TOME II
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commis sur un do leurs alliés, par un allié des Abencerrages : les romanciers se sont disputé le sujet de cet événement.
Une autre Zaïda-Zégri avait été l’objet des affections du noble Mohamed-Gazul , le vainqueur des tournois à Gelves, le plus impétueux des fils de Grenade. Il habitait Medina-Sidonie. Les parens de sa maîtresse, établis àXérèz, n’accueillaient point ses vœux, que ne secondaient pas les laveurs de la fortune; mais ils ne pouvaient, dans les réunions que les Musulmans avaient entre eux sous la domination chrétienne, ils ne pouvaient, disons-nous, interdire leurs loyers à un si brillant chevalier des leurs. Gazul , un soir, chez Zaïda, dansait avec elle la danse appelée zambra , dont le nom a signifié ensuite toutes les danses des Arabes espagnols et même leurs bals. 11 paraîtrait, d’après la description que nous avons lue, que la zambra avait beaucoup de rapport avec la walse du Nord, et convenait peu au sang africain. Les bouillons du sien aveuglèrent un instant Gazul
au point qu’il ne vit dans sa danseuse qu’une amante, ne vit quelle, et lui donna un baiser passionné, vu de tout le monde. Outrés de cette audace , les parens de Zaïda , et un rival préféré par eux , fondirent sur le jeune imprudent, qui, sans armes, ne put que sauver sa vie. Toute communication lui devint désormais impossible avec sa bien-aimée, et elle paraît s’être résignée, sans beaucoup de résistance, aux volontés de ses parens. Ceux-ci bâtèrent son mariage avec le riche Aben-Saïd. Un romance dira encore la suite de cette histoire : c’est le sixième inséré dans notre collection sous le titre de Gazul.
L’amant éconduit , attaquant , pour ainsi dire, une ville entière, ensanglanta les noces de sa maîtresse, qui fut épouse et veuve le même jour. Il ne se crut plus en sûreté dans le lieu de sa résidence habituelle , et se retira à Grenade, sa patrie, parmi les siens, sous la protection des Abencerrages. Il y essuya l’attaque juridique la plus acharnée de la part de
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la famille de Zaïda. Le roi fut pour lui, et l’animosité des Zégris s’irrita encore de ce nouveau triomphe de leurs rivaux dans la faveur du souverain. Arrivons à la catastrophe.
Abu-Abdilà, dont on a fait Boabdii , appelé aussi Zaquir ou le roitelet, revenant d’une expédition contre Jaen, se louait devantMohamed, le plus considérable des Zégris , de l’aide que la vaillance des Abencerrages lui avait prêtée au fort du danger. C’est alors que leur ennemi ne peut plus contenir sa haine , et se décide h porter l’accusation calomnieuse concertée depuis quelque temps : « L’aveuglement de ton » altesse en faveur de cette famil le » , s’écrie le Zégri, « est ce qui l’enhardit aux trahisons.)) Pressé de s’expliquer , il accuse d’un commerce criminel , avec la reine , Abin-Hamet , le plus brillant des Abencerrages. Il présente comme témoins Mohadi - Gomel et deux de ses parens : « Le couple adultère fut surpris par eux )> dans les jardins de Généraiife, près de la » fontaine du Laurier, le soir même du jour où
» le vaillant Cidi-Muza était sorti pour se me- » surer avec le grand-maitre de Galatrave. » Le supplice d’Abin-Hamet et l’extermi nation de tous les siens furent une chose arrêtée. Mais ils
étaient trop puissans pour qu’on négligeât de
prendre à leur égard quelques précautions. Le conseil décida qu’une invitation royale les appellerait au château, l’un après l’autre, et que vingt gens d’armes, choisis parmis les Zégris et leurs adhérens, les recevraient à coups de cimeterre 1 . Trente-cinq victimes ont été immolées : il tombe encore un autre chevalier abencerrage , mais le page qui l’avait suivi a pénétré jusqu’au lieu de l’exécution. Il trouve le moyen de retourner sur ses pas , et , par le
récit de ce quil a vu, arrête Abenamar et
1 On peut donc relever, dans cette courte narration, un cartel conforme aux lois de l’honneur, un combat chevaleresque , un attentat plein de bravoure et un affreux guet-apens. Voilà en tout temps les nations où une culture générale manquera à une nature généralement énergique.
Malique-Alabèze , qui allaient monter au château. Les Abencerrages échappés à la proscription , et leurs alliés, y entrent de vive force; ils font main-basse sur les assassins. On se bat partout : le peuple s’est soulevé; Abul-Hazen , père du cruel Zaquir, naguère détrôné par lui, est de nouveau proclamé roi.
11 y a peu de données bien authentiques sur les chocs entre Abencerrages et Zegris* Hernando del Pulgar, historiographe de Ferdinand et Isabelle, place même le massacre desAbenceriages sous le règne d Abul-Hazen. Mais, d’accord avec sa chronique, l’histoire générale d’Espagne et 1 histoire particulière de la domination des Alabes dans la Péninsule, consacrent les dissentions dans le sein de la famille régnante , cause suffisante pour expliquer les événemens.
On y voit, à la fois, trois rois de Grenade, comme nous avons eu trois rois d’Espagne en 1808. Le troisième roi de Grenade, proclamé concurremment avec le lils et le père, fut le frère du dernier , Muley-Abdalah , wali de Malaxa.
11 perdit cette ville, non sans avoir vaillamment combattu : découragé , il livra Almerie et Guadix , d’où suivit la capitulation de Grenade, souscrite par Abdilà-Zaquir , que la mort de son père venait de laisser seul à consommer cet acte de désolation \
Nous quitterions à regret les Maures de Grenade si nous n’avions fait que citer en passant le nom de celui d’entre eux que les ouvrages d’imagination et les écrits historiques s’accordent à présenter comme leur héros. Gidi-Muza , ( nous lui conservons le titre doux à l’oreille de Cidi , sur la foi des romances qui le font fils d’Abul-Hazen ), Cidi-Muza , disons-nous , n’est pas reconnu comme prince par l’histoire ; mais elle porte : qu’après avoir fait une sortie qui devait écraser les chrétiens dans leur camp , si l’infanterie l’eût secondé; après avoir proposé
1 II pleura après : et sa mère Zoraïda- Validé , qui
avait été l’artisan de son élévation prématurée , passe pour lui avoir dit : « Pleure comme une femme , puis- » que tu n’as pas su agir en homme. »
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une dernière levée ; entrant au conseil , au moment où l’on décidait la reddition : « La » profanation des mosquées, s ecria-t il , le » déshonneur de nos femmes et de nos fdles , » des fers et des bûchers, voilà les traités » que vous verrez accomplir. Mais , par Allah » éternel , je ne le verrai pas. » Il s’arrêta , et reprit : « La mort est inévitable : Eh quoi ! nous » ne profiterions pas du répit qu elle nous lais- » se , pour défendre notre liberté et notre » gloire 1 Que la terre reprenne ce qu’elle a » produit , et si une fosse manque à nos restes, » ils reposeront sous la voûte des cieux. Ah 1 » qu’il ne soit pas dit que les fils de Grenade » n’eurent pas le courage de mourir. »
Il cessa , et voyant qu’on ne lui répondait que par un morne silence , il quitta brusquement le conseil , sortit par la porte d’Elvire et n’a plus reparu.
Les fiers guerriers musulmans et les orgueilleuses beautés de la cour islamite de Grenade cédèrent la place , dans nos romances , aux liumbles bergers des rives du Tage et du Manzanares. On gagna en fraîcheur ce que Ton perdit en éclat. Toutefois la douceur des teintes, propre de la poésie pastorale , n’a point permis à nos romances bucoliques des nuances particulières assez prononcées pour marquer un caractère à part; seulement, un exemple que nous offrirons à la suite de nos romances héroïques nous a paru présenter quelque originalité en vertu de la nature mixte qui le distingue.
Mais ces compositions du genre simple ont eu un diminutif très-caractérisé dans les létrilles , dont il a été déjà fait mention comme d’une poésie plus particulièrement villageoise. La simplicité y prend le ton le plus naïf que l’on puisse employer : pas le moindre tour qui ne soit de la langue parlée et familière , et le mètre, extrêmement court , produit un mouvement beaucoup plus accéléré que celui des
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romances primitifs1. Là, surtout, le traducteur a dû faire plus d’attention à l’esprit de l’ensemble qu’au détail des pensées : de même que, pour donner une idée de toute musique nationale , il sera moins essentiel de rendre exactement la note des airs que les chutes et la manière du chant. Là surtout , aussi , et par la même raison, on a dû s’attacher à l’imitation des rhythmes ; ailleurs, où cet élément n’est pas un moyen caractéristique , on a adopté une mesure plus développée que celle de l’original , suivant que la nature du sujet a paru le demander ou le permettre. En même temps, nous n’avons pas perdu de vue que nous traduisions dans une langue jalouse , à l’excès , des bienséances , comme la dit l’écrivain qui l’a cultivée le plus. Il nous arrive presque toujours , dans le genre familier , de nous mettre un ou deux tons plus haut que le diapason du castillan.
1 Voyez plus particulièrement la petite pièce intitulée : Les Deux Sœurs.
Les pièces qui portèrent d’abord le nom de 1 étrilles, eurent des refrains obligés, et un mètre plus long que les diminutifs des romances: elles remontent aux premiers temps de la versification régulière. Ainsi que les petits quatrains liés, appelés redondillas , dont elles émanent, les létriiies à refrains admettent tous les styles et ont affecté la rime, l’assonante étant une invention postérieure : ces compositions s’adaptent bien au chant.
Quant à notre véritable poésie lyrique, dans le sens propre du mot, lorsque l’on a dit que ce fut le romance ordinaire, on avait en vue des temps assez éloignés du nôtre. En agrandissant son importance poétique, le romance s’est placé dans la classe de tous ces chants qu’on ne chante pas.
L’aliment habituel de la musique espagnole, qui est pour elle ce que sont pour la française la romance et le vaudeville, consiste depuis long-temps dans des quatrains détachés, composition assez originale. On les débite consécu-
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tivement sans qu’il y ait aucune suite entre eux : plus d’histoire ni d’action , ce ne sont que des pensées, des traits et surtout des tendresses. On peut se dire bien des choses, à l’aide d’une guitare, dans quatre petits vers; et l’on s’en dit beaucoup. La mythologie a eu tort de ne pas placer en Ibérie la patrie de l’Amour. L’amour est l’affaire la plus sérieuse, comme la plus générale dont on y soit occupé à tout âge : si, d’après le Gid, la valeur n’y attend pas le nombre des années , on peut dire que l’amour ne les compte pas.
Le couplet dont notre texte offrira différens exemples, appartient au rhythme d’une composition ancienne, distinguée par le nom de tirana, c’est-à-dire cruelle. Il a été de rigueur que le refrain déplorât la cruauté d’une belle, en lui adressant la parole.
Ce couplet sert d’auxiliaire à la danse du
fandango, fameuse depuis long-temps par-dela nos frontières. Lun et l’autre sont nés dans 1 Andalousie; le couplet dénonce assez souvent
son berceau par la tournure des pensées : toutefois son rhythme est de tous les pays.