‹ Espagne poetiqueChapitre 101 sur 112 · TOME If · texte numérisé non relu

TOME If

ARRIAZA.

Je t’aimai sans te connaître :

Oui, je n’ai fait, en t’aimant, Qu’écouter un sentiment , Sympathique, inné peut-être.

Des grâces, mes sens ravis Avaient rêvé l’assemblage,

Et cette parfaite image M’apparut quand je te vis.

Et , je pars ! Affreux martyre, Impossible à concevoir !

Les dieux seuls peuvent le voir Qui dans nos cœurs savent lire ; Qui virent aussi les jours De douceur enchanteresse ,

Où je savourai l’ivresse ,

Dans la coupe des amours.

Déjà la brise attendue Mollement pousse les flots :

Sourdement des matelots L’accord confus la salue.

Déjà, du fond qu elle mord L’ancre , à leur gré , se détache ; A l’envi chacun s’attache Hélas! à hâter ma mort.

A RRIAZA.

Déjà , d’un pied qui chancelle , Je touche aux fragiles ais ;

Vers la nef, aux flancs épais, Vogue déjà ma nacelle.

Ma Sylvie , en ce moment , L’une par l’autre pressées, Que de poignantes pensées Ont assailli ton amant !

A mes vœux tu t’intéresses ; Tu m’as payé de retour :

Je dois croire à ton amour :

Puis-je oublier tes caresses?

Sylvie existait pour moi , Fidèle et reconnaissante :

Mais , hélas ! Sylvie absente Gardera-t-elle sa foi ?

Dans cette beauté céleste, Source de biens enivrans ,

Déjà d’ennuis dévorans Je vois la cause funeste :

Et lorsque , loin de tes yeux , Mes pleurs font toute ma joie, Tes faveurs seraient la proie D’un rival insidieux !

Non, mon âme! non, ma vie !

Ah! ne livre point aux vents Le nœud des tendres serments,

Que le monde entier m’envie !

Que ce nœud, toujours plus fort , Affermi par la constance ,

Resserré par la distance ,

Brave le temps et le sort.

Au sein du golfe Tyrrhène Mes pcnsers vont, tour à tour, Rappeler chaque séjour ,

Qu’embellit ma souveraine :

«Là» dirai-je, «à sa beauté » J’ofïris un timide hommaee :

» Là , j’espérai davantage :

» Ici , je fus écouté. »

Que sur l’humide étendue

S’abaisse un ciel menaçant,

Où le bras du Tout-Puissant Se montre à l’âme éperdue ;

Que l’ouragan pressenti Soulève en fureur les ondes ;

Qu’au pied des roches profondes ,

Le tonnerre ait retenti ;

ARRIAZ A. 453

Que , renonçant à 1 adresse ,

A sauver sa nef et nous ,

Le nocher prie à genoux,

Parmi les cris de détresse ;

Moi du moins j’écarterai ,

O mort! tes sombres images ,

Ardent à dire aux orales Le doux nom que j’adorai.

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