S TANCES
C’en est fait, l’instant arrive Où je dois quitter ces lieux !
C’est le signal des adieux Que l’airain donne à la rive ; Je viens des derniers momens Goûter les pénibles charmes , J^es veux inondés de larmes , Le cœur navré de tourmens.
Ali! de mon âme affligée Si tu partageais les feux ,
La douleur par tous les deux Serait aussi partagée :
Mais dans tes regards je vois Le calme ou l’indifférence , Quand à peine la souffrance Permet des sons à ma voix.
Mais de quoi viennent m’instruire Ces sanglots entrecoupés ?
Je vois des pleurs échappés Dans ton œil brillant reluire !
Comme, aux rayons éclatans D’un pur soleil opposée ,
Brille l’humide rosée Des nuages du printemps.
Quoi ! ton regard est encore Si tendre pour ton ami î Tes mots formés à demi. . . , Quoi ! ton front se décolore ! Encore à cette pâleur S’allie un charme suprême ?
Tu rends attrayante même L’image de la douleur !
Insensé î Quelle ombre vaine M’a tout à l’heure écaré ?
J’avais cru , j’ai désiré Me consoler par ta peine !
Pardonne à ma folle erreur.
Pardonne par un sourire ;
Ta tristesse me déchire Plus que n’eût fait ta froideur.
arriaza.
Ah ! retiens ces pleurs rebelles , Mon âme , épargné tes yeux :
Rien , sous la voûte des cieux , Ne vaut des larmes si belles.
Que pour toi coulent toujours Des heures pleines de charmes , Et que celles des alarmes N appartiennent qu’à mes jours.
C est moi , jouet déplorable D’un destin capricieux ,
Qui dois céder quand les dieux Ont décidé qu’il m’accable.
Mais toi , leur chef-d’œuvre , toi , Par tes attraits surhumaine ,
Toi, céleste phénomène ,
Mets les destins sous ta loi.
Tu peux du sort qui t’afflige Trouver des consolateurs Dans l’essaim d’adorateurs ,
Que t’asservit ton prestige ; Trouver ailleurs désormais,
Un bonheur toujours le meme ; Mais un autre cœur qui t’aime Comme jet aime. . . Oh ! jamais.