ROMANCE AFRICAIN
Un Espagnol , dans Oran asservie1.
Voue à son roi son épée et sa vie :
Mais, captivant cet aimable vainqueur, Une Oranaise est reine de son cœur.
Aimée autant qu’intéressante et belle ,
A ses côtés de quoi donc frémit-elle ?
Mille Africains en vain marchent sans bruit : Quelques rayons de l’astre de la nuit Ont à la garde annoncé leur approche ;
La garde au phare et le phare à la cloche ; Et le tocsin , les clairons , les tambours Au chevalier que berçaient les amours.
Comment quitter une amante qui pleure ? Cruel , s’il part , mais lâche s’il demeure :
GENRE NATIONAL
L’honneur l’emporte. Entre mille sanglots ,
Elle , a son cou suspendue , en ces mots Essaye encor le pouvoir de ses charmes •
» Oui : hâtez- vous de revêtir vos armes j » Partez , seigneur : votre chef vous attend ;
» Il a besoin de son fier combattant,
» Et mon amour n’a plus rien qui vous touche.
» Abandonnez à mes pleurs votre couche,
» Lit de douleur pour qui veille sans vous. »
« Belle, si douce à travers le courroux,» Répond le brave , « ô ma toute maîtresse !
» Concilions la gloire et la tendresse.
» Pour les combats si je quitte ces lieux ,
* Mon âme y reste , attachée à tes yeux :
» Mais proclamé que ton nom me soutienne :
» I aurai vaincu pour ma gloire et la tienne. »
Le père Ximenez de Cisneros , cardinal-archevêque de Tolède , parti de sa ville d’ Alcalá , le premier jour de mai de lan 1509, était débarqué le 16, au port de Mazalquivir , avec l’expédition piéparée par ses soins, dans les ports de Malaga et de Carthagene. Les Espagnols marchèrent sur Oran, formes en quatre bataillons carrés, de deux
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mille hommes chaque , ayant à leurs flancs la cavalerie, et à leur tète l’archevêque, précédé luimême de son porte-enseigne , le père Hernando , de l’ordre de Saint-François. Le cardinal, ayant harangué les troupes , finit son allocution par ces mots : « J’irai moi-même planter au milieu des » escadrons ennemis cette croix , étendard royal » des fidèles. » Cédant , toutefois , aux supplications des capitaines et des soldats , il se retira pour passer en prière le temps de l’action. Les Maures eurent une fausse joie dans un succès partiel : ils crurent avoir pris le cardinal , et promenèrent dans Oran la tête du malheureux objet de leur méprise , en criant : Alfaki ! Alfaki ! La ville fut enlevée d’assaut , et le cardinal partit sur-
le-champ en porter la nouvelle à Ferdinand le catholique.
( Mariana , tome n, pasr. 785, 786, 787 et 788.)