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CHAPITRE X

LES CAMPO-FBEGOSO. — LE KOI I)’a- BAGON.

Cependant, l’année suivante, les Génois revinrent avec plus d’assurance.

Nicolas V, successeur d’Eugène IV, craignant que la Corse ne fût un embarras pour le saint-siège, et voulant aussi être agréable aux Campo-Fregoso, ses compatriotes, qui étaient en ce moment au pouvoir, leur céda ses droits sur Elle de Corse. En même temps, il ordonna aux officiers pontificaux de remettre les places fortes aux mains des Génois et de retourner à Rome ( 1447 ).

Louis de Campo-Fregoso en quittant le pape se rendit en Corse, prit possession de Bastia, de Corté et de Biguglia, leva les impôts, distribua les emplois et retourna ensuite à Gênes rendre compte de sa mission (1448).

Les Corses virent avec peine ce changement. Ils espéraient jouir de quelque repos sous le gouvernement pacifique

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de l'Église , et d’ailleurs ils souffraient avec peine de se voir ainsi cédés sans leur consentement, comme un troupeau d’esclaves. Marianoda Cap cio, qui avait toujours combattu pour l’Eglise , appela le peuple aux armes, mais cette levée de boucliers ne lui fut point profitable.

Louis Campo-Fregoso envoya contre lui un habile capitaine, appelé G iovannone, qui le battit sur les bords du Golo, le chassa de la Venzolasra , où il s’était retiré, fit un grand nombre de prison* niers, et les obligea à se racheter par de fortes rançons.

Galeas Campo-Fregoso remplaça comme gouverneur son cousin Louis , que de plus grands intérêts appelèrent à Gènes. L’administration de ce jeune homme, guidé par l'évêque de Mariana, fut pendant quelque temps pleine de sagesse. Marianoda Caggio et les caporaux se soumirent. Cependant Galeas , ne croyant pas à la sincérité de cette soumission, s'assura du dévouement de Mariano da Caggio et résolut d’abattre les caporaux; mais ceux-ci, ayant mis le peuple dans leurs intérêts , purent opposera Galeas et à Mariano des forces considérables et les obligèrent à traiter avec eux (1451). Sur ces entrefaites , un nouveau prétendant vint encore compliquer les affaires.

Antoine délia Rocca, seigneur du delà des monts, ayant été trouver Alphonsed’ Aragon, alors roi des Deux- Siciles , et ennemi déclaré des Génois , le pressa vivement desonger 5 ses droits sur la Corse et de les faire valoir.

Alphonse, cédant à ce conseil , envoya en Corse quelques troupes sous les ordres de Jacques Imbisora. qu’il nomma son vice-roi. Antoine délia Rocca n’eut pas de peine à réunir à l’expédition les seigneurs ses alliés; les confédérés allaient se mettre en marche, lorsque la mort du vice-roi vint jeter la discorde parmi eux. Les seigneurs corses reconnurent pour vice-roi le neveu de Jacques Iinnisora. Cette préférence mécontenta les vieux officiers , qui , prétendant avoir des droits à cette distinction, ne voulurent plus servir et s’en retournèrent à Naples. Le nouveau vice-roi n'osa rien tenter avec les forces qui lui restaient; il demeura donc sur la défensive, attendant une occasion favorable

ou des secours que le roi ne manquerait pas de lui envoyer.

La Corse se trouvait alors dans un singulier état ; quatre pouvoirs différents se la disputaient, sinon en totalité, du moins en partie : 1" la république de Gênes possédait Calvi et Bonifacio ; 2“ les Campo-Fregoso gouvernaient la Terre de Commune et possédaient Bastia , Biguglia , Saint-Florent et Corté; 3° les pays d’au delà des monts étaient gouvernés par les seigneurs, dont les uns étaient indépendants, les autres reconnaissaient l’autorité du roi d’Aragon; 4° enfin le Niolo et le Fiumorbo étaient sous la dépendance des seigneurs de Cinarcaetdu vice-roi d'Aragon. C'était, comme on le voit, beaucoup trop de souverains pour un pays si souvent ravagé par la guerre civile’. Cependant on voulut encore essayer d’une nouvelle puissance. Une consulte générale , convoquée à Morosaglia , croyant remédier aux maux qui affligeaient le pays, décid a qu’on se mettrait sous la protection de la compagnie de Saint-Georges (I).

(Il La compagnie ou banque de Saint-Georges fut créée à Gènes en 1407, dans le but déconcentrer en une seule société les créances diverses que la république avait consenties a differentes compagnies ou à différents capitaliste, , lorsque ayant besoin d'argent, elle leur avait aliéné une partie des revenus publics pour garantie de leur prêt et Jusqu’à entier remboursement.

« L'administration de la banque, ou, comme on disait de la maison île Saint-Georges, fut fortement constituée . et d'almrd les plus justes comme les plus sages principes en lurent la base. On en lit une république financière représentative. La souveraineté en appartint légalement à l'universalité des actionnaires. Leur asssmblée générale nommait 1rs membres de leurgouvernement. Lite avait décrélé sa charte ; elle rejetait ou ratifiait les lois que lui proposaient les magistrats à qui elle avait confie 1e

fiouvoir exécutif dans son sein. Huit proteceurs élus temporairement composaient le sénat de Saint-Georges, a l'image de ces huit nobles auxquels l'État avait commis si longtemps le soin de ses finances. Sous eux, îles ina-

gstraturrs inférieures se partageaient les déils de l’administration sociale; elles participaient au pouvoir public en ce sens que l'État, en aliénant ses gabelles, avait confie à la réunion de ses cessionnaires le droit d’en contraindre les débiteurs et de réprimer les eon traven lions. Le tribunal des protecteurs de la banque était une sorte de cour supérieure, sur tes décisions de laquelle le gouvernement luimême ne portait pas la main légèrement ( a). > Nous Ile pouvons entrer ici dans de grands

(a) Histoire delà République de f.enes,par M. émilc Vincent, conseiller d'fitsl, t. Il ,p. 1S1 et sulv.

L’UNIVERS

Des députas furent envoyés à Gènes pour lui offrir la souveraineté ( 1 4i»3 ).

La compagnie voulut examiner les choses avant d’accepter. La république consentit à lui abandonner Calvi et Bonifacio; les Campo-Fregoso déclarèrent qu’ils renonçaient en sa faveur à leurs prétentions, et qu’ils se retireraient. La compagnie, voyant qu’elle n’aurait plus à combattre que la puissance plutôt nominale que réelle du roi d’Aragon et les barons ultramontains, que les rivalités de famille avaient beaucoup affaiblis, accepta l'offre qui lui était faite, et se prépara à envoyer en Corse un gouverneur.

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