A DON GASPAR DE JOVELLANOS
Pendant ces jours de fêle.
Dépose tout souci ;
Jové , ta lyre est prête,
La mienne l’est aussi.
Pleins de l’antique mode ,
Aux muses de Léon Redemandons une ode Du grec Anacréon.
Ou , remuant la braise ,
Dans mon heureux réduit.
Quelque entretien qui plaise Amusera la Nuit.
Les heures qu’elle emmène Ne vont pas reculer :
Faut-il qu’encor la peine Les pousse à s’en aller?
MELENDEZ
Tel de l’alberge agreste Jaunit le doux coton,
Tel un duvet modeste M’a bruni le menton ;
D’anneaux de jais, sans nombi Mon front s’est ombragé:
Grâce à l’âge plus sombre,
La teinte a bien changé.
Nous vîmes la prairie ,
Quand Avril l’émaillait :
Nous la vîmes flétrie ,
Par l’aride Juillet.
La treille, aux touffes d’ambre, D’Octobre eut de beaux jours, Mais le transi Décembre Lui ravit ses atours.
Le jour suit la journée.
Comme le flot le flot;
Le mois et puis l’année Les suivent au galop ;
Mais couronnés de roses , Tranquilles et contens ,
Du moins d’accès moroses Débarrassons le Temps.
MELENDEZ
Le charme qui repousse Le chagrin rembruni ,
Se mêle au jus qui mousse , Dans ce cristal uni ;
Buvons à Cythérée ,
Au fils de Sémélé ,
Laissant avec Borée L’Eurus en démêlé.
A qui sent mon ivresse Que fait leur sifflement ,
Par notre enchanteresse Bercé si doucement ?
Les biens qu’à sa couronne Préférerait un roi ,
L’Amitié me les donne :
Je les possède en toi.
Il m’en souvient encore :
Phébus , un soir d’été ,
Aux mers où fuit l’Aurore Tombait précipité.
Fêtant la dernière heure, Bergères et bergers ,
Auprès de ma demeure , Dansaient à bonds légers;
MELE ND EZ
Et , sous mon porche agreste , Moi je chantais alors Cette amitié céleste.
Qui m’ouvrit ses trésors ;
Et pour ton existence,
Dont l’empire a besoin ,
Des dieux ma vive instance Sollicitait le soin.
Par ma joyeuse troupe De vivats secondé ,
J emplis ma large coupe ,
Et d’un trait la vidai.
On s’écrie , on s’étonne De mon bachique exploit ,
Ceux même que la tonne Illustrait à bon droit.
Et moi , dans l’intervalle.
Je remplis de nouveau.
Et de nouveau j’avale.
Sans encombre au cerveau :
Car, jusqu a la montagne ,
Je m’en allai chantant Les vertus dont l’Espagne En toi s’honore tant.