayant été reconnu comte ar tout le pays, il ne leur resta plus 'espoir de ressaisir le gouvernement.

Giudice d’Istria, que nous avons vu nommé comte de Corse par le roi d’Aragon, avait été trouver ce prince et en avait obtenu des secours importants, avec lesquels il put enrôler des troupes et retourner en Corse. Les Montalto et Camno-Fregoso, le comte Polo et Rinuccio de Leca, les caporaux et les seigneurs da Mare, étaient aux prises en ce moment et se disputaient le pouvoir. L’arrivée de Giudice fut regardée comme une chose fort heureuse par le peuple, qui crut trouver en lui son soutien, et il fut d'un commun accord nommé comte par les caporaux et les populations de la Terre de Commune. A cette nouvelle, Jean Montalto se retira à Rastia , pensant bien qu'il lui serait difficile de se maintenir ailleurs , et Janus retourna à Gênes.

Mais Giudice ne jouit pas longtemps du titre de comte ni du pouvoir que lui avait déféré le peuple. Son caractère orgueilleux lui suscita des ennemis.

François et Vincentello d'Istria, écoutant les conseils de l’évéque d’Aléria, se révoltèrent contre lui, et, Payant surpris , ils le blessèrent et le jetèrent en prison (1443).

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