‹ Espagne poetiqueChapitre 20 sur 112 · G AZUL · texte numérisé non relu

G AZUL

ROMANCE MORESQUE

A l’astre de Cythérée Le soleil cède à son tour,

Et la rivale du jour

Etend sa gaze azurée.

Comme un lion des forêts, Un Maure, plein de vaillance.

De Médine1 alors s’élance Dans la plaine de Xerez :

Où par la mer d’Ibérie Le Guadalète attiré,

Se rattache au nom sacré Du Port de Sainte Marie.

C’est un amant furieux ,

Près de perdre sa maîtresse ;

•N ayant, hélas ! pour richesse Que son bras et ses aïeux.

1 Medina Sidonia.

ROMANCES

Et ce soir, beauté servile ,

Elle doit orner la cour De l’alcaide de la tour Et du palais de Séville (1).

Il exhale amèrement Le dépit de son outrage ,

Et l’écho rend au rivage Ces plaintes du triste amant :

« Z aida, fille cruelle ,

Plus dure que n’est ce roc,

Pareille aux flots dont le choc I3i áse la faible nacelle !

» Quand tu m’as donné ta foi ,

Peux-tu permettre , barbare ,

Qu’une indigne main s’empare De trésors qui sont à moi ?

» Que de tes fleurs se couronne Le faîte d’un sombre ormeau ,

Laissant ton jeune rameau S’effeuiller avant l’automne?

» Riche était ma pauvreté ,

Et pauvre est votre opulence :

Mon bien tient à mon essence -,

L’autre peut vous être ôté.

GENRE NATIONAL

» Un Ben-Saïd, dont le zèle Date de si peu de jours,

Efface un siècle d’amours ,

Et Gazul, noble et fidèle!

» Fasse Allah que ce vainqueur Te haïsse et que tu l’aimes :

Que de mes douleurs extrêmes Quelqu’une atteigne ton cœur !

n Compagne d’un chef farouche , Ah ! puisse-tu voir en lui ,

A sa table, de l’ennui.

Et du dégoût dans sa couche !

” Qu’il se plaise à t’offenser ; Qu’il t’empêche de paraître Un instant à ta fenêtre,

Même pour le voir passer.

» Qu’en vain tu le sollicites A porter dans le tournoi L ’ almaizar brodé par toi ,

Ou tes couleurs favorites.

» Mais ses chiffres expressifs Diront qu’une autre le charme.

Au retour de chaque alarme ,

Qu’il lui donne ses captifs !

ROMANCES

» Ou bien qu’il t’aime , et qu’il meure , Dans les combats des chrétiens !

A moins qu’au milieu des tiens,

Il ne tombe , tout à l’heure.

» Mais , si tu dois le hair ,

Qu’ Allah prolonge sa vie !

Ainsi quiconque se fie Maudira qui peut trahir. »

Minuit sonnait quand le More ,

Dedans Xerez1 pénétrant,

Voit la ville se livrant A la fête qu’il abhorre.

Partout des torches , des jeux ,

Et la devise fatale :

Le palais au loin l’étale ,

Eclairé de mille feux.

Il voit honorer la fête Par des groupes à cheval ,

Et son fortuné rival Resplendissant à leur tête.

Sur ses étriers dressé ,

Gazul devant lui s’avance :

Xerez , patrie de Zaïda , dépendant de l’alcaidat de Séville.

106 GENRE NATIONAL

Il 1 u i porte un coup de lance ; •

D’outre en outre il l a percé.

On frémit, la troupe unie L’assaillit : le fer en main ,

Gazul , s’ouvrant un chemin ,

S’en retourne à Sidoine.

(1) L/historien des guerres civiles de Grenade , (nues Ferez ele Hita, en général peu scrupuleux , a cru devoir faire observer que le romancier avait commis une erreur en qualifiant le rival de Gazul d alcaide de Séville; ou bien que ce titre ne devait être entendu que comme honorifique , ne pouvant appartenir qu’à un aïeul d \Aben-Said , investi de la charge dont il s’agit au temps de la conquête ; mais 1 anachronisme continue pendant toute la composition, si Ion doit en rapporter l’action à la dernière époque du règne des Musulmans dans l’Andalousie.

ROMANCES

Page 1