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NORON A.
« ¿ No ves ya solos los paternos lares,
Los techos humeando,
Los caminos, las sendas ocupando Ancianos y mugeres á millares,
Que huyen horrorizados Del sangriento furor de los soldados ? >*
« El tierno niño de la veste asiendo De su madre azorada ,
La detiene en su fuga acelerada ,
Y sus brazos con llanto está pidiendo ;
Mas ella no le escucha,
Que el tiempo es corto y la congoja mucha. »
« Las vírgenes honestas y eneojidas , Rompiendo la clausura,
Esponen su recato y hermosura ,
Andando acá y allá despavoridas :
Que la flor delicada
Espuesta al cierzo en breve se ve ajada. »
« ¡ Qué! ¿ Serán otra vez los templos santos Con rabia destruidos ?
¿ Mis hijos á cadenas reducidos ?
¿ Volverán á mi seno los quebrantos?
¿ Dios , para mi castigo ,
Renovará los tiempos de Rodrigo ? »
NOROÑ A.
No, España : no te afanes , y serena
El turbado semblante ;
El cielo justo con amor constante Te quiere y te proteje : mira llena El aura de alegría ,
Mira la Paz amable que te envia.
Mira cual viene de esplendor cercada,
Y ninfas que oficiosas
En torno esparcen arrayan y rosas ;
Repara su cabeza coronada De los frutos de Céres ,
Y en pos de ella corriendo los placeres.
Abre tus brazos , que los suyos tiende Con amoroso esceso ;
Recoje de su boca el dulce beso ,
Con que ese tu dolor borrar pretende ,
Y, en su seno acostada.
Desfruta de la dicha deseada.
Desfrútala en buen hora, que aun el trueno Resuena en el oido,
Aun se oye de la Guerra atroz rugido;
Aun el suelo se ve de sangre lleno;
Y, tú ya alegre en tanto ,
En risa vuelves el pasado llanto.
NORONA.
Tal nace el cha en brazos de la Aurora , Asoma en el oriente Un destello de luz, rápidamente Se estiende, el cerco de las nubes dora, Y el tenebroso velo Rasgado cae desde el alto cielo.
CIENFÜEGOS.
Don Nicasio Alvarez de Cienfüegos a figuré principalement comme poëte tragique ; nous avons vu jouer sur le théâtre de Madrid ses deux tragédies : Zoraïde et la Comtesse de Castille . «1 a fait aussi un Idoménée , qui vaut mieux. Don Josef Marchena traite bien mal tous ces ouvrages dramatiques, et ne montre pas beaucoup de goût pour les pièces lyriques du même auteur. Il l’a d’ailleurs signalé comme un de ces corrupteurs francisés , qui , « sans 1’ opposition )> d’hommes d’un goût délicat , auraient fait » faire la culbute a la belle langue castillane . » L’accusation charge même plus Cienfüegos que Melendez et Quintana. Ne revenons plus sur cette question; mais convenons de l’infériorité du premier de ces trois écrivains, qui doit essentiellement sa réputation littéraire à ses rapports avec les deux autres. Melendez l’avouant
CIEN FUEGOS.
pour son disciple, le nomma dans sa préface comme un des jeunes poetes auxquels, à ce qu’il parait, il croyait pouvoir léguer sa lyre. Don Manuel Quintana lui a dédié la dernière édition de ses poésies. Gienfuegos a été plus heureux dans la prose des autres que dans la sienne. Il a fait plusieurs dédicaces aussi , et l’on ne conçoit pas qu’un écrivain que l’on a vu dans le monde, y fût assez étranger pour y produire ses affections privées, avec si peu de tenue. Ses exagérations démesurées, l’affectation de ses naïvetés tout-àfait enlantines, rendent presque risibles l’amitié , la piété filiale elle-même, et tout ce qu’il s’efforce à faire comprendre qu’il sent.
Cien fuegos n’était pas né poëte; il fut un homme de bien , instruit , nourri des meilleurs principes de morale et de philosophie, qui, bien aise de les communiquer , y employa l’art des vers , qui fit partie de ses connaissances. Il y a donc dans ses odes, et surtout dans ses épîtres , des morceaux estimables : nous avons choisi, entre ses poésies du genre pastoral, deux
C ÎEN FUEGOS.
pièces où nous avons cru trouver, en assez grand nombre, quelques qualités, plus rares dans ses autres écrits.
Parmi ses compositions lyriques , on remarque une ode en l’honneur du général Bonaparte, avec cette épigraphe : Victorque viros supereminet omnes. M. Cienfuegos fut du nombre des arclens admirateurs de Bonaparte , devenus ensuite les ennemis les plus indomptables de Napoléon \ Il était attaché au gouvernement, comme chef de division aux affaires
1 La inexorable sombra de Cienfuegos , a dit , en parlant de cet auteur , un de nos littérateurs encore vivant , Don Alberto Lista , dans un recueil de vers , publié en 1822, où Fauteur a fait connaître un talent exercé. A la même époque a paru un autre volume de poésies détachées, d’un petit fils du grand Colomb, qui devrait bien aspirer à chanter son immortel aïeul. Mais parmi les élèves des muses dont nous avons eu à regretter de n’avoir vu aucune composition considérable depuis les premières espérances qu’ils avaient données , nul ne paraissait appelé à enrichir le Parnasse espagnol moderne plus que Don 1\ icasio Gallegos.
CI ENFUEGO S.
étrangères, lors de l’occupation de Madrid par ie grand-duc de Berg. Cien fuegos, âme de l’opposition concertée dans la capitale , ne se borna pas à des trames secrètes; il y mit une hardiesse qui le fit condamner à mort. Ses amis parvinrent a le sauver , mais ils ne purent empêcher sa déportation, qui, dans letat de maladie où il se trouvait quand on le fit partir, devint un équivalent de la première peine. 11 n avait qu à solliciter un sursis ; on l’y engagea en vain ; Cienfuegos ne voulut jamais signer une demande à l’autorité nouvelle. Il vint expirer en France, non loin des lieux, où, jeté paila même tempête , devait bientôt mourir dans la ligne opposée , Melendez , son maître , et long-temps son ami.
CIENFUEGOS.
LE VIEILLARD et LE FRÊNE.
ROMANCE
Alors qu’au loin sur les champs de Cérès Trace les monts leur ombre déroulée ,
Et rend plus fraîche une douce vallée.
Dont semble épris le lent Manzanares ;
Un homme pur , qu’a vu le dernier âge ,
Y va chercher la verdure et l’ombrage.
Quittez, zéphyrs, les bois voluptueux,
Où les amours vous retiennent encore :
Touchez le front du vieillard vertueux ;
A son haleine offrez l’ambre de Flore.
Il marche en paix ; du courant tortueux Le bruit égal , le chant d’une alouette Se mêlent seuls à la scène muette :
Mais , il s’arrête : il regarde des fleurs ,
Et de ses yeux ont coulé quelques pleurs.
« O souvenirs !» je l’entends qui s’écrie :
« O Dalemon ! tu vis cette prairie Peuplée encore , aux jours de ton printemps , D’un hameau simple et d’heureux habitans.
CIEN FUEGOS.
3 ont a fini : je reste seul , pour être De changemens déplorable témoin :
L homme de cour, tout à l’heure, a pris soin D’emprisonner cette rive champêtre.
Sur ce coteau , que fatigue un palais ,
Mes sons joyeux , dans les danses légères ,
Plus d une fois conduisaient les bergères ,
Ou de ma flamme , à l’écart , je parlais.
Tout aujourd hui méconnaît mon lancacc •
Toi seul , o frene ! es mon contemporain.
Hélas ! d un pere assis sous ton ombrage
Ta vue aussi me rapelle l’image ,
L’œil imposant, le front haut et serein.
Tu me voyais d’une épouse chérie Entretenir l’aimable rêverie ,
Et, de tes bras écartant le soleil.
Sous les chaleurs nous versais le sommeil.
Et tu m’as vu, dans les jours de ma gloire ,
La fronde en main , à la course, luttant ,
Aux plus vantés enlever la victoire.
Contraste amer ! voilà , dans cet instant ,
Que, sous mon corps, chargé de tant d’années. Je sens fléchir mes jambes enchaînées.
Incline-toi, frêne de mes amours,
Et d’un soutien prête-moi le secours.
CIENFUEGOS.
Je t’arrosai : ta pompe est mon ouvrage. » L’arbre au vieillard cède de son branchage L’appui qu’il veut. Il poursuit en ces mots : « Puisse le ciel protéger d’âge en âge ,
Frêne élégant , l’orgueil de tes rameaux. Qu’il tienne loin de ta cime chenue Les vents fougueux et les feux de la nue. Lorsque l’hiver ramène ces autans ,
Lorsque l’été nous abat haletans.
Auprès de toi que Flore retenue
Sous tes abris répande le printemps.
Et, frêne ami, la faulx inévitable Bientôt enfin frappera le vieillard :
Qu’à ton pied même , une main charitable Cache ce corps que je quitte trop tard. »
Il dit , et va regagnant sa chaumière :
Et le soleil retirant sa lumière.
364 CI ENFUEGOS.