‹ Espagne poetiqueChapitre 3 sur 112 · VII J · texte numérisé non relu

VII J

(C Le bon roi Alphonse causait avec le Gid , dans le cloître de Saint-Pierre de Cardègne, en présence du noble abbé , un dimanche apres la messe. Ils pariaient des pays à reconquérir , perdus par l’erreur de Roderic, que l’amour accuse et défend. Le roi propose au Gid d’atta-

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quer sur-le-champ Cuenca; mais le prudent capitainelui répond : «Vous êtes nouveau , ôroi » Alphonse ! vous êtes roi nouveau en Castille : » avant de faire la guerre au dehors, affermissez » la paix au dedans.... Beaucoup de malheurs » arrivent de ce que les rois s’en vont guerrover, » avant que la couronne ait seulement tiédi sur » leur tête.» Bermudo, prenant la parole pour le roi , répond au Cid : « Si vous êtes fatigué par » vos combats, ou attiré par votre Chimène ,

» allez à Vivar, Rodrigue, et laissez au roi » ordonner 1 entreprise : il a encore assez de » serviteurs vaillans pour qu’on ne revienne » pas sans l'avoir mise à fin.» — «Eh! de » quoi , répliqua le Cid , vous mêlez - vous,

» qui vous établissez en conseil de guerre, Je ca- » puce au dos, honnête moine? Montez en » chaire, priez; portez la chape au chœur,

» tandis que j’endosse le harnois. On sait si » je ne quitte pas un peu plus ma femme que » mon épée. » — « Je suis homme, repartit » Bermudo , a me couvrir aussi du casque de

» fer, et à presser de l’éperon un cheval fou- » gueux. » — «Pour fuir à toute bride, sans » doute, révérend père, riposte le Gid; vous » aurez toujours sur le froc plus de taches » d’huile que de taches de sang. » — « Assez, » s’écria le roi ; Gid ! vous avez des façons qui » soulèveraient les pierres. » Sur ces entrefaites, le comte d’Oîiate approchait avec la comtesse; le roi alla à leur rencontre pour se donner de la contenance. »

Nous avons déjà vu le roi Ferdinand, père d’Alphonse , se tirer d’embarras par une politesse.

La muse du romance quitta le terre-à-terre du bon vieux style , pour s’élever à des prétentions que le succès ne couronne pas toujours. Hécube et Polyxène, Marins sur les ruines de Carthage, Pompée, et d’autres grands personnages de l’antiquité , se trouvent beaucoup mieux ailleurs que dans nos romances héroïques. Deux pièces de ce genre insérées dans

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la présente collection nous ont paru toutefois répondre assez bien à des sujets d’un ordre élevé , tirés de l’histoire nationale.

Quand les progrès de la langue et de la poésie eurent donné plus de variété à ces compositions, elles trouvèrent leur meilleur aliment dans la galanterie moresque. Les vers castillans reçurent les modulations de ces noms arabes si doux et si sonores; ils intéressèrent aux affections de ces guerriers si tendres et si terribles; ils chantèrent leurs discordes, qui hâtèrent la chute du dernier trône islamite dans les Espagnes.

Parfois les coutumes de l’Arabie ne furent qu’un déguisement, et de très - bons chrétiens , jurant par Mahomet, soupirèrent dans ces vers pour de fausses Zélimes et Zélidaxes.

On doit croire aussi que les romanciers ont souvent donné aux fruits poétiques de l’imagination, des appuis historiques également créés par elle. Quoi qu’il en soit, notre choix s est porté sur des pièces où la couleur locale et la

peinture des mœurs nous ont paru satisfaire à la condition principale que l’on doit y désirer.

Nous ne dédaignerons pas ici des traditions qui, empreintes du même caractère, offrent ce genre de vérité que la philosophie peut préférer à celle des faits, même dans la sévère histoire.

Qui ne connaît les Abencerrages et les Zégris dont les rivalités ensanglantèrent si cruellement la belle Grenade ? On y montre encore a l’étranger , dans le palais de l’Alhambra, l’enceinte dite des Lions, où trente-six des principaux Abencerrages furent égorgés par le fer de leurs rivaux, sous les yeux de leur prince. Les romances ont consacré l’origine de ces inimitiés désastreuses.

Zaïd aimait la superbe Zaïda, et avait enfin touché son cœur, à l’époque des fêtes que Grenade donnait pour l’avénement du prince entre les mains duquel elle périt. Abdali-Tarfé , ami, d’autres disent rival secret de Zaïd, réunissait la cour dans sa maison de plaisance , située entre les fleuves Xénil et Darro, dont

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