‹ Espagne poetiqueChapitre 26 sur 112 · ROMANCE AFRICAIN · texte numérisé non relu

ROMANCE AFRICAIN

Vainqueur du chef de la troupe Z cuete , Voyant l’Arabe en déroute complète ,

Le jeune Ibère aux quartiers du vaincu Prend un cheval dont le maître a vécu :

Sec du jarret, d’encolure, superbe.

Qui dans le san" retrouvait un peu d’herbe.

Il monte en croupe, emmenant son captif.

Il en écoute un murmure plaintif;

Et , chaque fois qu’il regarde en arrière ,

Il voit des pleurs inonder sa paupière.

Ému , surpris qu’à ce point la douleur Puisse dompter une insigne valeur,

11 l’interroge avec grâce et mesure ,

Et, sans l’aigrir, a touché sa blessure.

«(Noble Espagnol, ton épée et ta voix, »

Dit l’Africain , <« me captivent deux fois :

» Ta courtoisie égale ta vaillance :

» J’y répondrai. Je reçus la naissance » Dans Gelve meme , à l’époque où le sort » Aux champs de Gelve a trompé votre effort 2.

ROMANCES

» Adolescent j’habitai Trémizène,

» Près de ma mère , illustre Abul-Hazène ;

» Turc de l’Euxin , Bacha de trois vaisseaux,

» Mon père avait succombé sur les eaux.

» Développant la beauté la plus rare ,

« Là s’élevait une fille barbare ,

» Déjà fidèle au sang des Mêlions,

» Enfans du sable où naissent nos lions.

» Mais tous les maux que j’endurai pour elle » Je les oublie ; ou plutôt me rappelle ,

» Par-dessus tout , sa céleste beauté :

» Aux mois charmans qui précèdent l’été ,

» Les fleurs pourraient manquer à notre attente , » Jamais l’œillet sur sa bouche éclatante.

» Son front serein fait jaillir plus de feux » Qu elle n y laisse ondoyer de cheveux.

« Toujours près d’elle , au sortir de l’enfance ,

» Mon tendre cœur se livrait sans défense :

» Plus entraîne , plus épris chaque jour,

» Il recevait tous les traits de l’amour ,

» Sans obtenir de cette âme hautaine » Que les dédains plus cruels que la haine.

» Le terme, hélas ! à mes longues douleurs . . » il s interrompt , suffoqué par les pleurs.

GENRE NATIONAL

L’autre reprend : « J etais loin de m’attendre » A voir en toi le mortel le plus tendre ••

» Maure vaillant , qui l’aurait soupçonné ,

» D’après les coups de ton bras forcené ?

» Va ; tant d’amour rend douce la souffrance*

» Mais quittons-nous : reçois ta délivrance.

» Tu ne saurais être à moi, quand tu sers,

» Captif ailleurs, en de si nobles fers.

» Adieu : poursuis ; on fléchit une ingrate.

» Point de rançon : aux tapis d’écarlate,

» A l’or tissu donne un meilleur emploi ,

» Et tous les deux souvenez-vous de moi. L’Ibère a dit, et l’Arabe s’élance,

Et prosterné , le révère en silence ;

Puis il s’écrie : « O guerrier généreux!

» Allah s’attache à qui fait un heureux.

» Ton bras toujours obtiendra la victoire,

» Puisque ton âme en double ainsi la gloire. » Sache à présent jusqu’où va ton bienfait :

» C’est d’un époux que ton joug triomphait. »

ROMANCES. 133

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