TOME If
ARRIAZA.
Je t’aimai sans te connaître :
Oui, je n’ai fait, en t’aimant, Qu’écouter un sentiment , Sympathique, inné peut-être.
Des grâces, mes sens ravis Avaient rêvé l’assemblage,
Et cette parfaite image M’apparut quand je te vis.
Et , je pars ! Affreux martyre, Impossible à concevoir !
Les dieux seuls peuvent le voir Qui dans nos cœurs savent lire ; Qui virent aussi les jours De douceur enchanteresse ,
Où je savourai l’ivresse ,
Dans la coupe des amours.
Déjà la brise attendue Mollement pousse les flots :
Sourdement des matelots L’accord confus la salue.
Déjà, du fond qu elle mord L’ancre , à leur gré , se détache ; A l’envi chacun s’attache Hélas! à hâter ma mort.
A RRIAZA.
Déjà , d’un pied qui chancelle , Je touche aux fragiles ais ;
Vers la nef, aux flancs épais, Vogue déjà ma nacelle.
Ma Sylvie , en ce moment , L’une par l’autre pressées, Que de poignantes pensées Ont assailli ton amant !
A mes vœux tu t’intéresses ; Tu m’as payé de retour :
Je dois croire à ton amour :
Puis-je oublier tes caresses?
Sylvie existait pour moi , Fidèle et reconnaissante :
Mais , hélas ! Sylvie absente Gardera-t-elle sa foi ?
Dans cette beauté céleste, Source de biens enivrans ,
Déjà d’ennuis dévorans Je vois la cause funeste :
Et lorsque , loin de tes yeux , Mes pleurs font toute ma joie, Tes faveurs seraient la proie D’un rival insidieux !
Non, mon âme! non, ma vie !
Ah! ne livre point aux vents Le nœud des tendres serments,
Que le monde entier m’envie !
Que ce nœud, toujours plus fort , Affermi par la constance ,
Resserré par la distance ,
Brave le temps et le sort.
Au sein du golfe Tyrrhène Mes pcnsers vont, tour à tour, Rappeler chaque séjour ,
Qu’embellit ma souveraine :
«Là» dirai-je, «à sa beauté » J’ofïris un timide hommaee :
» Là , j’espérai davantage :
» Ici , je fus écouté. »
Que sur l’humide étendue
S’abaisse un ciel menaçant,
Où le bras du Tout-Puissant Se montre à l’âme éperdue ;
Que l’ouragan pressenti Soulève en fureur les ondes ;
Qu’au pied des roches profondes ,
Le tonnerre ait retenti ;
ARRIAZ A. 453
Que , renonçant à 1 adresse ,
A sauver sa nef et nous ,
Le nocher prie à genoux,
Parmi les cris de détresse ;
Moi du moins j’écarterai ,
O mort! tes sombres images ,
Ardent à dire aux orales Le doux nom que j’adorai.