‹ Espagne poetiqueChapitre 100 sur 112 · S TANCES · texte numérisé non relu

S TANCES

C’en est fait, l’instant arrive Où je dois quitter ces lieux !

C’est le signal des adieux Que l’airain donne à la rive ; Je viens des derniers momens Goûter les pénibles charmes , J^es veux inondés de larmes , Le cœur navré de tourmens.

Ali! de mon âme affligée Si tu partageais les feux ,

La douleur par tous les deux Serait aussi partagée :

Mais dans tes regards je vois Le calme ou l’indifférence , Quand à peine la souffrance Permet des sons à ma voix.

Mais de quoi viennent m’instruire Ces sanglots entrecoupés ?

Je vois des pleurs échappés Dans ton œil brillant reluire !

Comme, aux rayons éclatans D’un pur soleil opposée ,

Brille l’humide rosée Des nuages du printemps.

Quoi ! ton regard est encore Si tendre pour ton ami î Tes mots formés à demi. . . , Quoi ! ton front se décolore ! Encore à cette pâleur S’allie un charme suprême ?

Tu rends attrayante même L’image de la douleur !

Insensé î Quelle ombre vaine M’a tout à l’heure écaré ?

J’avais cru , j’ai désiré Me consoler par ta peine !

Pardonne à ma folle erreur.

Pardonne par un sourire ;

Ta tristesse me déchire Plus que n’eût fait ta froideur.

arriaza.

Ah ! retiens ces pleurs rebelles , Mon âme , épargné tes yeux :

Rien , sous la voûte des cieux , Ne vaut des larmes si belles.

Que pour toi coulent toujours Des heures pleines de charmes , Et que celles des alarmes N appartiennent qu’à mes jours.

C est moi , jouet déplorable D’un destin capricieux ,

Qui dois céder quand les dieux Ont décidé qu’il m’accable.

Mais toi , leur chef-d’œuvre , toi , Par tes attraits surhumaine ,

Toi, céleste phénomène ,

Mets les destins sous ta loi.

Tu peux du sort qui t’afflige Trouver des consolateurs Dans l’essaim d’adorateurs ,

Que t’asservit ton prestige ; Trouver ailleurs désormais,

Un bonheur toujours le meme ; Mais un autre cœur qui t’aime Comme jet aime. . . Oh ! jamais.

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