DU PEUPLE
L’évéque d’Aléria et une grande partie des caporaux, fatigués des continuelles fluctuations du pouvoir, et ue voulant subir ni le joug de Gênes ni celui des barons ultramontains, offrirent la souveraineté de leur pays au pape Eugène IV. Celui-ci accepta avec joie,’ et envoya dans Plie Monaldo Paradisi avec quelques troupes. Le géné-
ral romain fut très-bien accueilli par les caporaux et cette partie de la population qui s’était volontairement donnée au pape. Mais les caporaux dissidents et Montalto, ayant réuni leursforces, marchèrent contre lui en assez grand nombre pour qu’il n’osât s’aventurer à leur livrer bataille avant d’avoir reçu des secours de Rome. Dès que ceux-ci furent arrivés, Monaldo Paradisi s’avança contre Montalto et ses alliés, s’empara de plusieurs châteaux, fit quelques caporaux prisonniers, et en étant venu aux mains avec Montalto, le vainquit et l’obligea à fuir à Bastia , où il se renferma. Cette victoire amena à Paradisi la soumission de Vincentello et de François d’Istria, ainsi que celle des caporaux qui n’avaient pas voulu reconnaître jusque-là l’autorité du saint-siège. Il put alors lever des impôts et se payer des frais de la guerre. L’année suivante (1445) , Paradisi, voulant réduire la Corse entière à l’obéissance du pape, marcha sur Calvi, qui était occupée par les troupes de la république. Raphaël de Leca, fils de Rinuccio,commandaitcette ville. Dès qu’il vit approcher l'ennemi, il rassembla ses troupes, et, secondé par ses deux frères, jeunes gens pleins de courage, il fit une sortie tellement vigoureuse qu’il mit en complète déroute l'armée papale, et obligea son général à se sauver à Corté. Le pape , ayant appris cet événement, se hâta d’envoyer en Corse Jacques, évêque de Potenza, en remplacement de Paradisi, et lui donna mission de traiter delà paix. Arrivé à Biguglia, l’évêque de Potenza reçut la soumission des habitnats de la Terre de Commune et des caporaux , qui réclamèrent tout d’abord leurs pensions. L’évêque refusa de les leur payer. Alors ils le quittèrent très-mécontents, et appelèrent à eux Rinuccio de Leca. Rinuccio accourut , se mit à la tête de la ligue, dans laquelle il fit entrer Vincentello et François d’Istria , et vint assiéger l’évêque à Biguglia. Comme il poussait le siège avec vigueur, il fut tué dans une sortie que firent les habitants. Alors la ligue se dispersa, et chacun rentra dans ses foyers.
Cependantles troubles incessants qui agitaient le pays et qui étaient en grande
L’UNIVERS
partie l’œuvre des caporaux, fatiguant et épuisant le peuple, on résolut d'y mettre un terme, et pour cela on convoqua une diète générale à Morosaglia.
La diète reconnut la souveraineté du pape, et nomma, pour opérer la soumission du pays à cette puissance, Mariano da Caggio lieutenant général.
Mariano da Caggio , homme plein de courage et de résolution , était l’ennemi déclare des caporaux; son premier soin fut de les renverser. Non-seulement il les attaqua à la tête de forces considérables, les vainquit, rasa leurs tours, les mit en fuite, mais encore il abolit la dignité de caporal , et déclara à jamais infâme quiconque prendrait ce titre ( 1445 ).
Les caporaux, ainsi traqués, se jetèrent dans les bras de Gènes. Le doge Raphaël Adorno saisit avec empressement l’occasion qui s’offrait à lui de remplacer en Corse l'influence de Campo-Kregoso par celle de sa famille.
Il se hâta donc d envoyer dans ce pays son parent Grégoire Adorno à la tète d’un corps de troupes considérable.
Dès son arrivée , Grégoire. Adorno, auquel s’étaient joints les caporaux , marcha contre Par niée nationale, qui se trouvait du côté de Caccia ; on en vint aussitôt aux mains, et l’armée génoise, complètement battue et mise en fuite, laissa son général prisonnier de l'ennemi. Mariano da Caggio aurait voulu pousser plus loin son avantage et attaquer immédiatement Corté, mais l’évêque de Potenza, jaloux du succès qu’il venait d’obtenir, l’en empêcha.
Sur ces entrefaites, Eugène IV envoya en Corse Mariano da Norcia, officier plein d'expérience, avec mission d’avancer les affaires de l’Église (1447). Mariano da Norcia commença par assiéger le château de Corté, dont il se rendit maître. Ce succès amena la soumission d'un grand nombre de dissidents.
Jean Montalto, qui occupait Bastia, livra cette ville aux troupes pontificales, et Mariano da Caggio reconnut, avec le peuple de la Terre de Commune, l'autorité du commissaire du pape. Voyant la tranquillité rétablie dans le deçà des monts, I)a Norcia résolut d'aller attaquer les barons ultramontains, après avoir mis une forte garnison dans
Brando. Il s'empara bientôt de Raracini, de Bozio et 4e l’Orèse. Les seigneurs d’Ornano et d’Istria se soumirent ; il ne restait plus à vaincre que leseigueur de Cinarca, Raphaël de Leca , qui n’avait jamais voulu reconnaître l’autorité du pape, lorsque l'on apprit la mort d’Eugène IV. Cet événement devant nécessairement amener quelque trouble dans les affaires de la Corse, Mariano da Norcia crut qu’il lui serait facile d’en profiter pour s’emparer du pouvoir; il quitta aussitôt le delà des monts, et vint dans la Terre de Commune avec François et Vincentello d'Istria ; mais, craignant que ces deux seigneurs ni* s'opposassent à ses desseins, il les fit jeter en prison. Il en usa de même envers l’évêque de Potenza, oui était à Biguglia. Cette conduite souleva l'indignation générale. Raphaël de Leca s'étant uni aux seigneurs de Bozzi, d’Ornano et d’Istria, marcha contre lui. Da Norcia se vit bientôt abandonné de tous ses partisans et obligé de chercher un refuge dans le fort de Brando, où étaient ses soldats dévoués.