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ROSANNE AUX FEUX DE JOIE

ROMANCE

La gaîté de l’aube nouvelle,

La clarté d’un jour radieux

Eclataient aux célestes yeux De Rosanne , aurore plus belle.

C’était la fête où d’alentour On accourt dans notre vallée ,

Par ses feux joyeux signalée.

Depuis , par les feux de l’amour.

Comme le palmier de la plaine S’élance , fier de son rameau ;

Comme , entre ceux du jeune ormeau , Brille la vigne qui l’enchaîne :

Svelte , élevant le front aimé ,

Ainsi la belle des montagnes

Brille au milieu de ses compagnes.

Comme au buisson la fleur de Mai ;

Et , par tous les regards suivie , Offrant à tous mêmes dangers , Tourmente nymphes et bergers ,

Eux de désirs , elles d’envie.

Pour l’admirer , nous oublions Et feux, et chants , et jeux , et danse , Quels transports, quand elle s’avance!

Quels élans d’acclamations!

Ou bien, à part, chacun la loue. L’un la compare au jour riant , Lorsque le reflet d’orient Sur les flots du Tormes se joue ;

L’autre à l’arbre élégant et vert , Qui baigne sa fraîche racine ,

Et dans les ondes se dessine,

De pompeux feuillage couvert ;

L’autre à la Lune , ramenée Pour orner le soir le plus beau ,

Qui se dégage du coteau ,

Déjà d’étoiles couronnée.

D’autres, surpris à son aspect, Baissent les yeux , n’ont rien à dire.

Qui se contraint, qui se retire,

Saisi d’un magique respect.

Car, à l’éclat qu’en dépit d’elle v Jette son aspect ravissant,

On dirait l’astre éblouissant Que craint la débile prunelle.

MELENDEZ

Oh ! combien ce charme divin Cause d’ennuis, quoi quelle fasse !

Vous pleurez, beautés qu’elle eiface :

Vous, dont le Tonnes fut si vain.

Mais l’envie ou cède , ou se cache , Sans effleurer par ses discours :

Comme lor du flambleau des jours,

Son éclat repousse une tache.

Répands les feux de ton regard ; Répands le sel de tes paroles :

Et n’importe qui tu désoles,

Fille heureuse du montagnard !

Tout ce qui plaît , tout ce qui touche S’allie à ton air gracieux :

L’Amour respire dans tes yeux.

Et le ciel sourit sur ta bouche.

Tu m’as ravi la liberté :

Je le veux bien , je te la livre.

Mais , hélas ! je ne songe à vivre Que si l’hommage est accepté.

MELENDEZ

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